Question de M. MAUREY Hervé (Eure - UC) publiée le 13/03/2025

M. Hervé Maurey attire l'attention de M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique sur le solde négatif de la France en matière d'investissements directs à l'étranger (IDE) en 2024 et son faible montant d'investissements domestiques.

Selon la 9e édition du baromètre mondial des investissements industriels paru le 18 décembre 2024, 6 % des IDE réalisés dans le monde en 2024 proviennent de France alors que le pays n'a reçu que 3 % du montant mondial de ces investissements. À titre de comparaison, selon cette même étude, les États-Unis ont capté 26 % des investissements directs à l'étranger mondiaux en 2024 et ont été à l'origine de 12 % des IDE.

Selon cette étude (dont les résultats sont exprimés en dollars USD) - sur la période 2020-2024 - 21 milliards $ investis en France sont d'origine domestique et 40 milliards $ sont des IDE. Sur la même période, les acteurs économiques français ont investi 46 milliards $ à l'étranger (soit plus du double des investissements domestiques français).

À titre de comparaison, l'économie américaine a été portée par 702 milliards $ d'investissements domestiques et 394 milliards $ d'IDE reçus. Les IDE états-uniens s'élèvent à 338 milliards $ soit moins de la moitié des investissements domestiques. Quant à la Chine, elle a recueilli plus de 1 000 milliards $ d'investissements domestiques, pour 216 milliards $ d'IDE (soit un rapport de 5/1).

Le contraste du rapport investissements domestiques/IDE entre la France et les États-Unis et, a fortiori, la Chine, est particulièrement marqué et semble démontrer que la France manque d'attractivité pour ses propres agents économiques et n'a qu'une maigre capacité à capter des investissements directs à l'étranger sur son territoire.

Il souhaite donc connaître l'avis du Gouvernement en la matière et les mesures qu'il compte prendre afin d'améliorer l'attractivité de la France, tout particulièrement s'agissant des investissements industriels, pour ses propres agents économiques et pour les investisseurs étrangers.

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Transmise au Ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique


Réponse du Ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique publiée le 22/01/2026

