Question de Mme BESSIN-GUÉRIN Marie-Pierre (Loire-Atlantique - Les Indépendants) publiée le 12/02/2026

Mme Marie-Pierre Bessin-Guérin appelle l'attention de Mme la ministre de la culture sur la situation préoccupante du cinéma en milieu rural, en écho aux travaux du Printemps de la ruralité, à ses conclusions, et au plan d'actions ruralité qui en découle pour le centre national du cinéma et de l'image animée (CNC).
Les enjeux de diversité culturelle, d'accès à la création et de vitalité des territoires ruraux sont au coeur de nos préoccupations communes.
Ce constat partagé sur la situation du cinéma est alarmant dans les territoires ruraux. En effet, les collectivités régionales et départementales, confrontées à des contraintes budgétaires croissantes, réduisent leurs engagements financiers en faveur du cinéma. En Loire-Atlantique et dans les Pays de la Loire, cette tendance se traduit par une fragilisation des salles associatives et des équipements de proximité, pourtant essentiels à la vitalité culturelle des territoires. Le réseau des 35 salles de cinémas associatives de Loire-Atlantique (SCALA), par exemple, illustre cette vulnérabilité, tout comme la nécessité de moderniser des équipements numériques de diffusion, souvent coûteux et complexes à financer.
Mais les nouvelles articulations proposées par le CNC présentent de fortes interrogations. Le cadre historique du ratio « 1 euro CNC pour 2 euros de la collectivité régionale », qui a fait ses preuves, est aujourd'hui remis en cause par les nouvelles propositions du CNC. Ces évolutions, bien que visant à adapter les dispositifs, risquent de marginaliser davantage les territoires ruraux, où les intercommunalités peinent à compenser le désengagement des régions et des départements.
Face à cette situation, il apparaît urgent d'envisager des solutions à la fois réglementaires et financières pour redéployer les crédits du CNC pour la période 2026-2028.
Face aux fragilités financières des collectivités régionales et départementales, et afin de préserver une partie des crédits du CNC, elle lui demande s'il pourrait être envisager d'expérimenter des conventions triennales entre le CNC et les établissements publics de coopération intercommunale volontaires. Ces conventions pourraient intégrer des critères adaptés aux spécificités rurales, comme la mutualisation des moyens, l'accompagnement technique, ou encore des aides ciblées pour la transition numérique.
Le réseau SCALA en Loire-Atlantique, comme d'autres réseaux similaires, mérite une attention particulière. Un fonds dédié ou un dispositif d'accompagnement renforcé pourraient ainsi être mis en place pour garantir leur pérennité et leur modernisation.
Le cinéma en milieu rural n'est pas seulement un enjeu culturel, mais aussi un levier de cohésion sociale et de dynamisme territorial. Dans le prolongement de l'initiative du Printemps de la ruralité, elle lui demande également si elle entend amorcer cette expérimentation des solutions de proximité entre le CNC et les intercommunalités, afin d'adapter les dispositifs existants, en particulier en faveur de la modernisation numérique des salles de cinéma en milieu rural.

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Transmise au Ministère de la culture


