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Abaissement des valeurs limites d'exposition aux ondes radioélectriques à Carmaux

14e législature

Question orale n° 0048S de M. Jean-Marc Pastor (Tarn - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 26/07/2012 - page 1673

M. Jean-Marc Pastor attire l'attention de Mme la ministre déléguée auprès du ministre du redressement productif, chargée des petites et moyennes entreprises, de l'innovation et de l'économie numérique, sur les antennes-relais implantées dans la ville de Carmaux (81400) et permettant les émissions pour la téléphonie mobile, la FM et la télévision.

Ces antennes implantées en plusieurs endroits (Les Crémades, La Croix-Haute, Château d'eau) suscitent les craintes de la population, en particulier des riverains qui demandent que les puissances d'exposition aux radiofréquences soient diminuées à partir des stations de base et que tous les types de couverture ne soient plus centralisés sur les mêmes implantations.

Ces riverains ont fait réaliser des mesures par le Centre de recherche et d'information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques dont les résultats établissent des risques d'effets physiopathologiques en raison de valeurs souvent supérieures à 1 volt/mètre pour atteindre plus de 3 volts/mètre.

Ils ont demandé aux opérateurs de baisser la puissance de leurs antennes, sans succès jusqu'ici. La ville de Carmaux est par ailleurs assignée au tribunal administratif par un opérateur à ce sujet.

Alors que de plus en plus d'études concluent aux influences des ondes radioélectriques sur la santé, il lui demande de bien vouloir lui indiquer si elle envisage d'actualiser la réglementation en vigueur en France afin que les seuils d'émission soient abaissés.

Transmise au Ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie



Réponse du Ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie

publiée dans le JO Sénat du 03/10/2012 - page 3372

M. Jean-Marc Pastor. Madame la ministre, les antennes-relais implantées dans mon département par les opérateurs de téléphonie mobile suscitent de la part de la population de nombreuses interrogations et des craintes. C'est vrai à Rivières et à Carmaux dans le Tarn, mais aussi dans bien d'autres communes du territoire français.

Ainsi, les riverains demandent que les puissances d'exposition aux radiofréquences soient diminuées à partir des stations de base et que tous les types de couverture ne soient plus centralisés sur les mêmes implantations.

Ils ont fait réaliser des mesures par le Centre de recherche et d'information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques, dont les résultats établissent des risques d'effets physiopathologiques en raison de valeurs souvent supérieures à 1 volt par mètre, voire à 3 volts par mètre. Ils ont donc demandé aux opérateurs de baisser la puissance de leurs antennes, sans succès jusqu'à présent.

La ville de Carmaux a par ailleurs été assignée par un opérateur devant le tribunal administratif en raison d'une délibération de la commune prévoyant une concertation préalable à tout projet de déploiement sur son territoire.

En avril 2012, nous avons rencontré à la mairie les représentants de trois opérateurs : Orange, SFR et Bouygues Telecom. Ces derniers ont fait état du Grenelle des ondes et d'une modélisation effectuée à partir d'une expérimentation sur des sites pilotes au titre de laquelle la ville de Carmaux s'était d'ailleurs portée candidate, mais n'avait pas été retenue. D'après les résultats de cette modélisation, on aboutirait à 80 % de perte de service ; je n'ai cependant pas eu connaissance des résultats de l'expérimentation faite dans le xive arrondissement de Paris.

Pour les opérateurs, l'augmentation du trafic pose un problème de couverture et de saturation. Selon eux, il faudrait ajouter des antennes-relais sans diminuer leur puissance. Les citoyens s'inquiètent : la multiplication du nombre d'antennes permettrait-elle de limiter le seuil d'exposition à un niveau raisonnable ?

L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail, ou ANSES, donne un élément supplémentaire dans la réponse que son directeur général m'a faite récemment. Elle précise qu'une réduction de la puissance des antennes-relais est souhaitable, mais attire l'attention sur les conséquences, pour la population en général et pour les utilisateurs de la téléphonie mobile en particulier, d'une telle réduction qui pourrait conduire à une augmentation de l'exposition de la tête aux radiofréquences émises par les téléphones mobiles.

Madame la ministre, envisagez-vous d'actualiser la réglementation en vigueur en France de telle sorte que les seuils d'émission soient abaissés tout en évitant une augmentation de l'exposition de la tête aux radiofréquences ?

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Delphine Batho, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie. Monsieur le sénateur, je vous remercie de me permettre de préciser la politique du Gouvernement sur un sujet sensible pour les élus locaux et nos concitoyens dans la mesure où il donne lieu à de nombreux contentieux dans les territoires.

L'insertion des antennes de téléphonie mobile dans le cadre urbain et dans les campagnes est un enjeu en termes d'urbanisme et de préservation des paysages ainsi qu'en termes sanitaires et d'information des élus et de la population.

Lors de la conférence environnementale, les enjeux de la santé environnementale ont été, pour la première fois, érigés en axes de travail prioritaires du Gouvernement pour la durée du quinquennat.

En matière d'installation d'antennes-relais de radiotéléphonie mobile, le principe de précaution fait l'objet de jurisprudences parfois contradictoires. Toutefois, il est aujourd'hui évident qu'une maîtrise des émissions d'ondes électromagnétiques s'impose pour répondre à des enjeux sanitaires.

Il est également incontestable que la concertation avec les élus locaux, pour devenir exemplaire, doit être assurée en amont des projets d'installation.