L'attractivité de la France se maintient à un niveau très élevé. Les effets positifs des réformes engagées ces dernières années en faveur de l'attractivité de la France se reflètent dans les classements internationaux, notamment ceux reposant sur des données quantitatives comme le nombre de projets d'investissements étrangers (par opposition aux classements fondés sur les sondages d'opinion, dont les résultats sont plus volatils). Selon le Baromètre EY de l'attractivité de la France, en 2023, la France est restée pour la cinquième année consécutive le premier pays européen d'accueil des projets d'investissement étrangers, devant l'Allemagne et le Royaume-Uni. La France capte ainsi 21 % de l'ensemble des projets d'implantation ou d'extension annoncés en Europe en 2023 (1 194 projets ; 5 694 en Europe). Malgré une baisse de 5 % par rapport à 2022, le nombre d'investissements étrangers annoncés en France reste très élevé et similaire à son niveau d'avant la crise sanitaire (1 197 en 2019). Le nombre de projets d'investissements étrangers captés par le Royaume-Uni progresse de 6 % par rapport à 2022 (958 projets, 17 % des projets annoncés en Europe), mais reste nettement inférieur à son niveau d'avant le Brexit. Enfin, le nombre de projets captés par l'Allemagne recule de 12 % par rapport à 2022 (733 projets, 13 % des projets annoncés en Europe), poursuivant la baisse constante amorcée en 2018. Les chiffres du « Bilan 2024 des investissements internationaux en France » de Business France, publié le 1er avril, confirment que la France reste un pays attractif. Le nombre de décisions d'investissements étrangers s'est contracté de 7 % en 2024 pour s'établir à 1 688 projets, mais cette baisse reste plus faible que chez nos partenaires européens. De plus, le nombre de projets recensés reste très largement supérieur à son niveau pré-Covid (1 468 projets en 2019), après deux années de rattrapage (2022 et 2023). Le nombre de décisions d'investissements étrangers s'est contracté de 7 % en 2024 pour s'établir à 1 688 projets, mais cette baisse reste plus faible que chez nos partenaires européens. De plus, le nombre de projets recensés reste très largement supérieur à son niveau pré-Covid (1 468 projets en 2019), après deux années de rattrapage (2022 et 2023). Enfin, la baisse enregistrée en 2023 doit être relativisée à la lumière contexte international actuel, marqué par des tensions commerciales accrues et un ralentissement économique dans de nombreux pays. Les chiffres de la Conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) sur 2023 montrent une diminution de 6 % du nombre de nouveaux projets d'investissements réalisés dans des infrastructures nouvelles vers les pays développés. Le Baromètre industriel de l'État 2024 de la direction générale des entreprises (DGE), qui mesure le nombre net d'ouvertures de sites industriels et d'extensions significatives de sites industriels existants [i], témoigne d'une réindustrialisation forte en 2022 et 2023, avec respectivement 176 et 189 ouvertures nettes. En 2024, la dynamique de réindustrialisation se poursuit à un rythme plus modéré, avec 89 ouvertures nettes recensées au total. En termes de secteurs, l'industrie verte et l'agroalimentaire connaissent une dynamique positive tandis que les industries énergo-intensives (transport, plasturgie, mécanique) enregistrent un léger recul. Une hausse des investissements directs étrangers (IDE) dans un contexte global pourtant dégradé. La bonne performance des investissements en France en 2023 est aussi observée dans les statistiques d'IDE. Le flux net d'IDE en France s'établit ainsi à 39,1 Mdeuros fin 2023 (après 72,7 Mdeuros en 2022 selon les estimations de la Banque de France), soit deux années de niveau élevé qui dépasse nettement le niveau d'avant crise sanitaire (28,7 Mdeuros en moyenne entre 2015 et 2019) après avoir enregistré de fortes baisses en 2019 et en 2020. Cette performance s'inscrit dans un environnement international dégradé. La CNUCED fait état d'une baisse de 2 % du flux mondial d'IDE entrants en 2023. Les pays développés ont enregistré une baisse significative des flux d'IDE entrants en 2022 (- 42%) qui repartent légèrement à la hausse en 2023 (+ 9%). Cette reprise modeste s'explique par (i) un contexte économique dégradé sous l'effet des resserrements monétaires et (ii) l'accroissement des tensions géopolitiques. L'Union européenne a été particulièrement affectée avec un flux d'IDE entrants de -85 Md$ en 2022. Les flux entrants repartent timidement à la hausse en 2023 (+ 59 Md$). Le stock d'IDE en France s'élève à 919 Mdeuros fin 2023 selon les données de la Banque de France, un niveau en augmentation par rapport à 2022. Selon la CNUCED, la France est en 2023 le premier pays d'accueil des investissements en termes de flux d'IDE dans l'Union européenne. En 2024, les premières estimations de la Banque de France montrent des flux d'IDE entrants supérieurs aux flux sortants avec respectivement 34,9 Mdeuros et 26,7 Mdeuros. Ces résultats confortent la volonté du Gouvernement de poursuivre les réformes engagées pour renforcer l'attractivité de la France. De nombreuses réformes ont été menées ces dernières années pour accroitre la compétitivité et l'attractivité de l'économie française. Le coût du travail a été réduit et l'environnement fiscal a été transformé pour offrir plus de stabilité et de prévisibilité aux investisseurs. La fiscalité des entreprises a été allégée avec la réduction progressive de l'impôt sur les sociétés à 25 %, dans la moyenne des pays de l'Union européenne, et la baisse des impôts de production (suppression définitive de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) en 2030). Le modèle social français a été rénové pour faciliter le dialogue social et offrir plus de flexibilité aux employeurs. Les ordonnances travail de 2017 ont mis en place un cadre juridique simplifié, sécurisé et prévisible pour les employeurs et les salariés. Les réformes de la formation professionnelle, de l'apprentissage et de l'assurance-chômage ont contribué à cette transformation du modèle social. Les procédures administratives ont été simplifiées pour favoriser l'émergence d'un environnement « pro-business », grâce aux lois PACTE, ESSOC et ASAP. La transformation du tissu industriel s'appuie aussi sur le plan d'investissement France 2030, lancé en 2021 et doté de 54 Mdeuros. Il vise à faire émerger de nouvelles filières industrielles et technologiques (hydrogène, véhicules électriques, avions bas carbone, semi-conducteurs, agri-tech, etc.) et les champions de demain dans des secteurs stratégiques, comme le numérique, l'industrie verte ou les biotechnologies. La moitié des financements sont destinés à des acteurs émergents et l'autre moitié à la décarbonation de l'économie. Le Gouvernement est engagé pour poursuivre la politique d'attractivité mise en oeuvre ces dernières années. Au niveau européen, la France soutient les objectifs de simplification du paquet « Omnibus » et la révision des directives CSRD et CS3D relatives aux obligations des entreprises en matière de durabilité. Au niveau national, les efforts en matière de simplification administrative seront renforcés pour répondre aux besoins des entreprises. C'est le sens du projet de loi de simplification de la vie économique. Enfin, le Sommet Choose France, qui s'est imposé comme un rendez-vous économique annuel incontournable dans l'agenda des investisseurs étrangers, se tiendra le 19 mai au Château de Versailles. Comme les années précédentes, il réunira, autour du Président de la République et du Gouvernement, les dirigeants de 150 entreprises étrangères parmi les plus importantes au niveau mondial afin notamment de leur présenter l'environnement des affaires en France et les mesures prises pour améliorer son attractivité. [i] Établissement de plus de 20 salariés.

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