Question de Mme SOUYRIS Anne (Paris - GEST) publiée le 03/10/2024

Mme Anne Souyris interroge Mme la ministre de la santé et de l'accès aux soins sur la prise en charge de la chlordéconémie dans l'Hexagone.
Le plan interministériel de lutte contre la pollution par la chlordécone aux Antilles françaises, dit plan chlordécone IV (2021-2027), prévoit la prise en charge à 100 % sans avance de frais par les agences régionales de santé de la chlordéconémie pour les habitants des Antilles françaises. Elle rappelle que l'examen coûte sinon entre 120 et 160 euros. Cette mesure vise à anticiper une intoxication et les pathologies liées à l'exposition au chlordécone, qui concerne les personnes ayant séjourné en Guadeloupe ou en Martinique en raison de l'usage du pesticide jusque 1993. La chlordécone est un produit cancérigène, mutagène et reprotoxique, qui a pollué l'environnement de la Guadeloupe et de la Martinique et qui continue de contaminer les habitants par exposition alimentaire. Considérant qu'un nombre important de personnes originaires des Antilles, et s'y rendant régulièrement, vivent dans l'Hexagone, notamment à Paris, elle l'interroge sur la possibilité d'élargir la prise en charge de la chlordéconémie aux examens biologiques réalisés dans l'Hexagone et sur les dispositifs préventifs prévus pour les personnes s'étant rendus en Guadeloupe et en Martinique.

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Transmise au Ministère de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées


Réponse du Ministère de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées publiée le 29/01/2026

La chlordécone est un pesticide organochloré toxique pour l'homme, destiné à lutter contre le charançon du bananier, un insecte ravageur pour ces cultures. Elle a été utilisée dans les bananeraies de la Guadeloupe et de la Martinique de 1972 à 1993. Sa structure chimique explique sa persistance dans l'environnement. La chlordécone s'élimine naturellement de l'organisme. Il est possible d'agir en supprimant la chlordécone de son assiette, sans tourner le dos aux productions locales. En effet, tous les milieux ne sont pas contaminés (sols et milieux aquatiques), toutes les productions ne sont pas sensibles à la chlordécone et il est possible d'éviter la contamination ou de décontaminer certains animaux. Agir sur l'alimentation est la meilleure façon de réduire son exposition. C'est dans ce contexte que la stratégie chlordécone (2021-2027) prévoit une cinquantaine de mesures, avec des solutions pour toutes les personnes impactées par cette pollution. Parmi ces mesures, les Agences régionales de santé (ARS) de Guadeloupe et de Martinique prennent en charge à 100 %, et sans avance de frais par les particuliers, les dosages de chlordéconémie sur leur territoire. Avoir de la chlordécone dans le sang ne signifie pas être malade. Toutefois, le dosage de la chlordéconémie permet d'évaluer la présence du pesticide au moment du prélèvement, et traduit ainsi une exposition à la chlordécone au cours des derniers mois. Le risque associé à une exposition à la chlordécone concerne surtout les habitants de Guadeloupe et de Martinique. En effet, la chlordécone s'élimine naturellement de l'organisme, il est possible de réduire de moitié son taux de chlordécone dans le sang en 4 à 6 mois en l'absence de nouvelle exposition. Un accompagnement gratuit et personnalisé (visite à domicile par un expert en nutrition et recontrôle de la chlordéconémie à 9 mois) est proposé par les ARS aux personnes les plus exposées dont le taux de chlordéconémie est supérieur à 0,40 µg/L de plasma. Un accompagnement spécifique pour les femmes enceintes est proposé en Guadeloupe et est à l'étude en Martinique. Les voyageurs venant de l'Hexagone peuvent, lors de leur séjour en Guadeloupe ou en Martinique, réaliser gratuitement un dosage de chlordéconémie, c'est-à-dire une mesure de la quantité de chlordécone dans le sang. Ce taux diminue naturellement en quelques mois après le retour, dès lors qu'il n'y a plus de nouvelle exposition.

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