C. LA DIMENSION SÉCURITAIRE : AFGHANISTAN, GESTION DES FRONTIÈRES ET STABILITÉ RÉGIONALE

Au-delà des enjeux économiques et normatifs, l'engagement de l'Union européenne en Asie centrale répond à un impératif sécuritaire croissant.

Le Kirghizstan, bien que ne partageant pas de frontière directe avec l'Afghanistan, se trouve exposé aux dynamiques régionales de déstabilisation via le Tadjikistan et l'Ouzbékistan. La prise de pouvoir des Talibans en août 2021 a ravivé les inquiétudes en matière de radicalisation, de trafics et de flux migratoires. M. Levystone a également mis en évidence le rôle des dynamiques transfrontalières, notamment liées aux diasporas centrasiatiques, dans la compréhension de la situation afghane. L'Asie centrale demeure une zone de transit majeure pour les stupéfiants en provenance d'Afghanistan à destination de la Russie et de l'Europe.

Les affrontements armés survenus en 2021 et 2022 à la frontière kirghizo-tadjike, notamment autour de l'enclave de Vorukh, ont mis en lumière la fragilité persistante des délimitations héritées de la période soviétique. La signature d'un accord de délimitation en 2025 marque toutefois une évolution positive, contribuant à stabiliser la situation régionale. Les autorités kirghizes soulignent que cet accord a permis une réduction significative des tensions frontalières, avec une quasi-disparition des incidents armés depuis sa signature.

Dans ce contexte, l'Union européenne soutient plusieurs programmes régionaux visant à renforcer les capacités institutionnelles et la gestion des frontières, notamment les programmes Border Management Programme in Central Asia (BOMCA) et le Central Asia Drug Action Programme (CADAP).

L'accord de partenariat et de coopération renforcé prévoit un approfondissement de la coopération en matière de lutte contre le terrorisme, de criminalité organisée et de blanchiment de capitaux. Ce volet sécuritaire participe d'une stratégie visant à prévenir la diffusion de menaces susceptibles d'affecter directement la sécurité européenne.

La commission relève toutefois que cette coopération s'inscrit dans un environnement concurrentiel. La Russie conserve une architecture sécuritaire régionale structurée, tandis que la Chine développe une présence croissante fondée sur la protection de ses intérêts économiques.

Dans ce contexte, l'Union européenne privilégie une approche fondée sur la coopération civile et le renforcement de l'État de droit. L'APC+ s'inscrit ainsi dans une stratégie de stabilisation régionale, dont l'efficacité dépendra de la capacité de l'Union à traduire ses engagements en actions concrètes et à maintenir un niveau d'exigence élevé.

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