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Relations de la France avec le Tadjikistan

11e législature

Question écrite n° 27467 de M. René Trégouët (Rhône - RPR)

publiée dans le JO Sénat du 07/09/2000 - page 3053

M. René Trégouët attire l'attention de M. le ministre des affaires étrangères sur un article publié dans le journal Le Monde à la page 5 et daté du 1er septembre 2000 faisant état d'un risque de famine due à la sécheresse et menaçant la moitié des trois millions d'habitants du Tadjikistan. Une aide alimentaire importante va, semble-t-il, devoir s'imposer afin d'éviter des drames humains. Il lui demande de bien vouloir lui dire s'il compte entreprendre des actions d'assistance à cet égard. Il lui demande enfin et à cette occasion de lui rappeler l'état des relations qu'entretient la France avec cette jeune république.



Réponse du ministère : Affaires étrangères

publiée dans le JO Sénat du 19/10/2000 - page 3560

Réponse. - La France suit avec préoccupation les informations relatives à la sécheresse particulièrement sévère qui affecte les pays voisins de la Caspienne, de l'Arménie au Tadjikistan. Concernant ce pays, les évaluations convergentes de la FAO, du PAM et des ONG sur le terrain évoquent un risque de grave pénurie alimentaire, qui pourrait toucher la moitié de la population totale du Tadjikistan, soit 3 sur 6 millions de personnes. Plus d'un tiers des récoltes en terre irriguée aurait déjà été perdu. La sécheresse, qui affecterait surtout les zones méridionales du pays, notamment dans la région de Khatlon, aurait provoqué une envolée des prix des carburants et des denrées alimentaires de base. Cette situation est d'autant plus inquiétante que le niveau de développement du Tadjikistan, qui a subi de 1992 à 1997 une guerre civile ayant fait plus de 50 000 victimes, reste le plus faible de la CEI, avec un PIB par habitant de l'ordre de 169 dollars, et une population dont près des quatre-cinquièmes vivent en-deçà du seuil de pauvreté. La fragilité structurelle de l'économie tadjik constitue un facteur aggravant face au risque de famine mentionné par la Croix-Rouge, rendant d'autant plus indispensable l'octroi d'une assistance adaptée. Sensible aux souffrances des populations du Tadjikistan, la France est convaincue de la nécessité d'aider ce pays à surmonter ces difficultés conjoncturelles et à mettre en uvre les réformes indispensables à la modernisation et à la relance de son économie. Elle est déterminée à étudier, en étroite concertation avec ses partenaires, notamment au sein de l'Union européenne, la réponse qu'il convient d'apporter à l'appel à contributions, d'un montant total de 76,6 millions de dollars, qui vient d'être lancé par les agences humanitaires des Nations unies. Les conclusions de la mission d'experts internationaux, qui devrait pouvoir se rendre sur le terrain dans les premiers jours du mois d'octobre, revêtiront à cet égard une importance cruciale, dans la mesure où elles permettront d'apprécier plus précisément les besoins. La France a reconnu le Tadjikistan le 16 janvier 1992. L'ouverture des relations diplomatiques date du mois de mars suivant. Il n'y a pas d'ambassade de France à Douchanbé, où la France est représentée par son ambassadeur en Russie. L'Allemagne est le seul pays de l'Union européenne à disposer d'une ambassade au Tadjikistan. La présence économique française est à ce stade peu développée. La balance commerciale bilatérale est faiblement déficitaire (déficit de 27 MF en 1999, pour un volume d'exportations de 16 MF et 43 MF d'importations). Les banques françaises sont peu présentes : leurs créances consolidées représentent 4 millions de dollars. Les investissements français sont pratiquement nuls. L'aide française a atteint 39 MF en 1998 (dont 60 000 F à titre bilatéral), ce qui représente 6 % de l'aide totale reçue par le pays. Le faible niveau de l'aide bilatérale s'explique par le climat d'insécurité qui règne au Tadjikistan, en dépit des progrès atteints depuis l'accord de paix du 26 juin 1997, qui a mis fin à la guerre civile, sans pour autant assurer le retour à l'ordre sur l'ensemble du territoire. La coopération culturelle scientifique et technique est de l'ordre de 0,2 MF. Elle est centrée sur la coopération archéologique et linguistique. Les relations bilatérales ont été endeuillées par la disparition tragique, en novembre 1997, de Mlle Kareen Mane. Victime d'une prise d'otages, elle a été tuée au cours d'une opération des service de sécurité tadjiks destinée à la délivrer. En mémoire de cette jeune femme courageuse et dévouée, une subvention exceptionnelle de 300 000 F, gérée par l'ONG Acted à Douchanbé, a été accordée en 1999 à l'Association d'aide aux enfants des rues (où travaillait Mlle Mane). La communauté française, très réduite et fluctuante, est estimée à une vingtaine de personnes. Les Français travaillent pour la plupart au service d'ONG (Action contre la faim, MSF, Acted) ou des bureaux locaux d'organisations internationales (ONU, OSCE). Un prêtre français est installé depuis juillet 1999 à Kourgan Tioubé. Dans des conditions souvent difficiles, les Français au Tadjikistan font un travail utile, qui mérite d'être souligné.