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Situation au Proche-Orient

11e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0380G de Mme Danielle Bidard-Reydet (Seine-Saint-Denis - CRC)

publiée dans le JO Sénat du 06/10/2000 - page 4802

Mme Danielle Bidard-Reydet. Monsieur le président, mesdames, messieurs les ministres, mes
chers collègues, ma question s'adresse à M. le ministre des affaires étrangères.
Nous voulons, après d'autres, exprimer notre immense émotion et notre indignation face à la
violence insensée de la répression menée par l'armée israélienne à l'encontre des manifestants de
la population et palestiniens. Après une semaine, le bilan est accablant : plus de soixante-dix
morts et près de 2 000 blessés, essentiellement palestiniens.
Ne nous leurrons pas sur les raisons profondes de cette explosion. Au-delà de la provocation
ayant mis le feu aux poudres, elle résulte du désespoir des Palestiniens, en particulier des jeunes,
de voir bafouer leur dignité et leurs droits légitimes. Malgré des avancées, les accords signés ne
sont en effet que très partiellement appliqués, et les résolutions internationales encore ignorées.
La situation est extrêmement grave - vous l'avez souligné, monsieur le ministre - et peut à tout
moment basculer dans un embrasement tragique.
Il est urgent de trouver une solution à ce désastre humain et politique, et l'Union européenne,
aujourd'hui présidée par la France, a la responsabilité de prendre une initiative politique forte. Elle
doit organiser prochainement une conférence pour renforcer le partenariat euro-méditerranéen. Elle
a les moyens d'agir.
Dans ce contexte, monsieur le ministre, que compte faire l'Union européenne, premièrement, pour
obtenir immédiatement l'arrêt des tirs de l'armée israélienne et son retrait des villes et des
territoires palestiniens ; deuxièmement, pour contribuer à la mise en place d'une commission
d'enquête internationale sous l'égide des Nations unies ; troisièmement, pour obtenir rapidement
une avancée politique significative vers la paix, redonnant à l'ensemble du peuple palestinien
l'espoir de voir se concrétiser son droit à un Etat viable, avec Jérusalem-Est comme capitale ?
(Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain et citoyen.)
M. Charles Ceccaldi-Raynaud. C'est un discours anti-israélien !



Réponse du ministère : Affaires étrangères

publiée dans le JO Sénat du 06/10/2000 - page 4802

M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères. Madame la sénatrice, vous connaissez
comme moi la situation de fond dans la région et vous savez quelle est la position des pays
membres de l'Union européenne.
Vous me demandez ce que fait l'Union européenne. Quand nous avons à nous exprimer en tant
que président de l'Union en exercice, nous faisons des propositions que nos partenaires
amendent, et nous aboutissons à une expression collective au nom des Quinze ; mais vous
conviendrez, en examinant ces propositions, qu'elles n'ont pas la même force que celles que nous
avons eu l'occasion de formuler au nom de la France, parce que les Quinze n'ont pas tous la
même position sur ce sujet. Certes, tout le monde est pour la paix, bien sûr, mais, sur les
modalités, le mode d'expression, les initiatives à prendre ou à ne pas prendre, les Quinze ne sont
pas tout à fait d'accord entre eux.
C'est pourquoi, dans la réalité des choses, aux questions justifiées que vous avez posées à la fin
de votre intervention, c'est plutôt la France, les Etats-Unis - qui sont depuis cinquante ans au
coeur du jeu dans la région - ainsi que l'Egypte ou d'autres pays, qui ont eu jusqu'ici la possibilité
de répondre.
Ces questions sont importantes et reconnues comme telles, puisque c'est précisément de cela
que sont venus discuter à Paris MM. Arafat et Barak. Ces discussions ont avancé et ce qui s'est
passé hier n'est pas négligeable, mais elles n'ont pas abouti et les deux protagonistes ne se
retrouveront pas ensemble aujourd'hui à Charm El Cheikh.
Je suis cependant convaincu que la négociation va se poursuivre étant donné l'urgence, car la
gravité de la situation est connue.
Je rappelais à l'instant que nous étions sur un volcan. Certes, c'était une métaphore, mais vous
voyez bien ce qu'elle signifie : nous connaissons tous la situation des populations, les risques de
provocation, les tensions permanentes et les souffrances accumulées. C'est précisément pour
cela qu'un processus de paix a été engagé, malgré les déconvenues que nous pouvons enregistrer
: on va de tension en négociation, de négociation en drame, de drame en négociation, et ce sans
arrêt.
Nous, Français, nous essayons de convaincre nos partenaires européens d'aller plus loin dans
l'expression et dans l'initiative, et nous le faisons autant que nous le pouvons : je crois d'ailleurs
que les idées à partir desquelles est aujourd'hui recherchée une solution au conflit du
Proche-Orient doivent énormément à tout ce qui a été dit par la France depuis une vingtaine
d'années, car c'est peut-être le pays qui a le plus fait évoluer les mentalités sur ce plan.
La seule réponse au drame que vous évoquez, la seule réponse à la tragédie et la meilleure
réponse à la provocation, c'est encore et toujours de participer inlassablement à la recherche de la
solution qui, seule, permettra de changer la situation au Proche-Orient et de bâtir un Proche-Orient
en paix.
Par conséquent, nous faisons tout ce qui dépend de nous, mais, au bout du compte, je le rappelle
encore, il appartiendra aux Israéliens et aux Palestiniens de faire, le moment venu, le choix
historique. Ce choix sera politiquement très difficile, il supposera des renoncements de part et
d'autre, mais nous aiderons les intéressés de toutes les façons possibles pour qu'ils aient le
courage d'accomplir ce pas pour leurs peuples. (Applaudissements sur les travées socialistes
ainsi que sur celles du groupe communiste républicain et citoyen.)