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Projet de loi de finances pour 1996

 

III. LE SATELLITE ET LE NUMÉRIQUE

Après une période de complémentarité pendant laquelle la diffusion directe par satellite représentait la meilleure reprise pour les zones qui ne pouvaient être câblées, les rapports câble satellite ont évolué vers une plus grande concurrence, d'autant que la technologie numérique pourra être mise en place pour la réception directe par satellite avec plusieurs mois d'avance sur le câble. La disponibilité de nombreux « bouquets numériques » est, en effet, annoncée pour la fin de l'année 1995 et le début de 1996.

Il n'est pas aisé d'évaluer le nombre de foyers recevant la télévision par satellite en France. Il n'existe, en effet, aucune source d'information faisant autorité dans ce domaine. Le marché de la réception de la télévision par satellite est partagé entre les foyers raccordés à un réseau câblé à une antenne collective et ceux équipés d'antennes individuelles. Selon une étude récente effectuée pour le compte d' EUTELSAT (17(*)), 11,7% des foyers français, soit 2,574 millions sur 21,4448 millions de foyers ont aujourd'hui accès au « paysage audiovisuel français de complément », 1,122 million au moyen d'une antenne parabolique (personnelle pour 726 000 foyers et collective pour 396 000 foyers), en « réception directe », 1,452 million au moyen d'un réseau câblé.

A. LA RÉVOLUTION NUMÉRIQUE EST EN MARCHE

1. Qu'est ce que la télévision numérique ?

a) Une amélioration technologique

Dans un système numérique, l'information est transformée en une suite de nombres. Tous les types de signaux sont composés d'unités élémentaires d'information (le bit), n'ayant que deux valeurs, 0 ou 1, dont le débit est mesuré par la quantité de bits transmis à la seconde.

Les TÉLÉCOMmunications ont utilisé les progrès de l'informatique pour numériser la voix dès les années 70. Le disque compact (CD) a ensuite remplacé le disque vinyle au cours des années 80. L'image, fixe ou animée, qui obéit pour sa part à des impératifs techniques plus complexes, n'a été numérisée que plus récemment. Dans le secteur audiovisuel -image et son 18(*)-, le numérique fut introduit, au cours des années 70, au sein de la post production afin de créer des effets spéciaux. Au cours des années 80, les systèmes de stockage numérique ont fait leur apparition. Au cours des années 90, la transmission a été numérisée. Au sein de la production, le parc d'équipement des diffuseurs est progressivement renouvelé en numérique. L'introduction de cette technologie au dernier stade de la chaîne de l'image, la réception, demeure une perspective lointaine, compte tenu de l'ampleur des investissements nécessaires pour les ménages. Il est toutefois inéluctable, même si, actuellement, un programme produit en numérique peut être ensuite diffusé en analogique.

L'image numérique présente plusieurs avantages. Elle permet de garantir une reconstitution fidèle de l'image. Contrairement au mode de transmission analogique, le signal numérique ne subit aucune altération, par exemple lors d'un orage. Elle peut par ailleurs être fortement comprimée, ce qui autorise l'augmentation de chaînes diffusables, la diversification des services proposés et une économie du nombre de fréquences nécessaires. En outre, elle permet le multiplexage d'un signal, c'est à dire la diffusion de plusieurs signaux dans un même canal et donc l'arbitrage entre quantité et qualité des services -ce que ne permet pas l'analogique-: il sera donc possible de choisir, pour un même canal, entre la diffusion en haute définition d'une seule chaîne ou la diffusion, en qualité actuelle, d'une dizaine de chaînes. La qualité de l'image numérique varie, en effet, selon le taux de compression. Enfin, elle consomme moins d'énergie, que ce soit à partir d'un émetteur terrestre ou d'un satellite.

b). Un changement de stratégie

La recherche de l'amélioration de la qualité de l'image a fait place à la recherche de l'accroissement de la quantité d'images à diffuser.

La recherche d'une norme de télévision haute définition (TVHD) (1)19(*), capable d'offrir la même qualité d'image que le cinéma, a mobilisé les industriels européens, japonais et américains depuis le début des années 1980.

Si la norme japonaise Muse a bien failli s'imposer à la fin des années 80 comme standard international de haute définition, c'est finalement autour de la recherche d'une norme standard pour la télévision numérique que se sont concentrés les efforts depuis le début des années 1990.

