Question de M. DUROX Aymeric (Seine-et-Marne - NI) publiée le 12/02/2026
M. Aymeric Durox attire l'attention de M. le ministre de l'intérieur sur l'inaction persistante de l'État face au blanchiment d'argent dans certains commerces de proximité, en particulier les restaurants kebabs, pourtant identifiés de longue date comme des supports possibles de l'économie du narcotrafic.
Une étude publiée en décembre 2025 par l'Institut pour la justice établit, à partir de données comptables publiques analysées dans plusieurs grandes villes françaises, qu'en moyenne 42 % des kebabs étudiés présentent au moins deux indices concordants de blanchiment, permettant de les considérer comme raisonnablement suspects.
Ce travail, prudent et documenté, vient objectiver une réalité largement reconnue par les services de police, les services fiscaux et de nombreux élus locaux, mais qui demeure sans réponse politique structurée.
Alors même que le narcotrafic produit des flux financiers considérables appelés à être réinjectés dans l'économie légale, que les poursuites pour blanchiment de proximité demeurent marginales, et que l'article L. 333-2 du code de la sécurité intérieure, issu de la loi n° 2025-532 du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic et validé par le Conseil constitutionnel, a précisément conféré aux préfets un pouvoir de fermeture administrative préventive, l'absence de mise en oeuvre visible de ces outils ne peut qu'interroger.
Ainsi, il demande au Gouvernement comment il justifie l'absence persistante d'une stratégie nationale claire, coordonnée et pleinement opérationnelle pour lutter contre le blanchiment d'argent dans les commerces de proximité, en particulier les restaurants kebabs, alors même que des constats chiffrés et publics en établissent l'ampleur, laissant perdurer un mécanisme essentiel du financement du narcotrafic et, partant, une menace directe pour l'ordre public et la sécurité intérieure de l'État.
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Réponse du Ministère de l'intérieur publiée le 24/09/2026
La lutte contre les opérations de blanchiment représente un axe central du combat contre le narcotrafic. S'ils ne représentent pas l'essentiel du blanchiment des profits du trafic de stupéfiants, les commerces de proximité constituent une priorité, tant pour les services de police et de gendarmerie que pour l'ensemble des autorités de contrôle et pour les établissements financiers. La lutte contre le blanchiment du narcotrafic repose sur un volet préventif (avec notamment le mécanisme des déclarations de soupçons auprès du service à compétence nationale TRACFIN (traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins) et sur un volet répressif dont le pilotage est assuré par la direction nationale de la police judiciaire (DNPJ). Le dispositif national est structuré par l'équilibre préventif/répressif, notamment grâce au Conseil d'orientation de la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme (COLB - direction générale du Trésor), qui regroupe l'ensemble des autorités compétentes en matière de lutte contre le blanchiment. Concernant le volet répressif de la lutte contre le narco-blanchiment par l'intermédiaire des petits commerces, il allie approche répressive pénale et approche répressive administrative. Au niveau départemental, les groupes interministériels de recherches (GIR) sont particulièrement actifs dans la dimension patrimoniale des enquêtes et le blanchiment. La lutte contre le narcotrafic - et donc contre le blanchiment - a été renforcée avec l'adoption de la loi « Sortir la France du piège du narcotrafic », qui a étendu de manière très importante les leviers administratifs dont disposent les préfets. Les contrôles de commerces, avec le concours des administrations concernées, sont une priorité. La nouvelle organisation mise en place au ministère de l'intérieur, avec la création d'un état-major national interministériel de lutte contre la criminalité organisée, contribue à accroître l'efficacité du dispositif de détection et de répression du narcotrafic dans toutes ses dimensions. Par ailleurs, la DNPJ s'est récemment dotée d'une task-force narco-blanchiment réunissant services judiciaires et services de renseignement, qui travaille aussi sur les petits commerces. Depuis septembre 2025, la gendarmerie s'appuie sur l'Unité nationale de police judiciaire, qui regroupe l'Unité nationale d'investigation et plusieurs offices, dont l'Office central de lutte contre le travail illégal, traitant régulièrement des affaires de blanchiment. La gendarmerie porte également un ambitieux programme de renforcement de son réseau d'environ 3 100 enquêteurs formés à la délinquance économique et financière(enquêteurs DEFI). L'opération contre la DZ mafia conduite en mars 2026, révélant un blanchiment « de proximité » via commerces de quartier, immobilier et sociétés, illustre l'action déterminée de la gendarmerie en la matière.
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