Question de M. CAMBIER Guislain (Nord - UC) publiée le 18/12/2025
M. Guislain Cambier interroge M. le ministre de l'intérieur concernant le recrutement de 150 inspecteurs du permis de conduire et de 20 délégués supplémentaires afin de rétablir la capacité suffisante de passage d'examens. Depuis plusieurs mois, les professionnels des écoles de conduite et les inspecteurs et délégués du permis de conduire alertent le Gouvernement sur une problématique qui touche de nombreux Français : la pénurie de places d'examen du permis de conduire. L'opinion publique partage pleinement l'urgence et la gravité de la situation qui concerne l'examen le plus passé en France.
La situation est arrivée à un point de non-retour et pénalise directement des milliers de jeunes et de familles, avec de lourdes conséquences sur l'accès à l'emploi, aux études et à la mobilité quotidienne. Aujourd'hui, il faut en moyenne 80 jours pour repasser son permis après un premier échec, alors que la loi n° 2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques, dite « loi Macron » impose un délai de 45 jours maximum. Face à cette crise, il est impératif de prendre des mesures structurelles et durables en permettant le recrutement de 150 inspecteurs du permis de conduire et 20 délégués supplémentaires afin de garantir une capacité suffisante de passage d'examens dans les années à venir. Depuis trois décennies, la question du manque de places d'examen du permis de conduire constitue un problème récurrent. Cette difficulté structurelle, partagée par les pouvoirs publics, n'a pourtant jamais connu de réponse adaptée et pérenne.
Une des causes : la formation initiale des apprentis conducteurs est restée figée depuis les années 1990, avec un plancher réglementaire de 20 heures, alors même que la circulation est devenue plus dense, que les infrastructures se sont complexifiées, que de nouveaux véhicules ou nouvelles mobilités sont apparus et que la pédagogie a profondément évolué. À cela s'ajoute une double contrainte structurelle : une démographie en hausse continue chez les 15-25 ans (et très forte jusqu'en 2030) ainsi qu'une file d'attente structurelle qui maintient des milliers de candidats bloqués avant l'examen du permis (notamment + 15 %
d'inscriptions en 5 ans, sans renfort suffisant d'inspecteurs).
Le Gouvernement a annoncé cet été 80 000 places d'examen supplémentaires d'ici décembre 2025, basées sur le volontariat des inspecteurs du permis de conduire, sans aucune garantie que ces places répondent aux demandes locales des territoires dans le besoin, ainsi que l'augmentation du schéma
d'emploi à hauteur de 10 postes d'inspecteurs en 2026 et l'embauche d'inspecteurs supplémentaires dès octobre 2025 qui étaient déjà prévues et qui ne correspondent seulement qu'au remplacement des départs en retraite.
Ces mesures, bien en deçà des besoins, réussiront peut-être à résorber le retard conjoncturel lié au permis à 17 ans et au compte personnel de formation (CPF) moto de 2024. Il est certain en revanche qu'elles ne permettront pas de régler durablement les problèmes, notamment ceux consécutifs à la hausse des inscriptions et à l'augmentation de la démographie.
Les inspecteurs du permis de conduire sont des acteurs de terrain, qui forment chaque jour des milliers de futurs conducteurs dans un cadre exigeant, structuré et responsable, assurant une mission de sécurité routière d'intérêt général indispensable pour accéder à l'emploi, aux études, à la vie sociale et à l'autonomie qui est un droit pour tous.
Aujourd'hui, les délais d'attente après un échec explosent, la réussite à la première présentation reste trop faible, et au bout la pression sur les familles, les écoles de conduite et les inspecteurs s'accroît. La situation est d'autant plus préoccupante que l'accidentalité routière connaît une hausse inquiétante. Il est donc urgent de consolider le système de formation à la conduite, véritable levier de sécurité routière et lui demande les solutions qu'il peut apporter face à ce constat.
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Réponse du Ministère délégué auprès du ministre de l'intérieur publiée le 21/01/2026
Réponse apportée en séance publique le 20/01/2026
Mme la présidente. La parole est à M. Guislain Cambier, auteur de la question n° 845, adressée à M. le ministre de l'intérieur.