La numérisation de la chaîne complète, de la diffusion à la réception télévisuelle, a rendu nécessaire la définition d'une norme commune de compression numérique des images animées. Celle-ci a été définitivement adoptée dans le courant du premier semestre 1994, avec la norme MPEG-2 (Moving Picture Expert Group), grâce au groupe DVB (20(*)).

C'est cette norme qu'a adoptée l'alliance américaine composée de General Instrument, Laboratoire Sarnoff, le MIT (Massachusetts Institute of Technologie) ainsi que deux Européens Philips et Thomson.

Ce groupe a mis au point toute la chaîne de transmission numérisée des images dont Direct TV, filiale de General Motors - Hughes Electronics, a bénéficié depuis août 1994, en couvrant l'ensemble du territoire des États-Unis, grâce à deux satellites géostationnaires DBS 1 et DBS 2, diffusant 150 chaînes avec la qualité du son et de l'image numérique.

Cette première réalisation à très grande échelle de télévision numérique ne signifie pas que les techniques numériques n'aient été déjà très largement utilisées dans le circuit de diffusion télévisuel. Que ce soit par le câble, le satellite ou par voie hertzienne, signaux analogiques et signaux numériques se succède, mais - pour ces derniers - avec une décompression du signal pour le restituer en signal analogique avant qu'il ne parvienne à l'utilisateur.

Ce sont, en réalité, des raisons purement commerciales qui motivent les opérateurs audiovisuels de choisir la voie numérique.

Qu'est ce que le groupe DVB ?

Le groupe DVB (Digital Vidéo Braodcasting) a pour objectif la normalisation de la télédiffusion au mode numérique. Antérieur, le programme de recherche SPECTRE, axé sur la compression numérique des signaux vidéo a permis d'entrevoir l'exploitation en télédiffusion de la nouvelle norme. Créé en Europe en 1990, le groupe DVB comprend plus de 170 sociétés issues de 21 pays à travers le monde. L'objectif des participants a été clairement fixé dès l'origine : le système DVB doit être opérationnel dès aujourd'hui et apte à répondre aux nécessités futures. Le groupe ne s'attache pas seulement à définir des normes techniques. 11 s'est également fixé pour mission d'étudier les solutions les plus efficaces concernant les aspects industriels et commerciaux, mettant en pratique les économies d'échelle et les volumes de production. Alors que l'ambition première, datant de 1991, de lancer la TVHD numérique a été progressivement repoussée en Europe, le DVB s'est imposé lui-même.

Durant l'année 1991, le ministère de la Communication allemand a répondu favorablement à la proposition de Deutsche Telekom, de créer le Européen Launching Group (ELG-Groupe de Lancement Européen) ayant pour objet d'associer les principaux constructeurs et diffuseurs présents sur le marché. Un Mémorandum Oj Under standing (MOU), sorte de traiter d'alliance, a été publié en 1993, définissant les règles du jeu concernant l'ensemble des participants. C'est en septembre de la même année, que le sigle DVB a été adopté pour le développement de la télédiffusion numérique. Alors que le D2 Mac -initialement prévu comme tremplin pour le HD Mac échouait technologiquement et commercialement, la télédiffusion directe était choisie comme média prioritaire par le groupe

2. Quelles sont les conséquences de la révolution numérique ?

a) Une nouvelle économie de l'audiovisuel ?

La diffusion par satellite et les télévisions numériques ne manqueront d'affecter l'équilibre du paysage audiovisuel français et, partant, celui du secteur public de l'audiovisuel.

Ces innovations technologiques sont également porteuses de croissance économique, grâce aux nouveaux équipements qu'elles nécessitent. Le seul renouvellement du parc de téléviseurs représente un marché mondial de 800 millions d'unités !

Cependant, pour s'implanter durablement, elles nécessitent une adaptation profonde du comportement du consommateur de produits audiovisuels.

(1). Un nouvel équilibre du paysage audiovisuel

Si les incertitudes demeurent sur la forme exacte que prendra le développement du numérique (quels opérateurs ? quelles chaînes ? quels codes d'accès ?), les conséquences de la multiplication du nombre de chaînes sur l'équilibre économique de l'audiovisuel vont entraîner des bouleversements de tous ordres.

