Question de M. DELIA Jean-Marc (Alpes-Maritimes - Les Républicains) publiée le 25/12/2025

M. Jean-Marc Delia attire l'attention de Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur la situation critique de la démographie dermatologique dans les Alpes-Maritimes, qui menace gravement l'accès aux soins pour les populations urbaines et rurales du département.
En effet, 22 dermatologues ont disparu en 10 ans dans la région, tandis que 50 % des praticiens en exercice ont plus de 60 ans et que les projections annoncent une baisse de 30 % d'ici 2030 ; dans la moitié est des Alpes-Maritimes, deux dermatologues partent à la retraite l'an prochain à Beausoleil sans remplaçants, Menton est sans dermatologue depuis trois ans et Villefranche-sur-Mer depuis un an.
Cette pénurie se traduit par des cabinets saturés, des délais d'attente incompatibles avec l'urgence de pathologies comme les cancers cutanés ou les maladies inflammatoires, et une formation insuffisante puisque seule une place d'interne en dermatologie est attribuée par an à Nice, 5e ville de France, couvrant également l'est du Var et la Haute-Corse.
Il lui demande quelles mesures elle compte prendre pour augmenter les capacités de formation en dermatologie et garantir l'installation de praticiens dans les zones sous-dotées des Alpes-Maritimes.

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Réponse du Ministère de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées publiée le 09/01/2026

Réponse apportée en séance publique le 08/01/2026

Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Marc Delia, auteur de la question n° 851, adressée à Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.

M. Jean-Marc Delia. Madame la ministre, je souhaite tout d'abord exprimer mon soutien au mouvement actuel des médecins, qui met en lumière une situation à propos de laquelle le groupe Les Républicains avait ici même donné l'alerte lors de l'examen du dernier projet de loi de financement de la sécurité sociale.

L'état de la dermatologie dans les Alpes-Maritimes est aujourd'hui particulièrement préoccupant.

En dix ans, vingt-deux dermatologues y ont disparu. La moitié des praticiens en exercice ont plus de 60 ans et, selon les projections, les effectifs devraient baisser de 30 % d'ici à 2030.

Dans la partie est du département, la pénurie est déjà une réalité. À Beausoleil, deux dermatologues partiront à la retraite d'ici à la fin de l'année sans être remplacés. Menton est sans dermatologue depuis trois ans, Villefranche-sur-Mer depuis un an.

En raison de cette pénurie, les cabinets médicaux sont surchargés et les délais pour obtenir une consultation sont excessifs, incompatibles avec l'urgence associée à certaines pathologies comme le cancer cutané ou les maladies inflammatoires.

Cette pénurie est aggravée par une formation insuffisante : une seule place d'interne en dermatologie est attribuée chaque année pour la zone couvrant Nice, cinquième ville de France, l'est du Var et la Haute-Corse.

Madame la ministre, quelles mesures concrètes le Gouvernement entend-il prendre pour renforcer la formation et l'installation des dermatologues dans les Alpes-Maritimes et garantir un accès effectif aux soins dermatologiques ?

Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.

Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées. Monsieur le sénateur Delia, l'accès aux soins est une priorité pour plus de 80 % de nos concitoyens. Derrière chaque difficulté d'accès aux soins se niche une angoisse importante, que nous prenons évidemment au sérieux.

Si les délais d'accès à un dermatologue ne sont pas pleinement satisfaisants, ils s'améliorent néanmoins depuis 2017, notamment grâce aux actions qui ont été menées : le délai pour obtenir un rendez-vous était de soixante et un jours en 2017, il est de quarante jours désormais. Cette situation n'est pas satisfaisante, j'en conviens, mais il faut regarder les chiffres tels qu'ils sont.

Vous l'avez dit, il faut améliorer la formation. Nous avons supprimé le numerus clausus afin d'augmenter le nombre d'étudiants en médecine, mais aussi, par là même, le nombre de postes d'interne. Ainsi, 91 postes d'interne ont été ouverts en 2024 et 102 en 2025 en dermatologie, dont un à Nice et quatre à Marseille.

Nous recensons actuellement 83 dermatologues dans le département des Alpes-Maritimes, soit 7,3 pour 100 000 habitants, alors que cette densité est de 3,5 pour 100 000 habitants pour la France entière.

Au-delà des questions de formation, il est indispensable de mieux organiser l'accès aux soins spécialisés ; le Gouvernement s'y emploie.

C'est la raison pour laquelle les équipes de soins spécialisés (ESS) sont financées par l'assurance maladie depuis juin 2024. Ces équipes structurent une offre de deuxième, voire de troisième recours sur les territoires et apportent une réponse adaptée aux médecins traitants lorsqu'ils ont besoin de l'avis et de l'expertise d'un spécialiste et, en l'espèce, d'un dermatologue.

L'amélioration de l'accès aux soins passera également par le développement de la télémédecine. Les assises de la télémédecine permettront de dresser une feuille de route partagée, afin notamment de renforcer la téléexpertise, qui est particulièrement adaptée en dermatologie. Je pense notamment à l'expérimentation « TLED » (téléexpertise en dermatologie), qui permet la réalisation en pharmacie de clichés qui sont ensuite analysés à distance par un dermatologue.

Par ailleurs, le Gouvernement souhaite encadrer davantage les activités hors soin des dermatologues, comme la médecine esthétique.

Enfin, la dernière convention médicale a revalorisé les missions de prévention des dermatologues en portant la consultation de dépistage du mélanome à 60 euros à compter du 1er janvier 2026.

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