Question de Mme ESTROSI SASSONE Dominique (Alpes-Maritimes - Les Républicains) publiée le 08/01/2026
Mme Dominique Estrosi Sassone appelle l'attention de M. le ministre de l'intérieur sur les écarts préjudiciables constatés entre la réalité démographique de certaines communes rurales et les chiffres du recensement de la population par l'institut national de la statistique et des études économiques (INSEE). Il apparaît en effet que la méthode de recensement par sondage sous-évalue la population de nombreuses collectivités - en particulier rurales - et ce faisant les dotations assises sur ces statistiques. Plusieurs élus, en particulier le conseil municipal de la commune du Mas dans le département des Alpes-Maritimes, font en effet état d'une baisse continue de la population officielle au sens de l'INSEE depuis la dernière enquête de recensement en 2020, alors même qu'ils constatent un véritable dynamisme démographique au plan local.
Dans un contexte financier toujours plus tendu, où les dotations baissent drastiquement, il est urgent que la population de la commune soit estimée au plus juste et que ces importantes erreurs d'appréciation soient corrigées.
Pour y remédier et ainsi éviter la « double peine » à nos collectivités rurales, elle appelle le Gouvernement à réexaminer les chiffres contestés - en particulier pour la commune du Mas - pour l'exercice 2026 et plus généralement à émettre de nouvelles propositions afin d'améliorer ce calcul démographique à l'avenir.
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Transmise au Ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique
Réponse du Ministère délégué auprès de la ministre de l'action et des comptes publics, chargé de la fonction publique et de la réforme de l'État publiée le 11/02/2026
Réponse apportée en séance publique le 10/02/2026
M. le président. La parole est à Mme Dominique Estrosi Sassone, auteur de la question n° 864, adressée à M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
Mme Dominique Estrosi Sassone. Monsieur le ministre, si les bons comptes font les bons amis, ils font aussi les bonnes politiques locales. Or, en matière de recensement, le compte n'y est pas.
En effet, l'Insee applique une méthode qui tient plus du « retour vers le passé » que de l'actualisation des données démographiques.
Plusieurs communes rurales de mon département des Alpes-Maritimes constatent un écart préjudiciable entre la réalité de la population de leur territoire et les estimations chiffrées du recensement opéré par l'Insee.
Ce qui est en cause est l'application d'un calcul censé donner la population de référence, et qui s'appuie sur une réalité obsolète, celle de l'année N-2. La population de référence au 1er janvier 2026 est ainsi celle de 2023.
Cette méthode ne tient pas compte des dynamiques économiques et des croissances locales.
Or de la démographie dépend le niveau des dotations perçues par une commune. Année après année, les maires font face à l'érosion de leur dotation globale de fonctionnement (DGF) et à l'accélération du désengagement de l'État, qui les prive de toute autonomie financière.
Il en résulte des services publics et du quotidien dégradés, faute de budgets de fonctionnement à la hauteur, des budgets contraints et des capacités d'investissement à l'os. C'est toute l'égalité républicaine qui est ainsi bafouée.
Pour prendre un seul exemple, la petite commune rurale d'Aiglun a subi une baisse de dotation de 28 % ces quatre dernières, soit une perte de 26 000 euros, largement supérieure à sa capacité d'autofinancement.
Monsieur le ministre, que comptez-vous faire pour que l'Insee revoie enfin ses méthodes de calcul afin d'estimer au plus juste la démographie de nos collectivités ?
Quand libérerez-vous les communes, et particulièrement les communes rurales, des contraintes administratives et financières qui les entravent si lourdement ?
M. le président. La parole est à M. le ministre délégué.
M. David Amiel, ministre délégué auprès de la ministre de l'action et des comptes publics, chargé de la fonction publique et de la réforme de l'État. Madame la sénatrice Dominique Estrosi Sassone, vous soulevez, au fond, deux questions : d'une part, la méthode de calcul ; d'autre part, sa périodicité.
Pour ce qui concerne la méthode de calcul, dans les communes de moins de 10 000 habitants, le recensement a lieu tous les cinq ans et est exhaustif : il concerne tous les habitants. La méthode par sondage, en revanche, ne s'applique qu'aux communes de 10 000 habitants et plus.
À partir de ces informations collectées par commune, l'Insee produit tous les ans des chiffres de population de référence actualisés pour chacune des communes de France. Les maires sont d'ailleurs informés de la nouvelle population officielle, et peuvent s'adresser à la direction régionale de l'Insee dont ils dépendent s'ils souhaitent des explications complémentaires.
Votre question comporte un second volet, celui de la périodicité. Il est vrai que le décalage de trois ans entre la date de référence et la date d'entrée en vigueur des populations de référence est la principale difficulté soulevée par un certain nombre d'élus, notamment lorsqu'ils font face à des évolutions démographiques importantes et à leurs conséquences, notamment sur le calcul des dotations - vous les avez soulignées.
À la suite d'une expertise méthodologique réalisée par l'Insee en concertation avec les élus, la Commission nationale d'évaluation du recensement de la population (Cnerp) vient de recommander la réduction de ce décalage à deux ans.
Il s'agit de trouver un meilleur équilibre entre la fraîcheur et la robustesse des données - je pense que vous êtes tout autant que moi attachée à ce que les données soient aussi robustes !
L'adaptation consistant à réduire la périodicité de trois à deux ans sera mise en oeuvre par l'Insee dès la fin de l'année 2026.
M. le président. La parole est à Mme Dominique Estrosi Sassone, pour la réplique.
Mme Dominique Estrosi Sassone. Monsieur le ministre, nous prenons acte de votre annonce.
Il est important que les communes rurales retrouvent leur capacité de décision, qui, malheureusement, s'érode de plus en plus.
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