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Impact sur l'image de la France du projet de loi relatif à l'immigration

12e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0687G de Mme Catherine Tasca (Yvelines - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 19/05/2006 - page 4057

Mme Catherine Tasca. Ma question s'adresse à M. le ministre des affaires étrangères.

Monsieur le ministre, depuis quelques semaines, nous assistons à une série effrayante de crimes racistes en Europe et à ses frontières.

En Russie, ce sont des groupes de néonazis qui s'en prennent en plein jour, dans la rue ou dans le métro, à tous ceux qui, à leurs yeux, sont étrangers, sans que le pouvoir semble s'en émouvoir.

En Belgique, une femme turque, une femme malienne et une enfant belge ont été abattues en pleine rue par un skinhead de dix-huit ans, qui a déclaré avoir « voulu tuer des étrangers ».

Le 6 mai, un artiste français d'origine gabonaise, Raphaël Mensah, a été littéralement lynché à Bruges par des militants d'extrême droite, dont deux complices ont été relâchés. Il est aujourd'hui entre la vie et la mort. Ses amis se battent pour être entendus des autorités belges et françaises, afin que la gravité de ce crime soit reconnue.

En Allemagne, on trouve sur des sites Internet d'extrême droite des appels aux violences racistes pour la Coupe du monde de football qui débutera le 9 juin prochain.

Ici, en France, le lâche assassinat du jeune Ilan est gravé dans nos mémoires. D'autres violences racistes ont été constatées depuis. Tout récemment, à Nevers, c'est encore le racisme qui a frappé deux jeunes Turcs.

Ces crimes, dont le caractère raciste et xénophobe ne fait malheureusement aucun doute, interviennent dans un contexte politique européen préoccupant.

En Pologne, le nouveau gouvernement compte désormais à des postes importants, dont celui de l'éducation, deux ministres issus d'un parti d'extrême droite, qui tiennent ouvertement des propos xénophobes et antisémites.

Tout cela est abject, et ce qui est tout aussi insupportable, c'est le quasi-silence des gouvernements, c'est l'absence de condamnation déterminée. (M. le garde des sceaux, fait un signe de dénégation.)

Comment la France peut-elle faire entendre sa voix, alors même que son crédit à l'étranger est considérablement diminué, qu'elle est plongée dans l'incroyable imbroglio de l'affaire Clearstream et dans le pitoyable combat que se livrent ouvertement les trois plus hautes autorités de l'État ? (Protestations sur les travées de l'UMP.)

Un sénateur socialiste. C'est vrai !

Mme Catherine Tasca. Quel signe envoie-t-elle à ses partenaires en présentant un projet de loi qui stigmatise les étrangers ? C'est d'ailleurs ainsi que le président du Sénégal a perçu ce texte.

Monsieur le ministre, quelles initiatives urgentes le gouvernement de la France va-t-il enfin prendre pour mobiliser ses partenaires européens et réagir fortement, et de manière concertée, contre ces crimes racistes ? (Très bien ! et applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC.)



Réponse du Ministère des affaires étrangères

publiée dans le JO Sénat du 19/05/2006 - page 4057

M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères. Madame le sénateur, il me semble scandaleux de vouloir nous donner ici des leçons sur la xénophobie, le racisme et l'extrême droite. (Applaudissements sur les travées de l'UMP.) Pour ma part, je me suis toujours battu contre l'extrême droite, le racisme et la xénophobie, et je ne vous permets pas de dire que le gouvernement de la France se moque de ces problèmes ! (Applaudissements sur les travées de l'UMP.)

M. Jean-Pierre Bel. Ce n'est pas ce qu'elle a dit !

M. René-Pierre Signé. Quel résultat ?

M. Philippe Douste-Blazy, ministre. Il n'y a qu'une seule façon de répondre à votre question : rappeler la mise en place d'une agence pour renforcer l'attractivité de la France, annoncée par le Gouvernement il y a quatre jours, et la création de centres d'études en France, mais aussi dans les ambassades et les consulats français, afin de permettre, grâce à l'instauration d'un guichet unique, à tous les étudiants étrangers qui veulent faire des études dans notre pays et choisir le français comme langue, comme vecteur de civilisation et de culture, de venir en France. (Exclamations sur les travées du groupe socialiste.)

Mme Catherine Tasca. Ils vont aux États-Unis !

M. François Marc. C'est hors sujet !

M. Didier Boulaud. Répondez à la question !

M. Philippe Douste-Blazy, ministre. Je ne vous permettrai pas de dire que la France se barricade, car c'est exactement le contraire !

Enfin, l'agence France culture, que nous avons créée, permettra de défendre dans le monde entier ces valeurs universelles de la France que sont les droits de l'homme.

Par conséquent, je ne laisserai croire à personne que le gouvernement français est mal à l'aise face à l'extrême droite, à la xénophobie et au racisme.

M. René-Pierre Signé. Si, il est mal à l'aise !

M. Philippe Douste-Blazy, ministre. Je ne prendrai qu'un exemple : depuis 2004, les actes antisémites ont diminué, parce que cette majorité a fait voter les lois adéquates. (Bravo ! et applaudissements sur les travées de l'UMP et de l'UC-UDF. - Protestations sur les travées du groupe socialiste.)