Question de M. TISSOT Jean-Claude (Loire - SER) publiée le 08/05/2025
M. Jean-Claude Tissot attire l'attention de M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur les actes de l'État d'Israël susceptibles d'être qualifiés de génocide dans la bande de Gaza, au regard du droit international.
Un rapport d'Amnesty International, publié le 5 décembre 2024 sous le titre « On a l'impression d'être des sous-humains : le génocide des Palestiniens et Palestiniennes commis par Israël à Gaza », se fonde explicitement sur la définition du génocide telle qu'énoncée par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1951, dont la rédaction a été reprise dans le Statut de Rome de la Cour pénale internationale du 17 juillet 1998, entré en vigueur le 1er juillet 2002, qui définit le génocide comme un crime commis avec l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux.
Depuis le lancement des opérations militaires par l'armée israélienne en 2023, la communauté internationale s'inquiète face à la situation humanitaire dramatique dans la bande de Gaza : bombardements massifs incessants, nombre élevé de victimes civiles, entraves à l'accès à l'aide humanitaire, destructions d'infrastructures essentielles, privation de soins, de nourriture et d'eau, déplacements forcés de population, etc. Si, les attaques perpétrées par le Hamas le 7 octobre 2023, que la communauté internationale reconnait comme crimes de guerre, ne doivent être ignorées ou minimisées, elles ne sauraient en aucun cas légitimer les violations massives, répétées et systématiques du droit international humanitaire commises par l'État d'Israël. Dans ce contexte, la France, qui a joué un rôle diplomatique important en appelant à un cessez-le-feu et en apportant une aide humanitaire, doit se mobiliser davantage.
Aussi, il lui demande de bien vouloir lui préciser les actions diplomatiques que la France entend prendre pour faire cesser ces crimes et faire respecter le droit international humanitaire, et si le Gouvernement entend faire reconnaitre le crime de génocide à Gaza.
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Transmise au Ministère de l'Europe et des affaires étrangères
Réponse du Ministère de l'Europe et des affaires étrangères publiée le 18/12/2025
En droit, le génocide est défini à l'article II de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948, ainsi qu'à l'article 6 de Statut de Rome créant la Cour pénale internationale (CPI). La qualification de génocide sur le fondement de l'une de ces dispositions relève exclusivement de la compétence du juge. En l'occurrence, ni la Cour internationale de Justice (CIJ), ni la CPI, qui sont toutes deux saisies d'affaires concernant la situation à Gaza, ne se sont, à ce jour, prononcées sur cette qualification. La France soutient le travail de la CPI et de la CIJ, et respecte et respectera le résultat des procédures en cours. Sur cette base, il est essentiel de laisser la justice internationale faire son travail. Cela étant, la situation à Gaza, et dans l'ensemble des territoires palestiniens occupés, est alarmante. Les opérations militaires meurtrières, les déplacements forcés de population, les privations de nourriture et de soins, les destructions systématiques, les détentions arbitraires, et la poursuite de la colonisation, s'accompagnant d'actions violentes des colons extrémistes et d'un discours de haine tenu par des membres du gouvernement, sont autant de sources d'inquiétudes quant au respect du droit international et des droits fondamentaux des Palestiniens. Dans ces conditions, le Gouvernement tient à rappeler que, fidèle à sa tradition, la France se mobilise, et continuera de se mobiliser, pour le respect du droit international à Gaza. La France a fermement condamné les violations du droit international à Gaza, et a appelé, de façon ferme et constante, les autorités israéliennes à respecter leurs obligations internationales, énoncées par exemple dans les ordonnances contraignantes de la CIJ des 26 janvier, 26 mars et 24 mai 2024. Par ailleurs, la France est mobilisée depuis le début de la crise pour répondre à la situation humanitaire catastrophique dans l'enclave palestinienne. Outre l'interruption de toutes les exportations vers Israël d'armements susceptibles d'être utilisés contre les populations à Gaza et en Cisjordanie et le soutien au réexamen de l'accord d'association UE-Israël, la France a mobilisé une aide humanitaire totale de 250 millions d'euros en soutien à la population palestinienne, via des financements aux ONG, au Comité international de la Croix-Rouge et aux agences de l'ONU (l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient - UNRWA, le Programme alimentaire mondial - PAM). Ces fonds ont servi à apporter une assistance directe aux populations palestiniennes pour l'accès, notamment, à l'eau, à la santé et à l'alimentation. Au plan diplomatique, la France mobilise ses canaux diplomatiques de manière continue afin de parvenir à un acheminement immédiat, massif et sans entrave de l'aide humanitaire à Gaza et pour relancer le processus politique de la solution à deux Etats, seul horizon politique susceptible d'apporter une réponse de long terme au conflit. La France se félicite également de l'entrée en vigueur du plan de paix proposé par les Etats-Unis, élaboré sur la base de consultations extensives avec les principaux acteurs internationaux et régionaux et qui reprend certains principes inscrits dans la Déclaration de New York. La France appelle les parties à respecter pleinement cet accord afin que celui-ci mène à une paix durable et à un horizon politique crédible, permettant la mise en oeuvre de la solution à deux Etats. Nous travaillons en coordination avec nos partenaires à la pleine mise en oeuvre de ce plan et appelons les parties à respecter le cessez-le-feu en vigueur. Nous appelons à la délivrance sans entraves de l'aide humanitaire dans la bande de Gaza et à l'ouverture de tous les points de passage, afin de remédier à la situation humanitaire catastrophique dans l'enclave. La France demeure pleinement mobilisée pour une réponse juste et durable et pour la stabilité et à la sécurité de tous les peuples de la région au Proche Orient.
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