Question de M. ROJOUAN Bruno (Allier - Les Républicains-R) publiée le 19/06/2025
M. Bruno Rojouan appelle l'attention de Mme la ministre d'État, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche sur l'opportunité d'un développement structuré de l'enseignement de la rhétorique et de l'argumentation orale dans les programmes de l'enseignement secondaire et supérieur. Alors que les compétences d'expression orale, de structuration de la pensée et de débat argumenté sont devenues essentielles tant pour la participation citoyenne que pour l'insertion professionnelle, leur enseignement demeure cantonné à certaines filières spécialisées (filières littéraires et juridiques, etc.). Les compétences argumentatives ne sont que partiellement intégrées dans les programmes de français, d'éducation morale et civique ou d'enseignement de spécialité, et restent souvent évaluées de manière indirecte. Pourtant, dans un contexte où les jeunes sont massivement exposés à des formes de discours rapides, polarisants et souvent simplifiés sur les réseaux sociaux, leur donner la capacité à structurer une pensée, à argumenter clairement et à débattre sereinement apparaît comme un enjeu démocratique central. Les recherches en sciences de l'éducation et les retours d'expérience d'initiatives locales (concours d'éloquence, clubs de débats) montrent pourtant que ces apprentissages favorisent l'expression personnelle, la maîtrise du langage et la confiance en soi. Une expérimentation d'un enseignement d'éloquence pour les classes de troisième a d'ailleurs été lancée à la rentrée scolaire 2019 dans plusieurs centaines de collèges (séance hebdomadaire de 30 minutes intégrée au cours de français). Un rapport de l'inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR), publié en avril 2021, a souligné les apports notables de cette initiative (amélioration de la prise de parole, de la confiance en soi, du raisonnement structuré, et engagement renforcé des élèves) et appelait à un élargissement de l'expérimentation. Ainsi, il lui demande s'il est envisagé, en lien avec le Conseil supérieur des programmes et les rectorats, d'intégrer de manière progressive et pérenne un enseignement structuré de la rhétorique, de la prise de parole en public et de l'analyse argumentative au niveau national, dans les programmes du collège, mais aussi du lycée et de l'enseignement supérieur (hors des seules filières juridiques ou littéraires). Ceci, dans une logique d'égalité des chances, de renforcement des compétences transversales et d'éducation à la citoyenneté.
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Transmise au Ministère de l'éducation nationale
Réponse du Ministère de l'éducation nationale publiée le 18/12/2025
Les programmes de français actuellement en vigueur, comme ceux qui sont en cours de renouvellement, satisfont à une exigence de l'oral comme domaine d'enseignement, dans le premier et le second degrés. Les principes et les objectifs de cet apprentissage, ainsi que ses modalités d'évaluation, sont précisément définis et établis, du cycle 2 au lycée. Ainsi, le nouveau programme de français pour le cycle 3, publié le 17 avril 2025, accentue les objectifs d'acquisition et d'amélioration des compétences orales des élèves, en relation étroite avec le développement de la lecture et de l'écriture. Ce programme pose notamment en points de vigilance la nécessité d'y consacrer des temps d'apprentissage dédiés, fréquents et réguliers. Afin de permettre aux élèves de perfectionner leur expression orale, des situations d'échange hebdomadaire entre pairs doivent ainsi être organisées au sein des classes. La progression de la maitrise du langage oral se renforce aussi par les liens pouvant être établis avec d'autres disciplines, et notamment avec l'enseignement moral et civique. Le projet de programme de français pour le cycle 4, adopté lors de sa séance du 15 mai 2025 par le conseil supérieur des programmes, posepar ailleurs comme objectif le renforcement des compétences langagières des élèves. Les professeurs doivent favoriser des situations d'interaction et de réflexion qui visent à développer leur capacité à s'exprimer, en les sensibilisant « à l'art oratoire, pour incarner et animer sa parole en public, soutenir un débat, ou prendre part à des projets liés à l'éloquence ». De plus, ces programmes renforcent la place du théâtre « afin de renforcer l'aisance et la maitrise de l'oral de tous les élèves de collège ». Les élèves se trouvent ainsi invités à s'exercer à une diversité de pratiques théâtrales afin de travailler l'articulation, les modulations de la voix et les silences. Des projets d'éducation artistique et culturelle (EAC) peuvent venir enrichir ces apprentissages en favorisant notamment la rencontre avec des artistes et la découverte du spectacle vivant. Enfin, au lycée, les programmes de français posent dans leurs finalités propres la consolidation des compétences d'expression et de compréhension orales des élèves, ainsi que l'approfondissement de l'exercice de leur jugement et de leur esprit critique. Ils visent à les « rendre capables de développer une réflexion personnelle et une argumentation convaincante, à l'écrit comme à l'oral, mais aussi d'analyser les stratégies argumentatives des discours lus ou entendus ». L'enseignement du français au lycée tend également à « rendre plus nette la conscience linguistique des élèves et plus solide leur connaissance de la langue ». L'amélioration des capacités des élèves à comprendre et s'exprimer avec aisance, justesse et rigueur à l'oral s'inscrit dans la perspective de formation de la personne et du citoyen. Elle est notamment travaillée et évaluée, en classe terminale, pour toutes les disciplines de spécialité, dans le cadre de la préparation à l'épreuve du Grand oral.
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