Voilà pourquoi le Gouvernement a pris un certain nombre de décisions, que je tiens à rappeler.

Tout d'abord, en matière de recherche scientifique, les effets sanitaires nécessitent encore des travaux d'expertise, en particulier dans le domaine de l'électro-sensibilité.

Lors de la conférence environnementale, le Premier ministre s'est engagé à assurer l'indépendance des experts scientifiques dont nous avons besoin pour avancer sur ces questions.

C'est la mission de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail que de mettre régulièrement à jour une synthèse des connaissances scientifiques publiées dans l'ensemble de la littérature internationale.

Dans son rapport du 15 octobre 2009 sur les radiofréquences, l'ANSES indique que les niveaux d'exposition liés à l'utilisation intensive d'un téléphone mobile sont très supérieurs aux niveaux d'exposition relevés à proximité des antennes relais.

Elle en conclut qu'il faut recommander prioritairement l'application du principe de précaution pour l'utilisation par les enfants des téléphones mobiles.

Elle souligne même qu'un abaissement des seuils d'émission des antennes pourrait avoir des conséquences négatives sur l'exposition des utilisateurs de téléphones mobiles aux champs électromagnétiques.

Toutefois, comme les connaissances scientifiques peuvent évoluer rapidement dans ce domaine, le Gouvernement a demandé à l'ANSES, à l'issue de la récente conférence environnementale, de mettre à jour rapidement son expertise de 2009 sur les effets sanitaires des radiofréquences.

J'attends la remise de ce nouveau rapport, qui sera naturellement rendu public, pour le début de l'année 2013.

Je précise que le budget annuel de 2 millions d'euros dont dispose l'ANSES pour financer les travaux de recherche dans ce domaine sera maintenu dans le projet de loi de finances pour 2013.

Parallèlement, le Gouvernement a décidé de poursuivre les expérimentations d'abaissement de puissance des antennes relais, conformément aux préconisations formulées par le député François Brottes dans son rapport de 2011 sur la diminution de l'exposition aux ondes électromagnétiques émises par les antennes relais de téléphonie mobile.

Éventuellement, des valeurs cibles intermédiaires autres que 0,6 volt par mètre pourraient être définies.

Les travaux d'expérimentation ont d'ores et déjà permis de mesurer que, dans quatorze quartiers de villes ou de villages, environ 95 % des niveaux d'exposition sont inférieurs à 1,5 volt par mètre et 99,5 % d'entre eux sont inférieurs à 5 volts par mètre.

Les valeurs que vous avez citées, monsieur Pastor, sont donc tout à fait représentatives. Je vous rappelle qu'elles restent très inférieures aux valeurs limites réglementaires.

Il est vrai qu'en quelques points géographiques isolés, dits atypiques, les niveaux d'exposition sont sensiblement plus élevés ; mais ils restent inférieurs aux valeurs limites. Le Gouvernement soutient les travaux en cours pour l'identification, la définition et le traitement spécifique de ces points atypiques. En effet, partout où les émissions peuvent être réduites sans que cela porte préjudice à la qualité du service, cela doit être fait.

J'ajoute que j'ai fait inscrire dans le projet de loi de finances pour 2013 une disposition qui concrétisera enfin la création du fonds public dédié au financement des mesures de champs électromagnétiques réalisées par les organismes indépendants accrédités.

La mise en place de ce fonds est une volonté du législateur, exprimée à la suite de l'adoption de plusieurs amendements à la loi du 3 août 2009 de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle de l'environnement, dite Grenelle 1.

Ce fonds public est alimenté par une contribution additionnelle à l'imposition forfaitaire sur les entreprises de réseaux, applicable aux stations radioélectriques.

L'article 26 du projet de loi de finances pour 2013 prévoit d'affecter le produit de cette taxe à l'Agence nationale des fréquences, ce qui devrait permettre une mise en œuvre optimale du dispositif.

Je veillerai à ce que l'ensemble des dispositions réglementaires nécessaires à l'entrée en vigueur effective de ce mécanisme soient publiées avant la fin de l'année 2012.

Le Gouvernement sera en mesure de présenter, d'ici au mois de juin 2013, les conclusions qu'il tire des études scientifiques, des expérimentations d'abaissement de puissance, de la finalisation de l'expérimentation de nouvelles procédures de concertation préalable à l'installation d'antennes relais et du nouvel avis de l'ANSES.

Ces conclusions pourront nous conduire à proposer de nouvelles dispositions législatives et réglementaires, tant pour améliorer la concertation au sujet des projets d'implantation que pour diminuer l'exposition des riverains aux ondes électromagnétiques, notamment aux points dits atypiques où les champs sont les plus élevés.

M. le président. La parole est à M. Jean-Marc Pastor.

M. Jean-Marc Pastor. Madame la ministre, je vous remercie pour votre réponse.

Vous avez bien cerné la difficulté : il faut concilier le souci d'une couverture parfaite pour la téléphonie mobile, qui est un service à apporter à la population, et l'acceptation sociale des équipements nécessaires, dont l'installation suscite parfois des oppositions très dures.

Nous devons respecter le principe de précaution ; j'ai bien compris, en vous écoutant, que vous l'aviez parfaitement capté...

Nous serons particulièrement attentifs aux travaux de l'ANSES dont les résultats seront publiés au début de l'année 2013.

Nous serons encore plus attentifs aux propositions que vous ferez au mois de juin 2013 pour apporter les modifications législatives et réglementaires nécessaires.