Aujourd'hui, en effet, le quart du budget d'une chaîne thématique est consacré à la location d'un canal sur le satellite. En divisant cette charge par quatre -grâce au numérique-, une économie de type hertzien pourrait s'imposer. Cependant, même avec un point mort moins élevé, la multiplication des chaînes ne deviendra réalité que si le marché est solvable, c'est-à-dire, si les consommateurs ne boudent pas cette révolution ! D'ici 2005, l'ensemble du paysage audiovisuel de complément (câble, satellite et TV locales) pourra-t-il dépasser 10 % d'audience ?

Mais les nouvelles technologies multimédia vont modifier les habitudes de consommation audiovisuelle. La segmentation de l'offre influera inévitablement sur la demande à moyen terme, sans qu'il soit possible d'en prévoir les conséquences avec une exactitude suffisante.

Le numérique va, par ailleurs, alléger considérablement les coûts de diffusion.

Même si, pour l'instant, les services de transport requièrent des équipements au sol onéreux, le prix de location des canaux sur satellite sera deux à trois fois inférieur au prix de l'analogique.

(2). De nouveaux services

La télévision numérique ne représente pas seulement une offre de programmes démultipliée, mais surtout une programmation différente.

Ces nouveaux services audiovisuels, évoqués dans les rapports Théry et Breton, seront largement développés dans le rapport que M. Hadas-Lebel a présenté au Conseil économique et social et intitulé « Les effets des nouvelles technologies sur la télévision de demain ».

La diffusion numérique permettra à des chaînes thématiques qui ne pouvaient accéder au satellite pour des raisons de coût de le faire. Elle offrira ensuite des services de programmation décalée, ouvrant la voie au multiplexage que permet de diffuser un même programme toutes les trente ou soixante minutes.

Cette diffusion décalée constituera un atout important au bénéfice des chaînes généralistes pour lutter contre la percée des chaînes thématiques, en ciblant de mieux en mieux leurs publics.

Comme tout système à péage, la télévision numérique suppose une gestion des abonnés. Elle permet également une bien meilleure gestion de leur consommation de programmes. Le pay per view dépasse la logique de l'abonnement à un programme puisque le téléspectateur ne paye que ce Qu'il regarde. En matière de pay per view, deux systèmes sont concevables :

- le paiement informatique et temps réel, fonctionnant sur le mode suivant :

Le téléspectateur consulte son guide des programmes et décide d'acheter un film. Une commande part de l'abonné et arrive à un serveur d'accueil, où elle va faire ''objet d'une validation après vérification. Une autorisation de désembrouillage pour visionner le film est alors envoyée. Le terminal numérique est équipé d'un modem (21(*)), permettant la livraison de la commande du téléspectateur.

L'ensemble du système est dimensionné pour répondre à des demandes de Pointe et gérer des milliers d'appel à la minute. Ce mode de réservation permet de compter le nombre de téléspectateurs qui regardent un événement et donc de justifier ces chiffres aux ayants droits.

- le paiement au jeton suppose, pour sa part, une carte à puce.

La carte est chargée d'une certaine somme d'argent, qui permet de consommer tous les programmes commercialisés par ce mode ; il n'y a donc pas d'autorisation à demander. Le téléspectateur pourra connaître, via un modem, l'historique de la carte. Le terminal est muni d'un lecteur de cartes bleues qui a reçu ''agrément du GIE carte bancaire.

La réussite de THOMSON MULTIMÉDIA dans le numérique

La technologie numérique peut ouvrir de nouvelles perspectives aux entreprises françaises d'électronique grand public, au premier chef de THOMSON MULTIMÉDIA, dont le redressement exemplaire constitue une illustration du gisement de profits et d'emplois que peut constituer ces nouvelles techniques de l'audiovisuel.

Après avoir perdu 7 milliards de francs de 1990 à 1992, THOMSON CONSUMER ELECTRONICS, qui a changé de nom pour se dénommer -de façon significative- THOMSON MULTIMÉDIA, a enregistré, en 1994, un bénéfice d'exploitation de 604 millions de francs pour un chiffre d'affaires de plus 38 milliards de francs en progression de 14%. Le résultat net reste cependant négatif, en 1994, de quelque 600 millions de francs, en raison d'un endettement élevé, de l'ordre de 12 milliards de francs. La perte a été toutefois réduite de moitié par rapport à 1993. Le groupe français, qui détient 20% du marché américain de téléviseurs, est le numéro un sur ce marché pour le magnétoscope et numéro deux pour le matériel audio et de communication.

