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colloque Russie



Table des matières

 


Rencontres Russie 2005

Sous le haut patronage de Christian PONCELET, Président du Sénat

Avec la participation de :

Patrice GELARD, Président du Groupe interparlementaire France-Russie du Sénat

Christian JACOB, Ministre de la Fonction publique

Sergueï NARYCHKINE, Chef de l'Appareil du Gouvernement de la Fédération de Russie, Ministre de la Fédération de Russie

Jean LEMIERRE, Président de la BERD

Valery DRAGANOV, Président de la Commission de la politique économique, de l'entrepreneuriat et du tourisme de la Douma de Russie

 

 

 

 

 

 

Allocution d'ouverture

Message du Président Christian PONCELET, lu par

Patrice GELARD
Président du Groupe interparlementaire France-Russie du Sénat

Mesdames et messieurs, je vous donne lecture d'un message du Président du Sénat, Christian Poncelet, qui n'a malheureusement pas pu se joindre à nous ce matin.

« Messieurs les Présidents, Madame et Messieurs les Ministres, Messieurs les Gouverneurs, Messieurs les Ambassadeurs, chers collègues, Mesdames et Messieurs, le Sénat est très fier et heureux d'accueillir aujourd'hui la première journée des « Rencontres Russie » organisées dans le cadre de son partenariat, toujours fructueux, avec nos amis d'Ubifrance. Les aléas de mon emploi du temps, très chargé en période budgétaire, ne m'ont pas permis d'être des vôtres ce matin, mais j'ai suivi avec attention l'organisation de ce colloque, et je tiens à adresser à toutes et à tous un chaleureux message de bienvenue.

Cette manifestation se déroule sous l'égide du groupe interparlementaire France-Russie, dont je salue le Président, mon collègue et ami le sénateur Patrice Gélard. Sous sa direction, et celle du Président d'Ubifrance, le député René André, je n'ai aucun doute sur la densité et la richesse de vos travaux, d'autant que les liens entre la Russie et la France sont particulièrement nombreux et diversifiés. Autant le dire d'entrée de jeu : la Russie est un pays ami, auquel je porte la plus grande sympathie, comme j'ai maintes fois eu l'occasion de l'exprimer, notamment au Président Serguei Mironov, mon homologue du Conseil de la Fédération, que je rencontre régulièrement dans le cadre de l'Association des Sénats d'Europe. Sans aborder le fonds du dossier - je laisse ce soin aux intervenants qui vont se succéder à la tribune toute la journée -, je voudrais simplement souligner les immenses perspectives que la Russie offre aux entreprises étrangères, avec son marché de 145 millions d'habitants - dont plus de 10 millions pour la seule ville de Moscou- sur un territoire qui représente, à lui seul, le huitième de la totalité des terres émergées dans le monde.

La Russie est un pays de gigantisme économique, avec toutes les potentialités et les retombées que cela représente en termes d'activité : premier producteur mondial de gaz, deuxième producteur et deuxième exportateur de pétrole, un des premiers producteurs de tous les métaux stratégiques. Ce pays engrange des excédents commerciaux record, de l'ordre de 15 % du PIB en 2004, et certainement plus en 2005 ! Certes, dans plusieurs domaines, la situation de l'économie russe est moins florissante. Je pense, en particulier, à son taux de chômage ou à son endettement extérieur encore élevé, bien qu'en voie de résorption. Par ailleurs, la société russe accuse des écarts très importants, pour ne pas dire alarmants, entre les nouvelles classes riches ou moyennes et un certain nombre de « laissés pour compte » qui n'ont pas pu - ou pas su - s'adapter à la nouvelle donne économique.

En outre, la production est encore souvent handicapée par des habitudes héritées d'un passé pourtant révolu : des contrôles tatillons dont se plaignent beaucoup d'entreprises, des pesanteurs administratives, parfois de la corruption... Malgré cela, le marché russe demeure très attractif, avec sa croissance annuelle supérieure à 7 % depuis trois ans et une consommation intérieure soutenue. Comment ne pas évoquer cette émergence d'une vraie « classe moyenne », qui dispose de revenus appréciables, qui augmente sa consommation et qui est friande de produits étrangers, pas seulement à Moscou mais aussi dans les autres grandes métropoles du pays.

Quant aux entreprises russes, elles modernisent leur outil de production à cadence accélérée et nouent des partenariats de toute sorte avec les investisseurs étrangers, en particulier dans les secteurs liés à la consommation des ménages : l'automobile, l'agro-alimentaire, les biens d'équipement, etc. Pourquoi se priver de toutes ces opportunités d'affaires, alors que dans beaucoup d'autres pays européens -à l'ouest comme à l'est- l'environnement économique est nettement plus terne et, parfois, plus risqué ? Beaucoup d'entreprises françaises l'ont déjà bien compris ! Comme le souligne à juste titre notre conseiller pour les Affaires Economiques de l'ambassade de France en Russie, M. Jean-François Collin, dans la plaquette du colloque : « ... vendre en Russie, c'est possible. Plus de 3 000 entreprises françaises parmi lesquelles de très nombreuses PME y exportent régulièrement, tandis que plus de 400 d'entre elles y sont implantées sous la forme d'une filiale de production ou de commercialisation, d'une co-entreprise ou plus modestement d'un bureau de représentation ».

Mais au-delà des statistiques et des paramètres économiques, je voudrais centrer mon propos sur trois points, à mes yeux capitaux. Le premier tient au climat de confiance politique qui s'est progressivement installé depuis les années 90 entre la France et la Russie. Aujourd'hui, nos relations avec la Fédération de Russie sont authentiques et loyales. J'en veux pour preuve la relation personnelle forte qui existe entre les présidents Jacques Chirac et Vladimir Poutine, ou - je le citais à l'instant - les liens établis entre le Sénat et le Président Mironov. Cette estime et cette confiance mutuelles doivent dépasser les cercles politiques. Il faut que notre présence économique se renforce en Russie, car elle prolongera à sa manière les efforts de la France pour faciliter l'arrimage irréversible de ce pays au cercle des Etats de droit, et son enracinement durable au club trop restreint encore des démocraties.

Le deuxième point concerne l'approfondissement et l'enrichissement du dialogue entre la Russie et l'Union européenne. Il faut bien reconnaître que depuis quinze ans, l'Europe des 25 s'est en partie forgée sur ce qu'il est convenu d'appeler l'ancien « Empire soviétique » ou encore l'ancienne « Europe de l'Est ». Si, sur la scène internationale, cette configuration nouvelle est déjà une réalité politique et juridique acquise, dans les opinions publiques européenne ou russe, les perplexités et les interrogations légitimes des premières années n'ont pas totalement disparu. Pour consolider le climat de confiance qui doit désormais prévaloir de part et d'autre, nos entreprises européennes - françaises, en particulier - doivent être attentives à ce qui se passe aujourd'hui en Russie. C'est aussi leur intérêt, car comme l'ont rappelé les signataires du protocole de coopération conclu entre l'Union européenne et la Russie fin avril 2004, « l'élargissement européen représente de part et d'autre une opportunité historique de renforcer [notre] partenariat stratégique et [nos] échanges »

Ma troisième et dernière remarque s'adresse moins aux entrepreneurs qu'à tous ceux qui rêvent de le devenir. Je pense en particulier à tous ces jeunes Français qui, malgré le pessimisme ambiant, croient encore à la réussite et sont prêts à s'engager. Je me garderai bien des comparaisons faciles, ou d'affirmer, comme certains, que la Russie serait un « eldorado » ni - encore moins - un « far West ». Ce serait pousser le goût du paradoxe un peu trop loin... En revanche, je suis convaincu que la Russie est un vrai pays d'avenir où presque tout est encore à faire, un de ces Etats jeunes où les mots « réussite », « promotion » et « succès » peuvent trouver tout leur sens.

Les représentants des entreprises qui vont témoigner devant vous ne me démentiront pas, j'en suis persuadé. Et je ne doute pas que pour ce qui le concerne, le groupe interparlementaire contribuera avec son enthousiasme habituel à la réussite de ce colloque. Je souhaite à tous d'excellents travaux, en espérant que vous garderez de votre passage au Sénat un très bon souvenir et que vous y reviendrez. »

René ANDRÉ
Député, Président d'Ubifrance

Mesdames et messieurs, chers amis, qui nous faites l'honneur d'être présents à nos côtés ce matin, je me réjouis d'ouvrir ces 5èmes Rencontres Russie au Sénat, avec un parterre de participants d'une telle qualité. C'est un grand honneur, en particulier, de recevoir parmi nous Sergueï Narychkine, qui, outre ses fonctions de Chef de l'Appareil du Gouvernement de la Fédération de Russie, appartient à une famille qui a marqué de son empreinte l'Histoire de la Russie. Grand ami de la France, Sergueï Narychkine nous fait en outre l'honneur de maîtriser notre langue et je lui en sais gré.

Christian Jacob connaît bien la Russie également, et fit partie de ceux qui étaient les plus actifs au sein du groupe interparlementaire d'amitié France-Russie. D'éminentes personnalités ont également accepté de répondre à notre appel : Valery Draganov, Président de la Commission de la politique économique, de l'entrepreneuriat et du tourisme de la Douma. Je salue également M. Viktor Kokcharov, Ministre des relations économiques extérieures de l'oblast de Sverdlovsk, M. Roustam Minnikhanov, Premier ministre de la République du Tatarstan, Vladimir Tchoub, Gouverneur de l'oblast de Rostov et Valery Chantsev, Gouverneur de l'oblast de Nijni Novgorod.

Votre présence nombreuse constitue un encouragement pour nous tous, à poursuivre les efforts que nous avons entrepris en Russie, en nous efforçant désormais d'aller au-delà de Moscou pour gagner d'autres régions de ce grand pays. A cet égard, je remercie au passage tous les partenaires qui ont accepté de se joindre à l'organisation de ces 5èmes Rencontres France-Russie, en saluant particulièrement ceux qui ont consenti à venir tout spécialement de Russie pour cela.

Les relations économiques entre la France et la Russie bénéficient actuellement de contacts politiques bilatéraux, qui sont en plein développement. Les exportations vers la Russie représentent plus de 3 milliards d'euros en 2004 et ont progressé de 12 % par rapport à 2003. Il ne faut pas, cependant, omettre de signaler que notre déficit commercial s'est creusé en 2003 et 2004, du fait du coût élevé des matières premières. La bonne tendance générale ne doit pas non plus occulter la place relativement modeste qu'occupe encore la Russie dans nos échanges commerciaux : environ 4 %, ce qui est bien entendu très en deçà des possibilités existantes. Plus de 400 entreprises françaises sont implantées en Russie, pour un stock d'investissements directs estimé à 2 milliards de dollars.

Depuis la mise en place d'une usine de montage inaugurée le 4 avril 2005, Renault est devenu le 1er investisseur français, suivi de Total, Auchan et Saint-Gobain. Bien que les coûts pour accéder au marché russe soient importants, de très nombreux investisseurs français sont satisfaits de l'investissement réalisé et souhaitent le consolider. Prenant sa part du plan d'action Russie mis en oeuvre par le Ministre du Commerce extérieur, Ubifrance prend de nombreuses initiatives, dont je ne citerai que quelques exemples. Un dossier important est celui des VIE (volontaires internationaux en entreprise). Leur nombre est passé de 31 en 2003 à plus de 58 aujourd'hui, avec 36 sociétés dont 15 PME. Ubifrance a également rédigé un guide intitulé « s'implanter en Russie » et nous organisons régulièrement des séminaires de formation sur la gestion des différences culturelles.

Un numéro spécial du MOCI vient d'être consacré à la Russie et nous avons mis en place un forum internet, « la réalité des affaires en Russie », en coopération avec plusieurs partenaires. Je vous invite à rejoindre les 319 membres déjà inscrits à ce forum.

J'ai la certitude que grâce à la qualité et à la quantité des entreprises présentes et aux partenariats que nous avons établis, ces Rencontres constitueront un rendez-vous essentiel et incontournable de la communauté d'affaires française intéressée par la Russie. Nous vous proposons d'ores et déjà de nous retrouver chaque année pour ce rendez-vous.

Intervention de Christian JACOB

Christian JACOB
Ministre de la Fonction publique

Mesdames et messieurs, c'est pour moi un plaisir particulier de participer à l'ouverture de ce séminaire organisé conjointement par Ubifrance et par la Mission économique de Moscou. Je le fais au nom du gouvernement et en tant qu'ancien ministre des PME, tant le rôle de nos entreprises est important. C'est l'occasion pour moi de retrouver de nombreux amis ; c'est aussi l'occasion de rappeler la volonté du gouvernement français d'apporter son soutien aux nombreux efforts de la Russie, tant dans le domaine politique que dans le domaine économique.

J'apprécie également le fait que les représentants des régions russes nous aient fait l'amitié d'être présents ce matin afin de nous apporter leur témoignage précieux quant à la meilleure façon, pour les entreprises françaises, de nouer des partenariats avec la Russie. Je salue au passage les entrepreneurs français souhaitant approcher la Russie et ceux qui y sont déjà implantés, tous ceux-ci formant l'ensemble de ceux qui innovent et prennent des risques. J'ai déjà eu l'occasion de prendre la mesure de la dynamique exceptionnelle qui anime la Russie et la fait changer de visage. En témoigne la croissance du PIB, qui a crû de 50 % depuis 1998, ou celle de la production industrielle, qui a progressé de 55 % sur la même période. Plus de 400 entreprises françaises sont implantées en Russie, pour un stock d'investissements qui dépasse 2 milliards d'euros. Les projets en cours sont le fait de grandes entreprises mais aussi d'entreprises plus modestes. Leur succès aura certainement valeur de témoignage et d'incitation pour ceux qui s'intéressent à ce marché. La France doit toutefois mieux tirer parti des atouts et des formidables perspectives de développement qu'offre la Russie, puisqu'elle n'y représente que le 6ème investisseur mondial.

La part de marché de la France en Russie a progressé, pour s'établir à un peu plus de 4 %, mais des efforts restent à consentir, notamment en matière d'équipements industriels et d'industries de haute technologie. Nous souhaitons donc que nos entreprises soient plus présentes sur le marché russe. Cela concerne toutes les entreprises, les grandes mais aussi les moyennes et les petites, que nous invitons à constater à quel point la Russie a changé et à saisir les opportunités d'affaires qui existent, à Moscou et dans les nombreuses métropoles régionales. Certes l'accès au marché russe n'est pas toujours aisé et je voudrais souligner que nous sommes très attentifs à la facilitation de ces conditions d'accès. Les opportunités valent assurément que nous poursuivions nos efforts. L'émergence d'une classe moyenne, d'un tissu industriel qui se restructure et d'infrastructures de transport et de communication qui doivent être modernisées, constituent autant de raisons de venir voir ce qu'il se passe en Russie et de prendre notre part, dans les changements à l'oeuvre.

Intervention de Sergueï NARYCHKINE

Sergueï NARYCHKINE
Chef de l'Appareil du Gouvernement de la Fédération de Russie,
Ministre de la Fédération de Russie

Mesdames et messieurs, je voudrais remercier Ubifrance, l'Ambassade de France en Russie et le Sénat français de l'occasion qui m'est offerte de m'exprimer ici devant vous à l'ouverture de ce séminaire, devenu traditionnel dans le calendrier d'affaires entre la France et la Russie. Nos relations économiques et politiques sont au beau fixe ; je m'en réjouis d'autant plus que je suis co-Président du CEFIC. Mon objectif personnel est ainsi de créer les conditions favorables à la promotion de la coopération dans le domaine du commerce et des investissements, entre nos deux pays. Si nous avons un certain succès en la matière, c'est grâce à votre activité au quotidien.

La Russie et la France ont un excellent système de coopération inter-gouvernemental dans les domaines du commerce et de l'économie. Aujourd'hui, nous avons neuf groupes de travail qui gèrent le développement de la coopération dans les domaines suivants : aviation, espace, communications, énergie, innovation et lutte contre la contrefaçon. Ces dernières années, le développement et la diversification de nos relations économiques sont devenues une priorité et nous avons connu de grands succès dans les domaines de l'espace et de l'aviation (avec pour priorité la production d'avions russes régionaux équipés de moteurs SAM 146, produits conjointement avec la France). Michelin a construit une usine de production de pneus dans la région de Moscou, et il existe un projet de construction d'une usine de légumes dans la région de Krasnodar, sans parler des investissements de Total dans la chimie et la pétrochimie.

