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Projet de loi de finances pour 2011 : Enseignement scolaire

18 novembre 2010 : Budget 2011 - Enseignement scolaire ( avis - première lecture )

C. LUTTER CONTRE LES RISQUES DE DESTRUCTURATION DE LA VOIE PROFESSIONNELLE

1. Éviter l'affaiblissement de la spécificité de la voie professionnelle

La plupart des personnes auditionnées ont souligné un risque de « déprofessionnalisation » et de « technologisation » de la voie professionnelle. Ce phénomène pourrait constituer un des effets pervers de la réforme et naîtrait de la conjonction de multiples facteurs. Il faut rappeler en premier lieu la modification non négligeable des profils des nouveaux entrants en seconde professionnelle : on retrouve plus d'élèves jeunes sans retard scolaire et de meilleur niveau dans les matières générales que la population moyenne des lycées professionnels. Ceux-ci viennent probablement de familles de classe moyenne qui ont été convaincues par le discours de revalorisation de la voie professionnelle, alors qu'elles n'y auraient pas auparavant envoyé leurs enfants. Leur profil est très proche de celui des élèves de seconde générale et technologique et ils sont probablement plus attirés que leurs camarades par la perspective de poursuite d'études en BTS.

En outre, le risque d'affaiblissement des PFMP gomme la rupture pédagogique par rapport au collège. Sa conjonction avec la liaison ostensible entre bac professionnel et BTS, qui nécessite un plus fort bagage scolaire, et avec une croissance des déversements d'élèves issus de la filière technologique, peut se révéler dangereuse à moyen terme pour la spécificité de la voie professionnelle. La dissolution des BEP au profit de la découverte de champs professionnels élargis a sans doute contribué dès la classe de seconde à affaiblir la vocation professionnalisante et qualifiante de la formation. Il est impératif dans ce contexte de préserver la capacité de la voie professionnelle à donner aux élèves les moins à l'aise à l'école une chance de valoriser leurs aptitudes et de s'insérer socialement grâce à l'apprentissage d'un métier. À défaut, la technologisation de la voie professionnelle provoquerait à n'en pas douter, une hausse des sorties sans qualification du système éducatif et une aggravation du chômage des jeunes.

Votre rapporteure ne peut que mettre en garde contre une éventuelle fusion des voies technologique et professionnelle que pourraient préparer sur les deux rives des réformes symétriques. Un nouveau cylindrage de l'enseignement au lycée où se distingueraient un parcours général réservé à l'élite et un parcours techno-professionnel pour tous les autres pénaliserait les élèves les plus fragiles, de milieux populaires et contreviendrait à l'objectif partagé d'élévation du niveau de qualification.

En ce sens, votre rapporteure partage la préoccupation des inspections générales qui insistaient dès 2009 sur « la nécessité de réaffirmer au niveau national et académique auprès de l'ensemble de l'encadrement du système scolaire et dans la communication vers les familles que la valorisation de la voie professionnelle passe non seulement par un rapprochement avec les autres voies de formation en durée et en possibilité d'études, mais aussi et surtout par la réaffirmation de ce qui fait sa spécificité :

- des jeunes qui sortent du lycée professionnel porteurs d'une qualification professionnelle reconnue et prêts à s'intégrer professionnellement et socialement ;

- moins de sorties sans qualification et une élévation des niveaux de qualification grâce à des parcours plus fluides et une réelle continuité pédagogique ;

- des méthodes propres d'apprentissage par des mises en situation professionnelle et des démarches d'analyse spécifiques qui en accroissent l'efficacité ;

- en conséquence, des compétences pédagogiques et didactiques spécifiques des PLP, encore mal reconnues, qui exigent une formation initiale et continue adaptée. »29(*)


* 29 Igen-Igaenr, La rénovation de la voie professionnelle, rapport n° 2009-065, juillet 2009, pp. 43-44.