Question de M. BROSSAT Ian (Paris - CRCE-K) publiée le 11/12/2025
M. Ian Brossat attire l'attention de Mme la ministre de la culture sur la situation préoccupante des librairies indépendantes, confrontées à une multiplication d'attaques visant leurs choix éditoriaux.
Ces dernières semaines, plusieurs établissements parisiens ont été pris pour cibles : La Petite Égypte, dont la vitrine a été dégradée à la veille d'une rencontre littéraire ; La Tête Ailleurs, visée par des menaces répétées et par des dommages irréversibles ; Violette & Co, librairie féministe et LGBTQIA+, attaquée à l'acide et soumise à un harcèlement persistant. Toutes ont été visées pour avoir mis en avant des ouvrages ou des rencontres en lien avec la Palestine.
Mais ces agressions ne se limitent pas seulement la capitale : à Lille, Nantes, Lyon, Marseille, Vincennes, Périgueux et dans bien d'autres villes, des libraires témoignent de faits similaires, allant du dénigrement au cyberharcèlement, parfois même jusqu'aux menaces physiques, comme l'a rappelé un collectif de professionnels du livre dans une tribune publiée dans Le Monde le 7 octobre 2025.
Au-delà des faits eux-mêmes, ces agressions frappent des lieux qui jouent un rôle essentiel dans la vie culturelle et démocratique. Les librairies sont à la fois des commerces de proximité, des espaces d'animation culturelle, des lieux de lien social et des acteurs indispensables de la diversité éditoriale. Elles constituent de véritables repères au coeur des quartiers et participent pleinement au dynamisme de nos villes. Leur indépendance, leur sécurité et leur pérennité doivent être préservées.
Or ces structures, déjà fragilisées par la concurrence des grandes surfaces, des enseignes culturelles et des plateformes numériques, dont les coûts de fonctionnement n'ont rien de comparable avec ceux d'un commerce de proximité, peinent à maintenir un équilibre économique viable. Les campagnes d'intimidation et les attaques ciblées auxquelles elles font aujourd'hui face ne font qu'aggraver leur vulnérabilité.
Dans ce contexte, le refus récent de la droite parisienne d'approuver une subvention destinée aux librairies indépendantes apparaît particulièrement préoccupant. Alors même que ces lieux sont attaqués et fragilisés, ils devraient pouvoir compter sur un soutien politique et financier affirmé.
Il lui demande alors quelles mesures le Gouvernement entend prendre pour protéger les librairies indépendantes face aux attaques dont elles sont la cible, pour renforcer leur accompagnement et pour soutenir durablement leur modèle économique, indispensable au rayonnement culturel et démocratique du pays.
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Réponse du Ministère de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées publiée le 24/12/2025
Réponse apportée en séance publique le 23/12/2025
Mme la présidente. La parole est à M. Ian Brossat, auteur de la question n° 833, adressée à Mme la ministre de la culture.
M. Ian Brossat. Madame la ministre, ces derniers mois, les librairies indépendantes sont devenues la cible d'attaques répétées.
Dans la nuit du 7 au 8 juillet, dans le XIe arrondissement de Paris, la librairie Violette and Co voyait sa vitrine attaquée à l'acide.
Quelques semaines plus tard, c'est une autre librairie du XIe arrondissement, La Tête Ailleurs, qui était prise pour cible.
Plus récemment, la librairie Petite Égypte, dans le centre de Paris, subissait à son tour des dégradations.
Ce qui se passe à Paris se produit dans d'autres villes de France : à Lille, à Nantes, à Lyon, à Marseille, à Périgueux. Les attaques se multiplient. Depuis le mois de mai, au moins huit librairies ont été vandalisées en France.
La multiplication d'attaques de ce genre n'a rien d'anodin. Elles visent des lieux pour ce qu'ils sont : des espaces de liberté, de débat, de pluralisme. Elles sont visées pour les rencontres qu'elles organisent, parfois pour avoir simplement exercé un droit fondamental, celui de penser, de débattre, de lire. Une peur s'installe aujourd'hui chez les libraires, et ils l'expriment.
Ma question est simple : quelles mesures concrètes le Gouvernement entend-il prendre pour protéger les librairies indépendantes face aux campagnes d'intimidation, pour garantir leur sécurité et pour rétablir un soutien à la hauteur des menaces qu'elles subissent aujourd'hui ?
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.
Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées. Monsieur le sénateur Brossat, le Gouvernement condamne fermement les actes d'intimidation, de dégradation et de menace visant les librairies indépendantes sur l'ensemble du territoire.
Rien ne saurait justifier que des commerces culturels, lieux de débats, de pluralisme et de diffusion des idées, soient pris pour cible en raison des ouvrages qu'ils proposent ou des rencontres qu'ils organisent. Ces agissements constituent des atteintes graves à la liberté d'expression et au fonctionnement démocratique de notre société.
Dans le cadre du plan d'action initié en faveur de la liberté de création artistique, le ministère de la culture a publié, en juillet dernier, un guide juridique présentant les mesures préventives et juridictionnelles permettant de se prémunir contre les entraves et menaces visant les artistes, auteurs et biens culturels.
Une haute fonctionnaire pour la liberté de création ainsi que des référents dédiés ont été désignés au sein des directions régionales des affaires culturelles (Drac) afin d'accompagner les acteurs concernés.
Les librairies indépendantes jouent un rôle essentiel dans l'accès à la culture. À ce titre, le ministère de la culture a mis en place des labels de qualité facilitant l'octroi d'aides et d'avantages économiques.
Le Centre national du livre intervient par des prêts sans intérêt et des subventions. En 2024, près de 3 millions d'euros ont ainsi été mobilisés au bénéfice des librairies, complétés par 1,2 million d'euros dans le cadre de contrats de filière conclus avec les régions et les Drac.
Par ailleurs, les Drac ont attribué 1,3 million d'euros de subventions en 2024, auxquelles s'ajoutent des dispositifs spécifiques, tels que « Jeunes en librairie », renforcés depuis 2024 pour les établissements situés en zone rurale dans le cadre du plan Culture et ruralité.
Mme la présidente. La parole est à M. Ian Brossat, pour la réplique.
M. Ian Brossat. Madame la ministre, je vous remercie très chaleureusement de votre réponse, qui est d'une grande clarté.
Permettez-moi simplement de faire remarquer que vous êtes ministre de la santé. La ministre de la culture, qui est par ailleurs élue de Paris, elle, n'a pas dit un traître mot pour condamner les actes de vandalisme et les dégradations qu'ont subies ces librairies parisiennes. Il n'y a eu ni mot, ni tweet, ni communiqué de presse, ni expression publique !
Pis, des élus proches de Mme Dati ont lancé un raid numérique contre la librairie Violette and Co. Ils ont d'ailleurs voté au conseil de Paris contre une subvention de 500 000 euros destinée à quarante librairies indépendantes...
Je regrette, madame la ministre, que vous ne soyez pas ministre de la culture, car il y aurait au moins, dans ce gouvernement, quelqu'un qui défend les librairies indépendantes et le pluralisme. (Applaudissements sur les travées des groupes CRCE-K et SER.)
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