La moitié des entreprises françaises présentes en Russie sont françaises à 100 %. Il faut cependant observer que leur présence concerne essentiellement Moscou et Saint-Pétersbourg, ce qui laisse un grand potentiel de développement de la coopération interrégionale entre la France et la Russie. Nous saluons les efforts du gouvernement français pour favoriser la coopération bilatérale entre nos deux pays, et nous nous rendons compte qu'une des raisons pour lesquelles le capital français est mal représenté sur le marché russe est liée à la façon de fonctionner de la Russie. Nous savons que les sociétés françaises ne se sentent pas aussi bien en Russie que dans d'autres pays du monde, et notre gouvernement entreprend, pour cette raison, des réformes dans le domaine des finances, de l'investissement et de l'économie afin de créer des conditions encore plus favorables au développement des affaires dans notre pays.

La croissance économique russe a été très forte en 2004 et les premiers mois de l'année 2005 ont confirmé cette tendance. Le PIB a augmenté, en comparaison de l'année passée, de 6 %. En 2005, nous avons constaté la croissance de tous les secteurs de l'industrie ; ceux de l'automobile et des équipements industriels connaissent notamment une croissance particulièrement vive. L'agence Moody's a d'ailleurs relevé sa notation au cours des derniers mois et les autorités russes font le nécessaire pour que l'amélioration de ces conditions soit pérenne et s'inscrive dans une tendance de long terme. Nous réformons notamment les monopoles, l'administration et nous développons la concurrence. Le gouvernement a ainsi initié la mise en oeuvre de quatre projets prioritaires : le projet Santé, le projet Education (qui doit permettre à nos universités de moderniser leurs programmes de formation), le projet « Logement accessible à tous » (au travers duquel nous améliorons les possibilités d'accès au logement) et le projet de développement de l'agroalimentaire en Russie. Il est prévu d'accorder 134 milliards de roubles (4 milliards d'euros) en 2006 pour le développement de ces projets.

Parmi les réformes que nous menons actuellement, l'une vise les services publics offerts aux citoyens et aux entreprises, avec notamment pour objectif de réduire les frais d'installation pour les entreprises et d'accroître l'efficacité des autorités russes. Les obstacles à l'installation dans notre pays devraient également être sensiblement réduits, à travers, par exemple, la très forte diminution du nombre d'activités requérant des licences. Nous travaillons aussi à la réforme de la justice et de la propriété intellectuelle. Ces lois s'appuient notamment sur des lois régionales : il est prévu d'instaurer des zones économiques libres affranchies de taxes foncières et d'impôts sur le revenu pour les entrepreneurs y résidant.

Des systèmes de protection de la propriété privée doivent encore être mis en place, afin de favoriser la mise en oeuvre de projets innovants, dans le domaine des hautes technologies, notamment. En matière fiscale, des évolutions sont également à l'oeuvre. Le Président de la Fédération de Russie a récemment présenté, devant l'Assemblée fédérale, les grands axes de la politique fiscale qu'il entendait mener, pour l'année 2005 : celle-ci devra favoriser la compétitivité et la croissance des régions, en diminuant la charge des impôts pour les sociétés, et en rendant les contrôles fiscaux plus opérants. Il est très important de bénéficier de stabilité, sur un plan macroéconomique, et d'un faible niveau d'inflation, pour réussir ces transformations. A n'en pas douter, l'économie russe dispose d'un fort potentiel ; aussi souhaitons-nous moderniser le mode de fonctionnement de nos structures politiques afin que cet immense potentiel puisse prendre tout son essor, notamment au travers de la coopération bilatérale avec la France et les entreprises françaises.

Investir en Russie aujourd'hui

Jean LEMIERRE
Président de la BERD

Mesdames et messieurs, le cadre politique et institutionnel des réformes entreprises par la Russie a déjà été très bien décrit. Je me concentrerai donc sur une question simple : pourquoi investir en Russie ? La BERD constitue aujourd'hui le 1er investisseur étranger en Russie et le bilan de ses actions est positif. La Russie est un pays qui ne laisse personne indifférent et qui peut générer, le cas échéant, des critiques importantes. Celles-ci portent notamment sur le non-respect de l'Etat de droit et sur l'existence d'une corruption importante, à tous les niveaux de l'économie ; elles mettent en outre l'accent sur le protectionnisme grandissant qui s'exprimerait aujourd'hui en Russie, et sur le caractère incertain des perspectives politiques. L'engagement des investisseurs est difficile et suppose une information de qualité. C'est dans cette optique que je vais vous faire part de mon analyse.

Le cadre général qu'offre aujourd'hui la Russie est bon mais soulève des interrogations. Il existe une certaine stabilité macroéconomique et un grand sérieux dans la gestion mise en oeuvre par les autorités. Des questions se font toutefois jour, quant au rythme de dépense de la manne pétrolière ; ce débat est en tout cas mené de façon sérieuse, dans un contexte marqué par l'appréciation du rouble et par l'existence de tensions inflationnistes réelles, mais bien contenues. Une autre interrogation importante porte sur le pétrole et le gaz, qui permettent de financer le développement du marché russe. Je vois là un élément extraordinairement durable. Le troisième paramètre qui me semble important est la profonde conscience des autorités russes du fait qu'on ne construit pas une économie durable et une société équilibrée, sur la base du pétrole et du gaz. Le Canada, le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou la Norvège ont su utilement tirer parti de leurs ressources en la matière. D'autres ont échoué, notamment sur le plan de la construction des institutions ou du fait d'une moindre capacité à attirer les investisseurs étrangers. Ce sont là des enjeux majeurs pour l'avenir de la Russie et les Russes l'ont bien compris.

Quant au protectionnisme, si celui-ci existe, il faut examiner le sujet de façon lucide. La Russie a beaucoup changé entre 1997 et aujourd'hui : elle est passée d'une situation marquée par l'effondrement de son système à une volonté de rationalisation. Certaines péripéties sont graves (par exemple l'affaire Youkos) mais les autorités russes en sont parfaitement conscientes. La Russie est en train de changer profondément, et gagne en maturité, ce qui est tout aussi important pour les investisseurs. Faire en sorte que la rente pétrolière et gazière s'investisse dans le pays constitue une priorité légitime des autorités. Pour la première fois, le trimestre écoulé témoigne d'une inversion du flux de capitaux, ceux entrant dans le pays dépassant ceux qui en sortent. Ce témoignage de confiance constitue un élément extrêmement important pour les investisseurs étrangers. La plupart des secteurs de l'économie russe sont très ouverts, car les pouvoirs publics ont compris que l'argent n'était pas l'essentiel : celui-ci résulte simplement de l'action des hommes, des compétences de ces derniers et des modalités d'accès plus ou moins aisées à un marché donné.

En dépit de difficultés persistantes, concernant le respect de la réglementation sur la propriété intellectuelle, force est de constater que la situation s'améliore peu à peu. Le rôle de l'administration fiscale soulève toutefois quelques interrogations, lesquelles ont été largement relayées par la presse russe, ce qui a conduit les autorités à réagir en rappelant à l'administration fiscale ses prérogatives, et la nécessité de ne pas y déroger. En la matière, les progrès enregistrés ont été immédiats.

Plus largement, on peut vendre en Russie, mais je doute qu'on y vende durablement sans y investir et sans y produire. Dès lors, comment le faire ? Il existe plusieurs manières, notamment le partenariat et l'investissement isolé. Je ne me lancerai pas dans une comparaison des modes d'investissement, que vous connaissez fort bien. Ma réponse est simple : si vous trouvez un partenaire russe avec lequel vous pouvez travailler, faites-le. Si ce n'est pas le cas, abstenez-vous

La BERD vous propose d'être votre partenaire dans vos démarches. Nous finançons tous les secteurs, en devises étrangères comme en roubles. Nous sommes aussi la 1ère institution notée AAA levant des fonds sur le marché russe, en proposant des financements en roubles. Nos concurrents sont bien sûr les emprunts d'Etat mais les pouvoirs publics ont eu l'intelligence de souhaiter cette situation. Nous avons aussi un engagement très fort d'investissement dans les régions russes, au-delà de Moscou et de Saint-Pétersbourg. Au-delà des considérations politiques, le marché russe doit figurer sur votre agenda. La Russie figure aujourd'hui dans l'économie globale, ce qui n'était pas le cas il y a cinq ans, du moins pour les produits et services manufacturiers.

Intervention de Valery DRAGANOV

Valery DRAGANOV
Président de la Commission de la politique économique, de l'entrepreneuriat
et du tourisme de la Douma de Russie

Mesdames et messieurs, chers amis, la corruption et le protectionnisme existent en effet en Russie. Mais comment pourrait-il en être autrement après soixante-dix ans de dictature communiste, qui nous ont complètement isolés du reste du monde ? Surtout, de tels phénomènes ne relèvent pas de la personnalité russe, et ne doivent pas être considérés comme une spécialité nationale : il s'agit d'un héritage très lourd, que d'autres pays pourraient connaître s'ils avaient connu la même Histoire.

Je rencontre fréquemment les représentants du monde des affaires à Moscou et nous nourrissons un dialogue constant. De ce point de vue, je puis vous assurer que ce qui avait été promis par la Douma a été effectivement mis en oeuvre. Des changements très positifs sont survenus en Russie au cours des dernières années et nul ne saurait le nier. Depuis quelque temps, la Russie prend également une part de plus en plus active aux institutions internationales. Notre pays lie ainsi son avenir à celui de l'Europe et à celui de la civilisation mondiale, et nombreux sont nos intérêts communs dans les domaines économique, social ou encore humanitaire. Nous menons des réformes institutionnelles et depuis la fin des années 90, ces réformes ont transformé radicalement le contexte d'investissement en Russie. Les réformes qui visent le changement administratif pour débarrasser notre société de la pression bureaucratique, ou celles visant à dynamiser notre société, permettent le renforcement de l'attractivité de notre pays aux yeux des investisseurs internationaux et particulièrement européens.

Plusieurs lois ont contribué concrètement à ces changements. L'une d'entre elles a porté sur la régulation des relations entre le secteur marchand et l'Etat, avec notamment l'encadrement des possibilités de concession. L'évolution du système juridique russe fait également l'objet de toute notre vigilance, avec une attention particulière portée aux secteurs hydraulique et énergétique. Nous sommes à l'écoute du secteur des affaires et nous souhaitons favoriser la mise en oeuvre de réformes par l'ensemble des acteurs : Etat fédéral, régions, etc. L'objectif est de réaliser une percée importante afin de voir émerger de nouvelles infrastructures et des conditions propices au développement économique. Quatre projets nationaux ont été lancés et une cinquantaine de nouveaux projets de loi sont en cours d'examen par la Douma, sur tous ces sujets. L'afflux de capitaux en Russie ne constitue pas un phénomène nouveau mais nous accordons une attention toute particulière à la qualité des investissements en provenance de l'étranger. Nous avons ainsi décidé de nous concentrer sur quatre secteurs prioritaires qui jouent un rôle structurant pour l'économie et la société : l'éducation, la culture, la santé et le secteur agroalimentaire.

Le plan budgétaire russe est en cours d'élaboration pour l'année 2006 et ce travail est effectué dans le souci de clarté et de lisibilité qui animent les responsables économiques russes et étrangers. De ce point de vue, le développement de projets co-financés sur fonds publics et privés constitue un signal important pour les investisseurs. Plus largement, nous avons rendu publique une liste de projets à long terme qui devraient voir le jour dans le domaine des infrastructures, tant pour les infrastructures routières que dans le domaine des ports, par exemple. Un retard important avait été pris par la Russie du point de vue de la place des petites entreprises mais nous souhaitons résolument faire évoluer cette situation.

Dans le domaine énergétique, au-delà des grands oléoducs en cours de construction, la coopération avec l'Europe se renforce dans le domaine de l'énergie et plusieurs monopoles font l'objet de mesures visant à voir leurs structures évoluer. Nous avons aussi l'intention de développer les conditions de concurrence dans notre pays. La Douma étudie actuellement 400 projets de loi concernant la réglementation, qui devraient permettre à la Russie de se conformer aux standards internationaux dans le domaine de l'ouverture à la concurrence du secteur de l'énergie. La défense de la propriété intellectuelle constitue aussi un domaine très important et le 4ème paragraphe de la loi russe sur ce sujet porte spécifiquement sur ce type de droits. Il s'agit d'un problème qui dépasse de loin le cadre russe et concerne l'ensemble des acteurs européens.

Nous n'avons pas l'intention de nous arrêter là. L'exportation de nos produits ne cesse de croître et les infrastructures anciennes doivent être modernisées. Le renforcement du partenariat entre les secteurs privé et public constitue un autre axe de réforme. Dans le domaine institutionnel, la coopération avec les organes administratifs appelle la poursuite de nos efforts. Il en va de même pour la politique fiscale et pour l'ouverture du secteur financier russe (même si des précautions devront être prises dans ce domaine). Bref, nos efforts sont multiples et soyez assurés que la Russie fera tout pour continuer à améliorer les conditions de développement des activités économiques sur son territoire.

Evolution récente du climat des affaires en Russie et opportunités pour les entreprises françaises

Jean-François COLLIN
Ministre Conseiller pour les Affaires Economiques et Financières,
Ambassade de France en Russie

Le but de ces journées n'est pas simplement de discourir : il s'agit aussi de convaincre de l'intérêt de la Russie ceux qui n'en sont pas encore persuadés et ceux qui s'interrogent à ce sujet. Les opinions sont souvent assez tranchées, en France, de ce point de vue, parfois du fait de personnes qui connaissent mal la Russie et qui relaient des craintes qui ne sont pas toujours fondées. La Russie constitue en tout cas un pays aux multiples visages, qui connaît actuellement une croissance très forte et qui va présider le G8 à partir du mois de janvier prochain. Ce pays présente certains aspects d'une économie pétrolière, tout en présentant une démographie plus proche de celle de l'Europe de l'ouest. Le portait de ce pays est donc complexe à brosser.

Il faut comparer la Russie à ce à quoi elle peut être comparée, c'est-à-dire un groupe d'économies du monde connaissant une croissance économique rapide (Inde, Chine, Turquie...). De ce point de vue, en termes de rythme de croissance, la Russie se situe tout à fait dans la moyenne de ce groupe, avec une croissance d'environ 7 % par an depuis 2000. La Russie fait mieux que les pays de ce groupe dans différents domaines, par exemple en termes de croissance du PIB par tête. La Russie fait aussi mieux que les autres pays de ce groupe en matière de chômage et fait même beaucoup mieux en termes de finances publiques, avec un excédent budgétaire qui devrait représenter 6 % du PIB en 2005 et un excédent de la balance courante de 60 milliards de dollars.

En matière d'inflation, une préoccupation existe et le Président Poutine a demandé à son gouvernement de proposer des mesures visant à mieux maîtriser la situation. La situation démographique du pays constitue aussi un motif de préoccupation, puisque la Russie est l'un des rares pays dont la population diminue. Enfin, le niveau des investissements demeure insuffisant et l'amélioration du climat des affaires devrait jouer un rôle déterminant pour améliorer la situation. Cette amélioration est bien réelle. J'en veux pour preuve l'évolution des flux de capitaux, qui traduit un retour des investisseurs étrangers vers la Russie en 2005. La notation attribuée par différentes agences internationales traduit également cette amélioration. Une évolution aussi positive est due d'abord à la stabilité du contexte macroéconomique et à la politique conduite par le gouvernement, très raisonnable quant à la gestion des ressources financières générées par la conjoncture énergétique : priorité a été donnée au désendettement du pays et l'endettement public extérieur de la Russie est maintenant très faible. L'environnement législatif est également en progression constante, comme l'a souligné M. Draganov, avec par exemple un cadre législatif permettant désormais les partenariats public-privé.

Certes des problèmes existent, notamment les lourdeurs bureaucratiques et la corruption. La Russie constitue néanmoins un marché considérable qui se trouve à trois heures d'avion de la France. La croissance est tirée par la bonne santé de la consommation, laquelle se porte pour moitié vers des produits importés. La constitution d'un fonds d'investissement devrait permettre de pouvoir utiliser une partie des crédits du Fonds de stabilisation russe pour participer à de grands projets d'investissement d'intérêt économique fédéral.

