Question de M. UZENAT Simon (Morbihan - SER) publiée le 25/12/2025
M. Simon Uzenat interroge M. le ministre de l'éducation nationale sur l'absence, en Bretagne, d'une licence de professorat des écoles (LPE) bilingue français-breton dans le cadre de la réforme issue de l'arrêté du 9 septembre 2025.
Alors que cette nouvelle formation doit devenir la voie principale d'accès au métier de professeur des écoles, et que plusieurs académies concernées par l'enseignement en langue régionale, basque, occitan, catalan, corse ont d'ores et déjà prévu l'ouverture de LPE bilingues, la Bretagne serait la seule à en être dépourvue à la rentrée 2026.
Cette situation est d'autant plus problématique que la région connaît une pénurie chronique d'enseignants bilingues : en 2025, seuls 7 candidats ont été admis au concours de recrutement de professeurs des écoles (CRPE) bilingue pour 35 postes ouverts, tandis que le concours monolingue ne rencontre aucune difficulté de recrutement. Une LPE bilingue constituerait pourtant un outil adapté pour former, sur trois ans, des enseignants maîtrisant la langue bretonne et la pédagogie du bilinguisme, comme l'a démontré la licence sciences de l'éducation parcours préparatoire au professorat des écoles (PPPE) bilingue de Brest ouverte en 2022.
Alors même que près de 80 enseignants bilingues sont nécessaires chaque année et que l'État s'y est engagé dans la convention du 15 mars 2022, le rectorat de Rennes refuse pour l'instant de transformer la PPPE de Brest en LPE et d'ouvrir une LPE bilingue à Rennes. Dans un contexte où la commission de la culture du Sénat souligne un bilan « très mitigé » de l'application de la loi n° 2021-641 du 21 mai 2021 relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion, dite « loi Molac », en Bretagne, il appelle l'attention du Gouvernement sur le risque d'un recul majeur pour la formation des futurs enseignants français-bretons.
Ainsi, il lui demande d'expliquer pour quelles raisons la région académique Bretagne serait la seule à ne pas bénéficier d'une LPE bilingue, alors que les autres régions concernées par l'enseignement en langue régionale en disposent. Il souhaite également savoir si le Gouvernement envisage d'intervenir pour transformer sans délai la PPPE bilingue de Brest en LPE et permettre l'ouverture d'une LPE bilingue à Rennes dès la rentrée 2026. Enfin, il l'interroge sur les mesures qu'il compte prendre afin de garantir le respect des engagements souscrits par l'État dans la convention de mars 2022 et d'assurer la poursuite du développement de l'enseignement bilingue français-breton dans l'école publique.
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Réponse du Ministère de l'éducation nationale publiée le 09/01/2026
Réponse apportée en séance publique le 08/01/2026
Mme la présidente. La parole est à M. Simon Uzenat, auteur de la question n° 855, adressée à M. le ministre de l'éducation nationale.
M. Simon Uzenat. Monsieur le ministre, je souhaite vous interroger sur la création en Bretagne d'une licence préparatoire au professorat des écoles (LPPE) bilingue français-breton, dans le cadre de la réforme mise en place par l'arrêté du 9 septembre 2025.
Cette nouvelle formation doit devenir la voie principale d'accès au métier de professeur des écoles. Or, si plusieurs académies concernées par l'enseignement en langue régionale - basque, occitan, catalan, corse - ont d'ores et déjà prévu l'ouverture de LPPE bilingue, la Bretagne serait la seule à en être dépourvue à la rentrée 2026.
Cette situation est d'autant plus problématique que notre région connaît une pénurie chronique d'enseignants bilingues. Une LPPE bilingue constituerait pourtant un outil adapté pour former sur trois ans des enseignants maîtrisant la langue bretonne et la pédagogie du bilinguisme, comme l'a d'ailleurs démontré la création à Brest, en 2022, d'une mention « parcours préparatoire au professorat des écoles (PPPE) bilingue » au sein de la licence Sciences de l'éducation.
Alors que près de quatre-vingts enseignants bilingues sont nécessaires chaque année, et que l'État s'y était engagé dans la convention du 15 mars 2022, nous ne comprenons pas la fin de non-recevoir que nous opposent vos services, monsieur le ministre. Il y a là un recul majeur pour la formation des futurs enseignants français-breton, qui vient confirmer le bilan très mitigé de l'application de la loi relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion, dite loi Molac, dressé par nos collègues de la commission de la culture du Sénat.
Nous souhaitons donc savoir si et comment le Gouvernement envisage d'intervenir pour transformer sans délai la licence PPPE bilingue de Brest en licence pleine et entière de préparation au professorat des écoles et permettre l'ouverture d'une LPPE bilingue dès la rentrée 2026.
Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.
M. Edouard Geffray, ministre de l'éducation nationale. Monsieur le sénateur Simon Uzenat, la réforme de la formation initiale qui a été engagée se traduit par la mise en place de licences préparatoires au professorat des écoles, qui sont en passe de couvrir l'ensemble du territoire national. Les élèves peuvent d'ailleurs d'ores et déjà s'y inscrire dans Parcoursup - je me permets au passage de le leur rappeler.
La maquette de cette licence prévoit 1 570 heures de formation, avec une marge d'adaptation. Dans ce cadre, 100 heures peuvent être explicitement dédiées à une langue régionale, comme le breton, auxquelles s'ajoutent des enseignements d'approfondissement.
Il y aura quatre LPPE pour l'ensemble de la région académique Bretagne, dont une est d'ores et déjà spécifiquement prévue en parcours bilingue français-breton. La petite difficulté que nous rencontrons est que l'entrée dans une LPPE bilingue suppose de disposer au minimum d'un niveau B1. C'est pourquoi, indépendamment de ces licences - je le sais d'autant mieux que j'ai participé à leur création -, nous proposons des parcours préparatoires au professorat des écoles, qui présentent l'avantage de mettre le pied à l'étrier à des étudiants qui n'auraient pas forcément le niveau B1, mais qui, compte tenu de l'organisation de ces PPPE, seront susceptibles de suivre ensuite un véritable parcours bilingue et de devenir enseignants en breton.
La question s'était posée de faire disparaître les PPPE au profit des seules LPPE. Compte tenu de ce que nous apportent les PPPE en matière de bilinguisme et de promotion des langues régionales, j'ai souhaité les maintenir. Tous les PPPE qui proposent un parcours bilingue ouvert aux élèves qui n'ont pas le niveau B1 seront donc maintenus. C'est le cas de celui de Brest, et je souhaite qu'un second parcours de ce type soit ouvert à Rennes, afin, précisément, de répondre au défi que vous évoquez, car actuellement le nombre de candidats ne permet pas de couvrir les besoins, c'est-à-dire de pourvoir l'ensemble des postes d'enseignant en breton ouverts chaque année.
Mme la présidente. La parole est à M. Simon Uzenat, pour la réplique.
M. Simon Uzenat. Monsieur le ministre, vous ne répondez qu'à moitié à ma question. Les éléments que vous présentez sont en réalité connus depuis un moment. Encore une fois, il n'y a aucune raison objective que la région Bretagne soit traitée différemment des autres régions concernées par la mise en place de LPPE bilingues. L'article 8 de l'arrêté du 9 septembre 2025 est très clair sur le sujet.
Sachant que le nombre d'élèves intéressés ne cesse d'augmenter en Bretagne, nous avons besoin que ces outils soient mis en place dans les meilleurs délais.
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