Question de M. MICHEL Jean-Pierre (Haute-Saône - SOC) publiée le 15/05/2009

Question posée en séance publique le 14/05/2009

M. Jean-Pierre Michel. Monsieur le Premier ministre, la France va mal, et pourtant, vous me répondrez – ou, pis, vous me ferez répondre – qu'elle s'en sort mieux que les autres, que la reprise arrive.

Malheureusement, cette méthode Coué ne remplace pas une politique économique volontariste. Mme Lagarde, lundi, et vous-même ce matin l'illustraient dans les quotidiens qui vous ouvrent leurs colonnes.

Jusqu'ici, en effet, l'improvisation le dispute à l'inaction. Le Gouvernement espère certainement que les plans de relance des autres viendront remplacer celui que la France n'a pas su faire et celui que l'Europe de MM. Berlusconi, Sarkozy et Barroso n'a pas su ou pas voulu mettre en place.

M. Roger Karoutchi, secrétaire d'État chargé des relations avec le Parlement. Monsieur Michel, vous fûtes meilleur !

M. Jean-Pierre Michel. De même, le dernier sommet du G20 avait rappelé trois objectifs pour les plans bancaires : fonds propres, financements, actifs toxiques. Les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne ont pris des dispositions en ce sens ; la France, elle, n'a pas encore tranché. Qu'attend-elle ?

Malheureusement, monsieur le Premier ministre, les prévisions démentent votre optimisme forcené ; la production industrielle française a encore reculé de 1,4 % au mois de mars, après avoir baissé de 0,9 % au mois de février, portant ainsi le recul à 7 % au premier trimestre. Le produit intérieur brut français devrait reculer cette année d'au moins 3 % – cela signifie 3 % de récession, pour parler clairement –, selon les prévisions des organismes internationaux et français ; les déficits publics atteignent des niveaux inconnus jusqu'à ce jour.

Depuis le début de la crise, les prévisions du Gouvernement ont toujours un temps de retard, monsieur le Premier ministre. Allez-vous une fois de plus nous confirmer la prévision d'une récession de 1,5 %, antienne que vous avez répétée encore ce matin ?

Vous allez certainement me répondre que le point le plus bas est passé et entonner l'air guilleret de la reprise à nos portes. Franchement, nous espérons, nous aussi, et comme les Français, que la crise est dans sa phase terminale et que la reprise pointe à l'horizon. Mais le blocage des crédits se poursuit, les crédits nouveaux accordés aux ménages au mois de mars sont en repli de 27 % sur un an, la contraction étant particulièrement sensible pour les crédits à l'habitat, qui enregistrent un repli de 34 %.

La brutalité de la récession a des conséquences durables et terribles sur l'emploi. Les licenciements ne cesseront de se produire, dans des conditions sociales parfois indignes comme chez Caterpillar. Que faites-vous en la matière ?

Dans l'aire urbaine Belfort, Montbéliard, Héricourt, Delle dont je suis un élu et dans le département de la Haute-Saône où les équipementiers sont soumis à la mono-industrie de l'automobile, les difficultés sont importantes : certaines des entreprises parmi Sonas Automotive à Beaucourt, Pyle industries à Servance, Fuinto à Gray, les tréfileries de Conflandey, font l'objet de reprises aléatoires et toutes subissent un plan social conduisant au licenciement de la moitié du personnel existant.

M. le président. Veuillez conclure, mon cher collègue, vous avez déjà largement dépassé votre temps de parole !

M. Jean-Pierre Sueur. C'est important, monsieur le président !

M. Jean-Pierre Michel. Monsieur le président, si vous m'ôtez la parole, vous couperez alors la voix à l'opposition !

M. le président. Mais ce sont vos collègues qui pâtiront de votre dépassement !

M. Jean-Pierre Michel. Monsieur le Premier ministre, la souffrance sociale s'aggrave ; 600 000 postes devraient être perdus d'ici à la fin de l'année 2010 ; de surcroît, pour des raisons idéologiques, vous annoncez la suppression de plus de 30 000 postes supplémentaires de fonctionnaires. Quand allez-vous enfin lancer le plan de relance qui s'impose, pour redonner confiance aux Français, surtout aux travailleurs ? (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste.)

M. le président. Mes chers collègues, je vous demande de bien vouloir respecter vos temps de parole par égard pour les autres intervenants.


Réponse du Secrétariat d'État chargé du commerce extérieur publiée le 15/05/2009

Réponse apportée en séance publique le 14/05/2009

Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d'État chargée du commerce extérieur. Monsieur le président, il me sera assez facile de respecter mon temps de parole, étant donné les outrances qui ont émaillé la question de M. Michel ! (Applaudissements sur les travées de l'UMP. –Protestations sur les travées du groupe socialiste. )

M. Paul Raoult. Ça commence bien !

Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d'État. Les chiffres de la croissance du premier trimestre seront connus demain. D'ici là, on peut dire que la crise est grave.

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. Tout le monde le sait !

Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d'État. Malheureusement, l'activité a baissé au premier trimestre de 2009, comme ce fut hélas ! le cas au dernier trimestre de l'année dernière.

M. Paul Raoult. Les faits sont les faits, les chiffres sont les chiffres !

Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d'État. Selon l'OCDE,…

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. Oh ! Alors…

Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d'État. … la France résiste mieux que la plupart de ses voisins. Telle est la vérité.

Un sénateur socialiste. Nous n'avons pas dit autre chose ! Ces informations sont dans La Tribune et dans Les Échos.

Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d'État. La crise est mondiale, et seuls de très rares pays émergents enregistreront cette année une croissance positive. Malheureusement, la plupart des autres pays connaissent des augmentations du chômage bien supérieures à celles de la France.

M. Didier Boulaud. Alors, nous sommes contents ! Tout va très bien, madame la marquise !

Un sénateur socialiste. En mars, 60 000 chômeurs supplémentaires !

Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d'État. Je rappelle qu'en mettant en place les actuelles mesures de relance, le Gouvernement a privilégié résolument l'investissement, c'est-à-dire le soutien de l'activité à court terme – on le voit déjà dans les régions – et a montré son ambition d'avoir un pays plus fort encore après la crise.

M. Didier Boulaud. Arrêtez ! Pas si vite !

Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d'État. Je souhaite surtout insister sur les mesures de justice, qui sont les deux piliers de la politique du Gouvernement.

M. Didier Boulaud. En matière de justice, surtout sociale, nous ne craignons rien !

Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d'État. Relevons tout d'abord les mesures concrètes prises en faveur de 11 millions de ménages à hauteur de 2,6 milliards d'euros et mises en œuvre depuis le sommet social de la fin du mois de février et le plan en faveur de l'emploi des jeunes – 500 000 d'entre eux sont concernés –, doté de 1,3 milliard d'euros.

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. Tout va bien, alors ?

Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d'État. Non, mais ce qui va bien, c'est l'engagement et l'action du Gouvernement, afin de passer ce cap difficile,…

M. Didier Boulaud. Vous allez voir les jeunes, à la rentrée !

Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d'État. … d'en atténuer les effets, notamment pour les plus modestes,…

M. Didier Boulaud. Ils vont battre le pavé !

Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d'État. … et de pouvoir rebondir dès la fin de la crise mondiale. (Applaudissements sur les travées de l'UMP et de l'Union centriste.)

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