Les autorités russes sont par ailleurs en train de définir un certain nombre de « zones économiques spéciales », qui bénéficieront de conditions douanières et fiscales particulièrement avantageuses. Ces zones devraient être connues au début de l'année 2006. Pour toutes ces raisons, les entreprises françaises doivent se tourner vers la Russie, qui n'est pas un marché facile, mais les marchés faciles existent-ils ? Les coûts d'approche du marché russe sont élevés et la persévérance est requise. Les 400 entreprises françaises qui y sont déjà implantées pourront toutefois témoigner de la récompense qui se trouve au bout de ces efforts. Le gouvernement français a fait de la Russie une des cinq destinations privilégiées des investissements hexagonaux, à travers le plan « Cap Export ». Ce plan comporte un certain nombre de mesures, fiscales ou d'aide à la prospection, par exemple, et la Mission économique de Moscou mettra tout en oeuvre pour que ces priorités se concrétisent sur le terrain.

Présentation des grandes régions de Russie

Ivan PROSTAKOV
Représentant commercial de la Fédération de Russie en France

Jusqu'à présent, les entreprises françaises investissaient exclusivement dans les principales métropoles russes. Aujourd'hui, si Moscou demeure le coeur financier, économique et commercial du pays, les régions russes présentent aussi un nombre d'opportunités croissantes. La Russie se distingue par son immense superficie et par la complexité de son organisation territoriale : la Fédération de Russie compte en effet 89 « sujets », aux statuts administratifs variés (républiques autonomes, oblast, okroug, etc.)

Les trois entités administratives qui seront plus particulièrement présentées ici (oblast de Sverdlovsk, oblast de Rostov-sur-le-don et république du Tatarstan) ont déjà des contacts avec la France mais présentent un profil très différent, tant en termes de localisation géographique qu'en termes de spécialisation économique. Les différences culturelles entre ces trois entités sont également nombreuses.

Nous n'avons pas la prétention de pouvoir identifier précisément, aujourd'hui, les régions russes les plus ouvertes aux opérateurs économiques étrangers. A cet égard, nous estimons qu'il revient à ces mêmes opérateurs de choisir la région dans laquelle ils souhaitent investir, en tirant notamment les enseignements des expériences menées par d'autres acteurs économiques, les ayant précédés sur le terrain.

Moscou offre bien sûr des infrastructures très développées, mais l'ensemble des conditions souhaitées pour investir peut aussi se trouver dans les régions russes. Comme l'a souligné Jean Lemierre, il deviendra en tout cas de plus en plus dur de vendre en Russie sans y investir. Le préalable consiste alors à identifier des partenaires, dans le cadre de projets à long terme.

Intervention de représentants de régions russes

I. Région de Rostov

Vladimir TCHOUB, Gouverneur de l'oblast de Rostov

Rostov constitue une ville centrale de la vaste région de Rostov située au sud de la Fédération de Russie. Il y a près de cent ans, des entreprises françaises étaient déjà présentes sur ce territoire et une Mission permanente de la France y était déjà implantée. Quoique dépourvu de réserves de pétrole ou de gaz, notre oblast a connu une croissance économique de 44 % au cours des quatre dernières années. Dans les années 70, les relations entre notre région et la France ont connu un renouveau, avec par exemple la participation de nos spécialistes à une usine de fabrication d'aliments pour enfants. Nous modernisons aujourd'hui cette entreprise mais seules des entreprises russes prennent part à cette modernisation. Une société d'actionnaires, dont l'Etat ne détient que 13 %, a également vu le jour dans le cadre de la coopération entre nos deux pays. Récemment aussi, cette coopération a concerné une entreprise d'aviation appartenant à l'Etat.

Une entreprise de la région fabriquant des automobiles a connu un sort moins favorable : après des pourparlers avec la société Citroën, il avait été convenu que cette entreprise fabriquerait des pièces détachées du modèle Berlingo mais cette coopération a dû être interrompue car Citroën avait d'autres engagements à honorer et ne pouvait pas tout mener de front. Hyundai, l'une des toutes premières firmes coréennes, a finalement repris le flambeau, permettant ainsi à l'un des meilleurs exemples de coopération entre notre région et un investisseur étranger de voir le jour. Une autre société de la région travaille en collaboration avec Airbus depuis quelques années. Cette entreprise a toutefois été rachetée par Alkoy et nos collègues français n'ont pas réagi, suite à ce rachat. Dans le domaine agricole, certaines entreprises produisent de l'huile de tournesol et depuis quelques années les entreprises françaises travaillent dans notre région, sur différents maillons de la chaîne (transport...). Codex est ainsi présent dans la région, et plusieurs sociétés de consultants réalisent aussi quelques missions sur le terrain. Des projets existent aussi avec de grandes enseignes comme Auchan. Les infrastructures de la région sont compétitives vis-à-vis de celles qu'offre par exemple la région de Moscou, et il existe une coopération étroite entre la région de Rostov et les autres régions russes. Nous avons des représentants dans 20 pays du monde et il existe un certain nombre de sociétés d'actionnaires dont l'Etat ne détient qu'une part minoritaire. Elles oeuvrent par exemple dans le domaine maritime. Les entreprises de Rostov entretiennent des relations économiques avec 110 pays du monde et les échanges commerciaux de la région se sont élevés à 3 milliards d'euros en 2004. Ils ont concerné en particulier les secteurs de l'aviation, de l'agroalimentaire ou encore des équipements techniques.

Si le secteur agroalimentaire occupe une place prédominante aujourd'hui dans la coopération avec les entreprises étrangères, nous avons d'importants projets de coopération avec d'autres régions dans les domaines bancaire et financier. Un de ces projets concerne par exemple une institution financière travaillant régulièrement avec la BERD. La région de Rostov constitue sans nul doute une des plus attractives pour les investissements étrangers, en particulier pour les petites et moyennes entreprises. Les documents remis aux participants à cette journée détaillent les nombreuses réformes mises en oeuvre au cours des dernières années et la qualité des infrastructures proposées. Nous pouvons notamment nous appuyer sur des établissements universitaires de toute première qualité, qui organisent des échanges réguliers avec la France. Des contacts réguliers ont également lieu entre notre région et diverses institutions françaises, comme en témoigne encore la visite de Christine Lagarde, au mois de septembre dernier, dans la région de Rostov.

II. La république du Tatarstan

Khafiz SALIKHOV

Le Tatarstan est une des principales régions russes et accorde une importance particulière au développement des relations économiques avec la France. La capitale de notre république a célébré récemment son millième anniversaire et de nombreuses villes du pays organisent des programmes d'échange avec la France, notamment au niveau des écoles. Nos contacts et les échanges sont de plus en plus nombreux dans ce domaine et le Tatarstan dispose dorénavant d'une reconnaissance internationale qui n'est plus à démontrer. Nous coopérons ainsi avec plus de cent pays, en tenant compte des intérêts de la Fédération de Russie et de ceux de nos entreprises. Nous avons signé des accords de coopération avec plus de vingt pays étrangers et avec leurs régions.

L'un des principaux enjeux de la politique extérieure de la Fédération de Russie consiste à créer un climat d'affaires favorable aux investissements et au développement de la production. La France dispose d'une expérience riche de ce point de vue et constitue donc l'un de nos partenaires privilégiés.

Comme le soulignent les agences internationales, le climat économique et politique du Tatarstan est favorable aux investissements. Parmi nos sociétés phares figurent des entreprises pétrochimiques ou encore une usine de production d'hélicoptères, qui bénéficient d'une notation supérieure à la notation moyenne des entreprises de la Fédération de Russie. Les perspectives d'investissement dans notre république sont orientées favorablement, notamment grâce à un fonds de développement de l'activité qui a été mis en place. Le développement des infrastructures constitue un des axes importants que nous souhaitons privilégier. Plus de 13 parcs industriels et technologiques existent à ce jour au Tatarstan et ces structures sont parmi les rares, dans notre pays, qui soutiennent les start-up ainsi que les PME. Le domaine des nouvelles technologies et en particulier les technologies de communication constituent un des secteurs privilégiés de développement économique de la région et de nombreuses entreprises voient le jour autour de ces spécialités.

Il est impossible d'accroître le niveau d'activité au sein de notre république sans créer les mécanismes et conditions favorables à cette activité. La république du Tatarstan figurera parmi les meilleures régions de la Fédération de Russie en 2006 et occupera le 3ème rang du classement de ces régions, après Moscou et Saint-Pétersbourg. En 2005, le PIB de la région a doublé et il devrait encore doubler entre 2005 et 2010. La république présente une structure de PIB singulière, avec une part de 45 % dévolue à l'industrie, devant le commerce et l'alimentation collective, la construction, l'agriculture et le secteur « transports et communications ». La république du Tatarstan est aussi une des rares régions du monde qui possède ses propres usines de construction avionique.

Certes tout n'est pas rose et notre république rencontre aussi des difficultés dans un certain nombre de domaines. Nous comptons nous attacher à résoudre ces difficultés, avec l'aide de partenaires extérieurs, le cas échéant. Pour finir, je puis vous assurer que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour accorder l'importance nécessaire à chaque projet d'investissement qui nous ferait l'honneur de concerner la république du Tatarstan.

III. L'oblast de Sverdlovsk

Viktor KOKCHAROV

De nombreux orateurs ont souligné le caractère favorable aux investissements étrangers de l'évolution économique et politique de la Russie. Les hommes d'affaires occidentaux semblent être passés, en 2005, du stade de l'observation à celui, plus actif, des investissements et il faut s'en réjouir. La Russie connaît une croissance élevée et entreprend de nombreuses réformes politiques et économiques qui créent les conditions favorables au bon fonctionnement de la communauté d'affaires russe et internationale.

La région de Sverdlovsk, une des plus développées de la Fédération de Russie, en offre un très bon exemple. Située au coeur de la Russie, à la frontière entre l'Europe et l'Asie, elle dispose d'une superficie représentant environ la moitié de la France, pour 4,5 millions d'habitants. La région de Sverdlovsk est une des plus riches, et dotée en particulier de ressources minières importantes (manganèse, cuivre, or...). La région occupe le 3ème rang russe en termes de volumes de production industrielle et le 5ème rang concernant le volume de services commerciaux. Selon nos prévisions, le Produit régional Brut devrait croître de 8 % en 2005 et les ressources des ménages devraient progresser de 13 %, en termes réels, au cours de l'année.

La région de Sverdlovsk s'avère cruciale pour les transports, aériens et terrestres, tant au plan russe qu'au plan international : elle joue le rôle de centre de distribution pour la région de l'Oural et l'ensemble de l'ouest de la Sibérie. Le développement des relations commerciales extérieures est par ailleurs favorisé par la représentation de la région dans de nombreux pays. Nous souhaitons accueillir les Missions économiques d'un plus grand nombre de pays et nous travaillons avec la France à l'ouverture d'une représentation diplomatique dans notre région. L'Agence Standard & Poor's a confirmé la note B+ attribuée à notre région et nous figurons parmi les cinq premières régions favorables aux investissements en Russie. Au cours des trois dernières années, les investissements directs étrangers ont été multipliés par huit, avec près de 4 milliards d'euros investis depuis 2004. Sur les neuf premiers mois de l'année, les investissements en capitaux propres ont crû de 21 %. En termes de perspectives, à titre d'exemple, au cours des cinq prochaines années, la production d'aluminium devrait doubler et celles d'acier et de cuivre devraient connaître une croissance considérable.

La région de Sverdlovsk est également bien intégrée dans le circuit des relations internationales et sur les neuf premiers mois de l'année, nos échanges extérieurs ont représenté 4,7 milliards d'euros. Les sociétés de production opérant dans la région sont par exemple Duferko, Stoppany, Pepsi, Coca-Cola ou encore APP. Des projets importants de construction d'hôtel sont actuellement en cours de réalisation (« Park Innovation », « Residors SAS Group »...). S'agissant de la coordination avec la France, la société Bouygues a entamé la construction de l'hôtel Hayat (investissement de 80 millions d'euros) et la même société travaille à un projet de construction d'un quartier d'affaires (investissement d'1 milliard d'euros). La firme Auchan compte également ouvrir plusieurs supermarchés dans la région et les firmes Areva et Air Liquide ont déjà engagé des coopérations avec des firmes de la région.

Le PIB de la région devrait tripler à l'horizon 2015, tandis que la production industrielle et la production agricole doubleraient sur la même période. La politique publique visant à favoriser les investissements se traduit notamment par l'apport d'un certain nombre de garanties et par la participation à un Conseil des investissements étrangers, qui fait le point régulièrement sur les projets d'investissements existants. Ainsi, 70 projets, adossés à un plan d'affaires précis, existent actuellement. Des allègements fiscaux sont également accordés à un certain nombre de projets d'investissement étranger. Je soulignerai enfin que les habitants de notre région aiment les biens français tels que les automobiles, l'habillement ou encore les cosmétiques et une cuisine raffinée, que nous apprécions au plus haut point lors de toutes nos célébrations !

IV. Questions avec la salle

Françoise BARRY, EcoRussie

Le problème démographique de la Russie a été évoqué au cours des exposés. Les Gouverneurs des régions agissent-ils pour améliorer la situation de ce point de vue ?

Vladimir TCHOUB

Aujourd'hui, le taux de naissances fluctue dans la région de Rostov : après avoir progressé l'an dernier, il est en recul cette année. Nous espérons stabiliser ce taux de naissance, qui est fortement lié au niveau de vie et aux perspectives économiques des ménages. L'immigration est très forte dans nombre de républiques russes et de nombreux russes émigrent de Russie. Depuis trois ans, de grands projets sociaux, dans le domaine de l'éducation ou de la santé ont été lancés et nous réorganisons par exemple le système de l'éducation, sans construire de nouvelles écoles, car nous n'en avons plus besoin depuis plusieurs années. Mais nous nous réjouissons d'avoir de nouveau besoin de crèches. Pour le reste, les infrastructures disponibles sont rénovées et améliorées, par exemple concernant les hôpitaux, qui ont été mis au niveau des standards européens. Dans le domaine énergétique, seules 14 mines sont restées ouvertes alors qu'il en existait 65, il y a encore quelques années. Cela signifie qu'une part importante de la population a été mise au chômage, ce qui n'est pas sans effet sur la démographie de notre région. Les efforts engagés doivent en tout cas être maintenus, en offrant des chances égales à toutes les régions. Si nous persévérons tous ensemble, je suis persuadé que nous pourrons redresser la situation démographique dans les trois ou quatre prochaines années.

Irène LE BRETON, responsable export, société Imphy Alloys

Nous fabriquons des alliages pour l'industrie électronique et celle-ci n'a pas du tout été évoquée. Est-elle absente des régions présentées ? Par ailleurs, vous avez indiqué que Citroën et Airbus avaient connu des difficultés dans la région de Rostov. Quelles sont les raisons de ces difficultés ?

Vladimir TCHOUB

L'usine d'assemblage que vous évoquez a été construite par Daewoo, qui a fait faillite. Seul l'entrepreneur russe est donc « resté à bord » du projet. Pendant une certaine période, l'usine a connu des difficultés et a recherché un partenaire. Nous avons alors identifié Citroën et j'ai moi-même participé aux négociations. Des Berlingo nous ont alors été envoyés pour être assemblés en Russie mais du fait de la demande en Europe, le projet a cessé après l'assemblage de 3 000 voitures. La société Hyundai est alors arrivée en nous proposant un nouveau projet, qui verra le jour l'an prochain pour l'assemblage d'environ 120 000 voitures par an. Aujourd'hui, Hyundai produit deux modèles dans notre région et plus de 40 000 automobiles ont d'ores et déjà été assemblées.

Quant à la situation du secteur électronique, il s'agit d'un dossier dont la situation devrait être présentée de façon détaillée, et nous manquons de temps pour ce faire. Je vous invite donc à vous tourner vers mon adjoint pour de plus amples explications.

Andrei LAVRINENKO, Directeur du développement d'affaires Europe de l'Est-Russie, General Electric

Existe-t-il des problèmes de réserves d'électricité dans les trois régions russes présentées ?

Vladimir TCHOUB

Nous avons du charbon et ce secteur a connu de profondes transformations, à l'image de ce qui a prévalu en Grande-Bretagne, lorsque les mines ont fermé. Ce fut donc une période douloureuse, mais la centrale nucléaire de Volgodon a rapidement pris le relais, avec l'aval de l'Agence internationale de l'Energie. Cette centrale fonctionne bien et a permis d'accroître les réserves d'électricité du sud de la Russie. Il est possible toutefois qu'il nous manque de l'électricité. C'est pourquoi nous sommes en discussion avec le gouvernement afin de lancer une deuxième tranche de cette centrale. Ce projet est aujourd'hui considéré comme prioritaire pour la région.

