Question de Mme MARGATÉ Marianne (Seine-et-Marne - CRCE-K) publiée le 04/12/2025

Mme Marianne Margaté attire l'attention de M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur le rapport de l'organisation non-gouvernementale Global Energy Monitor de novembre 2025.
Dans ce document il est relevé que 61 % de tous les projets éoliens et solaires à grande échelle envisagés sur le continent africain concernent l'hydrogène vert, principalement destiné à l'exportation vers l'Europe, qui n'a pas encore établi de marché pour ce dernier et alors que 600 millions d'Africains n'ont pas accès à l'électricité. Selon ce rapport 65 % de ces projets sont contrôlés par des entreprises européennes et 25 % seulement par des opérateurs africains. Elle lui demande quelle est la part des entreprises françaises. Le rapport souligne également que la majorité des revenus de la chaîne de valeur de l'hydrogène sont générés en Europe. Par conséquent, si la majeure partie de l'hydrogène vert prévu est exportée, ces projets n'apportent que peu de valeur aux pays africains et beaucoup d'externalités négatives. Ainsi par exemple le rapport souligne que la production d'hydrogène est gourmande en eau et que produire un kilogramme d'hydrogène vert nécessite jusqu'à 30 litres d'eau douce ce qui risque d'épuiser les ressources en eau locales. Et si certains projets envisagent d'utiliser de l'eau dessalée, cela renchérit les coûts et consomme de l'énergie.
L'ensemble de cette stratégie qui comprend un grand nombre de montages financiers spéculatifs ne correspond pas à un développement rationnel des forces productives et encore moins à une planification écologique égalitaire, mais s'inscrit plutôt dans la continuité d'une exploitation de caractère colonial et impérialiste. Cette stratégie semble en outre en contradiction avec nombre d'obligations légales françaises, européennes et internationales comme notamment la loi n° 2017-399 du 27 mars 2017 relative au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d'ordre, le règlement européen sur la taxonomie (règlement (UE) 2020/852 du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2020), la directive européenne sur le devoir de vigilance (directive (UE) 2024/1760 du Parlement européen et du Conseil du 13 juin 2024), l'article 21 du Traité de l'Union européenne, les principes directeurs de l'ONU sur les entreprises et les droits de l'homme de 2011 et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ainsi que la convention de l'Union africaine sur les valeurs et principes du service public et de l'administration.
En outre cette stratégie affaiblirait la relocalisation des filières industrielles françaises et européennes, pourtant indispensable à la transition énergétique et à l'emploi dans nos territoires, organiserait une concurrence internationale déloyale entre travailleurs européens et africains, accroîtrait la dépendance énergétique des pays européens dont la France, en contradiction avec les objectifs stratégiques de souveraineté et de réindustrialisation, détournerait des investissements publics et privés qui pourraient être dédiés au développement d'une filière nationale de l'hydrogène qui créerait nombre d'emplois industriels qualifiés et ne peut que fragiliser la transition écologique qui doit reposer sur la production locale, des emplois stables et la maîtrise publique de la filière énergétique.
Par conséquent, elle lui demande quelles mesures il entend prendre afin de garantir que ces projets respectent scrupuleusement les normes françaises, européennes et internationales cités plus haut, qu'ils respectent le droit à l'eau, le droit au développement et à l'énergie des populations africaines. Elle l'interroge également sur les moyens à déployer pour éviter la mise en place d'un nouvel extractivisme en Afrique, tout en préservant les filières industrielles françaises et européennes, ainsi que l'emploi qui en dépend.

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Réponse du Ministère de l'Europe et des affaires étrangères publiée le 05/02/2026

Dans le cadre de sa stratégie nationale de l'hydrogène décarboné, la France privilégie la production sur son territoire national, estimant que les projets de déploiements d'infrastructures de transport d'hydrogène à partir de lieux de production situés à l'extérieur des territoires de l'Union européenne (UE) n'ont pas fait la démonstration d'un intérêt économique par rapport à des productions locales. La France ambitionne d'être un champion industriel international de l'hydrogène ; les soutiens financiers publics resteront concentrés sur le développement d'une chaine de valeur sur son territoire. Le tissu industriel français dispose de capacités de production dimensionnées pour le marché national et international. L'actualisation de la stratégie, publiée en avril 2025, comprend à cet effet un volet d'appui à l'internationalisation de la filière pour permettre de valoriser notre savoir-faire et nos entreprises en dehors de l'hexagone. Les entreprises françaises du secteur se tournent en priorité vers les marchés européens, puis vers le Moyen-Orient, l'Australie et l'Amérique latine. Les projets développés sont portés et financés majoritairement par des acteurs privés qui doivent respecter le droit local ainsi que les directives françaises et européennes, en particulier la directive CSRD (Corporate sustainability reporting directive) qui inclut des obligations de reporting extra-financier, en renforçant l'intégration des considérations environnementales et sociales dans les activités menées par les entreprises. Cela fait de la France un partenaire de confiance pour des projets durables. Le marché de l'hydrogène en Afrique reste à ce jour marginal et représente 5 % du portefeuille mondial de projets. Le potentiel est considérable en raison de la compétitivité de leurs ressources éoliennes et solaires, mais l'accès au financement constitue un obstacle majeur. Par exemple, le charbon représente encore près de 70 % de l'approvisionnement énergétique de l'Afrique du Sud (source : AIE, 2023), et 67 % de ce charbon est consommé par l'industrie. La France soutient activement la transition sud-africaine à travers le partenariat pour une transition juste et équitable (JET-P). Les projets d'hydrogène décarboné peuvent constituer une opportunité de développement en offrant de possibles sources de revenu financiers et une alternative aux énergies fossiles pour la transition énergétique des pays africains. Ils peuvent notamment servir à décarboner les industries électro-intensives (industrie minière, métallurgie, pétrochimie, etc.) et servir de moyen de stockage d'électricité pour aider à stabiliser les réseaux électriques. Les projets ainsi développés contribuent à créer de la valeur locale et de l'emploi. D'après le rapport 2024 du Conseil de l'hydrogène (Hydrogen Council) sur l'Afrique, si l'Afrique produisait 15 % du volume mondial d'hydrogène décarboné et de ses dérivés, la production s'élèverait à 1 Mtpa d'H2 en 2030 et 11 Mtpa en 2050. Cela représente la création de 13 millions d'emplois sur le continent. Enfin, la France contribue à appuyer les objectifs que se sont fixés les Etats africains dans le cadre de l'Agenda 2063 de l'Union africaine pour l'émergence d'un continent souverain, indépendant et autonome. Sur le plan énergétique, ceux-ci tendent à augmenter la production d'énergie et à la distribuer efficacement en vue de la croissance et de la transformation socio-économique. Pour accompagner ces objectifs, la France apporte une contribution de 1 Md EUR de l'Agence française de développement (AFD) au programme Mission 300 de la Banque mondiale visant à raccorder d'ici 2030 la moitié des 600 millions d'africains n'ayant pas accès à l'électricité. L'AFD est le seul bailleur national à avoir annoncé un tel appui lors du Sommet Dar-Es-Salaam début 2025.

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