Question de M. BOUAD Denis (Gard - SER) publiée le 03/10/2024

M. Denis Bouad interroge Mme la ministre du travail et de l'emploi concernant l'actuelle crise du logement et son impact sur le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP).
En 2023, seuls 287 000 logements ont été mis en chantier contre 434 600 en 2017. Preuve d'une dynamique négative de plus en plus marquée, le nombre de permis de construire a chuté de 23 % en 2023 par rapport à 2022. Ces chiffres témoignent des conséquences des économies successives réalisées sur les politiques du logement, à commencer par la mise en oeuvre de la « réduction du loyer de solidarité » (RLS) qui a fortement impacté le logement social. Cette crise du logement impacte fortement les Français, qui éprouvent de plus en plus de difficultés à se loger et consacrent une part de plus en plus importante de leur budget dans leurs dépenses de logement. C'est également une réelle source d'inquiétude pour le secteur du BTP et l'une des causes de la baisse des rentrées fiscales pour l'État et les collectivités locales. Le ralentissement brutal de la collecte de TVA à la fin 2023 en atteste largement.
Chaque mois, au nord du département du Gard, dans le bassin alésien, ce sont 16 familles qui perdent un emploi du fait de cette conjoncture. Selon les professionnels du secteur, sur l'ensemble du territoire national, entre 200 000 et 300 000 emplois seraient ainsi menacés d'ici 2025. Si les restructurations industrielles et les fermetures d'usines attirent l'attention médiatique, cette grave érosion de l'emploi dans le bâtiment mérite également une forte mobilisation.
Aussi, il lui demande si le Gouvernement envisage de mettre en place des dispositifs spécifiques afin d'accompagner les futurs demandeurs d'emploi victimes des conséquences de la crise du logement sur l'économie du bâtiment.

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Transmise au Ministère de la ville et du logement


Réponse du Ministère de la ville et du logement publiée le 05/02/2026

Depuis 2022, le secteur du bâtiment traverse une crise profonde, accentuée par une hausse des taux d'intérêt, l'augmentation du coût des matériaux et la baisse de la demande de logements. Cette conjonction de facteurs a entraîné un ralentissement de l'activité, notamment dans la construction neuve, avec un impact significatif sur l'emploi et l'investissement. L'année 2024 a toutefois marqué un premier point d'inflexion, avec un net reflux de l'inflation et une stabilisation progressive du marché immobilier. En 2025, plusieurs indicateurs confirment une amélioration, bien que partielle, de la conjoncture. La production de crédits à l'habitat s'est progressivement redressée et retrouve désormais sa moyenne de longue période. En cumul sur douze mois à novembre 2025, elle atteint près de 145 milliards d'euros (hors renégociations), en hausse de plus de 35 % par rapport à la même période un an auparavant. Dans le même temps, les autorisations de logements progressent de 14,4 % et les mises en chantier de 5,8 %, entre les volumes observés de décembre 2024 à novembre 2025, et ceux des douze mois précédents, même si ces niveaux demeurent inférieurs d'environ 19 % à la moyenne observée entre 2017 et 2019. Les enquêtes de conjoncture de l'INSEE témoignent d'un regain de confiance chez les professionnels du bâtiment. En effet, à fin 2025, le climat des affaires dans le secteur gagne plus de deux points par rapport à l'année précédente, et les perspectives d'emploi s'orientent à nouveau à la hausse. S'agissant de l'emploi, les données disponibles montrent un ralentissement de la dégradation du marché du travail dans le secteur, sans toutefois effacer les pertes enregistrées depuis le début de la crise. Les effectifs salariés de la construction ont continué de diminuer entre 2023 et 2024, tandis que le nombre d'offres d'emploi diffusées a reculé fortement en 2025. En parallèle, les difficultés de recrutement se sont nettement réduites par rapport aux années précédentes : à l'automne 2025, moins de deux tiers des entreprises déclaraient encore rencontrer des tensions de recrutement, contre plus de 80 % en 2023, et la part des chefs d'entreprise indiquant être freinés par une insuffisance de personnel est passée à moins de 27 %, contre plus de 38 % deux ans plus tôt. Dans ce contexte, le Gouvernement reste particulièrement vigilant à l'évolution de l'emploi dans le secteur du bâtiment, qui n'a pas retrouvé son niveau d'activité d'avant crise alors même que les tensions sur le marché du logement restent fortes. Par le plan de relance du logement annoncé par le Premier ministre le 23 janvier 2026, le Gouvernement vise à accélérer la reprise de l'activité afin d'enclencher une dynamique durable, condition essentielle pour limiter les destructions d'emplois.

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