Valery DRAGANOV

La crise démographique a touché tous les pays en développement et nous la ressentons avec force car l'espérance de vie des Russes est sensiblement inférieure à celle des pays européens. Ce constat résulte à la fois d'une Histoire difficile au cours des derniers siècles et de la crise sociale de ces dernières années. L'une des priorités de la politique du gouvernement est la politique démographique. Une possibilité d'amélioration de la situation consiste à investir dans le capital humain : celui-ci doit désormais prendre la place qui lui est due, faute de quoi nos discours sur la lutte contre la pauvreté et l'émergence d'une classe moyenne resteront lettre morte. Le temps nous est compté et je ne peux m'étendre sur le sujet ; mais nous avons conscience de ces enjeux et nous comptons nous y atteler activement.

Khafiz SALIKHOV

Je mentirais si j'affirmais que nous ne connaissons pas de problème démographique. La république du Tatarstan fait partie des régions où, grâce aux flux migratoires, la situation démographique est la moins dramatique, mais il reste beaucoup à faire en la matière. En termes de qualité de vie, le Tatarstan figure parmi les régions de premier plan en Russie, et sans doute des facteurs propres à notre région jouent-ils en notre faveur. Nous avons mis en place un programme d'amélioration de la qualité de vie afin de consolider nos atouts en la matière. Il prévoit par exemple la possibilité d'hypothèques pour les jeunes ménages qui souhaitent accéder à la propriété. Un programme de mesures visant le secteur de la santé et celui de l'éducation est également à l'étude.

Concernant l'énergie électrique, notre compagnie Tatenerg s'avère tout à fait autonome et nous produisons même de l'énergie destinée à l'exportation. Il s'agit de gaz, à 80 %.

Viktor KOKCHAROV

Le problème démographique concerne aussi au plus haut point la région de Sverdlovsk, où le taux de mortalité dépasse le taux de natalité. Différentes mesures ont été prises au niveau national pour endiguer le taux de mortalité et au niveau régional, plusieurs programmes ont été mis en oeuvre. Ils visent par exemple la protection de la santé des mères et des jeunes enfants. Nous avons également construit plusieurs maternités et centres d'accueil post-accouchement. Un programme est dédié plus spécifiquement à la santé des hommes, qui constitue un enjeu de santé publique particulièrement important. Un programme de lutte contre le cancer a également été lancé (la région dispose d'ailleurs d'un des principaux centres européens de lutte contre le cancer) et des efforts similaires sont déployés en direction des maladies cardiovasculaires. Je ne doute pas que tous ces efforts devraient porter leurs fruits au cours des prochaines années.

Valery DRAGANOV

Je signale que des discussions sont en cours, au niveau fédéral, concernant l'ouverture à la concurrence du secteur de l'énergie. Si la fin des monopoles se heurte à un certain nombre de résistances psychologiques, je puis vous assurer que le mouvement d'ouverture vers le secteur privé va se poursuivre et que le niveau des investissements privés dans ce domaine ne sera jamais trop élevé.

Comment recruter ses collaborateurs en Russie ?

Débat animé par Caroline MORANGE, rédactrice en chef, Le Courrier de Russie.

Avec :
Laurence BAPAUME, Directeur associé, Brainpower ;
Elisabeth GORODKOV-GOUTIERRE, Directeur associé, Bureau de représentation à Moscou, TPA ;

Bruno METZ, Directeur général associé, RH Partners ;
Sophie VERGNAS, Directeur associé, Amrop Hever Russie, CCEF.

I. La formation en Russie

Caroline MORANGE

Quelles sont les particularités du système de formation russe ?

Laurence BAPAUME

L'enseignement supérieur russe se distinguer par une pluralité d'établissements, essentiellement publics : universités (où sont enseignées toutes les matières fondamentales) et instituts, généralement spécialisés (par exemple en finances). Ces instituts se sont adaptés au marché et on a ainsi vu émerger de nouvelles matières (marketing, communication, relations publiques), alors que les sciences dominaient le paysage de la formation universitaire jusqu'en 1992 ou 1995.

Elisabeth GORODKOV-GOUTIERRE

Il est vrai que le niveau d'études est bon. La formation supérieure est sans doute plus théorique que celle qui existe en France : les stages sont rares, et il existe peu d'écoles de commerce de niveau européen. En revanche, les programmes d'échanges avec des universités européennes ou américaines se multiplient, ce qui permet aux entreprises de trouver les spécialistes répondant à leurs besoins.

Caroline MORANGE

Je signale que vous trouverez dans votre dossier une liste de ces programmes d'échange.

Qu'en est-il concernant les formations techniques et commerciales, Elisabeth ?

Elisabeth GORODKOV-GOUTIERRE

Nous avons tendance à ne recruter que des diplômés de niveau Bac+5 car nous avons du mal à appréhender le niveau réel des étudiants de qualification inférieure. Le cursus d'enseignement s'étale sur onze années mais le niveau Bac+2 n'est pas équivalent à celui des BTS français, par exemple. Pour les diplômés de niveau inférieur à Bac+5, il existe aussi un problème de langue, puisque très peu des russes de ces niveaux de qualification parlent une langue étrangère.

Bruno METZ

Il faut également citer le programme mis en place par le Président Poutine pour la formation des managers, en particulier au sein des PME. Un autre programme, le Manager Training Programme (MTP), financé par la Commission européenne, a été mis en place. Il vise à former des managers russes en France, dans des entreprises françaises et européennes, sur un, deux ou trois mois. Depuis 2002, environ 1 500 managers russes ont bénéficié de cette formation et ce cycle de formation se poursuivra en 2006.

Caroline MORANGE

Quelles sont les attentes des entreprises étrangères du point de vue linguistique ?

Bruno METZ

Je trouve le niveau en langues des jeunes russes satisfaisant, notamment grâce aux formations complémentaires en langues qu'ils suivent souvent.

Elisabeth GORODKOV-GOUTIERRE

Cela dit, très peu de jeunes russes sont francophones et les diplômés de niveau Bac+5 privilégient la pratique de l'anglais, de façon compréhensible dans un contexte international. Rechercher un excellent candidat et mettre un point d'honneur à ce qu'il pratique la langue française me semble pouvoir être une source de difficultés : mieux vaut miser sur le professionnalisme du candidat et sur sa maîtrise de l'anglais. Par ailleurs, le niveau en langues étrangères est souvent moins bon dans les régions, du moins pour la pratique orale des langues.

II. Comment recruter ?

Caroline MORANGE

Le bouche-à-oreille était très utilisé pour recruter. Est-ce toujours le cas ?

Bruno METZ

Il présente l'avantage d'un coût évidemment modéré. Cela dit, cette pratique peut présenter un certain nombre d'inconvénients, et le recrutement peut s'avérer encore plus coûteux que le recours à un cabinet de recrutement, si on a recruté la mauvaise personne. Il faut s'assurer que le candidat sera en adéquation avec l'environnement du poste et la politique de l'entreprise, et de ce point de vue le bouche-à-oreille peut constituer une méthode aux résultats aléatoires.

Sophie VERGNAS

Il me semble que le bouche-à-oreille peut constituer un atout important en Russie car le coût d'entrée dans ce pays, en termes de recrutement, est élevé. Les entreprises doivent donc savoir utiliser leurs contacts et le bouche-à-oreille me paraît le moyen le plus rapide et le moins coûteux de démarrer un recrutement (même s'il faut l'utiliser avec précaution si on connaît mal le pays).

Caroline MORANGE

Qu'en est-il du marché des annonces ?

Sophie VERGNAS

Il y a quinze ans, nous utilisions certains journaux russes pour les petites annonces mais la presse spécialisée, susceptible de répondre aux attentes des employeurs s'est faite très rare au cours des dernières années.

Elisabeth GORODKOV-GOUTIERRE

Les annonces sont peu chères en Russie (de 500 à 1 000 dollars) mais leur rentabilité est très mauvaise : il n'existe pas de presse spécialisée et Internet peut constituer un outil plus efficace dans les grandes villes. Les jeunes russes utilisent fortement Internet et de nombreux sites d'emploi existent.

Caroline MORANGE

Existe-t-il une culture de réponse aux annonces de presse, en matière d'emploi ?

Elisabeth GORODKOV-GOUTIERRE

Les gens répondent à des annonces mais cela vaut surtout pour Internet. De façon plus surprenante, les candidats sollicitent les cabinets de recrutement et considèrent qu'il s'agit de loin du moyen le plus efficace de trouver un emploi. Du côté des recruteurs, il faut signaler qu'il n'existe généralement pas d'annuaire des anciens, dans les établissements d'enseignement supérieur, ce qui constitue une difficulté supplémentaire.

Caroline MORANGE

J'ai aussi fait l'expérience de candidats faisant parvenir leur candidature mais sans préciser quel poste ils recherchaient.

Par ailleurs, comment est structuré le marché professionnel du recrutement ?

Laurence BAPAUME

Le marché est composé d'agences de chasseurs de tête d'envergure nationale ou régionale. La ville de Moscou compte ainsi une centaine de sociétés opérant dans le recrutement mais une large part d'entre elles est constituée de sociétés russes, qui ne constituent peut-être pas le meilleur appui pour trouver un candidat capable de s'adapter facilement à une approche occidentale.

S'agissant de la chasse de tête, précisons que le chasseur de tête doit faire de « l'approche directe », c'est-à-dire contacter directement le candidat pour lui proposer un autre poste. C'est le type d'approche qu'on réserve généralement en France aux postes de dirigeants. Il faut également préciser que le niveau des salaires pratiqués en Russie est très élevé. Dans certaines professions, le salaire moyen est même largement supérieur à celui qui est proposé pour un poste équivalent en France.

Caroline MORANGE

Qu'en est-il de l'intérim ?

Laurence BAPAUME

Il n'existe pas de cadre législatif pour l'intérim en Russie et cette activité n'existe quasiment pas. Certaines sociétés comme Manpower le pratiquent en quelque sorte de façon déguisée mais cela représente peu de chose.

III. Comment motiver ?

Caroline MORANGE

Quels sont les arguments que les entreprises peuvent mettre en avant pour motiver leurs collaborateurs ?

Bruno METZ

Le turn over est d'environ 30 % en moyenne en Russie, ce qui constitue un niveau élevé. Une des raisons de ce constat réside sans doute dans la façon dont sont recrutés certains candidats de middle et top management : souvent, faute de candidats, les candidatures sont acceptées sans le moindre entretien préalable d'embauche.

Plus largement, le premier facteur de motivation d'un candidat russe sera le salaire. Le deuxième sera le renom de l'entreprise. L'intérêt des missions confiées et la recherche d'une évolution professionnelle font également partie des préoccupations des candidats.

Sophie VERGNAS

Pour le middle management, l'entreprise doit avoir une image de marque et une belle histoire à raconter. Il est vrai que le salaire est important mais je ne pense pas que ce soit l'élément déterminant de la fidélisation de vos employés. De plus, le « package social » est aujourd'hui considéré comme aussi important que le salaire : la sécurité sociale, une assurance vie et les retraites font désormais partie des aspirations des salariés russes.

Caroline MORANGE

Les PME n'ont-elles pas du mal à rivaliser avec les grands groupes sur le terrain du recrutement ?

Sophie VERGNAS

Elles auront toujours du mal à concurrencer les grands groupes mais elles disposent d'un atout fabuleux : elles ont une histoire à raconter à leurs employés.

Elisabeth GORODKOV-GOUTIERRE

Depuis quinze ans, nous avons pu remarquer que les collaborateurs s'attachaient fortement à leurs supérieurs hiérarchiques. Ce degré d'attachement est d'ailleurs beaucoup plus important qu'en Europe. Ceci peut d'ailleurs présenter des conséquences à prendre en compte : le départ d'un cadre peut ainsi entraîner celui d'autres collaborateurs.

IV. Débat avec la salle

Valery DRAGANOV

La BERD compte 750 spécialistes en finances provenant de Russie, dont 250 travaillent à Londres. Nous disposons donc de spécialistes très compétents sur ces sujets et nous attendons le retour de 15 000 d'entre eux, qui souhaitent aujourd'hui revenir en Russie du fait de l'amélioration de la situation économique de notre pays. La réforme du système éducatif russe est en cours et nous comprenons qu'une importance particulière doit être accordée à la formation professionnelle. Le niveau de culture de nos jeunes doit sans doute s'élever, avant que nous puissions faire la promotion de la langue russe. Nous avons cependant l'ambition de faire en sorte que les diplômés russes puissent, à terme, se contenter de parler le russe pour trouver un emploi.

Jérôme LACHUEL

En tant que chef d'entreprise dans le domaine de l'informatique, j'ai recruté en France une trentaine d'ingénieurs russes et le niveau est excellent en Russie pour les sciences, les finances et les langues. Mais beaucoup est encore à faire en matière de marketing et de management. Les entreprises françaises doivent donc consentir des efforts de formation pour apprendre à leurs collaborateurs des méthodes de base dans ces domaines.

Gérard LITIC

Un frein à l'embauche n'a pas été évoqué : le droit du travail russe. Celui-ci comporte de très fortes contraintes, en particulier lorsque le chef d'entreprise souhaite se séparer d'un salarié.

Elisabeth GORODKOV-GOUTIERRE

Le Code du Travail a été révisé en 2002 et il a introduit de nouvelles protections pour l'employé. Il demeure toutefois possible, comme en France, de licencier un salarié pour faute.

Table ronde : Investir et produire à Moscou et dans les régions de Russie

Présidée par :

Jean-François COLLIN, Ministre Conseiller pour les Affaires Economiques et Financières, Ambassade de France en Russie

et par :

Jean-Claude ABEILLON, Président de la Section Russie des Conseillers du commerce extérieur de la France, Directeur général, Cifal

co-animée par :

Guy AUBRET, Président, BelgoHolding Ltd ;

Benoît BECH, Directeur financier, DMT ;

Peter CAIRNS, Directeur général, Axalto.

I. Introduction

Jean-François COLLIN

Je vous propose que nous nous penchions pour commencer sur les raisons pour lesquelles un entrepreneur est amené à envisager de s'implanter en Russie : quels objectifs poursuit-il à travers un tel projet ? S'agit-il d'une étape indispensable pour se développer sur le marché russe ou vendre en dehors de celui-ci ?

Nous pourrons étudier ensuite quelles difficultés se font jour lorsque des sociétés françaises souhaitent investir en Russie. Mais je vous propose d'abord de commencer par un tour de table afin que chacun se présente.

Jean-Claude ABEILLON

La Section Russie des Conseillers du commerce extérieur regroupe 45 entreprises, dont la plupart sont implantées à Moscou. Toutes ces entreprises ont investi dans des réseaux de vente ou d'achat en Russie. Une quinzaine d'entre elles produit des services localement et une douzaine ont une production plus industrielle. Plusieurs de ces entreprises sont aujourd'hui devenues de gros employeurs dans le pays. C'est le cas, par exemple, d'Auchan, dont l'effectif dépasse 2 000 personnes, ou de Renault, dont l'effectif dépasse 1 200 personnes.

II. Les raisons d'une implantation en Russie

Peter CAIRNS

Axalto a décidé de s'implanter en Russie il y a trois ans afin de conquérir de nouvelles parts de marché, sur des produits tels que les GSM, les cartes SIM et les cartes bancaires. Depuis trois ans, je suis chargé de la mise en place d'un centre de production en Russie. En dix mois, notre part de marché est passée de 10 à 35 %. Nous avons ainsi pu, pour un investissement initial relativement modeste (5 millions d'euros), bénéficier d'un retour sur investissement sur neuf mois. De toute évidence, notre intérêt pour le marché russe repose d'abord sur la croissance de ce marché.

Jean-Claude ABEILLON

Ce retour sur investissement était-il plus rapide que vous ne l'aviez envisagé au départ ?

Peter CAIRNS

Ce retour sur investissement était conforme à ce que nous avions prévu.

Guy AUBRET

Je suis Président de BelgoHolding, propriétaire de filiales agroalimentaires en Russie, en particulier dans la filière porcine. Je travaillais auparavant en France, pour une société dont le volume des exportations vers la Russie était tel qu'il est rapidement apparu comme une évidence que nous devions implanter une unité de production sur place.

Je me suis ainsi retrouvé en charge de l'implantation d'un site de production en Russie avec pour engagement de développer une filière porcine, des élevages à l'abattoir en passant par la recherche en génétique. La production a démarré en 2001 et nous avons aujourd'hui 10 000 truies. La Russie a joué un rôle de précurseur dans le monde porcin il y a quelques années, en conséquence de quoi les ratios de productivité s'établissent aujourd'hui au niveau des standards européens et américains.

