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2. Le « plan Colombia » et la forte implication des Etats-Unis

Le « plan Colombia pour la paix, la prospérité et le renforcement de l'Etat » a été lancé à la fin de l'année 1999 par le président Pastrana en liaison avec l'administration américaine.

Il était conçu, à l'origine, comme une réponse globale au règlement du conflit interne colombien et comportait plusieurs volets : politique sociale, renforcement des institutions et des droits de l'homme, lutte contre la drogue, éradication des cultures illicites, communications. Il prévoyait de couvrir, en trois phases successives de deux ans chacune, l'ensemble du territoire colombien avec l'objectif de réduire de 50 % la production et la commercialisation de la drogue.

Le « plan Colombia » était assorti d'une enveloppe financière de 7,5 milliards de dollars, dont 4 milliards de dollars à charge de la Colombie et le restant apporté par des bailleurs de fonds internationaux. Cependant, seuls les Etats-Unis ont répondu à l'appel des autorités colombiennes. Ainsi, l'Union européenne, tout en réaffirmant son soutien au processus de paix et sa volonté de participer financièrement à des actions en faveur de la restauration de l'état de droit et du développement social et économique, refusait de s'associer au « plan Colombia », jugeant qu'il reposait en réalité essentiellement sur des actions sécuritaires et qu'il n'y avait pas de solution militaire pouvant conduire à une paix durable.

Le lancement du « plan Colombia » a donc marqué un accroissement considérable de l'aide américaine destinée essentiellement aux forces de sécurité - armée et police - plaçant la Colombie, de 2000 à 2002, au troisième rang des pays bénéficiaires après Israël et l'Egypte. Un important appui en matériel (livraison d'aéronefs destinés aux aspersions des cultures illicites et d'une soixantaine d'hélicoptères de protection et de combat) a permis un renforcement spectaculaire des forces de sécurité intérieure. L'aide américaine au Plan Colombia inclut également la présence d'environ 600 conseillers civils et militaires. Encadrée par une loi adoptée en 1999 par le Congrès, cette aide américaine ne pouvait, en principe, être utilisée que dans le cadre de la lutte contre la drogue, même si dans la réalité il est difficile de la distinguer de la lutte contre la guérilla, cette dernière étant l'un des acteurs principaux du narco-trafic.

L'arrivée au pouvoir de l'administration Bush a marqué une réorientation de l'aide américaine sur un double plan. Les Etats-Unis ont souhaité prendre en compte le caractère régional de la crise en redistribuant l'aide entre la Colombie et ses voisins2(*). Par ailleurs, la distinction entre lutte contre le narcotrafic et lutte contre la guérilla s'est atténuée, faisant place à une action globale contre le « narco-terrorisme ». L'aide versée par les Etats-Unis à la Colombie s'élevait à 574 millions de dollars et devait être portée à 598 millions de dollars en 2005. Au total, l'aide américaine à la Colombie aura représenté 3,9 milliards de dollars sur 6 ans.

Le « plan Colombia » laisse apparaître un bilan contrasté.

Sur le plan des chiffres, les résultats sont incontestables. En l'espace de deux ans, il a été procédé à davantage d'aspersions chimiques de cultures illicites que durant toutes les années précédentes. Les cultures de coca seraient passées de 100 000 hectares fin 2002 à 86 000 hectares fin 2003. Des quantités considérables de cocaïne, de feuilles de coca, de cannabis et de précurseurs ont été saisies. 400 laboratoires de production de pâte base de coca, 170 laboratoires de raffinage de la cocaïne et 4 laboratoires de raffinage de l'héroïne ont été détruits.

Toutefois, ce plan demeure controversé. Le développement de cultures de substitution s'effectue lentement et se heurte aux difficultés de commercialisation, faute de circuits commerciaux ou de moyens de communication vers des régions isolées. La politique d'éradication chimique est critiquée par des organisations non gouvernementales, en raison de son impact sur l'environnement et les cultures vivrières. Combinée aux actions militaires, elle aurait pour effet d'accentuer les déplacements de population. Par ailleurs, les groupes illégaux ont réagi en recherchant des zones de repli, soit sur le territoire colombien, en mettant en culture des espaces jusqu'alors vierges, notamment en opérant des déforestations, soit en jouant sur la porosité des frontières et en débordant sur des pays voisins, comme le Panama et, à une échelle moindre, le Brésil et le Venezuela. Le déplacement des cultures, la fragmentation des parcelles de coca ou de pavot, les techniques de régénération des plants après aspersion, la recherche agronomique qui met au point des plants de coca produisant davantage de feuillage avec une concentration accrue d'alcaloïde, font que la production colombienne de cocaïne reste stable, autour de 600 tonnes, alors que la production d'héroïne est en accroissement et se situerait autour de 5 tonnes.

* 2 En 2004, l'aide américaine se répartissait comme suit : 574 millions de dollars pour la Colombie, 182 millions de dollars pour le Pérou, 152 millions de dollars pour la Bolivie, 66 millions de dollars pour l'Equateur et 5,5 millions de dollars pour le Vénézuela.

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