Question de M. VAYSSOUZE-FAURE Jean-Marc (Lot - SER) publiée le 08/01/2026

Question posée en séance publique le 07/01/2026

M. le président. La parole est à Vayssouze-Faure, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur des travées du groupe SER.)

M. Jean-Marc Vayssouze-Faure. Monsieur le ministre, samedi dernier, le monde a assisté à la première étape d'un coup d'État.

Donald Trump a déclenché un raid militaire sur le sol d'un pays souverain, le Venezuela, dont il a enlevé le dirigeant avant d'appeler à la mise en place d'un régime conforme aux intérêts des États-Unis et à son idéologie.

Le régime de Nicolas Maduro, qui a fait fuir 25 % de la population du pays et réprimé l'opposition, doit évidemment être dénoncé. Il n'empêche que cette agression est une violation incontestable du droit international et qu'elle doit être fermement condamnée. Nous l'exprimons ici clairement, contrairement au chef de l'État, qui, dans sa première réaction, la plus importante, s'est contenté d'affirmer que « le peuple vénézuélien ne pouvait que s'en réjouir ».

Cette réaction, contraire à notre histoire diplomatique, est un aveu de faiblesse. Elle trahit un manque de lucidité face au retour des vieux démons impérialistes américains.

Les diverses réactions du Quai d'Orsay et du chef de l'État ont semé la confusion et le doute. Pouvez-vous nous rassurer et confirmer clairement que la boussole de la France est toujours celle du multilatéralisme, de la souveraineté des États et du respect de la Charte des Nations unies ? (Applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi que sur des travées des groupes GEST, CRCE-K et RDSE.)


Réponse du Ministère délégué auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargé du commerce extérieur et de l'attractivité publiée le 08/01/2026

Réponse apportée en séance publique le 07/01/2026

M. le président. La parole est à M. le ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l'attractivité.

M. Nicolas Forissier, ministre délégué auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargé du commerce extérieur et de l'attractivité. Monsieur le sénateur, je tiens à vous rassurer : sur ce sujet, les réactions officielles ne divergent en rien.

La position du ministère des affaires étrangères n'est pas uniquement définie au Quai d'Orsay. Elle est forcément déterminée avec le Président de la République...

M. Hussein Bourgi. C'est un jeu de rôle, alors ?

M. Rachid Temal. Il faut assumer !

M. Nicolas Forissier, ministre délégué. Le Quai d'Orsay, qui s'est exprimé par la voix du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s'est montré extrêmement clair. Il a rappelé que le droit doit primer la force ; que la France ne saurait accepter qu'une intervention extérieure contrevienne à la volonté et à la libre détermination du peuple vénézuélien.

Le Président de la République a simplement rappelé qu'il fallait maintenant se consacrer à la transition politique de ce pays ; qu'il fallait accompagner le peuple vénézuélien, précisément pour assurer sa libre détermination. Il a d'ailleurs souligné qu'un autre président avait été élu lors du dernier scrutin, en lieu et place de M. Maduro, dont la France n'a jamais reconnu l'élection...

Mme Audrey Linkenheld. Quel est le rapport ?

M. Rachid Temal. Oui, quel est le rapport ?

M. Nicolas Forissier, ministre délégué. Les choses sont donc claires. Je vous rassure, nous n'avons jamais cessé de défendre la primauté du droit. La France joue d'ailleurs un rôle moteur à cet égard.

À nos yeux, le multilatéralisme est nécessaire à l'équilibre du monde. C'est la position de la France, et nous poursuivrons dans ce sens. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI. - Protestations sur des travées du groupe SER.)

M. Mickaël Vallet. Il fallait le dire tout de suite !

M. le président. La parole est à M. Jean-Marc Vayssouze-Faure, pour la réplique.

M. Jean-Marc Vayssouze-Faure. Monsieur le ministre, j'entends vos propos, mais il faut regarder la vérité en face. La stratégie de Donald Trump est désormais limpide et assumée. Ce n'est en rien celle d'un libérateur. C'est, au contraire, celle d'un prédateur, d'un pilleur de ressources pétrolières.

La route est toute tracée : après le Venezuela pourrait bientôt venir le tour de Cuba, de la Colombie et du territoire européen du Groenland.

Face à ce risque, la voix de la France doit être forte, pour être écoutée ; maîtrisée, pour être crédible ; et fidèle à nos valeurs, pour préserver l'espoir des peuples qui aspirent à la liberté de disposer d'eux-mêmes.

Cette voix doit être celle de la France des Lumières, celle de la France du « non à l'intervention en Irak ».

Nous avons besoin d'une voix qui compte. La France doit rester un phare pour notre Europe ; il y va tout simplement de sa survie. (Applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi que sur des travées des groupes GEST, RDSE et CRCE-K.)

M. Rachid Temal. Bravo !

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