Benoît BECH, Directeur financier, DMT

DMT conçoit, fabrique et exporte des usines clés en main dans le domaine de l'emballage plastique. Il s'agit de gros ensembles industriels de 100 à 200 mètres de long, réalisés à travers des contrats de deux ans. DMT réalise un chiffre d'affaires d'environ 100 millions d'euros depuis deux ans et a quadruplé son chiffre d'affaires en cinq ans. Nous réalisons 100 % de nos ventes à l'export. Le marché russe a disparu pendant une dizaine d'années mais le maintien d'une veille commerciale nous a permis de rester vigilants. Nous avons décidé, en 2000, d'ouvrir un bureau de représentation, en embauchant des personnes que nous connaissions qui travaillaient dans les sociétés d'Etat de la chimie. Ces personnes ont joué un rôle de « défrichage » et de redécouverte de la Russie, pendant trois ans, avant la signature du premier contrat. Le marché russe est aujourd'hui, pour notre société, un des tout premiers marchés, devant la Chine. C'est ce qui justifie le renforcement de notre dispositif sur place : de nouvelles prestations, comme la logistique ou le suivi de chantier, deviennent en effet indispensables pour garantir notre compétitivité sur ce marché en devenir.

Jean-Claude ABEILLON

Je vais maintenant m'exprimer en tant qu'acteur économique et directeur général de la société CIFAL. Celle-ci a fait partie des premières sociétés officiellement accréditées. Nous étions une société d'ingénierie technique qui vendrait des usines clés en main et nous nous sommes transformés, au début des années 90, en une entreprise spécialisée dans la vente à l'industrie, en nous concentrant sur l'énergie et en utilisant Moscou comme base pour nous implanter sur les autres territoires de la CEI : républiques du pourtour caspien et, plus tard, l'Ouzbékistan. Plus tard, à compter de l'année 2000, la stabilisation politique et économique nous a permis de continuer à accompagner les évolutions du marché russe, devenu plus mature, en nous organisant par filières industrielles et en ouvrant des filiales de droit russe.

Jean-François COLLIN

On voit que les motivations peuvent être différentes, suivant les cas. La Russie ne semble pas être, en tout cas, un marché de délocalisation de production pour des produits ou services qui ne seraient pas destinés au marché russe.

Philippe PINTAT, Evariste International

Je travaille pour le développement de PME en Russie et dans les pays de l'Est. J'aimerais savoir quel a été le facteur déclenchant des décisions d'investissement présentées, qui concernent des projets de taille importante : un réseau était-il déjà connu par le passé ou une opportunité de financement a-t-elle joué ce rôle de déclencheur ?

Guy AUBRET

Dans notre cas, l'étude de marché était aisée à réaliser : le consommateur russe consommait 35 kgs de porc par an dans les années 90 et ce niveau est tombé à 15 kgs dans les années 2000, notamment pour des raisons de pouvoir d'achat. La Russie a protégé son marché par des quotas afin de favoriser les productions locales. Cela constituait une opportunité intéressante pour nous. J'ai ainsi monté un fonds d'investissement avec quelques amis, en investissant 15 millions d'euros pour la première tranche. Il a ensuite fallu rassembler des compétences : spécialistes de l'élevage, de la génétique, de la production d'aliments. Nous avons ainsi pu démarrer les premières fermes avec de nouvelles technologies, afin de valider nos savoir-faire avant d'étendre la démarche, en ouvrant le capital à un partenaire russe. Nous disposons aujourd'hui de six installations, dont le coût unitaire est de 25 millions d'euros.

De la salle

Quel est votre partenaire russe ?

Guy AUBRET

Il s'agit d'un industriel déjà présent dans le domaine de la viande, qui souhaitait intégrer l'ensemble de la production.

Jean-François COLLIN

Comment s'est fait le choix de ce partenaire ?

Guy AUBRET

En fait, j'ai omis de préciser qu'en même temps que nous nous installions, nous avons été approchés par une banque russe qui nous a ensuite aidés financièrement dans notre développement.

Daniel HALIMEN, Lafarge

Nous sommes présents en Russie depuis 1996. Nous examinons aujourd'hui la faisabilité d'un accroissement des capacités de production à travers la construction d'une usine. Quelles sont les difficultés rencontrées par les entreprises pour les procédures de permitting et pour le choix des entreprises qui vont les accompagner dans la réalisation de leurs projets ?

Benoît BECH

Aucun de nos clients n'est un nouveau venu. Ce ne sont pas nécessairement des spécialistes de la pétrochimie mais toutes ces sociétés avaient déjà une expérience de la gestion de projet et de construction d'ouvrages à vocation industrielle ou commerciale. Ce n'est pas suffisant car notre activité comporte un important volet technique, avec de nombreux paramètres à respecter (notamment sur le plan environnemental). En tant que responsables de la prestation globale, qui inclut jusqu'à l'architecture des bâtiments industriels qui vont héberger les lignes de la production, nous devons délimiter le champ d'intervention des différentes parties prenantes. Nous définissons ainsi précisément, dans le contrat, les limites de responsabilités de chacune des parties et nous sommes toujours d'accord avec le client quant au choix de la société qui assurera la supervision du chantier. Nous sommes donc présents dès le premier coup de pioche.

Ainsi, pour deux des quatre premiers projets que nous avons conduits, nos clients ont travaillé avec la société d'ingénierie allemande U2, laquelle peut se prévaloir de références solides dans le domaine de la pétrochimie. Il faut également signaler qu'une fois sur deux, les bâtiments qui nous sont fournis ne sont pas neufs : il s'agit souvent de bâtiments cédés par les autorités locales, en contrepartie de quoi nous devons reprendre le personnel local, en situation de chômage technique suite à l'abandon de certaines activités. C'est là une spécificité de la Russie, laquelle peut générer de réelles difficultés pour les ingénieurs, du fait de la configuration des locaux, qui n'est pas forcément adaptée aux nouvelles activités que nous entendons promouvoir. Néanmoins on ne peut pas toujours refuser ce type de proposition, qui permet d'alléger significativement le coût d'un projet.

Jean-Claude ABEILLON

Je voudrais souligner que l'investissement en Russie ne suppose pas nécessairement un investissement industriel : de nombreux producteurs de services sont en effet présents aujourd'hui parmi nous, dont certains se sont mis à leur compte ou interviennent pour le compte de sociétés internationales (services juridiques et fiscaux, services bancaires, etc.). Depuis le début des années 90 et pendant au moins une dizaine d'années, les acteurs qui ont investi sur le marché se sont pratiquement abstenus de faire appel aux ressources publiques. Cela n'a pas empêché, malgré tout, que de nombreux investissements se réalisent.

S'agissant du choix du partenaire, la diversité des situations est grande. On peut cependant observer qu'au cours des années 90, plusieurs cas de spoliation sont survenus mais ont donné lieu à des actes de régulation plus ou moins efficaces, souvent en fonction du soutien apporté par les institutions publiques qui accompagnaient l'investisseur étranger. On peut se souvenir que Danone a réalisé son premier investissement en Russie en rachetant l'usine « Bolchevik » de biscuits secs, située au coeur de Moscou. A contrario, Michelin a investi récemment sur un terrain vierge. Dans le fond, tout se rapporte à une question de rapports de force. On peut aussi constater la mise en oeuvre de stratégies radicalement différentes, dans le secteur pétrolier ; ainsi, BP a fait le choix de s'associer à des oligarques russes, tandis que Total s'est toujours refusé à le faire.

Nicolas KATCHAROV, Electricité de France

EDF a fait quelques tentatives d'opérations sur le marché russe dans les années 90, avant 1998, et a investi des fonds importants, à la hauteur des besoins du marché énergétique russe. Ces projets ont ensuite été arrêtés, à partir du moment où les profits commençaient à se faire jour. Nous maintenons aujourd'hui une présence plus diplomatique qu'industrielle dans le pays, en attendant de connaître la suite des évènements. Percevez-vous, pour votre part, un changement de comportement de la part de l'appareil d'Etat, des gouverneurs et des décideurs publics ?

Jean-Claude ABEILLON

Lorsque EDF a cessé ses efforts, je crois que cela n'était pas dû uniquement au marché russe : l'Entreprise rencontrait alors des difficultés importantes en Amérique latine et en Italie.

Pascal LE MIERE, Veolia Environnement

La loi sur les concessions a fini par voir le jour, après quatre ou cinq ans de palabres. Or, l'une disposition de cette loi pourrait faire pièce au protectionnisme évoqué ce matin : il est en effet dorénavant obligatoire de publier les appels d'offres, lorsqu'une ville ou une collectivité locale confie à un partenaire privé la gestion de certains de ses services urbains. Pensez-vous que ces dispositions ont des chances d'être appliquées aujourd'hui en Russie ? Cela permettrait au moins à une entreprise comme la nôtre, intervenant dans les services urbains de l'eau et de l'énergie, de se mettre sur les rangs.

Jean-François COLLIN

Je n'étais pas personnellement présent en 1995 à Moscou mais pour avoir écouté ceux qui étaient alors sur place, le changement semble indiscutable. Il concerne notamment le climat économique, comme cela a été longuement évoqué ce matin, et ce même si toutes les difficultés n'ont pas encore disparu pour autant. Il conviendrait en outre de préciser ce que l'on entend par la notion de « pouvoirs publics » ; la nécessité de faire évoluer les comportements de certains responsables institutionnels, intervenant à différents niveaux de la pyramide, afin que le climat d'affaires soit tout simplement qualifié de « bon », ne fait toutefois aucun doute.

Pour l'heure, il existe des secteurs dans lesquels les conditions d'investissement sont certainement durablement plus délicates qu'ailleurs, en raison du fait qu'ils sont considérés comme stratégiques par les autorités russes. Le secteur de l'énergie en fait évidemment partie, et avant de jeter l'anathème sur les autorités russes, on peut se souvenir que les pouvoirs publics français ont failli considérer que le yaourt constituait, en France, un secteur stratégique. Il ne me paraît donc pas aberrant que des discussions puissent avoir lieu sur ce type de sujet.

Jean-Claude ABEILLON

J'ajoute qu'un remaniement ministériel a eu lieu récemment en Russie. Il a d'ailleurs été largement question, dans la presse, du remplacement de M. Medvedev mais le lendemain, le chef de l'Agence de l'énergie atomique a également été remplacé. Ces limogeages résultent probablement du constat fait, par les autorités russes, de la nécessité d'accélérer la mise en oeuvre des réformes, dans certains domaines particulièrement porteurs.

Jean-François COLLIN

S'agissant des concessions de service public, il est vrai que la loi fixant un cadre aux partenariats public-privé a été adoptée cet été. Les décrets d'application de celle-ci ne sont pas encore parus mais le discours tenu, par les politiques, semble très positif. Nous nous efforçons, pour notre part, d'organiser le débat autour de ces enjeux, notamment avec les autorités locales et avec des entreprises françaises, afin de contribuer à l'évolution des positions des uns et des autres, tout en créant un climat qui favorise la prise des décisions sur lesquelles nous comptons. Ce n'est pas gagné d'avance mais je n'ai pas de raison de ne pas croire les discours tenus, par les responsables politiques, sur ce sujet. Le besoin d'investissement dans les services publics locaux est tel que les collectivités locales devront bien trouver une solution pour mettre à niveau les services de base. Le sujet est très sensible dans l'actualité économique de la Russie. Ce qui peut faire naître une inquiétude tient à la façon dont les poussées inflationnistes semblent donner lieu à une volonté croissante de contrôle de l'Etat fédéral sur la fixation des prix des services locaux : des interrogations pourraient en résulter quant à la viabilité des partenariats public-privé.

Marc-Antoine PARRA, Vinci Construction

J'ai vécu pendant trente-cinq ans en Russie et à différentes questions posées aujourd'hui autour de la question de l'opportunité des investissements en Russie, je répondrai que depuis 1985, ce pays connaît une dynamique tout à fait nouvelle. Le carcan de l'époque soviétique et du pouvoir centralisé et totalitaire qui régnait sous l'ère soviétique est tombé, car ce pays ne connaît pas de juste milieu. Est ainsi survenue une période creuse, pendant laquelle les gens faisaient n'importe quoi. Cela fait partie des outrances qu'a connues ce pays.

Surtout, avec la chute de ce carcan, nous avons vu émerger et croître une formidable volonté de changement et de transformation. Nos interlocuteurs, dans le cadre de projets industriels, étaient souvent âgés de 35 à 40 ans. Il s'agissait d'anciens comptables, mathématiciens, qui ont décidé de se lancer dans les affaires, pour eux et pour leur région ou leur pays. Mikhaïl Gorbatchev avait dit : « entre le communisme et le socialisme, c'est l'Histoire qui jugera ». Il avait aussi déclaré : « Avant, il y avait la Russie et le reste du monde ; il existe désormais la Russie dans le reste du monde ». Ces deux phrases résument parfaitement la métamorphose qu'a connue ce pays, lequel offre tout à la fois des richesses considérables et un état d'esprit très différent de celui auquel nous sommes habitués. Un proverbe russe dit par exemple : « mieux vaut avoir cent amis que cent roubles ». Ceci témoigne également d'un changement des mentalités déterminant pour l'avenir de la Russie.

Pour finir, je soulignerai combien il est indispensable de venir en Russie, dans la mesure où ce pays offre un potentiel considérable. La conclusion de partenariats durable et la promotion du dialogue et de l'échange seront néanmoins indispensables dans une telle démarche.

III. Les freins à l'implantation en Russie

Jean-François COLLIN

Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour investir sur le marché russe ?

Peter CAIRNS

La première difficulté, pour nous, a consisté à trouver un lieu d'implantation. Nous avons ainsi entrepris une démarche avec les agents immobiliers internationaux présents à Moscou et nous avons visité de nombreux bâtiments mais ceux-ci étaient totalement inadaptés à nos besoins. Nous nous sommes finalement installés dans les locaux d'un fabricant de montres afin de démarrer notre activité rapidement. A ce jour, nous n'avons toujours pas trouvé de site définitif d'implantation.

Une autre difficulté tient au temps qui nous a été nécessaire : celui-ci est beaucoup plus important que ce que nous avions envisagé. Les mêmes démarches prennent deux, trois ou quatre fois plus de temps que dans un pays occidental. A chaque fois que l'on pose une question, on obtient une réponse assez vague, et celle-ci varie selon l'interlocuteur auquel on s'adresse. Il n'existe pas de procédure standard pour faire les choses et on découvre les difficultés au fur et à mesure.

Guy AUBRET

Pour notre part, la principale difficulté résidait dans les différences culturelles existant entre la Russie et la France : nous sommes arrivés avec nos normes, et nos interlocuteurs avaient visiblement pour objectif, notamment au sein des administrations, de faire obstacle à notre installation. Ceux qui souhaitaient appuyer nos projets faisaient peu de cas des normes Gost, par exemple, dont la connaissance précise pose de sérieuses difficultés ; mais ceux qui nous étaient moins favorables prenaient appui sur de telles dispositions pour ralentir nos projets.

Benoît BECH

Je m'associe à ces propos. Cela fait effectivement partie des obstacles que nous pouvons rencontrer, sur le terrain. Dans notre industrie (la fabrication de matériaux d'emballage et la chimie fine), nous avons assisté à la quasi-disparition de l'industrie russe. Il a donc fallu identifier et reconstituer les compétences existant dans le pays. La nouvelle génération d'entrepreneurs privés contribue, de façon importante, à faire évoluer les choses : ils perçoivent en effet des besoins d'investissement immédiat dans certains secteurs et contribuent par exemple à reconstituer la filière de l'emballage, qui s'avère tout à fait rentable.

Par ailleurs, depuis deux ou trois ans, le discours politique général suscite et encourage beaucoup plus que par le passé l'investissement dans certains domaines. La Russie semble comprendre l'importance de ses matières premières et incite à ne pas se contenter de les vendre : l'idée consiste à profiter des cours élevés de ces matières pour valoriser ces ressources sur place. Ceci se répercute directement sur les ventes de fabricants d'équipements. Pour le reste, du fait de la perte de compétences qu'a subie la Russie, nos ingénieurs ont passé beaucoup de temps à réapprendre certains savoir-faire aux acheteurs et d'une façon générale le « temps russe » est beaucoup plus long que celui auquel nous sommes habitués dans les pays occidentaux.

Jean-Claude ABEILLON

Je ne vois pas de difficulté spécifique à la Russie, par comparaison avec d'autres implantations que nous avons eu à conduire (au Kazakhstan, en Chine, en Ouzbékistan et au Turkménistan). Et je me demande en fait si la principale difficulté à laquelle nous nous trouvons confrontés, sur le marché russe, ne consiste pas à tenter d'anticiper le prix du baril de pétrole, dont dépend encore beaucoup l'économie russe.

