Allez au contenu, Allez à la navigation

Lutte contre les dérives sectaires et anthroposophie

15e législature

Question écrite n° 13035 de M. Yannick Vaugrenard (Loire-Atlantique - SOCR)

publiée dans le JO Sénat du 14/11/2019 - page 5695

M. Yannick Vaugrenard attire l'attention de M. le ministre de l'intérieur sur l'anthroposophie, cette « philosophie » inventée par Rudolf Steiner, qui se veut proche de la nature et qui voit le monde comme mû par des forces spirituelles. Considérées comme fantaisistes par les scientifiques, les théories antroposophiques ont prospéré dans le domaine de la médecine, l'agriculture, l'éducation et la banque.
Dans l'agriculture, les thèses de l'anthroposophie se basent sur la biodynamie, technique consistant à cultiver en prêtant attention au cosmos et qui se caractérise par l'application de principes ésotériques et astrologiques, tels que l'influence de la lune et des planètes sur les cultures, ou la capture des énergies cosmo-telluriques dans les cornes de bovins enterrées dans le sol. Ces rituels sont liés à la cosmologie religieuse du fondateur de l'anthroposophie. Dans le monde de l'éducation, l'anthroposophie a directement inspiré les écoles Steiner, du nom du fondateur de cette doctrine, qui fournissent une pédagogie alternative. Dans le domaine de la médecine le journal « Science et avenir » dans un article pointe le « scandale de l'Iscador, médicament anthroposophique anticancéreux » à base de gui fermenté, vendu en France selon ce journal sans autorisation.
En France, toutes les associations de lutte contre les dérives sectaires mettent en garde contre l'anthroposophie, et certains s'inquiètent des liens qui pourraient exister entre l'anthroposophie et certains ministères, notamment suite à un article en faveur de la biodynamie publié dans la revue du ministère de l'agriculture.
Aussi, il lui demande de lui confirmer, comme cela fut indiqué en séance de questions au Gouvernement au Sénat le 2 octobre 2019 : que les missions et les moyens de la mission de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) ne seront absolument pas remis en cause, à la suite de la décision de la rattacher à son ministère ; que la nouvelle organisation ne se réduira pas à la lutte contre une seule forme d'emprise, que l'ensemble des dérives sectaires sera appréhendé dans le cadre de ses missions, et que la vigilance restera de mise quant à cette question de l'anthroposophie.



Réponse du Ministère de l'intérieur

publiée dans le JO Sénat du 12/03/2020 - page 1282

La Cour des comptes avait, dès 2017, recommandé le rattachement de la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) au ministère de l'intérieur pour permettre d'en renforcer le caractère opérationnel. Le Gouvernement a décidé de rattacher la MIVILUDES au ministère de l'intérieur. Ce nouveau rattachement fonctionnel s'explique par trois raisons principales : en premier lieu, la MIVILUDES pourra exercer ses missions en pleine articulation avec le SG CIPDR : les champs d'intervention de ces deux organismes ne se recouvrent pas totalement mais ils ont pour important point commun la lutte contre les nouvelles formes de radicalité et certains phénomènes d'emprise et d'enfermement ; parallèlement, le ministère de l'intérieur a, traditionnellement, une vocation d'animation interministérielle dans ses champs de compétence. Cette nouvelle organisation ne compromet pas, au contraire, la bonne prise en compte de la variété des problématiques liées aux dérives sectaires ; enfin, il est de bonne administration que l'action publique relève des ministères : cela permet au Premier ministre et à ses services de se concentrer sur leur rôle d'impulsion, de coordination et d'arbitrage. La coopération étroite avec les associations qui œuvrent depuis longtemps au soutien des victimes de dérives sectaires sera bien évidemment maintenue et à aucun moment il n'est question d'abaisser le niveau de vigilance (y compris sur l'anthroposophie) et de réaction des acteurs de la MIVILUDES ni de supprimer la remise de son rapport annuel. La MIVILUDES continuera d'assurer son travail de recueil des signalements et d'identification de réponses appropriées. L'article D. 132-1 du code de la sécurité intérieure (CSI) dispose que « le comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) est présidé par le Premier ministre ou, par délégation, par le ministre de l'intérieur ». Y rattacher la MIVILUDES ne modifie donc en rien sa nature interministérielle. Par ailleurs, ce comité fixe et coordonne l'action des ministères. Enfin, le secrétariat général de ce comité, placé auprès du ministre de l'intérieur pour ses moyens de fonctionnement, veille à la cohérence de la mise en œuvre des orientations définies par le CIPDR et coordonne les ministères ainsi que les services déconcentrés de l'État ou les dirigeants d'organismes publics ou privés intéressés (articles D. 132-3 et D. 132-4 du CSI). Aussi, en étant rattachée au CIPDR, la MIVILUDES conserve-t-elle sa dimension interministérielle, son nom, ses agents, son site internet et ses archives, en partie numérisées. Elle ne disparaît donc pas. Le passage de ses effectifs à neuf agents fin 2019 correspond à des départs en retraite et des reclassements non remplacés sans qu'il n'y ait un lien de causalité avec son nouveau rattachement, et qui avaient été décidés antérieurement à ce rattachement.