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Projet de loi de finances pour 2011 : Enseignement scolaire

18 novembre 2010 : Budget 2011 - Enseignement scolaire ( avis - première lecture )
3. Contrer les effets néfastes de la mastérisation sur le recrutement des enseignants de lycées professionnels

Tout le monde s'accorde à considérer la formation initiale et continue des professeurs de lycées professionnels (PLP) comme un des facteurs essentiels pour assurer la réussite de la réforme. Or, la mastérisation du recrutement des enseignants se télescope avec la rénovation du baccalauréat professionnel ; leur articulation demeure extrêmement problématique et laisse craindre un double échec.

Pour mémoire, votre rapporteure rappelle que l'exigence nouvelle de détention d'un master pour passer les concours d'enseignants ne peut être appliquée telle quelle au recrutement des PLP. En effet, dans plusieurs disciplines professionnelles, comme coiffure, chaudronnerie ou transport routier par exemple, il n'existe bien évidemment pas de cursus de master. Le décret n° 2009-918 du 28 juillet 2009 mettant en oeuvre la mastérisation dans l'enseignement professionnel distingue donc trois catégories de candidats :

- les enseignants des disciplines générales ou des spécialités professionnelles pour lesquelles existe un diplôme de niveau I, qui doivent justifier de la détention d'un master ou d'un diplôme équivalent, en général pour les spécialités professionnelles un diplôme d'ingénieur ;

- les enseignants des spécialités professionnelles pour lesquels il n'existe qu'un diplôme de niveau III, qui doivent justifier, outre la possession de ce diplôme, de cinq années de pratique professionnelle ou d'enseignement de cette pratique ;

- les enseignants des spécialités professionnelles pour lesquels il n'existe pas de diplôme supérieur au niveau IV, qui doivent alors justifier, en plus du diplôme, de sept années de pratique professionnelle ou d'enseignement de cette pratique.

Votre rapporteure rappelle également son souhait de rétablissement de la possibilité, supprimée en 2009, d'ouvrir le concours externe dans les spécialités professionnelles aux candidats détenant un diplôme de niveau V et justifiant de huit ans de pratique professionnelle ou d'enseignement. Il convient de ne pas se priver de personnes peu qualifiées mais bénéficiant d'une solide expérience, alors que le vivier des futurs PLP donne des signes inquiétants de tarissement.

La mastérisation semble ouvrir la voie à une crise majeure de recrutement de PLP. Les parcours appropriés de master dans les universités ont été mis en place très hâtivement et restent largement invisibles pour les candidats potentiels. Par exemple, en Loire-Atlantique personne ne s'est présenté pour suivre une formation en conduite routière ou en génie électrique en préparation au concours. Le même phénomène se retrouve dans d'autres spécialités sur tout le territoire national.

Il existe également un problème de financement qui freine la reconversion de salariés, alors qu'environ la moitié du corps en est actuellement issue. En effet, lorsque le salarié candidat à une reconversion n'est pas exempté de la détention d'un master, il doit envisager une reprise d'études sur deux ans. Malheureusement, les dispositifs de financement de reconversions comme le congé individuel de formation (CIF) durent en général un an. Il resterait donc souvent un an à la charge du salarié, qui ne perçoit plus sa rémunération.

Dans les spécialités professionnelles pour lesquelles est levée la condition de master, l'équation se pose différemment. Ces salariés ont besoin d'une préparation pour se présenter dans de bonnes conditions au concours. Or, les universités reculent devant l'ouverture de formation en un an, hors des masters financés par l'État. Donc, dans les spécialités professionnelles les plus éloignées par définition de l'enseignement supérieur, la préparation des candidats est très difficile, ce qui constitue un obstacle majeur pour la reconversion de salariés.

Plus généralement, et ces problèmes dépassent strictement l'effet de la mastérisation dans l'enseignement professionnel, la préparation au métier d'enseignant est complètement laissée de côté dans la construction des maquettes des masters et des concours qui répond à une logique essentiellement disciplinaire. Alors que toutes les réformes engagées, et en premier lieu celle de la voie professionnelle, demandent aux enseignants une plus grande capacité d'adaptation et d'innovation pédagogique pour personnaliser les parcours des élèves et gérer l'hétérogénéité grandissante des classes, on se prive d'une chance de professionnaliser davantage la formation des professeurs.

En outre, l'articulation de l'obtention du diplôme lui-même et de la préparation au concours au cours de l'année de master 2 n'est pas satisfaisante. La juxtaposition des deux objectifs est difficilement tenable : envisagerait-on comme une exigence normale de cumuler sur un an la réussite à l'agrégation et la rédaction d'un mémoire de DEA de bonne qualité ? La difficulté ne se résoudra qu'au prix de la distribution très généreuse des masters sur la base de mémoires nécessairement bâclés. Dès lors, la valeur de ces diplômes n'en pourra qu'être durablement ternie, sans que leurs titulaires puissent s'appuyer dessus pour préparer leur entrée sur le marché du travail dans de bonnes conditions.

Sur le plan financier, il convient également de remarquer que les étudiants de milieu défavorisé ne pourront plus comme aujourd'hui financer leurs études en travaillant à côté, car ils n'en auront plus matériellement le temps. Les bourses octroyées ne suffiront pas à empêcher une déformation préjudiciable du profil sociologique des futures PLP au détriment des classes populaires.

Enfin, les départs d'enseignants stagiaires en formation continue la première année de leur affectation provoquent une hausse des besoins de remplacement, qui ne semble pas avoir été correctement anticipée. Ce problème est encore aggravé par le fait que de nombreux lycées professionnels servent aussi de lieux d'examen, ce qui empêche souvent les enseignants de faire cours. La question du remplacement témoigne par un autre biais du défaut d'articulation des réformes les unes avec les autres, qui les condamnent à une application incertaine et disparate.