M. ANDERSON, Alson Transport

Il est vrai que les projets prennent toujours plus de temps en Russie. Pourtant, il est également vrai qu'au départ les Russes veulent toujours aller beaucoup plus vite que cela n'est possible de façon réaliste. Par ailleurs, il me semble que si les Chinois ont compris les besoins des fournisseurs occidentaux (qui recherchent l'autofinancement), les Russes exigent un transfert de technologie sur le moindre petit contrat, sans garantir de débouchés plus importants en retour.

Benoît BECH

Nous avons une filiale à Canton et pour avoir moi-même travaillé en Chine, pendant une huitaine d'années, il est vrai que la Russie privilégie une approche différente. Force est également de constater qu'à la différence de la Chine, il existe en Russie une prédominance des acteurs privés.

Nos interlocuteurs russes recherchent en outre, avant tout, la fourniture de produits « clé en main », sans sembler s'attacher à la propriété des brevets ou à la maîtrise des savoir-faire, et souhaitent que les performances soient effectivement délivrées (ce qui dépend aussi de la qualité des opérateurs). Nous ne rencontrons en revanche aucun problème de propriété intellectuelle en Russie.

Jean-Claude ABEILLON

Daniel Haber, conseiller du commerce extérieur et ancien collaborateur de Mme Cresson, a souvent mis en garde les opérateurs économiques contre les transferts de technologie avec la Chine. Les Russes, eux, sont moins actifs sur les marchés extérieurs et les copies ont été plus fréquemment décelées à l'époque soviétique (par exemple dans le domaine verrier). Nous sommes aujourd'hui entrés dans une autre époque.

Mathieu FABRE-MAGNAN, cabinet SALANS

Je confirme que selon mon expérience, la question des transferts de technologie est rarement cruciale dans le cadre de projets d'investissement qui sont menés à bien, en Russie. Il n'existe en effet aucune obligation en la matière. Quant au respect des droits de propriété intellectuelle d'une façon plus générale, la Russie a encore des progrès à faire : il est parfois plus difficile d'acheter un produit accompagné d'une licence que d'acheter un produit contrefait, mais cela concerne surtout les productions audiovisuelles.

Jean-François COLLIN

Je crois que la comparaison avec la Chine peut conduire à des conclusions très différentes, suivant les secteurs. Globalement, le taux d'investissement atteint 50 % du PIB en Chine (ce qui sera difficilement soutenable longtemps) tandis que le niveau d'investissement est beaucoup plus réduit en Russie, ce qui constitue un réel problème pour l'économie russe. Dans certains secteurs, l'industrie russe est confrontée à un problème massif de reconversion industrielle. S'agissant de la propriété intellectuelle, l'accord prévu entre la Commission européenne et la Russie n'est pas encore signé, notamment en raison de difficultés qui viennent d'être évoquées. La question de la contrefaçon pose des problèmes particuliers puisqu'elle touche notamment les médicaments et constitue ainsi une menace pour la santé publique.

David LASFARGUE, avocat, cabinet Gide Loyrette Nouel

En pratique, nous ressentons, à travers nos interventions, une prise de conscience du problème par les autorités russes. Une aide peut être apportée par certaines administrations qui sont compétentes à la fois pour la contrefaçon et la protection des consommateurs. Aborder la contrefaçon sous l'angle de la protection des consommateurs constitue souvent le moyen d'obtenir les résultats les plus efficaces. En matière de transfert de technologie, les droits de propriété intellectuelle constituent rarement une préoccupation de premier plan, même si la question de la protection des savoir-faire se pose.

Véronique ARAUGEON

Je dirige une société de production de produits pharmaceutiques et je crois que la Russie est un pays qui ne produit pas, ou très peu, de produits contrefaits : ceux-ci proviennent en effet avant tout d'Asie et d'Inde.

De la salle, société Griffon

En réalité, les entreprises européennes ont l'impression que les normes européennes sont applicables telles quelles en Russie, et ce n'est évidemment pas le cas. Pour autant, les normes Gost, par exemple, ressemblent d'assez près aux normes européennes. Il suffit donc d'anticiper cette situation car l'intervention en urgence pose toujours plus de difficultés. En revanche, je crois que la situation ne s'améliorera pas : les administrations sont de plus en plus nombreuses à fixer des contraintes car il s'agit aussi d'une source de revenus pour les administrations russes.

Comme je le disais précédemment, les normes européennes et russes sont désormais quasi-identiques. La difficulté découle simplement du fait qu'il n'existe pas de procédure de reconnaissance entre nos pays : tous les tests doivent par conséquent être refaits plusieurs fois. Cela dit, selon mon expérience, les autorités russes ne créent pas d'obstacle artificiel ni insurmontable lorsqu'on demande la délivrance d'attestations de conformité. Les petites administrations peuvent en revanche se montrer très tatillonnes si l'on tente de passer outre la réglementation en vigueur, en matière de normes et de certification.

Gérard MITIC

Je suis à la retraite et j'ai travaillé dix ans en Russie pour l'implantation de Mars et de Danone. Le choix du terrain d'implantation de ces deux géants de l'agro-alimentaire a été entériné le 18 avril 1998. Le 26 juin de la même année, nous obtenions de la part du gouvernement de la région de Moscou l'autorisation de mettre en oeuvre ce projet. Le 30 juin, nous obtenions le permis de construire pour le niveau zéro. En respectant les procédures, tout s'est déroulé de façon très simple. Avant le début du projet, nous avions réuni toutes les administrations concernées, sans oublier les pompiers et les autorités sanitaires ; à la suite de quoi ce sont elles qui ont porté le projet, et ont souvent trouvé des astuces pour se conformer, par exemple, aux normes Gost. Danone a ouvert le chantier le 19 août 1998, sans reculer malgré le krach survenu cette année-là, et les autorités s'en sont montrées très reconnaissantes par la suite.

Bruno BARON-RENAUD, Académie du commerce extérieur de Russie à Paris

Depuis un an et demi une université parisienne doit fournir, dans le cadre d'un projet européen, une vingtaine d'ordinateurs à son partenaire européen, l'Académie du commerce extérieur de Russie. Mais s'agissant d'un contrat européen, l'Union européenne a exigé, dès le départ, que le matériel provienne d'Europe. L'université a donc acheté ces ordinateurs en France, et depuis un an et demi cette université semble rencontrer les plus grandes difficultés pour franchir les barrières imposées par les autorités russes pour l'expédition de ce matériel.

De la salle

Tous ceux qui exportent vers la Russie savent qu'il existe des « passages obligés » qui posent de réelles difficultés en matière de dédouanement des marchandises à l'entrée en Russie. Comment contourner ces difficultés ?

Jean-François COLLIN

Je n'ai pas de réponse à cette question. Sans doute la solution passe-t-elle par une réforme structurelle administrative d'importance, et les autorités russes semblent conscientes de cette difficulté, puisqu'elles envisagent de confier à une société privée la responsabilité des opérations de dédouanement.

Peter CAIRNS

Nous sommes parvenus à exporter deux machines très complexes en Russie et le délai de transit de ce matériel en douanes n'a pas excédé 24 heures. La connaissance fine des interlocuteurs des douanes par un de nos collaborateurs a joué, à n'en pas douter, un rôle important dans la réussite de ces opérations de dédouanement.

Gilles DESLANGLES, Daher CIS Moscou

Nous exerçons nos compétences dans le domaine des douanes, en Russie, depuis 1994 et nous sommes spécialisés dans l'accompagnement des investissements (notamment français) en Russie. La législation russe prévoit la possibilité d'exemptions de paiement de droits et taxes pour certains projets et tous nos clients français ont bénéficié du total de ces exemptions, avec un délai de rétention en douane compris entre 3 heures et 24 heures. La douane russe ne constitue donc pas la « ligne Maginot », pourvu que l'on prépare convenablement les dossiers.

Guy AUBRET

Je crois que la qualité de la préparation des dossiers est effectivement primordiale. Il est vrai aussi que les importateurs importaient souvent en usant de faux codes douaniers, afin de bénéficier d'exonérations de taxes. C'est cette image qui prévaut encore dans de nombreux esprits, même s'il est vrai que la situation a beaucoup évolué en réalité.

De la salle

La Russie est un Etat de droit mais ce pays compte 500 000 fonctionnaires mal payés, et si ce pays semble constituer un débouché évident pour les Français, cette évidence ne semble pas toujours reconnue, loin de là, par les interlocuteurs russes. Dans notre cas, l'investissement en Russie a pris dix fois plus de temps que nous ne l'avions envisagé. La Russie est un pays jeune (« âgé » de quatorze ans seulement), encore marqué par des changements législatifs très fréquents ; mais à l'évidence, dans notre cas, des difficultés importantes ont aussi été le fait de producteurs concurrents, qui ne voyaient pas d'un bon œil notre arrivée sur le marché.

Youri ROUBINSKI, membre de l'association Dialogue Franco-russe

Ayant exercé des responsabilités diplomatiques en France, il y a quelques années, j'ai une parfaite connaissance de ce pays et des relations que celui-ci entretient avec mon pays d'origine. Je souhaiterais par conséquent vous faire part d'un conseil.

Dans les pays occidentaux, l'étude de marché commence par l'étude de la demande solvable. En Russie, et a fortiori en dehors de Moscou, il faut mener une étude approfondie du « champ d'acteurs en présence », c'est-à-dire de ceux qui pourraient être gênés par votre arrivée, pour des raisons concurrentielles ou simplement en raison du fait que vous allez faire disparaître une opportunité d'investissement sur laquelle ils lorgnaient peut-être. Vous pourrez alors identifier vos alliés, en gardant à l'esprit que les Russes sont des joueurs d'échecs plus que des joueurs de poker.

Nathalie LAPINA, Académie des Sciences de Russie

Je reviens sur la question de la concurrence. Il existe effectivement un certain protectionnisme au niveau local et régional mais cela existe dans tous les pays. Je suis frappée, pour ma part, de constater à quel point les entrepreneurs sont conscients des apports possibles des investisseurs étrangers. Ce point s'est dégagé de façon très nette à plusieurs reprises dans des enquêtes que j'ai effectuées pour l'Académie des Sciences de Russie. Je dois également souligner que les Français occupent une place de choix dans le coeur des entrepreneurs russes : lorsqu'on leur demande avec qui ils souhaiteraient travailler, ils répondent souvent « les Français ». Mais lorsqu'on leur demande avec qui ils travaillent, ils répondent « les Allemands ».

Youri ROUBINSKI

Ceci est tout à fait exact. Les Allemands bénéficient en Russie d'une sorte de préjugé défavorable, qui remonte à une époque ancienne : au 18ème et durant une partie du 19ème siècle, le quart de l'administration russe était composée d'Allemands. De plus, durant la période soviétique, seuls les grands projets et les gros contrats semblaient avoir la faveur des partenaires français. Les Allemands ont eu une attitude moins sélective, et cela explique sans doute, en partie, les faveurs dont ils bénéficient aujourd'hui.

Jean-Claude ABEILLON

Même si les Allemands réalisent des performances exceptionnelles en termes de vente en Russie, par rapport au reste du monde, il faut préciser que ce ne sont pas les premiers investisseurs dans ce pays.

De la salle

Comment percevez-vous les relations entre la Chine et la Russie ?

Jean-François COLLIN

Les relations entre la Russie et la Chine me semblent assez ambiguës : les discours font souvent état d'une volonté de rapprochement, notamment en vue de la formation d'un bloc qui serait formé par la Russie, la Chine et l'Inde. Un tel projet me paraît toutefois relever davantage de l'incantation que de la réalité, du fait des intérêts divergents que nourrissent ces trois pays. Sur le plan économique, des choses sont dites, notamment concernant les relations énergétiques, mais la Russie semble avoir des difficultés pour définir une stratégie de long terme dans ses relations avec la Chine.

Merci à tous pour votre participation.

Vendre et distribuer à Moscou et dans les régions de Russie

Table ronde

Participaient à cette table ronde :

Pascal CLEMENT, Président Directeur général, PPE Group ;

Vincent LAULHERE, Directeur général, Transfaire Russie ;

Patrice LE LANN, éditeur, Staraya Krepost, CCEF.

Cette table ronde était présidée par Georges REGNIER, conseiller économique et commercial, Ambassade de France en Russie et par Jacques FARGE, Président du Club France, Directeur général, Aventis Pharma Russie-CEI, CCEF.

Georges REGNIER

Bonjour à toutes et à tous. Je voudrais, au nom d'Ubifrance, du Sénat et des missions économiques en Russie, vous souhaiter la bienvenue à ce colloque. Le sujet que nous allons aborder est régulièrement plébiscité, dans la mesure où de nombreuses entreprises s'intéressent au marché russe en ayant l'ambition de vendre ; ce thème est plébiscité également par des entreprises présentes à Moscou et Saint-Pétersbourg, qui souhaitent s'investir plus en avant dans le territoire fédéral. Les participants à notre table ronde nous feront part de leurs témoignages à ce titre. Nous voulons que cette table ronde soit la plus interactive possible, et nous laisserons donc une large place au débat avec la salle ; certains d'entre vous ont, en outre, posé des questions par le biais d'Internet, auxquelles nous répondrons bien évidemment.

Plusieurs thèmes seront traités lors de cette table ronde.

· Comment trouver un distributeur en Russie ?

· L'accès au marché ;

· La logistique ;

· La fiscalité ;

· Les moyens de paiement ;

· Comment se faire connaître.

I. Comment trouver un distributeur en Russie ?

Georges REGNIER

Ce thème pose plusieurs questions : faut-il passer par un partenaire russe, ou faut-il assurer la distribution seul ? L'approche est-elle différente à Moscou et dans les régions ?

Jacques FARGE

J'ai une longue expérience de la vente et de la distribution, Sanofi-Aventis étant leader sur son marché en Russie sans produire du tout sur ce territoire. Je pense qu'une telle logique est donc tout à fait envisageable. Je pense que la Russie n'est pas un pays où l'on peut agir seul à l'échelle de ce pays, des partenaires sont indispensables. Cela était d'autant plus vital dans un pays comme la Russie, il faut passer par des distributeurs assurant l'interface entre le producteur et le consommateur. Je crois également que la problématique des circuits de distribution est essentielle à la réussite d'une entreprise en Russie.

Patrice LE LANN

Où trouver son partenaire ? Je pense que le salon est la plate-forme idéale, dans la mesure où il donne une bonne représentation de l'état d'un marché en Russie. Nous venons, pour notre part, de terminer un salon consacré aux parfums et aux cosmétiques, et, dans ce cadre, nous avons été en mesure de donner une bonne image du marché global des parfums et des cosmétiques : 85 % à 90 % de l'image du marché, en termes de volumes et de représentation, était ainsi visible.

Jacques FARGE

Je suis d'accord. Pour la pharmacie, les salons internationaux sont essentiels. Nous pensions que les salons allaient disparaître à la fin des années 90, mais ils ont subsisté. Ils donnent toujours une bonne image des marchés.

Georges REGNIER

Existe-t-il des salons professionnels dans les grandes métropoles régionales russes ?

Patrice LE LANN

Les salons régionaux apportent des réponses à des acteurs visant une cible régionale. Cela n'est pas propre à la Russie, nous constatons la même situation en France. Pour les petites et moyennes entreprises, malheureusement, Moscou représente encore un passage obligé. Les infrastructures sont encore insuffisamment évoluées en Russie pour pouvoir passer outre ce transfert par Moscou.

Faut-il faire appel à un partenaire ou créer sa propre filiale ? Je pense qu'il s'agit avant tout d'une question de coûts. Dans un premier temps, en outre, l'approche partenariale s'avère beaucoup plus simple.

Jacques FARGE

Tout dépend de la taille des entreprises et de leurs activités. Si je m'en réfère à mon expérience, je pense qu'une grande entreprise (et, a fortiori, une multinationale), doit avoir une représentation et des partenaires. Ces deux aspects du problème ne sont en aucune mesure antinomiques. J'ajoute qu'il ne faut pas tout déléguer à un partenaire, certains sujets doivent demeurer maîtrisés par la maison-mère.

Patrice LE LANN

Je suis tout à fait d'accord. En particulier, avoir une représentation permet plus facilement de trouver des informations, et les faire remonter à la maison-mère.

Georges REGNIER

Trouvons-nous désormais, dans les grandes métropoles russes, des acteurs pouvant représenter les intérêts des entreprises françaises, quelle que soit leur taille ?

Vincent LAULHERE

Pour ma part, je travaille avec un distributeur russe pour vendre du matériel destiné à l'industrie laitière. Nous employons 75 personnes en Russie, dans cinq représentations régionales ; nous nous appuyons sur des distributeurs régionaux.

