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Projet de loi de finances rectificative pour 2010

 

3. Un sujet d'inquiétude : le risque que les Etats mènent simultanément une politique budgétaire trop restrictive

Le risque existe que les Etats mènent simultanément une politique budgétaire restrictive.

En effet, comme on l'a indiqué plus haut, le multiplicateur keynésien est deux fois plus élevé au niveau de la zone euro qu'à celui d'un Etat comme la France, ce dont il résulte que des politiques budgétaires trop restrictives, rationnelles au niveau de chaque Etat, peuvent avoir au niveau de la zone euro des conséquences catastrophiques.

Les mesures prévues par les Etats d'Europe du sud pour ramener leur déficit en dessous de 3 points de PIB vers 2013 correspondent à des montants considérables. Ainsi, le programme défini dans le cadre de l'assistance financière apporté par la zone euro et le FMI demande à la Grèce de prendre en 2010-2014 des mesures d'un montant cumulé de 13 points de PIB. Les mesures de consolidation budgétaire envisagées par l'Espagne et le Portugal, de respectivement 6 points de PIB et 3,5 points de PIB en 2010-2013 selon les programmes de stabilité 2010-2013, ont été depuis accrues de respectivement 1,5 point de PIB et 2 points de PIB, ce qui les porte à 7,5 et 5,5 points de PIB. Il en résulte un effort annuel de l'ordre de 2,5 points de PIB dans le cas de la Grèce et de 1,5 à 2 points de PIB dans le cas de l'Espagne et du Portugal.

Dans un scénario pessimiste, les Etats de la zone euro, et plus généralement de l'Union européenne, pourraient ne pas s'entendre sur une stratégie rationnelle et coordonnée de réduction de leurs déficits publics. Par ailleurs, les Etats qui ont une longue tradition de laxisme budgétaire pourraient ne pas adopter de règles réellement contraignantes de réduction du déficit, devant s'appliquer dans la durée, et de nature à persuader les marchés que ces règles seront réellement appliquées.

Les Etats de la zone euro mettraient alors en oeuvre de véritables mesures de réduction de leur déficit de manière brutale, sous la pression des marchés, pour ne pas voir les investisseurs se détourner d'eux au profit des autres Etats membres. La juxtaposition de stratégies nationales de réduction forte et marquée du déficit, rationnelles si on les considère de manière isolée, pourrait poser de réels problèmes à l'ensemble de la zone euro.

4. Un risque de défaut de certains Etats ou d'éclatement de la zone euro ?

Des réactions en chaîne pourraient alors se produire.

La réduction du déficit de la Grèce, du Portugal et de l'Espagne sera beaucoup plus difficile s'ils doivent supporter non seulement l'effet de leurs propres mesures de réduction du déficit, mais aussi celui des mesures analogues prises par leurs voisins.

Par ailleurs, certains Etats pourraient estimer avoir intérêt à sortir de la zone euro, pour bénéficier des avantages de la dépréciation de leur monnaie. Certes, une sortie de l'euro serait pour eux bien plus dramatique que les sorties du SME lors de la crise de 1992-1993, puisqu'ils connaîtraient alors une hausse (et non une baisse) des taux d'intérêt. Cependant, l'argument selon lequel leur dette, libellée en euros, deviendrait insupportable du fait de la dépréciation de leur monnaie qui s'ensuivrait, n'est pertinent que si l'on suppose qu'ils ne font pas défaut. On peut rappeler à cet égard le cas de la crise économique argentine de 1999-2003. L'Argentine avait mis en place un régime de taux de change fixe (dit currency board) par rapport au dollar, afin de lutter contre l'inflation, ce qui avait eu pour effet de poser de graves problèmes de compétitivité et de balance des paiements et de l'amener à demander l'aide du FMI. Après avoir mené de 1999 à 2001 la politique budgétaire restrictive demandée par le FMI, le pays a connu en décembre 2001 une grève générale et des manifestations violentes qui ont fait plusieurs dizaines de morts, entraînant la démission du président. Son successeur a annoncé le défaut de paiement et la fin du currency board. Après avoir été négative de 1999 à 2003, atteignant même - 10,9 % cette dernière année, la croissance du PIB a renoué avec un taux de l'ordre de 9 % jusqu'en 2008. Un tel schéma peut se révéler attractif pour sortir d'une crise économique et sociale.