Allez au contenu, Allez à la navigation

Photographies de monuments depuis la voie publique

12e législature

Question écrite n° 05111 de M. Jean Louis Masson (Moselle - UMP)

publiée dans le JO Sénat du 16/01/2003 - page 169

M. Jean-Louis Masson attire l'attention de M. le ministre de la culture et de la communication sur le fait qu'en l'absence de législation claire, les propriétaires de bâtiments ont de plus en plus tendance à interdire la reproduction de photographies de ceux-ci, ou à exiger le paiement d'une redevance financière tout à fait dissuasive. Une telle situation devient tout à fait extravagante dès lors que l'édifice ou le bâtiment en cause est parfaitement visible depuis la voie publique et qu'il n'y a aucune intention malveillante, ou aucune source de nuisance quelconque susceptibles de résulter de la photographie. La situation est même parfois encore plus grave car le droit à l'image se superpose de manière cumulative. Certains architectes réclament en effet eux aussi des droits sur les photographies d'immeubles dont ils ont réalisé les plans. Pire, la société qui a réalisé l'éclairage nocturne de la tour Eiffel interdit toute publication de photos de la tour Eiffel illuminée sans son autorisation. En fonction de ces éléments, il souhaiterait qu'il lui indique s'il ne pense pas qu'il conviendrait de prévoir qu'en l'absence de toute volonté de nuire, il est possible de photographier librement depuis la voie publique un monument, un édifice ou un paysage, sans que le propriétaire, l'architecte ou le constructeur puisse s'y opposer.



Réponse du Ministère de la culture et de la communication

publiée dans le JO Sénat du 09/12/2004 - page 2823

Le ministre de la culture et de la communication informe l'honorable parlementaire que le droit de propriété susceptible d'être mis en cause lors des prises de vue de bâtiments situés sur la voie publique a fait l'objet d'une application nuancée par la jurisprudence. La Cour de cassation après avoir reconnu, dans une décision du 10 mars 1999, au propriétaire d'un bien un droit exclusif à l'exploitation de son image quelles que soient les circonstances a depuis précisé la portée des prérogatives reconnues au propriétaire. Ainsi la Cour de cassation, siégeant en assemblée plénière, a fixé dans un arrêt du 7 mai 2004 des limites au droit des propriétaires d'un bien. L'arrêt précité affirme que " le propriétaire d'une chose ne dispose pas d'un droit exclusif sur l'image de celle-ci ; (...) il peut toutefois s'opposer à l'utilisation de cette image par un tiers lorsqu'elle lui cause un trouble anormal ". Par cet arrêt, la Cour de cassation conditionne le refus du propriétaire à la reproduction de l'image de son bien par un tiers à l'existence d'un trouble anormal, quel que soit le mode d'exploitation qui pourrait en être fait. Cet arrêt préserve ainsi l'équilibre entre les intérêts de chacun. Par ailleurs, au regard de la liberté d'expression et du droit au respect de la vie privée, le Gouvernement, conformément à l'engagement pris en application de l'article 20 de la loi du 4 janvier 2002 relative aux musées de France, présentera prochainement au Parlement un rapport relatif au droit à l'image et aux moyens d'en faire bénéficier les collectivités publiques pour les oeuvres d'art dont elles ont la propriété ou la gestion qui tiendra compte des impératifs liés au maintien de la liberté d'expression et des développements jurisprudentiels récents. S'agissant de la protection au titre du droit d'auteur pour la reproduction d'édifices situés sur la voie publique, un grand nombre de ces oeuvres architecturales sont tombées dans le domaine public et sont donc librement reproductibles au regard des principes de la propriété littéraire et artistique. Pour ce qui concerne la création contemporaine et originale, la vitalité de la création architecturale est garantie par la protection accordée aux créateurs qui demeurent libres d'autoriser la reproduction de leurs oeuvres notamment à des fins commerciales. Eu égard à ces considérations et en particulier ait rééquilibrage opéré par la cour de cassation, ainsi qu'à la variété des situations, une dérogation générale concernant l'ensemble des oeuvres architecturales ne peut être envisagée.