Question de M. MIRASSOU Jean-Jacques (Haute-Garonne - SOC) publiée le 12/05/2010

Question posée en séance publique le 11/05/2010

Concerne le thème : La politique industrielle

M. Jean-Jacques Mirassou. Madame la secrétaire d'État, voilà quelques jours, les chaînes d'assemblage de l'A320, à Toulouse et sur d'autres sites français, étaient bloquées à la suite d'un mouvement de grève engageant la totalité des centrales syndicales, qui n'ont pas hésité à évoquer un divorce social entre les travailleurs et la direction.

Au-delà des revendications salariales, ce mouvement de grève avait pour objet de mettre en perspective une stratégie industrielle et commerciale et son corollaire en termes d'emplois.

Est-il besoin de le rappeler, les travailleurs du site sont encore traumatisés par le plan Power 8, qui a, au passage, « éjecté » 5 000 emplois dans le périmètre direct d'Airbus auxquels il faut ajouter 5 000 emplois chez les sous-traitants.

Bien sûr, on laisse miroiter maintenant les perspectives intéressantes de la montée en puissance de l'A380 et du futur A350, mais le fonds de commerce d'Airbus, l'A320, fait actuellement l'objet d'une sorte de course-poursuite entre les deux sites sur lesquels l'activité est répartie, Toulouse et Hambourg. Ce dernier site a tendance à gagner des parts de marché et revendique en même temps la possibilité de construire le remplaçant de l'A320.

La stratégie industrielle et commerciale d'Airbus à l'égard de ses salariés manque donc manifestement de lisibilité.

C'est la raison pour laquelle ce que ne peut pas faire actuellement la direction d'Airbus, obligée de tenir compte des intérêts à la fois d'Airbus France et d'Airbus Allemagne, le ministère, l'État, eu égard à sa prise de participation dans l'actionnariat d'Airbus Industrie, a le devoir de le faire. Il doit parler haut et fort pour dissiper les inquiétudes et afficher enfin, à court terme et à moyen terme, des assurances à même de calmer l'inquiétude des salariés d'Airbus et, plus généralement, de l'ensemble de la région toulousaine dont chacun sait que, sur le plan industriel, Airbus est le « vaisseau amiral ». (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG.)


Réponse du Secrétariat d'État chargé du commerce extérieur publiée le 12/05/2010

Réponse apportée en séance publique le 11/05/2010

Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d'État. Monsieur le sénateur, je ne me prononcerai pas, au nom du Gouvernement, sur l'état des négociations sociales dans ce conflit particulier, négociations qui relèvent, bien sûr, du dialogue que nous souhaitons le plus riche et le plus fructueux possible entre les organisations syndicales et les salariés, d'une part, et la direction de l'entreprise, d'autre part.

En revanche, je tiens à vous confirmer, s'il en était besoin, le caractère absolument prioritaire du secteur aéronautique dans la politique industrielle de notre pays. Tous les outils de notre politique industrielle sont mobilisés en faveur de l'aéronautique, qu'il s'agisse, bien entendu, du pôle de compétitivité Aerospace Valley, qui se répartit entre votre région et la région bordelaise, …

M. Jean-Louis Carrère. La région Aquitaine et pas seulement bordelaise, madame la secrétaire d'État !

Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d'État. Vous avez raison, monsieur le sénateur, alors parlons non de Bordeaux mais de l'Aquitaine, non de Toulouse, mais de Midi-Pyrénées. Le Tarn-et-Garonne appréciera, n'est-ce pas, monsieur Collin ? (Sourires.)

Je pourrais également citer le grand emprunt avec le programme spécifique dédié « Aéronefs du futur ».

Par ailleurs, compte tenu de l'extrême importance de l'exportation pour ce secteur, nous avons également, l'an dernier, avec Christine Lagarde, mobilisé de façon exceptionnelle – saluée en tant que telle par EADS et Airbus – l'ensemble des crédits de financement international ; je pense, bien sûr, aux crédits de la Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur, la COFACE.

Au titre du soutien aux grands contrats, qu'il s'agisse des contrats civils, que vous avez évoqués, mais aussi des contrats militaires, il y a eu également une mobilisation absolument exceptionnelle du Président de la République, du Premier ministre et de l'ensemble du Gouvernement.

Mesdames, messieurs les sénateurs, l'aéronautique constitue l'une de nos filières d'excellence et l'une de celles pour lesquelles l'ensemble des forces économiques ou politiques du Gouvernement sont mobilisées.

M. le président. La parole est à M. Jean-Jacques Mirassou, pour la réplique.

M. Jean-Jacques Mirassou. Madame la secrétaire d'État, si c'était vrai, le Gouvernement se serait donné les moyens d'intervenir bien en amont de ce qui devait devenir le plan Power 8. Or il ne l'a pas fait.

Le crédit que j'accorde aux déclarations d'intention est faible et, en l'occurrence, il confine au dérisoire.

Au-delà des intentions affichées en termes d'accompagnement, je tiens à répéter clairement que l'État étant un actionnaire puissant d'Airbus Industrie et d'EADS, et compte tenu de l'importance de l'industrie aéronautique sur le plan stratégique à l'échelon tant national que régional, le Gouvernement, par la voix du ministre concerné, qui n'est pas présent aujourd'hui, a le devoir de parler plus haut, plus fort et plus souvent ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste.)

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