Question de Mme DEVÉSA Brigitte (Bouches-du-Rhône - UC) publiée le 18/12/2025

Mme Brigitte Devésa attire l'attention de M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur la situation de sécurité dans le détroit de Taïwan et, plus largement, dans la région indo-pacifique, dont la France est une nation riveraine et un acteur stratégique majeur.
Le 26 novembre 2025, le président taïwanais, M. Lai Ching-te, a annoncé à Taipei l'adoption d'un budget spécial de défense de 1 250 milliards de dollars taïwanais, soit environ 40 milliards de dollars américains, étalé sur huit ans. Cette décision, annoncée à l'issue d'une réunion de haut niveau du Conseil de sécurité nationale taïwanais, vise explicitement à répondre à l'intensification des menaces exercées par la République populaire de Chine contre Taïwan et contre la stabilité de la région indo-pacifique, à travers des activités militaires accrues dans le détroit de Taïwan, mais également autour du Japon et des Philippines.
Le président Lai a précisé que ce renforcement de l'effort de défense s'inscrivait dans une stratégie globale visant à préserver le statu quo, à renforcer les capacités d'autodéfense de Taïwan, à lutter contre les campagnes de désinformation, les ingérences électorales, les cyberattaques et les tentatives d'infiltration, ainsi qu'à protéger les technologies stratégiques de l'île. Il s'est engagé à porter les dépenses de défense de Taïwan à plus de 3 % du produit intérieur brut dès 2026, puis à 5 % à l'horizon 2030, dans un contexte de croissance économique soutenue, estimée à environ 7 % pour l'année en cours.
Ces annonces ont été saluées par les autorités américaines comme une contribution majeure au renforcement de la dissuasion et au maintien de la paix dans le détroit, conformément à la loi américaine sur les relations avec Taïwan (Taiwan Relations Act), qui encadre depuis 1979 les relations entre Washington et Taipei en l'absence de reconnaissance diplomatique.
Or, à l'issue de votre récent entretien avec votre homologue chinois, M. Wang Yi, directeur du bureau de la Commission centrale des affaires étrangères du Parti communiste chinois et ministre des affaires étrangères de la République populaire de Chine, le communiqué publié par le ministère mentionne des échanges relatifs à l'Ukraine, aux crises internationales et aux déséquilibres économiques mondiaux, mais ne fait aucune référence explicite à Taïwan, ni à la stabilité de la région indo-pacifique, pourtant directement concernée par les tensions actuelles et par la présence militaire française.
Dans ce contexte, elle souhaite savoir pour quelles raisons la question de Taïwan et, plus largement, celle de la sécurité en Indo-Pacifique, n'ont pas été mentionnées publiquement à l'issue de cet échange, alors même que Taïwan fait face à des menaces quotidiennes de déstabilisation, y compris militaires, informationnelles, juridiques, cybernétiques et visant ses infrastructures critiques.
Elle lui demande également quelle appréciation la France porte sur l'effort exceptionnel consenti par Taïwan pour renforcer sa résilience et sa capacité à contribuer au maintien de la stabilité régionale, à un moment où la France et ses alliés européens et atlantiques se sont eux-mêmes engagés à accroître significativement leurs dépenses de défense face à la dégradation de l'environnement stratégique international.
Enfin, elle souhaite savoir si le Gouvernement entend exprimer de manière plus claire et plus appuyée son soutien au maintien du statu quo dans le détroit de Taïwan, à la paix et à la stabilité de la région indo-pacifique, et au droit des peuples à vivre à l'abri de toute coercition, conformément aux principes du droit international et aux intérêts stratégiques de la France.

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Réponse du Ministère de l'Europe et des affaires étrangères publiée le 05/02/2026

S'agissant de Taïwan, la position de la France est constante. Dans le cadre de sa politique d'une seule Chine, la France reconnaît le gouvernement de la République populaire de Chine comme son unique gouvernement légal. Nous sommes opposés à toute modification unilatérale du statu quo, a fortiori par le recours ou la menace de recours à la force et à la coercition, et encourageons les deux parties à un dialogue constructif, afin d'éviter toute escalade. Nous exprimons notre attachement à la paix et la stabilité dans le détroit, indispensables à la sécurité et la prospérité globales. Plus largement, la France demeure attachée à un espace indopacifique ouvert, sûr et inclusif. Nous sommes préoccupés par les manoeuvres chinoises autour de Taïwan ainsi que par les rivalités et tensions croissantes dont la zone indopacifique est aujourd'hui le théâtre. La France a ainsi exprimé publiquement sa préoccupation après les exercices militaires de grande ampleur menés par la Chine autour de l'île les 29 et 30 décembre 2025. Nous entretenons avec la Chine un dialogue soutenu sur ces sujets, comme sur tous les grands enjeux ayant trait à la sécurité et la stabilité internationale. Cela a été le cas lors de la visite d'Etat du Président de la République en Chine du 3 au 5 décembre 2025, comme c'est le cas lors de chacun des échanges du ministre de l'Europe et des affaires étrangères avec son homologue chinois. La France demeure engagée dans l'Indopacifique avec ses partenaires, en particulier européens, en faveur de la stabilité et de la paix dans la région sur la base du respect du droit international, notamment de la liberté de navigation, et du principe de règlement pacifique des conflits. Elle travaille également à anticiper au maximum les conséquences d'un éventuel conflit régional pour ses intérêts économiques et de sécurité, y compris celle de nos ressortissants.

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