Outre la chaîne câblée et interactive MULTI VISION, THOMSON MULTIMÉDIA a présenté, le 5 janvier 1995, en association avec l'entreprise américaine d'informatique SUN MICROSYSTEMS un système complet de télévision interactive, baptisé OPEN TV.

OPEN TV est le système d'exploitation logicielle des décodeurs de télévision interactive mis au point par THOMSON MULTIMÉDIA. Ce service interactif, présent dans le serveur situé chez le diffuseur et dans le décodeur loué ou acheté par - les particuliers, permet au téléspectateur de choisir une émission de télévision au sein d'une bibliothèque de programmes numérisés et de prévoir la diffusion de cette émission à l'heure qui lui convient, selon le système de vidéo à la demande ou de quasi-vidéo à la demande. Ce système, qui utilise la norme de compression MPEG2, est compatible avec les téléviseurs actuels ; il pourra utiliser les réseaux du câble ou du satellite. Les serveurs seront fabriqués par SUN et les décodeurs par THOMSON.

THOMSON maîtrise en amont avec la compression et en aval avec les décodeurs et avec ce système, tous les maillons de la chaîne numérique. Grâce à cette avance technologique, le groupe a été le fournisseur exclusif de décodeurs pour Direct TV, bouquet de 175 programmes diffusés en mode numérique, de juillet 1994 à décembre 1995, date à partir de laquelle un deuxième fabricant, Sony, devrait également rentrer en lice. THOMSON aura vendu plus d'un million et demi de décodeurs numériques en dix-huit mois.

Fort de ce succès, il a par ailleurs remporté un marché très important de S milliards de francs pour fournir 3 millions de décodeurs au consortium américain Télé-TV, formé de trois compagnies régionales de téléphone (Nynex, Bell Atlantic el Pacific Telesis), qui proposeront à 30 millions de foyers des programmes de télévision. Cette commande devrait conduire à diviser le prix du décodeur par trois, de 1000 à 350 dollars.

En Europe, THOMSON devrait fournir ses décodeurs à NETHOLD, Canal+ el à FRANCE TÉLÉCOM. En Amérique latine, il est également retenu par Hugues Communication pour le programme Galaxy qui offrira en 1996 un choix de 144 chaînes et 60 radios avec une qualité d'image et de son numériques. Les ventes liées à la télévision numérique demeurent toutefois encore marginales dans l'activité de THOMSON MULTIMÉDIA et ne représenteraient que 5 à 10 % des 38 milliards du chiffre d'affaires en 1994.

(3). De nouveaux produits

La transformation intégrale de la chaîne analogique en chaîne numérique suppose, à terme, le remplacement des téléviseurs.

Pour les seuls États-Unis, cela représente 180 millions de postes à remplacer, avec des téléviseurs capables de recevoir des programmes en TVHD numérique par voie hertzienne. Ils sont déjà introduits sur le marché mais pour un coût encore élevé, de l'ordre de 3 000 à 5 000 dollars l'an.

Il est également probable que les services de télévision seront également proposés sur les terminaux d'ordinateurs.

Dans un proche futur, en utilisant le même vecteur que l'informatique - le langage numérique -, les chaînes de télévision seront susceptibles de distribuer leurs Programmes sur des terminaux d'ordinateur, à l'image de la chaîne d'information CNN Qui, à l'issue d'un accord passé avec Intel en juin 1994, distribuera très prochainement ses bulletins d'informations proposés dans une version numérisée. Ils pourront être suivis sur un micro-ordinateur dans plusieurs grandes entreprises américaines.

Les innovations technologiques de l'audiovisuel vont provoquer l'offre de nouveaux produits : micro ordinateur téléviseur, décodeur numérique, antennes satellites, récepteurs télévisés plus perfectionnés...


· Le rapprochement entre audiovisuel et informatique s'est tout d'abord naturellement traduit par l'arrivée sur le marché du microordinateur domestique faisant également office de téléviseur.

Le premier exemplaire de ce type a été présenté par la firme COMPAQ, en avril 1995, au MIP-TV de Cannes. Le PC baptisé « Presario CDTV 528 » intègre, outre les fonctions habituelles d'un PC, un répondeur téléphonique, un fax, un lecteur de CD-ROM et de disques compact et donne accès au minitel ; de plus, le branchement sur Une prise antenne de télévision en fait un téléviseur couleur.