M. Guislain Cambier. Madame la présidente, madame la ministre, quatre-vingt-cinq jours, soit deux mois et demi : c'est aujourd'hui le délai moyen d'attente dans le département du Nord pour obtenir une place afin de passer son permis de conduire. Et si vous échouez, il faudra attendre encore quatre-vingt jours pour avoir la possibilité de repasser ce permis !
Cette situation est insupportable tant pour les candidats que pour les professionnels des écoles de conduite. Depuis cinq ans, dans mon département, les demandes d'inscription au permis de conduire ont augmenté de 17 %, soit plus de 200 000 candidats supplémentaires. Ce phénomène s'est accentué avec la possibilité de passer cet examen à l'âge de 17 ans.
Depuis trente ans, le manque de places d'examen au permis de conduire est un problème récurrent. Cette difficulté structurelle n'a pourtant jamais connu de réponse adaptée et pérenne. Le Gouvernement a multiplié les annonces, notamment d'embauche d'inspecteurs du permis de conduire. Vérification faite sur le terrain, ce ne sont que de simples remplacements des départs à la retraite...
Obtenir le permis de conduire, c'est souvent un moyen d'accéder à des études, à un emploi, à la vie sociale et à l'autonomie, qui devrait être un droit pour tous. Aujourd'hui, les délais continuent d'exploser et le taux de réussite à la première présentation est trop faible - environ 55 %. Résultat : la pression sur les familles, les écoles de conduite et les inspecteurs s'accroît.
Le besoin de recrutement au niveau national est estimé à 150 inspecteurs du permis de conduire et 20 délégués supplémentaires, afin de rétablir ne serait-ce qu'une capacité suffisante de passage de l'examen.
Nous en avons parlé ensemble, madame la ministre, le 19 novembre dernier. Alors que le budget de l'État entre dans sa dernière phase d'élaboration, pouvez-vous nous dire quels moyens seront enfin accordés afin de permettre à nos concitoyens de passer leur permis de conduire dans des délais raisonnables ?
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée auprès du ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur Guislain Cambier, le passage du permis de conduire demeure le premier examen de France, avec 1,8 million d'épreuves pratiques organisées en 2024, dont 1,6 million pour la seule catégorie B. Les difficultés rencontrées par de nombreux candidats pour accéder à une place d'examen, en particulier dans certains territoires, sont parfaitement identifiées.
Face à cette situation, le Gouvernement a engagé une action résolue afin d'augmenter durablement la capacité d'examen et de réduire les délais d'attente. Le plan d'action national, déployé par mon prédécesseur depuis le 31 juillet dernier, et que je continue à mettre en oeuvre, connaît une dynamique positive.
Les mesures qu'il comporte ont d'ores et déjà permis la réalisation de 83 000 épreuves supplémentaires depuis le mois de juillet, contribuant à une augmentation sensible de la capacité d'examen. Des résultats concrets sont enregistrés au niveau territorial, puisque les délais ont diminué dans plusieurs départements. Nous allons poursuivre nos efforts.
Dans chaque département où le délai médian dépasse quatre-vingt jours, un comité de suivi, placé sous l'autorité du préfet, a été instauré afin d'adapter localement la production de places d'examen.
Le nombre de postes budgétaires d'inspecteurs du permis de conduire et de la sécurité routière a augmenté, puisque 15 équivalents temps plein (ETP) ont été ajoutés en 2023, et 38 en 2024. Pour 2026, un concours pour recruter 80 inspecteurs est d'ores et déjà lancé. La répartition des effectifs d'inspecteurs est établie de façon à être la plus efficiente possible, afin d'adapter les moyens aux réalités locales. Nous poursuivrons nos efforts.
Mme la présidente. La parole est à M. Guislain Cambier, pour la réplique.
M. Guislain Cambier. Merci, madame la ministre, pour votre réponse. Nous avons attendu quatre mois pour avoir un budget, nous pouvons bien attendre quelques années pour que le nombre d'inspecteurs soit suffisant... (Sourires.) Vous conviendrez toutefois qu'il faut encore amplifier cet effort, afin que nous puissions réduire réellement les délais excessifs dans les départements en tension.
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