Question de M. VALLET Mickaël (Charente-Maritime - SER) publiée le 08/01/2026

Question posée en séance publique le 07/01/2026

M. le président. La parole est à M. Mickaël Vallet, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)

M. Mickaël Vallet. Monsieur le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, une puissance étrangère a tiré sur des Français et le Quai d'Orsay s'est tu.

En août dernier, des garde-côtes libyens, financés par l'Union européenne et armés de navires fournis par l'Italie, ont tiré, pendant deux heures, une centaine de balles sur nos compatriotes, sur des volontaires internationaux de SOS Méditerranée, ainsi que sur quatre-vingt-sept rescapés se trouvant à bord. Leur seul tort était d'appliquer les conventions internationales relatives au sauvetage en mer.

Je ne vous parle pas ici d'immigration. Le débat à ce sujet est légitime, mais aucune discussion sérieuse ne saurait avoir lieu sans aborder, au préalable, notre position sur le sauvetage inconditionnel en mer, ni sans évoquer notre héritage méditerranéen.

Ce sujet ne doit pas être partisan. Nicolas Sarkozy avait fait de l'Union pour la Méditerranée une priorité. Récemment, à Marseille, le chef de l'État vaticanais a rappelé que « les personnes [...] abandonnées sur les flots [devaient] être secourues ». Ceux qui se réclament de l'héritage chrétien de l'Europe ne sauraient ignorer ces exhortations.

Depuis 2014, plus de 40 000 naufragés ont péri en Méditerranée - 40 000 ! - et plus de 300 dans la Manche. Pourtant, nous n'observons aucune minute de silence en leur mémoire.

Son immense espace maritime impose à la France d'être à la hauteur de ces appels à l'aide. Les politiques faillissent ; restent SOS Méditerranée pour sauver l'honneur et les écrivains pour rappeler l'essentiel.

Je cite Laurent Gaudé, prix Goncourt : « La Méditerranée continue à être une mer où l'on meurt. [...] Le temps passe et quelque chose s'installe. [...] Toute tragédie qui se répète accouche du monstre effrayant de l'indifférence. »

Monsieur le ministre, cette indifférence est-elle aussi celle du Gouvernement ? Depuis quand laisse-t-on tirer sur des Français sans réagir ? Depuis quand la France se résigne-t-elle à ce que l'on meure dans la mer qu'elle a en partage avec l'humanité ? (Applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi que sur des travées du groupe CRCE-K.)


Réponse du Ministère délégué auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargé du commerce extérieur et de l'attractivité publiée le 08/01/2026

Réponse apportée en séance publique le 07/01/2026

M. le président. La parole est à M. le ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l'attractivité.

M. Nicolas Forissier, ministre délégué auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargé du commerce extérieur et de l'attractivité. Monsieur le sénateur Vallet, j'entends votre appel. Je tiens à vous dire que la France n'est pas restée sans réagir. Au contraire, dans toutes les négociations et discussions diplomatiques avec les pays du pourtour méditerranéen - vous avez évoqué l'Union pour la Méditerranée -, notre pays se montre particulièrement actif et moteur.

Vous avez raison, ce sujet est essentiel.

Je tiens à vous rassurer : la France est mobilisée sur cet événement regrettable. Les tirs ayant visé le navire Ocean Viking sont graves et contraires aux principes du droit international.

Nous avons exprimé notre vive inquiétude, de concert avec nos partenaires européens ; nous sommes intervenus à plusieurs reprises auprès des autorités libyennes. À la suite de ces démarches, celles-ci ont été conduites, pour le dire poliment, à ouvrir une enquête afin de faire la lumière sur cet incident inadmissible, qu'elles peinaient elles-mêmes à expliquer, selon les informations dont nous disposons.

La sécurité de nos compatriotes, en Libye comme dans tout État, constitue une priorité constante, assurée notamment par les cellules de veille permanentes du Quai d'Orsay. C'était évidemment le cas en l'occurrence.

Nous restons mobilisés, aux côtés de nos partenaires européens, en faveur de la protection des migrants en Libye comme des travailleurs humanitaires, répondant ainsi à la préoccupation que vous avez évoquée. Récemment encore, nous avons adressé des messages en ce sens à nos interlocuteurs libyens.

Nous nous sommes d'ailleurs associés à la démarche collective internationale effectuée auprès des autorités libyennes à la suite d'autres événements survenus en avril 2025, marqués par des interrogatoires et des fermetures de locaux jugés inappropriés par les autorités européennes.

Nous avons multiplié les démarches, y compris en faveur de plusieurs organisations non gouvernementales (ONG).

M. le président. Il faut conclure.

M. Nicolas Forissier, ministre délégué. La direction de SOS Méditerranée a d'ailleurs été reçue au Quai d'Orsay le 1er décembre 2025. Nous avons demandé à notre ambassade de Tripoli d'intervenir à nouveau auprès des autorités libyennes afin d'obtenir un rapport précis sur la situation.

M. le président. Il faut conclure, maintenant !

M. Nicolas Forissier, ministre délégué. Pour le reste, je vous rejoins : la gestion des migrations (Marques d'impatience sur les travées du groupe Les Républicains.) est un enjeu majeur qui nécessite une coopération internationale développée sur le pourtour méditerranéen, car depuis 2014 nous déplorons effectivement près de 40 000 morts en Méditerranée.

Page mise à jour le