· Selon le SIMAVELEC (Syndicat des industries de matériels audiovisuels électroniques), le marché des antennes satellites a présenté, en 1994, un chiffre d'affaires en baisse de 5 %, pour la troisième année consécutive.

Mais si les équipements de réception collective s'inscrivent dans un marché stable, les équipements de réception satellitaire individuelle se caractérisent par une très forte croissance, tant en valeur (+ 30 %) qu'en volume (+60 %) et par une chute des prix unitaires (-20%). Le nombre d'antennes vendues en 1994 a été de 260.000 unités pour un parc total dépassant les 800.000 installations.


· Par ailleurs, la diffusion par TDF d'émissions de TF1 et de France 2 du son numérique stéréophonique NICAM a stimulé la vente de téléviseurs équipés de ce standard.

En 1994, il s'est ainsi vendu, 430.000 postes de ce type, représentant 13 % du marché, alors que cette innovation technique n'a été introduite qu'à l'automne 1994 ! De même, la vente de récepteurs 16/9 a doublé par rapport à 1993, pour atteindre 100.000 unités vendues (15.000 appareils seulement en 1992), dans un contexte de baisse des prix (-5 %).

Au total, avec 3.650.000 téléviseurs vendus (+1,4 %), Tannée 1994 a constitué un record absolu depuis l'introduction de la télévision couleur en 1967.

ï La réception de bouquets de programmes diffusés en mode numérique par satellite impose également des décodeurs numériques.

ï L'augmentation de l'offre de programmes et la vidéo quasi à la demande vont, sans doute, conduire le téléspectateur à acquérir un magnétoscope numérique. Le « D-VHS », annoncé pour 1996 par JVC, permettrait d'enregistrer 3h30 de programmes TV haute définition diffusés en mode analogique, 7 heures de programmes de télévision standard analogique et jusqu'à 49 heures de programmes de télévision numérique.

Pour le vidéodisque numérique (DVD ou Digital video dise), la norme internationale défendue par TOSHIBA et TIME WARNER l'a emporté, le 24 janvier 1995, sur celle défendue par SONY et PHILIPS, grâce au ralliement des grands groupes de communication.

(4). Une indispensable adaptation du comportement du téléspectateur

Les changements de comportement des foyers face aux nouvelles techniques de communication seront sans doute lents. Ils sont pourtant indispensables à la réussite de la télévision numérique. Grâce à cette technologie, en effet, le téléspectateur devient son propre directeur de chaînes en créant sa grille de programme personnalisée.

Une étude (22(*)) a, en effet, relevé que ce sont les services « on Une » les moins chers qui sont choisis par les utilisateurs. La motivation des téléspectateurs à souscrire des services multimédia est ceux qui proposent des films, des sports ou des émissions d'enseignement. Les autres services (vidéo à la demande, informations « on line » ou téléachat), s'ils intéressent les consommateurs, risquent de ne pas pouvoir faire déclencher la décision d'achat. Prenant l'exemple de la vidéo à la demande, l'étude remarque que ce marché risque d'être limité, particulièrement en France. En effet, ce service serait appelé à se substituer à la location de cassettes dans des vidéoclubs. Alors qu'aux États-Unis 88 % des foyers sont équipés de magnétoscopes, dont 80 % louent tous les mois des cassettes, en France 60 % des foyers sont équipés et 30 % seulement louent régulièrement des cassettes.

La standardisation des systèmes de contrôle d'accès aux services à péage constitue toutefois le préalable indispensable au développement des entreprises prestataires de services de télévision numérique. Les téléspectateurs, qui déjà disposent de deux télécommandes, Tune pour le magnétoscope, l'autre pour la télévision, n'accepteront sans doute jamais de cumuler, de surcroît, des décodeurs.

Le téléspectateur « branché » est un bricoleur fortuné et rentier...

Lorsque l'on possède une antenne ordinaire de télévision, le câble, une antenne satellite, une télévision 16/9, deux magnétoscopes, un Visiopass, un décodeur satellite, un lecteur compact, un lecteur DCC -pour les cassettes numériques- et enfin une chaîne stéréo, il faut gérer 300 commandes, pour, simplement, regarder la télévision...

