Question de Mme NADILLE Solanges (Guadeloupe - RDPI) publiée le 05/02/2026

Mme Solanges Nadille attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale sur l'annonce particulièrement alarmante de la suppression de 91 postes d'enseignants (équivalents temps plein) au sein de l'académie de Guadeloupe pour la rentrée de septembre 2026. Selon les documents budgétaires récents, cette coupe concernerait 14 postes dans le premier degré et 77 postes dans le second degré.

Elle lui rappelle que le corps enseignant constitue le socle indispensable de notre cohésion sociale, singulièrement dans un archipel confronté à des défis structurels majeurs. La Guadeloupe fait face à des taux de décrochage scolaire préoccupants : au premier trimestre 2023, l'académie comptabilisait 1 737 élèves décrocheurs, dont 50,7 % étaient encore soumis à l'obligation de formation. Ces difficultés se cristallisent dès l'apprentissage des fondamentaux. Selon les données de la journée défense et citoyenneté de 2019, 30 % des jeunes Guadeloupéens âgés de 16 à 26 ans rencontrent des difficultés sévères dans le domaine de la lecture, contre 11,8 % sur l'ensemble du territoire national.

Ces indicateurs, couplés aux problématiques de violences récurrentes au sein ou aux abords des établissements, ainsi qu'à des difficultés socio-économiques pesant lourdement sur les familles, démontrent que nos élèves se situent trop souvent en deçà des moyennes hexagonales, ce qui devrait justifier un renforcement des moyens plutôt qu'un affaiblissement.

Elle s'étonne que la baisse démographique, réelle mais prévisible, soit systématiquement instrumentalisée à des fins de régulation budgétaire. Dans une académie qui mériterait, au regard de ses indicateurs, d'être intégralement classée en éducation prioritaire, cette baisse d'effectifs élèves devrait constituer une opportunité historique. Elle devrait permettre d'achever le dédoublement des classes en grande section, CP et CE1, de limiter les effectifs à 24 élèves par classe en collège et d'assurer un remplacement effectif des professeurs, point noir récurrent dans nos îles.

Chaque année, l'éducation nationale semble envisager l'avenir de la jeunesse guadeloupéenne sous le seul prisme de la comptabilité, ignorant la dégradation des conditions de travail des personnels et la surcharge des classes qui en découle. Les organisations syndicales, les parents d'élèves et les élus locaux s'unissent aujourd'hui pour dénoncer une politique qui sacrifie l'ambition éducative sur l'autel de l'austérité.

En conséquence, elle lui demande si le Gouvernement entend instaurer un moratoire sur ces suppressions de postes en Guadeloupe et quelles mesures urgentes il compte prendre pour adapter les moyens de l'académie aux réalités sociales et géographiques du territoire, afin de garantir une réelle égalité des chances pour chaque élève de l'archipel.

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Réponse du Ministère de l'éducation nationale publiée le 27/08/2026

La répartition des moyens dans le premier degré tient notamment compte des critères territoriaux et sociaux de chaque académie, département, puis de chaque circonscription et de chaque école. Pour mieux répondre aux préoccupations exprimées par les élus locaux, en 2024, le dialogue et la coordination ont été renforcés en amont des conseils départementaux de l'éducation nationale (CDEN), dans le cadre de l'observatoire des dynamiques rurales, généralisé à tous les départements et devenu observatoire des dynamiques rurales et territoriales (ODRT) en janvier 2026. Cette instance d'échange mise en place dans ces territoires permet de donner de la visibilité sur les évolutions démographiques et d'en partager les implications potentielles pour la structure des écoles, dans une logique pluriannuelle. S'agissant du premier degré public, la rentrée scolaire 2025 dans l'académie de la Guadeloupe a été marquée, comme les dernières années, par une baisse des effectifs correspondant à 665 élèves de moins soit - 1,9 %. Depuis la rentrée 2017, l'académie aura perdu 8 255 élèves pour un retrait de 97 postes d'enseignants. Dans ce contexte de baisse démographique continue, les taux d'encadrement ont connu une progression très favorable. À la rentrée 2025, le nombre moyen d'élèves par classe était de 19,3, en nette amélioration par rapport à 2017 où il était de 21,91. Avec une prévision de - 574 élèves (- 1,6 %) à la rentrée 2026 et une diminution de la dotation académique de 14 équivalents temps plein (ETP), les taux d'encadrement continueront de progresser. La loi de finances pour 2026 prévoit, pour le second degré public, une augmentation nette de 2 059 ETP à la rentrée 2026. Cette évolution intègre la réforme de la formation initiale des enseignants (RFIE), qui génère 3 862 ETP supplémentaires, partiellement compensés par un ajustement démographique de - 1 365 ETP. La rentrée 2026 s'inscrit dans une tendance de repli des effectifs du second degré public : près de 30 000 élèves en moins sont attendus à l'échelle nationale (- 0,6 %), après une première baisse de plus de 10 000 élèves déjà enregistrée à la rentrée 2025. L'académie de la Guadeloupe est confrontée à une dynamique encore plus marquée et précoce dans le temps. Depuis dix ans, elle a perdu plus de 18 % de ses élèves (- 8 181 élèves) et une nouvelle diminution de 1 109 élèves (- 3 %) est anticipée pour la rentrée 2026, soit une évolution sensiblement plus prononcée que la tendance nationale, laquelle n'a amorcé son recul que récemment. Dans le cadre du budget voté, le ministère s'attache, comme pour le premier degré, à garantir l'équité des dotations entre les académies. Conformément au code de l'éducation, la répartition des moyens tient compte des différences de situation économique, territoriale et sociale. Pour la rentrée 2026, la dotation de l'académie de la Guadeloupe est ajustée à hauteur de - 74 ETP. En tenant compte de cette évolution, les taux d'encadrement de l'académie continuent de s'améliorer chaque année, la diminution des ETP restant inférieure à celle des élèves. Le nombre moyen d'élèves par division, tous niveaux confondus, s'établit à 22,7 contre 24,9 au niveau national, soit plus de 2 élèves en moins par division. Le nombre moyen d'heures par élève est de 1,60, parmi les plus élevés de France, contre une moyenne nationale de 1,36. La part des heures dispensées dans des structures de 10 élèves et moins atteint 15 %, contre 8,8 % en moyenne nationale. Ces données témoignent d'une priorité constante accordée à la réussite des élèves. Le ministère de l'éducation nationale et l'académie de la Guadeloupe demeurent pleinement mobilisés pour accompagner établissements et personnels dans ce contexte d'évolution.

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