Je pense, comme Jacques Farge, que la représentation n'est pas antinomique du partenariat. Il est vrai que les petites et moyennes entreprises ont, par manque de moyens, des difficultés à ouvrir une représentation. Avoir un partenaire permet d'assurer la prospection, la logistique, la gestion de l'après-vente... La principale difficulté est de recruter un distributeur sur la base de ses compétences, et non sur la base de sa simple présence.

Georges REGNIER

Avez-vous l'impression qu'il est facile de trouver ces compétences dans les régions ?

Vincent LAULHERE

Les régions en Russie sont très différentes les unes des autres. Nous avons cherché à voir quel était l'état de la concurrence, et nous assurons d'ailleurs une veille constante sur les opérateurs régionaux les plus essentiels. De toute façon, les opérateurs, en Russie, sont majoritairement des opérateurs régionaux, et il est essentiel de les identifier. Il n'est pas toujours facile de trouver les bons relais qui, je le répète, doivent avoir les compétences dont ils ont besoin. Leur seul carnet d'adresses ne peut constituer une raison suffisante.

Georges REGNIER

Est-il possible d'agir directement dans les régions russes sans passer par Moscou ? Y a-t-il, dans les régions russes, des sociétés à même d'exercer une activité d'importateur grossiste ? En effet, près de 70 % des flux de marchandises transitent encore par Moscou ou Saint-Pétersbourg, et peu d'acteurs régionaux sont capables de fonctionner sans un passage par l'une ou l'autre de ces deux villes.

Patrice LE LANN

La plupart des acteurs de l'importation de parfums et de cosmétiques usent d'une distribution exclusive : ils sont maîtres du réseau de distribution. Pour pouvoir travailler dans les régions, en conséquence, il faut souvent passer par Moscou.

Jacques FARGE

En ce qui concerne les produits pharmaceutiques, les circuits de distribution ne doivent pas être concentrés dans les mains d'un seul acteur. Il faut travailler avec plusieurs distributeurs, afin d'être en mesure de couvrir le territoire de façon harmonieuse.

Vincent LAULHERE

Nous avons fait le choix, pour notre part, de nous installer à Saint-Pétersbourg. Nos stocks de pièces détachées y sont basés, comme nos fonctions centrales. Si nous avons fait cela, c'est parce que les coûts y sont plus bas qu'à Moscou, et Saint-Pétersbourg est dotée de réelles compétences. Choisir un distributeur dans une région qui n'est pas la région moscovite est tout à fait défendable : encore faut-il que la région dans laquelle vous vous installez soit reconnue par l'ensemble de la Russie. Je signale en outre que l'on est mieux accueilli dans les régions lorsque l'on ne vient pas de la capitale.

Patrice LE LANN

Rappelons, cela dit, qu'un acteur moscovite peut investir un marché local ; en revanche, un acteur local ne peut jamais investir le marché moscovite.

Georges REGNIER

Monsieur Clément, vous vous êtes installés à Tver, n'est-ce pas ?

Pascal CLEMENT

En effet. Nous avons développé un centre logistique pour être indépendant et être en mesure d'expédier des colis dans toute la Russie. Nous avons développé des liens très forts avec la région de Tver, qui est en train de prendre une ampleur certaine. Quant à la question des distributeurs, je pense qu'il faut avant toute chose déterminer le lieu où l'on souhaite vendre ses produits.

De la salle

Existe-t-il une base de données sur les entreprises à même de devenir distributrices pour les sociétés françaises ?

Georges REGNIER

La situation évolue favorablement à ce titre : il existe un recensement des entreprises susceptibles de devenir des distributeurs ou des importateurs, compilé dans des annuaires professionnels. Il existe en outre quelques organisations qui regroupent des informations financières à propos des entreprises. Depuis quelque temps, l'on peut trouver des informations auprès des institutions financières : des banques fournissent ainsi des informations sur les grandes entreprises. Vous pouvez vous adresser enfin à la COFACE, qui recense des données sur un certain nombre d'acteurs.

Jacques FARGE

J'insiste sur le fait qu'il est fondamental de ne pas traiter soi-même ce type d'informations : la recherche doit être confiée à un spécialiste, professionnel, dans la mesure où nous ne sommes pas à même de traiter et comprendre les informations qui nous sont transmises. Il s'agit d'un sujet essentiel, qui ne se cantonne pas aux simples aspects financiers des entreprises.

Catherine JOFFROY, Salans

Un catalogue central des historiques de données pour les banques a été publié en 2005 : il donne des enseignements très instructifs sur la santé financière des partenaires potentiels et, en premier lieu, sur leur solvabilité. De plus en plus, avec les banques, l'on aura accès à des informations fiables.

De la salle

Ma question porte sur les données commerciales : il s'avère parfois ardu de les obtenir, et nous ne sommes pas toujours en mesure de savoir si les partenaires ont effectivement des parts de marché importantes.

Georges REGNIER

Vous avez raison : il est parfois difficile d'obtenir de telles données auprès des acteurs, qui considèrent qu'elles doivent demeurer confidentielles. Certaines filières professionnelles russes ont décidé de faire preuve de davantage de transparence, mais les renseignements qui sont divulgués n'en demeurent pas moins très légers.

Jacques FARGE

Il existe en Russie des panels, réalisés trimestriellement par deux instituts ; ils apportent de bonnes informations sur l'état de la distribution pharmaceutique russe en précisant, en particulier, leur implantation régionale et leur capacité d'importation. J'ajoute qu'il peut être pertinent de relier son système informatique à celui du distributeur, ce qui donne de bonnes informations sur l'état du stock de celui-ci.

Un représentant de Continental Nutrition

Le sujet de la langue doit être abordé : certains acteurs ne parlent en effet que le russe, et il s'avère donc difficile de travailler avec eux.

Georges REGNIER

Il est essentiel que les entreprises françaises mettent en place des services export traitant en langue russe : la taille du marché russe le requiert. Nous organisons des rendez-vous avec des interlocuteurs russes francophones et anglophones, mais force est de constater que ces derniers sont peu nombreux. En outre, lorsque ceux-ci quittent la société avec laquelle vous traitez, vous vous trouvez face à des problèmes énormes. La meilleure solution consiste donc, pour les entreprises françaises, à recruter des collaborateurs russophones.

Jacques FARGE

L'on voit ici tout l'intérêt d'une représentation, capable d'assurer l'interface linguistique avec les distributeurs.

Patrice LE LANN

Je suis d'accord : le bureau de représentation présente un avantage réel dans un tel cadre. En outre, je dois dire que je ne pense pas qu'il soit possible de vérifier la capacité financière des entreprises, dans la mesure où, encore trop souvent, les transactions se font en cash : elles sont donc totalement invisibles.

Georges REGNIER

Sur les 3 800 exportateurs travaillant avec la Russie, 1 700 d'entre eux réalisent un chiffre d'affaires, dans ce cadre, inférieur à 100 000 euros. Cela s'explique par le fait que ces entreprises confient leurs intérêts à un importateur qui prend intégralement en charge le processus d'importation : les entreprises françaises concernées n'ont donc qu'une faible idée des potentialités existant sur le marché russe. Il s'avère donc pertinent de créer une représentation en Russie, même si cette démarche est onéreuse et « chronophage ».

Vincent LAULHERE

Je suis très sensible à la problématique linguistique. Pour avoir une relation de qualité avec le distributeur russe, il faut être en mesure de se comprendre avec celui-ci. Je pense que les deux parties doivent consentir un effort à ce titre, même si nous avons tout à gagner, en tant qu'acteur français, à avoir une compétence susceptible de traiter des informations et des messages en russe. Sur Internet, nombre de données sont disponibles : encore faut-il utiliser les moteurs de recherche russes.

Jacques FARGE

Je suis d'accord, les sites Internet russes constituent une source essentielle d'informations ; pour le marché pharmaceutique, le Ministère de la Santé publie nombre d'informations sur son propre site.

Un représentant de Saint-Gobain

Un salon du bâtiment se tient à Moscou tous les ans. Cette année, nous avons constaté une explosion du nombre d'exposants : les Allemands, les Italiens et les Espagnols étaient surreprésentés par rapport aux Français...

Georges REGNIER

Nous sommes régulièrement interrogés sur les conseils et les idées à apporter, de telle sorte que la participation des entreprises françaises aux salons russes soit plus développée. Nous conduisons des actions à ce titre, en partenariat avec Ubifrance. Si les résultats sont encourageants, ils sont encore limités en termes de nombre de participants. Pourquoi les entreprises françaises sont-elles moins présentes que les entreprises allemandes ? La question du coût doit être mentionnée tout d'abord : la participation aux salons professionnels russes est parfois très exorbitante, et peut décourager les petites entreprises. Nous essayons, avec Ubifrance, d'accroître le nombre de participants aux salons professionnels. Cela est notamment le cas pour le salon consacré aux télécommunications, où la participation française est clairement insuffisante. Nous travaillons avec les fédérations professionnelles et des organisateurs privés pour qu'ils assument une partie de la prise en charge de la participation à ces salons.

Patrice LE LANN

Nous regrettons fortement que les entreprises françaises soient si peu nombreuses sur les salons. Les Italiens et, surtout, les Allemands, y sont beaucoup plus présents. Je reconnais que la participation aux salons russes est élevée, mais il faut bien avoir à l'esprit que les produits français sont souvent présentés sur les stands de leurs distributeurs : s'ils sont moins visibles que les produits allemands, ils n'en demeurent pas moins présents, et demandés. Quoi qu'il en soit, j'encourage toutes les entreprises françaises à exporter en Russie.

Jacques FARGE

J'ai participé à des salons sous pavillon allemand, lorsque je travaillais avec Hoechst. Il est vrai que nous n'avons jamais présenté nos produits dans les salons en recourant aux distributeurs.

Pascal CLEMENT

Je suis personnellement atterré par les articles que nous lisons, en France, à propos de la Russie. En Allemagne, en Grande-Bretagne, ou même aux Etats-Unis, la vision de la Russie est beaucoup plus juste. L'on ne considère pas, dans ces pays, que la Russie est un pays dangereux, bien au contraire. Je pense que nous devons expliquer la réalité de ce pays, et il existe un véritable problème dans la perception de la Russie par les journalistes français.

Georges REGNIER

La Mission économique s'est d'ailleurs attelée à faire évoluer cette vision de la Russie : plusieurs lettres d'information régulières sont diffusées. D'autres publications existent également. Nous essayons de nous baser sur des faits, de les interpréter et d'apporter par ce biais une réelle valeur ajoutée aux lecteurs.

De la salle

Je rappelle que la Documentation française a publié un dossier intitulé La Russie entre deux mondes. Le Courrier des Pays de l'Est publie, en outre, tous les ans un panorama complet de la situation économique dans cette partie du monde.

Pascal LEFEBVRE, Leroy-Merlin Russie

La Russie a besoin de transferts de savoirs, et je pense que nous devons accueillir de nouveaux fournisseurs en Russie. Les Russes veulent en effet être acteurs de leur propre développement. Je pense que les entreprises qui veulent s'installer en Russie doivent s'adapter à ce pays. Celui-ci est certes complexe, mais la complexité est à la hauteur des enjeux.

Un représentant de Medianet

Nous avons relevé que la Russie présente la spécificité d'être le premier marché publicitaire dans le monde. Il est indiscutable que les Anglais et les Allemands sont nos meilleurs clients en termes de publicité, et les entreprises françaises ne semblent pas avoir compris qu'un important effort publicitaire est nécessaire sur ce marché russe.

II. L'accès au marché

Jacques FARGE

Nous avons listé deux attentes : les procédures de certification et les différences pouvant exister, entre les régions, sur ces mêmes procédures. Nous nous sommes demandé également s'il fallait développer une approche particulière lorsque l'on s'intéresse aux métropoles régionales.

Stéphanie OLTRA, Veritas

Il faut en effet des homologations pour pouvoir distribuer en Russie ; les certifications ne diffèrent pas entre les régions, mais, pour certaines zones, la procédure de certification est différente.

Un représentant de Saint-Gobain

Une task force européenne a été constituée sous l'égide la Commission européenne : il est proposé, dans ce cadre, de considérer que les normes CE soient la référence utilisée en Russie.

Georges REGNIER

Ce débat est en cours depuis plusieurs années dans le cadre des relations entre l'UE et la Russie, et dans le cadre de l'entrée de la Russie dans l'OMC. Signalons que 80 % à 85 % des produits présents en Russie sont encore certifiables, et nous ne devons pas nous attendre à une évolution trop rapide de cette question, compte tenu des enjeux sous-jacents. J'ajoute que certains spécialistes peuvent apporter une aide essentielle aux entreprises dans le processus de certification.

Jacques FARGE

Nous avons essayé, dans l'industrie pharmaceutique, d'uniformiser les références de qualité pour éviter la certification, sachant que la Russie est le seul pays où les médicaments sont certifiés. Nous avons proposé aux Russes d'adopter les normes européennes, mais ils ne les ont pas acceptées, considérant qu'il fallait tenir compte également des normes américaines. Le problème, en fait, n'a jamais été résolu.

Patrice LE LANN

Dans le domaine du cosmétique, il existe un organisme à même d'aider les exportateurs à obtenir une certification. Pour d'autres types de produits, il existe également des associations de ce genre.

Jacques FARGE

Pratiquement tous les domaines d'activité sont dotés de telles associations en Russie.

De la salle

Je ne pense pas que les Russes vont renoncer à leur système de certification, source de revenus conséquente pour le système administratif. J'indique que les exportateurs peuvent recourir, sur place, à des intervenants à même d'accorder une certification : leur prestation est beaucoup moins onéreuse que celle apportée par les grands cabinets de certification.

Georges REGNIER

Nous allons maintenant nous demander s'il est nécessaire de développer une approche particulière si l'on s'intéresse aux grandes métropoles régionales. Le plan d'action Russie nous a montré à ce titre que les entreprises hésitent régulièrement sur la méthode à utiliser : certaines d'entre elles considèrent que consacrer du temps à la Russie est une priorité, tout en ne se sentant pas suffisamment motivées pour développer une approche portant sur plusieurs métropoles. Il convient donc de se demander si les entreprises françaises doivent engager une approche centrée sur une seule région. Certaines régions russes tentent d'attirer les entreprises françaises, en leur montrant que l'oblast dans lequel elles seront installées leur permettra de développer une activité d'une toute autre ampleur. Il apparaît clairement que cette approche peut être dangereuse. Nous recommandons aux entreprises françaises de prospecter en premier lieu les marchés de Moscou et de Saint-Pétersbourg, avant de se développer ensuite dans d'autres métropoles.

Vincent LAULHERE

Je suis d'accord avec cette approche. Rappelons que l'accès à certains marchés demeure très tributaire des autorités locales. Je rencontre cette difficulté avec une réelle acuité sur le marché de l'industrie laitière. Cela suppose d'avoir une démarche de prospection vis-à-vis des clients potentiels, d'une part, et vis-à-vis des autorités locales, d'autre part. Il est à noter également que le rôle des administrations est très différent d'une région à l'autre.

Pascal CLEMENT

La Société Générale a voulu acheter une banque en Russie cette année : nous avons décidé d'acheter une banque à Samara, ville très éloignée de Moscou. Certes, le prix était attractif, mais, surtout, cette banque avait des équipes compétentes, et un réseau bien développé. A Tver, lorsque j'ai décidé de construire des bâtiments dans cette région, le Gouverneur m'a loué des terrains, a construit les routes nécessaires : j'ai bénéficié d'un avantage extraordinaire donc, dans la mesure où j'ai pu créer un centre logistique en quelques mois. Plusieurs années auraient été nécessaires dans la région de Moscou.

Patrice LE LANN

Il est à noter que l'accès, dans les régions, est souvent beaucoup moins onéreux qu'à Moscou.

De la salle

Le témoignage de Monsieur Clément nous montre que certaines autorités locales sont tout à fait à même d'apporter une aide significative aux entreprises étrangères voulant s'installer en Russie. Nous voyons là que, dans de nombreuses régions, le pouvoir politique joue un rôle essentiel au développement du business.

Pascal CLEMENT

Le Gouverneur auquel je faisais référence est lui-même un entrepreneur. Lorsque cela est le cas, nous pouvons atteindre une aide essentielle de la part des pouvoirs politiques.

Georges REGNIER

En outre, ouvrir un point de vente dans une grande métropole régionale dépend, dans bien des cas, du pouvoir politique. Celui-ci est omniprésent dans ce cadre.

