Question de Mme BELLUROT Nadine (Indre - Les Républicains-A) publiée le 05/02/2026
Mme Nadine Bellurot interroge M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique sur la présence bancaire en zone rurale.
Après la désertification médicale, les départements ruraux subissent désormais la désertification bancaire ! Consciente des nouveaux modes de consommation et de la digitalisation, elle indique que cela ne doit pas pour autant rimer avec l'abandon de la ruralité !
Depuis 20 ans, ce désengagement touche l'ensemble du territoire, avec une accélération sévère ces cinq dernières années, et concerne tous les établissements bancaires.
Entre 2006 et 2023, le nombre d'agences en France a baissé de 15 %, passant de 39 000 à 33 000. En 2024, 1 500 distributeurs automatiques de billets ont été supprimés.
Elle rappelle qu'une agence bancaire, c'est un contact humain pour les personnes ayant des difficultés d'accès aux outils numériques.
Elle avait donc déjà interpellé le précédent ministre de l'économie en janvier 2025 pour s'opposer aux fermetures prévues en Centre-Val de Loire.
Depuis le début de l'année, dans l'Indre, on dénombre quatre fermetures : à Reuilly, Villedieu-sur-Indre, Châteauroux et Écueillé.
Si trois communes ont pu conserver leur distributeur de billets, elle a appris avec stupéfaction, le 23 janvier 2026, la fermeture du distributeur du Crédit agricole de Reuilly.
Le président régional s'était pourtant engagé à maintenir le distributeur.
C'est donc une double peine pour les Reuilloises et les Reuillois.
Le précédent ministre de l'économie lui avait d'ailleurs indiqué que le maillage bancaire permet à 98 % de la population de se situer à moins de 15 km en voiture de la commune équipée la plus proche : dans le cas de Reuilly, cela ne s'applique pas !
Ces décisions unilatérales pénalisent tout le tissu économique local : commerçants, artisans, viticulteurs et surtout nos agriculteurs.
Cela s'ajoute aux défis auxquels font face les communes rurales : la population vieillissante, à faible mobilité, voit son accès aux services publics se dégrader.
Elle lui demande quelles mesures concrètes le Gouvernement compte prendre pour faire face à la désertification bancaire, qui aggrave la situation économique des zones rurales, déjà largement fragilisées.
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Réponse du Ministère délégué auprès de la ministre de l'action et des comptes publics, chargé de la fonction publique et de la réforme de l'État publiée le 11/02/2026
Réponse apportée en séance publique le 10/02/2026
M. le président. La parole est à Mme Nadine Bellurot, auteure de la question n° 934, adressée à M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
Mme Nadine Bellurot. Monsieur le ministre, après la désertification médicale, voici la désertification bancaire !
Les nouveaux modes de consommation et la digitalisation ne sauraient être ignorés, mais ils n'expliquent pas tout et ne peuvent pas tout justifier.
Le nombre d'agences bancaires a diminué de 15 % en vingt ans et l'on compte aujourd'hui 25 % de distributeurs automatiques de billets (DAB) de moins qu'il y a dix ans.
Une agence bancaire, c'est un contact humain pour les personnes ayant des difficultés d'accès aux outils numériques.
En janvier 2025, j'avais déjà interpellé votre prédécesseur pour m'opposer aux fermetures prévues dans la région Centre-Val de Loire. Un an plus tard, nous déplorons, dans l'Indre, la fermeture de quatre agences du Crédit Agricole : à Villedieu-sur-Indre, à Châteauroux, à Écueillé et à Reuilly.
Reuilly subit une double peine : à la fermeture de l'agence s'ajoute la fermeture de son DAB, la banque prétextant l'installation d'un nouveau distributeur.
En attendant cette installation, je demande la réouverture du distributeur et je compte sur vous, monsieur le ministre, le Crédit Agricole ne m'ayant toujours pas répondu.
Une solution, me dit-on, serait le cashback, qui consiste à acheter quelque chose pour obtenir des espèces. Ce ne saurait être une solution pérenne, même si je remercie les commerçants qui le pratiquent.
Quant au recours à Cash Services, ce serait encore faire payer aux communes un service - l'installation d'un automate - qui n'est pas de leur compétence.
Les décisions unilatérales de fermeture pénalisent l'ensemble du tissu économique local - commerçants, artisans, entreprises, agriculteurs, viticulteurs - et, surtout, les particuliers.
Je rappelle que les espèces, en France, représentent plus de 40 % des transactions et que plus de 130 milliards d'euros sont retirés chaque année. Il s'agit donc d'un moyen de paiement de proximité pour les commerces.
Cette désertification s'ajoute aux défis auxquels font face les communes rurales, qui sont très impactées. La population, vieillissante et peu mobile, y voit en effet son accès aux services publics se dégrader.
Si vous n'êtes pas le ministre de toutes les banques, monsieur le ministre, que comptez-vous faire pour stopper une telle hémorragie ? Il y va de l'aménagement du territoire ; c'est une compétence de l'État.
M. le président. La parole est à M. le ministre délégué.
M. David Amiel, ministre délégué auprès de la ministre de l'action et des comptes publics, chargé de la fonction publique et de la réforme de l'État. Madame la sénatrice, vous avez raison de nous interpeller sur la question de l'aménagement du territoire. De fait, l'exemple des réseaux bancaires s'inscrit dans cette perspective plus générale.
Derrière cette question se posent en effet celle de l'accès aux services publics - je suis moi-même ministre délégué chargé de la fonction publique auprès de la ministre de l'action et des comptes publics - ou celle du tissu économique, qui est d'ailleurs indissociable de la première, puisque, pour beaucoup de paiements du quotidien, nous avons besoin d'espèces, donc du réseau qui les distribue. C'est évidemment aussi une question de justice sociale : l'accès à des services bancaires de proximité est très important, en particulier pour les populations les plus fragiles et les plus vulnérables.
À cet égard, l'évolution du secteur bancaire - le développement des usages numériques réduit le nombre de transactions au guichet -ne convient pas à tout le monde. Nous avons donc un travail à mener, réseau par réseau.
Madame la sénatrice, vous nous interpellez sur un réseau en particulier, dans un territoire particulier. Je m'engage à ce que les services de l'État travaillent avec vous pour étudier le cas très précis que vous mentionnez.
Il n'est pas normal que vous n'ayez pas obtenu de réponse. Vous pourrez donc compter sur nous pour vous soutenir dans votre démarche.
Pour ce qui concerne, de manière plus générale, l'aménagement du territoire, permettez-moi de nuancer quelque peu vos propos : si l'aménagement du territoire dépend de l'État, il dépend aussi des collectivités. Il doit procéder d'une vision partagée, à tout le moins depuis les grandes lois de décentralisation des années 1980.
En matière de services publics de proximité, l'action du réseau France Services - c'est l'un des grands succès de ces dernières années - est, à mon sens, extrêmement important.
Nous consacrerons justement les mois qui viennent au renforcement du maillage des services publics au plus près de nos concitoyens, particulièrement dans les territoires sous-dotés sur ce plan.
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