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Devenir de Peugeot sur le marché iranien

14e législature

Question écrite n° 01849 de M. Jean-Yves Leconte (Français établis hors de France - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 13/09/2012 - page 1973

M. Jean-Yves Leconte attire l'attention de M. le ministre du redressement productif sur la situation paradoxale que rencontre la société PSA Peugeot Citroën sur l'un de ses marchés les plus importants : l'Iran.

Depuis la fin des années 1970, Peugeot a établi avec une entreprise iranienne, Iran Khodro, un accord d'assemblage de véhicules, accord au demeurant très profitable pour Peugeot puisque le partenaire iranien est un bon payeur, qu'il achète de façon régulière à la France des pièces détachées et que le marché local absorbait encore en 2011 près de 460 000 véhicules (30 % du marché local), tandis que sa présence en Iran assurait à Peugeot une présence avec des véhicules spécifiques dans l'ensemble des pays de la région (Russie, Caucase et Moyen-Orient).

Aujourd'hui, ce partenariat industriel est remis en cause. Deux raisons sont avancées si l'on se réfère aux articles de presse ayant relaté la situation : le durcissement des mesures d'embargo frappant l'Iran, en particulier en matière de transfert financier, ce qui rend ces opérations beaucoup plus compliquées et exigerait l'implication de l'État français pour gérer cette contrainte ; le fait que l'entreprise américaine GM aurait exigé en contrepartie de son entrée au capital de Peugeot la fin des relations commerciales que le groupe entretenait avec l'Iran.
À l'heure actuelle, Iran Khodro aurait versé 250 millions d'euros pour des livraisons de pièces, mais Peugeot n'aurait pas accès à ces fonds ou ne souhaiterait pas les toucher pour ne pas déplaire à GM. Ainsi, entre 15 000 et 20 000 voitures seraient sur parc en Iran, non terminées. Elles attendent les livraisons de pièces de France avant de pouvoir être commercialisées. Progressivement c'est la paralysie qui guette. Faute de tenir ses engagements Peugeot pourrait se faire sortir d'une coopération rentable et génératrice d'emplois en France.

Peugeot dans sa communication publique refuse d'envisager un lien de cause à effet entre l'arrivée de GM à son capital et la mise en péril de ce marché. Le groupe ne préfère voir que la difficulté de garantir le financement de ses activités vis-à-vis de l'Iran.

Cet argument est étonnant dans la mesure où Renault, présent lui aussi sur ce marché, ne semble pas rencontrer de telles difficultés. Non seulement Renault considère le marché comme prometteur, mais avec son partenaire local il accompagne la demande du marché via une ligne d'assemblage de véhicules Logan.

Si nous devions retenir la raison selon laquelle Peugeot cèderait à un chantage de GM, il deviendrait alors urgent de nous interroger sur les conséquences qu'une telle situation impliquerait pour le groupe en France : 640 à 850 millions de chiffre d'affaires perdus en France ; 350 emplois menacés au niveau du centre mondial des pièces détachées de Peugeot Citroën à Vesoul ; un surenchérissement des coûts de fabrication des véhicules du fait de la perte d'un marché de taille significatif pour le groupe.

Le redressement de la filière automobile française, les réponses à la sous-capitalisation boursière et à une situation de trésorerie difficile ne passent pas par un recours à des alliances risquées pour l'avenir de notre industrie. GM, sauvé du gouffre par le contribuable américain il y a quelques années, est peut-être momentanément le salut pour l'actionnariat actuel du groupe PSA. Mais l'est-il réellement pour l'avenir de notre industrie automobile ?

Transmise au Ministère de l'économie, de l'industrie et du numérique



La question est caduque