Réponse du Ministère de la culture publiée le 30/04/2026

L'accès à une offre cinématographique diversifiée sur l'ensemble du territoire national, notamment dans les zones rurales, constitue l'une des priorités des politiques publiques du centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), financées grâce aux taxes affectées qu'il prélève sur les filières du cinéma et de l'audiovisuel. La France est ainsi le pays du monde dont le territoire est le plus densément couvert : 6 355 écrans au total, qui permettent à 93 % des spectateurs de disposer d'une salle à moins de 30 minutes de leur domicile la moitié des cinémas étant implantés dans des communes de moins de 10 000 habitants. Ce maillage unique est en outre prolongé, dans les zones rurales, par des « circuits itinérants » qui regroupent des lieux de projections, desservis régulièrement par un tourneur qui se déplace avec son matériel de projection. Ces lieux sont très divers, car il s'agit dans la plupart des cas de salles des fêtes ou de foyers ruraux, mais aussi d'écoles, voire de maisons d'arrêt ou d'hôpitaux. On compte aujourd'hui 116 circuits itinérants, qui desservent 2 900 points de projection complémentaires des cinémas classiques. Afin de répondre aux problématiques de modernisation et de développement de ces salles et circuits, le CNC a récemment renforcé plusieurs de ses instruments de soutien financier. En premier lieu, le soutien à la modernisation des salles de cinéma amène le CNC à investir environ 80 millions d'euros par an pour accompagner des investissements aussi divers que la création de nouvelles salles, les travaux de rénovation, l'achat de matériels de projection, les aménagements améliorant l'accessibilité des personnes en situation de handicap ou encore des dépenses de fonctionnement concourant à l'activité cinématographique telles que les supports de communication ou le marketing digital. Tout récemment, la formation des personnels a été intégrée aux dépenses susceptibles de bénéficier de ce soutien, en réponse à un besoin identifié de la petite et moyenne exploitation. Par ailleurs, les règles d'attribution de ce soutien financier présentent un caractère fortement redistributif, au bénéfice des salles les plus modestes. Les défis spécifiques de la ruralité sont également pris en compte, en deuxième lieu, par l'aide au fonctionnement des cinémas d'Art et essai, soit une enveloppe d'un montant total d'environ 20 millions d'euros, en forte croissance depuis 10 ans, dont les modalités de calcul sont orientées pour favoriser les exploitants de salles dans les zones rurales. Enfin, pour compléter ces soutiens déjà existants, le CNC a mis en place plusieurs outils nouveaux dans le cadre du plan Culture et ruralité, notamment une aide spécifique en investissement (enveloppe de 1 million d'euros) et en fonctionnement (enveloppe annuelle de 0,5 million d'euros), au bénéfice des circuits itinérants. De façon plus générale, le CNC a développé depuis plusieurs décennies une politique de partenariat avec les collectivités territoriales, au premier rang desquelles les régions, dont le caractère incitatif sera encore accentué à compter de 2026. Cette politique repose sur le cofinancement d'actions communes au CNC et aux collectivités partenaires, selon des clés de répartition variables. Initialement focalisé sur la création de fonds de soutien locaux à la production cinématographique et audiovisuelle, selon une clé de répartition de « 1 euro du CNC pour 2 euros de la région », qui ont permis de renforcer l'ancrage régional de la filière, ce partenariat a ensuite été élargi au soutien aux auteurs, ainsi qu'à la diffusion des uvres. Ainsi, les salles peuvent bénéficier dans ce cadre du cofinancement de postes de médiateurs, qui bénéficient au premier chef à des cinémas en zone rurale et dont l'impact sur la fréquentation est avéré : +30 % en moyenne pour les salles qui en disposent. Cette politique sera encore renforcée dans le cadre de la nouvelle génération de conventions qui seront conclues par le CNC avec ses partenaires territoriaux pour la période 2026-2029. En effet, le CNC y proposera des incitations spécifiques pour les collectivités qui maintiennent leur effort en faveur de la diffusion des uvres, en dépit du contexte budgétaire contraint. En outre les modalités de cofinancement par le CNC de certaines actions, notamment en faveur de l'éducation au cinéma et à l'image, seront améliorées. C'est dans ce nouveau cadre que le CNC renforcera son lien avec les collectivités infrarégionales, qu'il s'agisse du bloc communal ou des départements. Les communes et les intercommunalités constituent, en effet, un maillon particulièrement stratégique pour les salles de leur territoire, auxquelles elles apportent un soutien parfois décisif en investissement ou en fonctionnement. Le CNC a déjà, en lien avec l'Association des maires de France (AMF), participé à l'actualisation d'un guide pratique mis par l'AMF à la disposition de ses membres, traitant de l'exploitation cinématographique. Au-delà, le CNC négocie actuellement avec les collectivités intéressées les formules les plus adaptées pour associer de manière efficace les départements, les établissements publics de coopération intercommunale et les communes à sa politique territoriale, en lien avec les directions régionales des affaires culturelles. L'objectif est de conclure un nombre substantiel de ces partenariats avant la fin de l'année en cours.

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