Le téléspectateur français peut, déjà, accéder à une véritable « forêt audiovisuelle » composée de 6 chaînes diffusées par voie hertzienne, 30 chaînes câblées -dont les six précédentes-, 48 chaînes diffusées par le satellite Astra, soit 72 programmes en 1995 et une centaine lorsque seront lancés les satellites Astra 1E, IF et 1G, d'ici 1997. Parmi les 48 chaînes actuellement accessibles sur le satellite, 17 émettent en français.

Mais une installation de ce type ne présente pas que des avantages. Elle est d'abord techniquement complexe à installer et à gérer. Pour être relié aux différentes antennes et câbles via leurs décodeurs respectifs, la chaîne stéréo, les magnétoscopes et le casque portable -pour ne pas déranger les voisins en regardant L'Or du Rhin- le téléviseur 16/9 nécessite des mètres de câbles, ce qui rend difficile tout déménagement qui ne serait pas mûrement réfléchi. De même, l'antenne satellite, pointant sur le satellite Astra en orbite géostationnaire au-dessus de l'équateur à quelque 35 000 kilomètres, doit être réglée au millimètre et orientée vers le sud, ce qui rend impératif la possession d'un balcon bien orienté ! Une fois les appareils installés, il faut ensuite les piloter avec trois ou quatre télécommandes différentes qui interagissent : lorsque l'on veut éteindre un appareil, un autre peut s'allumer et qui donnent des instructions à presque 300 commandes...

Cette installation a ensuite un coût non négligeable (23(*)): le téléviseur 16/9 (16 000 francs), les deux magnétoscopes stéréo (8 000 francs), l'antenne satellite (2 300 francs, l'une des moins chères du marché), un lecteur vidéo laser (4 500 francs), un lecteur DCC (5 000 francs), et les coûts de fonctionnement que représente la redevance (700 francs en 1996), les abonnements au câble (140 francs), à Canal + (169 francs) et celui à Sky Satellite à 2000 francs, sans compter les enceintes, le casque et -le cas échéant- les consoles de jeux, soit une dépense initiale de l'ordre de 40 000 francs à quoi s'ajoutent des abonnements supérieurs à 3000 francs par an.

Enfin, elle nécessite un temps considérable pour en user. Il faut consacrer, en effet, de longues soirées pour choisir entre 72 chaînes, des vidéodisques, des cassettes vidéo « classiques » et les films ou émissions préenregistrées. La téléphagie peut provoquer une véritable aérophagie audiovisuelle !

D'après un article de G.Foucault, Le Figaro, 1er septembre 1994

b). Les conséquences du développement du numérique

(1) Des rapprochements entre audiovisuel et informatique

En 1993-1994, de nombreux opérateurs des télécommunications et de la communication se sont rapprochés ou ont fusionné sur le continent nord-américain. Ces alliances avaient un but très précis : les compagnies régionales américaines n'ont pas -pour le moment- le droit de proposer des services de télécommunications locales en dehors de leur zone. Dans ces conditions, l'acquisition de réseaux câblés était pour elles un moyen indirect d'élargir leur assise géographique et de se préparer à une éventuelle libéralisation de la réglementation.

Les alliances nouées depuis 1994-1995 sont davantage inspirées par le souci de proposer des services multimédia, comme l'illustrent quelques exemples :

Le 16 mai 1995, la chaîne de télévision NBC, deuxième réseau américain par l'audience, et MICROSOFRANCE TÉLÉCOM, premier éditeur mondial de logiciels Pour micro-ordinateurs ont annoncé la formation d'une large alliance dans le multimédia.

La coopération s'effectuera dans la conception et la commercialisation d'une gamme étendue de produits, allant des CD-ROM aux services de télévision interactive. Les partenaires veulent concevoir des produits intégrant les nouveaux modes de communication à la télévision traditionnelle, diffusée par voie hertzienne ou par câble, afin d'inciter les consommateurs à passer continuellement d'un média à l'autre. NBC développe, depuis août 1995, des services pour MICROSOFRANCE TÉLÉCOM NETWORK (MSN) : actualités, magazines de reportage, émissions-débats... Si MSN développe un quotidien électronique de conception proche de la presse écrite, elle ne devrait toutefois pas se lancer dans la diffusion d'images vidéo avant la fin de 1996.

