Question de M. ANGLARS Jean-Claude (Aveyron - Les Républicains) publiée le 19/02/2026

M. Jean-Claude Anglars attire l'attention de Mme la ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire sur l'insuffisance du quota actuel de prélèvement du loup.

Le 9 janvier 2026, Mme la ministre a annoncé une augmentation de 10 % du quota de prélèvement de loups, justifiée par les plus de 13 000 victimes recensées en 2025.

Pourtant, cette mesure ne représente en réalité qu'une hausse de 1,9 % du quota effectif, soit seulement 21 loups supplémentaires. Cette marge existait déjà dans la réglementation mais a été bloquée localement, notamment en Auvergne-Rhône-Alpes.

Les chiffres officiels de l'Office français de la biodiversité, qui estime la population de loups à 1 082 individus, sont par ailleurs contestés. Des comptages indépendants menés dans des départements comme la Drôme ou la Haute-Savoie suggèrent une réalité bien plus importante, avec une population comprise entre 2 000 et 2 600 loups. Les variations des données officielles (+ 47 % en 2022, - 8 % en 2024) soulèvent de sérieux doutes sur leur fiabilité.

Or, l'enjeu est d'enrayer l'augmentation des victimes de la prédation du loup et plusieurs mesures s'imposent : mettre en place un comptage transparent et indépendant, fondé sur des méthodes éprouvées comme celles utilisées par la fédération départementale des chasseurs de la Drôme ; supprimer le plafond des tirs de défense et rendre aux préfets le pouvoir de décision, afin qu'ils puissent adapter les mesures aux réalités locales. Il est également inacceptable que les agents de la louveterie et de la brigade spécialisée soient entravés par des blocages administratifs, alors que l'augmentation des effectifs promise en 2023 n'a toujours pas été concrétisée.

Aussi il lui demande quelles mesures concrètes elle entend prendre pour adapter la politique de gestion du loup aux réalités du terrain, notamment en termes de quota de prélèvement, et apporter des réponses immédiates aux éleveurs en détresse.

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Réponse du Ministère de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire publiée le 16/07/2026

Les attaques par le loup ont un impact conséquent sur l'activité des éleveurs, en termes économiques, mais aussi psychologiques et impliquent une adaptation subie de leurs pratiques agricoles. Dans ce contexte, il est indispensable de disposer de données fiables sur l'estimation et la répartition du nombre d'individus en France pour assurer la confiance dans les outils de suivi. C'est l'objet des travaux qu'a conduit l'office français de la biodiversité (OFB) en 2024 et qui ont permis d'améliorer la méthode d'estimation de la population des loups. Cette nouvelle méthode basée uniquement sur les données génétiques est beaucoup plus fiable. Elle vient de faire l'objet d'une publication scientifique dans la revue « Biological Conservation ». Concrètement, l'OFB analyse les indices biologiques (excréments, urine, sang, poils, dépouilles) recueillis l'hiver par le réseau Loup-Lynx et analyse l'ADN récolté pour estimer la population. À partir de ces données, les scientifiques appliquent des modèles statistiques qui tiennent compte de nombreux paramètres. Ainsi, l'OFB utilise une méthode d'augmentation des données pour intégrer, aux individus détectés, des individus potentiellement non détectés. En effet, si on détecte plus facilement les loups adultes, et notamment les reproducteurs, que les jeunes et les individus disperseurs, cela ne signifie pas pour autant qu'ils ne sont pas présents. L'OFB reproduit ce travail chaque année, ce qui est unique en Europe, afin que le Gouvernement puisse disposer rapidement et fréquemment d'une estimation fiable de la population. Cette méthode permet de constater que si la population lupine semble se stabiliser selon les dernières estimations de l'OFB, établie à un effectif moyen de 1 082 individus pour l'hiver 2024-2025, elle a toutefois connu, durant ces dernières années, une augmentation ainsi qu'une expansion géographique. En conséquence, on constate un nombre élevé de dommages aux troupeaux (plus de 10 000 animaux prédatés chaque année), en hausse sur les fronts de la colonisation. Dans ce contexte, le loup a fait l'objet d'un reclassement au titre de de la convention de Berne le 7 décembre 2024 (passage de l'annexe II à l'annexe III) et au titre de la directive « habitats-faune-flore » (passage de l'annexe IV à l'annexe V). Le Gouvernement français a toujours soutenu cet abaissement du niveau de protection et l'a traduit concrètement au niveau national avec la publication d'un arrêté le 23 février 2026 : - les éleveurs pourront accéder en cercles 0 à 2 à un tir de défense par une simple déclaration (en lieu et place de l'autorisation préalable) ; -le plafond de tir est passé de 19 % à 21 %, avec une possibilité d'ajouter 2 % supplémentaires en cas d'atteinte prématurée du plafond de 21 % ; - la condition tenant à la mise en place de mesures de protection préalablement à l'obtention d'une possibilité de tir de défense sera levée dans ces cercles ; - l'envoi de la louveterie pourra également intervenir auprès d'élevage non protégés en cas de dommages exceptionnels. Afin de s'assurer d'une protection la plus efficace, il convient également d'encourager les éleveurs à adopter des mesures de protection susceptibles de diminuer la prédation du loup. À ce titre, le Gouvernement veille à ce que les moyens financiers nécessaires pour subventionner les moyens de protection (bergers, chiens de protection et parcs électrifiés) accompagnent l'augmentation des besoins. Le budget national est stable depuis plusieurs années et la mobilisation des fonds européens est croissante. Alors que ce poste représentait 37 millions d'euros (Meuros) en 2023, ce sont désormais 46 Meuros qui seront engagés dans le cadre de l'appel à projets 2026 de l'aide à la protection des troupeaux contre la prédation. Cet appel à projets permet également le financement d'analyses de vulnérabilité à l'échelle de l'exploitation qui visent à aider les éleveurs dans la mise en oeuvre des moyens de protection. Enfin, les indemnisations à la suite des prédations sont maintenues et permettent d'indemniser tant les pertes directes qu'indirectes. Ces aides financières ont été réévaluées à la hausse de 30 % pour les pertes « directes », début 2024. Concernant les pertes « indirectes », une indemnisation est possible pour compenser les pertes consécutives à la perturbation du troupeau du fait du stress, des avortements ou encore de la baisse de lactation. En lien avec les organisations professionnelles agricoles, son calcul a également été revu pour mieux reconnaître les pertes effectivement subies par les éleveurs. Pour que l'impact sur la trésorerie des éleveurs soit le moins important possible, le plan national d'actions loups et activités d'élevage 2024-2029 fixe un délai d'indemnisation de 125 jours.

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