Question de M. GENET Fabien (Saône-et-Loire - Les Républicains-R) publiée le 29/01/2026
M. Fabien Genet attire l'attention de Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur la question du maillage territorial pharmaceutique. Dans un contexte de désertification médicale croissante, notamment en milieu rural, les officines de pharmacie constituent bien plus que de simples points de dispensation de médicaments. Elles sont, pour 35 % d'entre elles, le coeur même de l'offre de soins de proximité et souvent dernier service de santé encore présent dans nos communes. Or, ce maillage territorial est en danger. En dix ans, la France a perdu près de 10 % de ses officines. Et la situation est particulièrement alarmante dans certains territoires : la Saône-et-Loire figure parmi les départements ayant le plus souffert en 2024, avec près de 20 % d'officines en moins. Pourtant, l'exercice pharmaceutique rural continue d'attirer des professionnels engagés, en proximité avec les patients et avec un rôle sanitaire élargi. Dans de nombreuses communes, le pharmacien est un véritable « pharmacien de famille », travaillant en lien étroit avec les autres professionnels de santé et assumant de nouvelles missions au service de la population. Mais cette attractivité humaine et professionnelle se heurte à une réalité économique fragile : hausse des charges, difficultés de recrutement, pression sur les marges, complexité administrative et manque de visibilité à long terme. Les fermetures ne sont pas des choix, ce sont des renoncements contraints. Alors que l'État affirme vouloir lutter contre les déserts médicaux, les officines, piliers du soin de proximité, continuent de disparaître. Aussi, il lui demande quelles mesures concrètes le Gouvernement entend prendre pour sécuriser économiquement les pharmacies rurales, préserver un maillage territorial équilibré et reconnaître pleinement leur rôle stratégique dans notre système de santé, afin qu'il n'y ait demain ni déserts médicaux, ni déserts pharmaceutiques dans nos territoires.
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Réponse du Ministère délégué auprès de la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, chargé de l'autonomie et des personnes handicapées publiée le 11/02/2026
Réponse apportée en séance publique le 10/02/2026
M. le président. La parole est à M. Fabien Genet, auteur de la question n° 899, adressée à Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.
M. Fabien Genet. Madame la ministre, dans un contexte de désertification médicale croissante, notamment en milieu rural, les pharmacies constituent bien plus que de simples points de dispensation de médicaments : elles offrent souvent le dernier accès à un professionnel de santé.
Or ce maillage territorial est aujourd'hui en danger. En dix ans, la France a perdu près de 10 % de ses officines.
La situation est particulièrement alarmante dans certains territoires. La Saône-et-Loire figure parmi les départements les plus touchés : près d'une pharmacie sur cinq y a fermé ces dix dernières années. Pourtant, l'exercice pharmaceutique en milieu rural continue d'attirer des professionnels.
Ainsi de ma commune de Digoin, où les pharmaciens travaillent en lien étroit avec les autres professionnels de santé du territoire et acceptent d'assumer de nouvelles missions au service de la population, toujours avec engagement et dévouement.
Toutefois, la réalité économique s'impose : hausse des charges, difficultés de recrutement, pression sur les marges, complexité administrative et manque de perspectives de long terme. Les fermetures d'officines sont non pas des choix, mais des renoncements contraints !
Chaque annonce tonitruante - réduction des marges, plan de rigueur ou d'économies drastiques -, même si elle est ensuite contrecarrée au Parlement, pousse les pharmacies à anticiper ce nouveau contexte et à fusionner leurs activités. Ces fusions entraînent mécaniquement la fermeture d'officines, ce qui aggrave la désertification et suscite légitimement colère et incompréhension chez les usagers comme les élus.
Aussi, madame la ministre, quelles mesures concrètes le Gouvernement entend-il prendre pour sécuriser le maillage territorial des pharmacies rurales ?
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Charlotte Parmentier-Lecocq, ministre déléguée auprès de la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, chargée de l'autonomie et des personnes handicapées. Monsieur le sénateur Genet, vous interrogez la ministre de la santé sur la préservation de notre réseau de pharmacies. Je vous prie d'excuser son absence ; elle m'a chargé de vous apporter sa réponse.
Vous l'avez dit, les pharmaciens sont parfois les derniers professionnels de santé présents dans certains territoires ruraux : il est donc de notre devoir de soutenir ce maillage essentiel à notre système de santé.
Il est vrai que le phénomène de fermeture des officines s'accélère depuis 2015, notamment dans les zones rurales : on comptait 150 fermetures annuelles en moyenne entre 2007 et 2015, mais 210 entre 2015 et 2023 et 260 fermetures en 2024.
Plusieurs mesures visant à soutenir ces officines ont été adoptées au sein de la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2026. Je pense notamment à l'assouplissement des critères encadrant l'octroi d'une aide conventionnelle aux officines en difficulté situées dans des territoires fragiles. Grâce à cet élargissement, près de 1 000 officines pourront bénéficier d'un soutien de 20 000 euros.
Je pense aussi aux mesures visant à soutenir le développement des médicaments biosimilaires, qui va constituer, dans la durée, un appui au modèle économique des officines.
Avant même la LFSS, le Premier ministre s'était engagé auprès des pharmaciens à poursuivre le déploiement des nouvelles missions de santé publique qui leur sont confiées, notamment les tests rapides d'orientation diagnostique et les vaccinations, mais également à mettre en place une mission d'inspection sur les flux financiers de la chaîne de distribution du médicament, sur lesquels nous devons avoir plus de transparence.
Vous pouvez enfin compter sur la détermination de Mme la ministre Rist pour mettre en oeuvre la réforme du troisième cycle des études de pharmacie et renforcer l'attractivité de la profession.
Afin de garantir l'accès de tous aux soins, partout sur le territoire, le maillage officinal reste dense en France. Nous agissons concrètement pour soutenir les pharmacies, en particulier dans les zones les plus fragiles, avec ces aides conventionnelles, l'accompagnement des officines isolées et un dialogue constant avec les professionnels.
M. le président. La parole est à M. Fabien Genet, pour la réplique.
M. Fabien Genet. Madame la ministre, j'entends bien que le Gouvernement est conscient des difficultés de notre réseau officinal. Mais vous avez qualifié ce réseau de « dense », un terme qui m'inquiète toujours un peu, parce que l'on est vite tenté de laisser entendre qu'il serait trop dense... Je crois à l'inverse que cette densité est une force pour nos territoires et notre système de soins aujourd'hui tellement malmené.
Madame la ministre, il me semble important de redire publiquement notre confiance et notre soutien aux pharmaciens, qui en ont bien besoin.
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