Quelques jours auparavant, MCI, l'un des groupes de TÉLÉCOMMUNICATION les plus importants au monde (24(*)), annonçait également une alliance avec NEWS CORP.

NEWS CORP est un groupe australien de communication contrôlé par Rupert MURDOCH. Il possède, notamment, deux réseaux satellitaires qui desservent l'Asie (STAR TV) et l'Europe (BSkyB), contrôle FOX, l'un des quatre grands network des États-Unis, la Twentieth Century Fox, et quelques 130 publications australiennes et britanniques. NEWS CORP réalise un chiffre d'affaires annuel de 9 milliards de dollars et MCI un chiffre d'affaires de 13,3 milliards de dollars.

Enfin, on peut également mentionner l'accord entre CNN et OLIVETTI STARPRESS EUROPE, axé principalement sur l'édition et la distribution de CD-ROM.

De tels rapprochements ont également lieu en France.

FRANCE TÉLÉCOM MULTIMÉDIA a été créée en 1994 pour développer les produits multimédia et le savoir-faire de FRANCE TÉLÉCOM en matière de serveur et d'interactivité que l'entreprise a su acquérir en développant le minitel et Numéris, « réseau numérique à intégration de services » qui permet le transport de la voix, de données et d'images fixes ou animées.

En partenariat avec d'autres entreprises, FRANCE TÉLÉCOM MULTIMÉDIA participe au développement d'une chaîne de jeu, Ludocanal, d'une chaîne météo, LCM, d'une chaîne de téléachat, d'une chaîne de paiement à la commande, Multi vision et d'un bouquet de radios numériques, Multi radio. Les activités audiovisuelles représentent près de 5 milliards de chiffre d'affaires pour FRANCE TÉLÉCOM, qui est également le quatrième câblo-opérateur français.

FRANCE TÉLÉCOM paraît donc bien armé pour affronter ces mutations car l'entreprise est le seul opérateur européen maîtrisant l'ensemble de la chaîne de l'audiovisuel.

Dans le même sens, on peut citer l'expérience du service Multicâble proposé, depuis l'automne 1995, par la Lyonnaise des eaux. Elle part du constat que 41 % des 200.000 Parisiens abonnés à un service du câble possèdent un microordinateur et permet aux abonnés, pour environ 50 francs supplémentaires par mois, d'avoir accès à un bouquet de services en ligne.

(2). Un nécessaire adaptation de la réglementation

Le CSA avait déjà souligné, dans son rapport d'activité de 1994 comme dans le rapport au Parlement, en application de l'article premier de la loi n°94-88 du 1er février 1994, l'inadaptation de la réglementation française.

La législation française est, en effet, fondée sur le principe de rareté des ressources de diffusion disponibles. Or, la compression numérique fait progressivement disparaître cette logique de gestion de la rareté des ressources sur tous les supports. L'utilisation indifférente par les nouveaux services de tous les supports de diffusion remet également en cause leur gestion séparée, tant pour les catégories de support prévues par la loi de 1986 -hertzien, câble et satellite, que pour les supports gérés par d'autres autorité que le CSA, et principalement les fréquences gérées par la Direction générale des postes et télécommunications.

Immanquablement, les progrès technologiques remettront bientôt en cause toute l'architecture de la législation de l'audiovisuel, telle qu'elle est actuellement bâtie.

* 17 Etude CARAT TV Marketing international, septembre 1995.

* 18 En radio comme en télévision, la numérisation du signal entraîne des bouleversements qui modifient radicalement le métier d'éditeur radiophonique C est pourquoi RADIO FRANCE

* 19 Développe un projet de radio numérique diffusée selon le système DAB (Digital Audio Braodcasting). Ce système est présenté dans la troisième partie du rapport, consacrée au secteur public de la radio.

* 20 Voir ci-après.

* 21 Abréviation de modulateur démodulateur. Appareil permettant d'émettre et de recevoir des données de type digital par le biais d'une ligne téléphonique, d'ordinateur à ordinateur, quelle que soit la distance qui les sépare

* 22. « Multimédia in home », INTECO, étude réalisée entre avril et mai 1994 auprès de 11500 foyers européens

* 23 Valeurs fin 1995.

* 24 Depuis son alliance avec British TÉLÉCOM, en 1994, MCI est le troisième groupe Mondial des TÉLÉCOMmunications internationales.