De la salle

Y'aura-t-il un nouveau plan Russie après que le plan Russie 2003-2005 se sera achevé ?

Georges REGNIER

Christine Lagarde, et les autorités politiques françaises, sont parfaitement conscientes que les entreprises françaises doivent être davantage présentes. Il y aura donc un nouveau plan Russie, portant sur la période 2006-2008 ; il sera finalisé début janvier, et nous réunirons à ce moment l'ensemble des partenaires publics et privés s'intéressant à la Russie. Les fédérations professionnelles seront bien évidemment présentes à cette rencontre, dans la mesure où nous souhaitons développer avec elles des plans d'action multisectoriels, et faciliter la participation des entreprises aux salons professionnels.

Le plan Russie 2006-2008 aura deux objectifs principaux :

· augmenter le nombre d'entreprises françaises exportant vers la Russie ;

· accroître les parts de marché de la France en Russie.

De la salle

Ma société est spécialisée dans le développement de logiciels, et nous sommes présents en France et en Russie. J'ai lu le plan d'action Russie il y a peu, et cette lecture a suscité de ma part 42 questions, qui demeurent donc en suspens. Je comprends donc que les entreprises françaises se trouvent face à de très nombreuses questions lorsqu'elles veulent exporter en Russie.

Georges REGNIER

Je prends note de vos remarques. La première partie du plan d'action s'est développée de façon relativement satisfaisante : les exportations, le nombre d'entreprises s'installant en Russie, s'accroissent ; le nombre de réunions d'informations consacrées à la Russie organisées dans les régions s'est accru également, comme le nombre d'entrepreneurs y participant. Le plan d'action Russie 2006-2008 devra nous permettre de nous consacrer à des secteurs jugés porteurs, qui feront l'objet de nombreuses actions programmées.

De la salle

Je souhaite revenir sur le rôle du pouvoir politique dans les régions. Les entreprises souhaitant aborder les marchés régionaux peuvent-elles accéder à une forme de « hit parade » des Gouverneurs régionaux ? Un tel document nous serait très utile, même s'il s'avérerait particulièrement politiquement incorrect.

Georges REGNIER

Vous avez raison à ce dernier titre. Pour autant, nous sommes tout à fait à même de conseiller les entreprises sur le sujet, en leur présentant les Gouverneurs susceptibles de répondre à leurs attentes. La Mission économique publie plusieurs classements des régions (risques, environnement des affaires), dans le cadre duquel nous reprenons des informations publiques. En outre, nous organisons, au bénéfice des entreprises, des entretiens avec des conseillers du commerce extérieur pouvant témoigner de l'intérêt d'avoir une démarche sur telle ou telle région.

III. La logistique

Pascal CLEMENT

Nous acheminons environ 500 000 colis par mois en Russie, dont 80 % en région. En ce qui concerne la vente Internet et le e-commerce dans le domaine des produits culturels, les ventes sont essentiellement assurées sur Moscou et Saint-Pétersbourg. Pour acheminer nos colis B to C, nous recourons très largement à la poste russe. Il est possible de faire appel également à des sociétés de coursiers russes ou internationales (TNT, DHL...). Pour les livraisons B to B, vous pouvez faire travailler des transporteurs qui sont spécialisés sur de tels services.

En fait, nous devons avoir à l'esprit qu'il existe plusieurs Russie, plusieurs zones. Il faut donc choisir entre ces régions, dans la mesure où il s'avère difficile de vendre sur tout le territoire. Certaines zones présentent en outre davantage de difficultés que d'autres en termes de livraison. Quoi qu'il en soit, les sociétés spécialisées dans l'acheminement de produits sont de plus en plus nombreuses en Russie.

Vincent LAULHERE

Les conditions de dédouanement ne sont pas régies dans toutes les régions par les mêmes règles. La plupart des importateurs travaillant sur des volumes importants se doivent de négocier sur la valeur servant au calcul de la taxe d'importation et, à ce dernier, titre, l'assiette utilisée varie selon les régions. Il est à noter que les transitaires russes, de moins en moins nombreux et de plus en plus concentrés, distribuent les flux en fonction des conditions d'importation.

Patrice LE LANN

Pour ma part, j'ai commencé par recourir à la poste pour diffuser des magazines professionnels, mais j'ai rencontré de réelles difficultés. J'ai donc décidé de créer des « têtes de pont » dans toutes les régions, chargées ensuite de la distribution de ces journaux. Cela permet d'avoir un bon contrôle sur la distribution, cette logique peut être utilisée pour la plupart des produits légers.

Jacques FARGE

Pour notre part, nous avons toujours bien fait la distinction entre notre propre logistique (qui est la logistique de l'importateur) et la logistique des distributeurs. Ceux-ci se chargent de la distribution dans les régions à partir de notre plate-forme nationale, installée à Moscou. Une telle logique n'a jamais posé problème, et nous avons pu par ce biais couvrir l'ensemble du territoire russe. Pour devenir leader sur un marché, de toute façon, il faut pouvoir vendre partout : l'on ne peut se cantonner à Moscou et à Saint-Pétersbourg.

Un représentant de HBJO

Existe-t-il des procédures de dédouanement, entre la France et la Russie, pour certains produits ?

Georges REGNIER

Les entreprises soumises à des tracasseries au niveau des douanes nous contactent, pour que nous les aidions à résoudre leurs problèmes. Le nombre de dossiers de ce type tend à diminuer, nous sommes indiscutablement dans une tendance très favorable. Pour autant, des difficultés apparaissent encore régulièrement, tout particulièrement lorsque des entreprises françaises viennent participer à des salons professionnels. Nous avons donc décidé de publier une note présentant la réglementation russe en matière douanière. Nous apportons en outre une information aux personnes chargées des contrôles douaniers, dans la mesure où les difficultés sont encore récurrentes, tout en étant très aléatoires.

François LAFITTE, CMA-CGM

Nous desservons plusieurs ports russes : Kaliningrad, Arkhangelsk, Saint-Pétersbourg, Tagonrog, Vladivostok... Le marché russe ne se résume pas à ces ports, nos clients nous demandant d'acheminer des marchandises par les ports finlandais, lettons ou lituaniens. Saint-Pétersbourg demeure le plus grand port russe, mais les marchandises que nous y débarquons sont destinées au marché local. Moscou est encore desservi par les ports non-russes.

IV. La fiscalité

Georges REGNIER

Est-il plus avantageux d'ouvrir un point de vente à Moscou ou dans d'autres villes de Russie ? Y'a-t-il une fiscalité différente entre les régions ?

Catherine JOFFROY, Salans

Il existe en effet des spécificités régionales ; en particulier, certaines zones franches doivent être notées, permettant aux entreprises s'y installant de bénéficier d'une fiscalité favorable en termes de droits de douane et d'exonération de TVA. La récente loi ayant reprécisé les zones franches permettra la promotion de zones présentant leurs propres avantages sur le plan de la fiscalité.

Georges REGNIER

Nous venons de réactualiser le Guide de l'implantation, qui reprend l'ensemble des mesures et des réglementations fédérales.

V. Les moyens de paiement

Georges REGNIER

Existe-t-il, dans les régions, des banques capables d'accompagner nos entreprises ? Le crédit à la consommation se développe-t-il ? Quel est l'état du réseau bancaire ? Les Russes sont-ils de « bons payeurs » ? Nous allons tenter d'apporter des réponses à ces questions.

Pascal CLEMENT

Dans le domaine de la VPC, nous utilisons La Poste pour assurer cette question du paiement. Nous recourons également à Spaer bank, présente partout en Russie. Nous utilisons en outre largement au prépaiement.

Le crédit à la consommation est un nouveau business en Russie, et la Société Générale a décidé de s'y développer. Nous plaçons des opérateurs directement dans les magasins, qui développent donc dans ce cadre une activité de crédit à la consommation. Nous nous développons également dans le domaine du crédit automobile, et nous assurons enfin une fonction de vente directe.

L'usage du crédit à la consommation est nouveau pour les Russes : il n'existait pas pendant l'ère soviétique. Quoi qu'il en soit, ce nouveau produit semble répondre aux attentes des Russes, qui y recourent de plus en plus.

Il est difficile de dire quel est l'état du secteur bancaire russe ; cela dit, la réaction de la clientèle constitue un bon indicateur : les Russes ont perdu beaucoup d'argent lorsque plusieurs banques ont fait faillite en 1998, mais le secteur bancaire retrouve une forte vitalité, les Russes recourent de plus en plus aux services des banques. Les pratiques évoluent également, dans la mesure où les Russes, par exemple, ne demandent plus à obtenir leur salaire sous forme de cash.

Vincent LAULHERE

Ces dernières années, l'accès au crédit local s'est largement facilité en Russie. Quant aux taux d'intérêt, il faut rappeler que l'inflation s'élève à 12 % en Russie ; les taux d'intérêt accessibles pour un crédit en roubles peuvent s'élever à 15 %, voire 18 %. Le taux d'intérêt corrigé s'élève donc à 5 % environ.

Georges REGNIER

Avez-vous le sentiment que le système bancaire russe fonctionne mieux qu'auparavant ?

Vincent LAULHERE

En effet ; les entreprises françaises peuvent trouver, localement, des sources de financement. Une telle solution est d'autant plus pertinente que les banques locales sont tout à fait à même d'évaluer les risques.

Georges REGNIER

Nous pouvons conclure que le système bancaire a beaucoup évolué ; le crédit à la consommation se développe, les prêts réalisés par les entreprises sont facilités. Un climat de confiance réel est en train de renaître autour du système bancaire, et permet donc le développement des ventes et des importations.

De la salle

Une forte restructuration du système bancaire est à l'oeuvre actuellement en Russie, le nombre d'enseignes tend à se réduire. Existe-t-il encore des banques régionales en Russie ?

Georges REGNIER

Dans certaines régions, le réseau bancaire est actif, et joue un rôle significatif. Dans d'autres régions en revanche, la situation est beaucoup plus nuancée. Nous conseillons aux entreprises françaises de recourir à des institutions financières à vocation fédérale.

Vous avez raison de signaler que le système bancaire se restructure : parmi les 1 200 banques existant actuellement, l'on considère qu'une centaine d'entre elles peuvent mériter la véritable appellation de banque. Toujours est-il que les 1 100 autres établissements continuent d'exister.

Isabelle DEKONINK, Calyon

Nous considérons pour notre part qu'il est raisonnable de travailler avec une trentaine de banques. Les autres présentent en effet souvent de réelles faiblesses en matière de fonds propres, et ne peuvent pas toujours assumer les transactions. Nous recommandons donc aux entreprises de travailler avec les banques ayant une stature nationale.

Les moyens de paiement sont relativement nombreux : outre le crédit à la consommation, nous pouvons citer le crédit documentaire par exemple. L'usage du crédit dépend largement des interlocuteurs : les grandes banques russes savent très bien utiliser le crédit international, mais cela n'est pas le cas pour toutes les autres. Le secteur bancaire s'améliore nettement, la Banque centrale de Russie s'étant attelée à sa restructuration. Il existe maintenant des règles fixant un montant minimum de fonds propres ; la loi sur la garantie des dépôts doit être citée également. Les Russes sont, généralement, de « bons payeurs », mais il convient de prendre quelques précautions lors de vos premiers rapports avec un interlocuteur russe.

Un représentant de Saint-Gobain

Je pense qu'il convient surtout de se demander si les distributeurs avec lesquels l'on travaille sont de bons payeurs.

Jacques FARGE

Nous vendons pour notre part à partir de nos entrepôts finlandais et moscovites à des distributeurs russes. Nous n'avons jamais accepté de faire une première opération avec un nouveau distributeur sans mettre en place un prépaiement. Nous avons toujours eu, dans l'entreprise, un crédit de management ; dans certains cas, nous préférons assurer les créances pour ne pas avoir à assurer le recouvrement. Toujours est-il que nous nous assurons systématiquement du paiement des livraisons. Nous essayons de faire comprendre à tous nos distributeurs que nous récupérerons, en tout état de cause, tout ce qu'ils nous doivent.

De la salle

L'on constate que les délais de recouvrement, sous la pression de nos concurrents allemands et italiens, tendent à s'allonger. Dans certains cas, les distributeurs nous demandent d'appliquer des délais de paiement de 180 jours ! Je pense que nous devrons prêter une forte attention à une telle évolution. Je rappelle en outre qu'il existe une section Russie au niveau du Comité national des conseillers du commerce extérieur de la France, auquel vous pouvez recourir.

Georges REGNIER

La problématique de la compétition avec d'autres fournisseurs de la Russie doit être évoquée en effet. La COFACE a une position ouverte et pragmatique sur la Russie, mais il est vrai que de nombreux acteurs allemands et italiens acceptent d'exporter sans garantie.

De la salle

Dans certaines régions, les taux accordés par la Spaer Bank sont très inférieurs à la moyenne.

VI. Comment se faire connaître ?

Georges REGNIER

L'on note, depuis quelques années, une explosion du marché publicitaire, que cela soit dans la presse généraliste, à la radio, à la télévision ou sur Internet.

Patrice LE LANN

Le marché publicitaire russe est le premier marché du monde. Une société, dès qu'elle est présente sur le marché russe, éprouve le besoin de se faire connaître et de faire de la publicité. Dans la presse professionnelle russe, notamment, les publicités sont pléthore. Rappelons qu'il n'y a pas eu de publicité pendant 70 ans en Russie, et, aujourd'hui, plus de 60 000 sociétés ont conduit des campagnes de publicité ! Cela représente donc un énorme marché, par ailleurs très dynamique : il a affiché une croissance de 30 % en 2004. La publicité Internet, la publicité télévisuelle est très importante également. Faire de la publicité en Russie est de toute évidence un « plus », et les entreprises doivent passer par ce stade. Cela est tout particulièrement le cas pour les produits de grande consommation.

Jacques FARGE

En Russie, dès les années 90, nous avons utilisé la publicité radiophonique et télévisée pour la promotion de certains produits pharmaceutiques. Aujourd'hui, une publicité sur trois concerne un produit pharmaceutique. J'indique que la publicité a un impact essentiel sur nos ventes : une campagne de publicité engendre systématiquement une hausse des ventes.

Pascal CLEMENT

La publicité dans la presse généraliste est encore relativement peu coûteuse. A la télévision, la publicité est maintenant trop importante en volume. Sur Internet, nous constatons maintenant une petite évolution à la hausse : il est à noter que la publicité sur Internet permet de toucher les classes moyennes, jeunes, dotées d'un pouvoir d'achat réel. Elle devrait donc permettre de toucher de plus en plus ce segment de clientèle.

Patrice LE LANN

Il est à noter que certaines publicités (les publicités pour les alcools, notamment), sont maintenant censurées.

Pascal LEFEBVRE, Leroy-Merlin Russie

Pour notre part, nous avons décidé de ne faire aucune campagne publicitaire ; nous n'avons pas de budget publicitaire, considérant que personne n'assure mieux notre promotion que nos clients. Nous considérons également que la localisation de nos centres commerciaux est essentielle pour notre image.

VII. Conclusion

Patrice LE LANN

Moscou n'est pas du tout représentatif de la Russie : tout ce que nous voyons à Moscou n'existe pas dans les régions, marquées encore par un certain traditionalisme. Les véritables potentiels de développement se situent dans les régions, et les entreprises françaises ont tout intérêt à venir s'y installer.

Pascal CLEMENT

L'image de la Russie en France n'est pas totalement conforme à la réalité : je vous invite donc à vous y rendre afin de constater de visu la situation de ce pays. Les Russes veulent se battre, les jeunes ont une bonne connaissance des langues étrangères. Je pense donc que la Russie a un grand avenir.

Vincent LAULHERE

Je partage ce point de vue : il est temps maintenant de se rendre en Russie, d'autant que le cours du pétrole constitue un élément favorable pour ce pays. J'invite les entrepreneurs à participer aux salons professionnels et à s'appuyer sur des distributeurs locaux.

Jacques FARGE

Aucune des informations apportées au cours de cette table ronde n'est à même de dissuader les entrepreneurs voulant travailler en Russie. Certes, les risques existent, mais aucun pays aussi proche de nous ne présente un tel potentiel de développement. Votre stratégie en Russie, en outre, doit être cohérente et basée sur le long terme ; la Russie n'est pas un pays permettant de faire des « coups ».

Georges REGNIER

L'enjeu est important, comme les possibilités de développement ; il est temps maintenant de travailler davantage en Russie, d'autant que les pouvoirs publics français font de ce pays un marché prioritaire.

Synthèse réalisée en temps réel par Ubiqus http://www.ubiqus-reporting.com

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