Question de M. LAOUEDJ Ahmed (Seine-Saint-Denis - RDSE) publiée le 08/01/2026

Question posée en séance publique le 07/01/2026

M. le président. La parole est à M. Ahmed Laouedj, pour le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen. (Applaudissements sur des travées du groupe RDSE.)

M. Ahmed Laouedj. Ma question s'adresse à M. le ministre de la ville et du logement.

En juillet 2017, le Président de la République affirmait sa volonté de ne plus voir personne vivre à la rue.

Nous sommes en 2026. Non seulement cette promesse n'a pas été tenue, mais nous avons franchi un seuil inacceptable : ce sont désormais des enfants qui dorment dehors. Les températures descendent à -10 et même à -12 degrés dans plusieurs départements. Le froid est là, le vrai : celui qui ne prévient pas, celui qui tue.

Sur le terrain, les associations tiennent au prix de l'épuisement. Elles maraudent la nuit, ouvrent des lieux en urgence et protègent des familles entières, mais elles alertent depuis des semaines : le système est saturé, les moyens ne suivent plus.

À leurs côtés, les élus locaux prennent leurs responsabilités. Des maires ouvrent des gymnases, mobilisent des bâtiments municipaux et activent leurs services sociaux. Ils agissent dans l'urgence, souvent seuls, sans visibilité durable quant à l'accompagnement de l'État.

Pendant ce temps, le 115 est saturé. Des milliers d'appels restent sans réponse. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 350 000 personnes sont sans domicile en France ; chaque nuit, des milliers de personnes dorment dehors, dont 2 000 à 3 000 enfants, selon les dernières estimations ; et, dans le même temps, 2,3 millions de logements sont vacants.

Monsieur le ministre, le plan Grand froid est activé ici ou là, mais ce n'est pas une politique : on se contente d'une gestion de crise répétée, hiver après hiver. On improvise quand le froid arrive, on referme les lieux d'hébergement créés quand il repart, et on laisse associations et collectivités absorber le choc.

Comment l'État entend-il soutenir immédiatement et durablement les associations ? Comment l'État va-t-il soutenir immédiatement et durablement les élus locaux, aujourd'hui en première ligne pour protéger celles et ceux que la République laisse dehors ? Quand l'État assumera-t-il pleinement sa responsabilité, en mobilisant réellement tous les leviers disponibles, y compris les logements vacants, pour garantir un hébergement, en priorité pour les femmes et les enfants ? On ne peut pas parler de dignité humaine le jour et laisser mourir de froid la nuit. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE et sur des travées des groupes SER, GEST et UC. - M. Jean-Pierre Corbisez applaudit également.)


Réponse du Ministère de la ville et du logement publiée le 08/01/2026

Réponse apportée en séance publique le 07/01/2026

M. le président. La parole est à M. le ministre de la ville et du logement.

M. Vincent Jeanbrun, ministre de la ville et du logement. Monsieur le sénateur, je vous remercie de votre question, qui me donne l'occasion de saluer le travail immense de toutes celles et de tous ceux qui concourent à la mise à l'abri d'un certain nombre de personnes aujourd'hui menacées par le terrible froid qui frappe notre pays.

Vous avez raison d'insister sur cette situation.

Merci aux agents publics. Merci aux associations. Merci aux nombreux bénévoles et merci aux élus locaux, qui se mobilisent. Il est extrêmement important de rappeler leur action.

À ce titre, vous parlez d'improvisation, mais le plan Grand froid est anticipé. Il répond à des critères objectifs. Chaque préfecture le déclenche en fonction des conditions météorologiques : il n'y a donc pas d'improvisation ni d'arbitraire. Cette procédure est très objectivée. D'ailleurs, en parallèle, le plan d'hébergement d'urgence hivernal a été déclenché dès novembre 2025 afin que nous disposions d'un maximum de moyens.

J'ajoute que le plan Grand froid est, cette année, d'une ampleur sans précédent. Au total, plus de 5 000 places supplémentaires ont été ouvertes au cours des derniers jours, pour que davantage encore de personnes puissent être mises à l'abri. De même, nous avons renforcé les maraudes et l'accueil de jour.

Mesdames, messieurs les sénateurs, les efforts déployés sont indéniables. Faut-il pour autant détourner le regard de celles et ceux qui meurent à la rue ? La réponse est évidemment non. C'est pourquoi nous avons proposé, dans le budget pour 2026, 110 millions d'euros supplémentaires pour financer cette politique. Nous parlons de milliers de places supplémentaires potentielles. Alors, je vous en conjure : si, comme moi, vous voulez que nous sauvions davantage de vies encore, faisons en sorte que le budget soit voté.

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