II. OBSERVATIONS DE VOTRE RAPPORTEUR
A en
juger par les statistiques de recettes, la presse continue d'être
globalement en bonne santé, même si le brusque
fléchissement du marché publicitaire après les
évènements dramatiques du 11 septembre dernier, laisse anticiper
une détérioration de la situation.
Du point de vue de l'audience, l'année 2001 se présente encore
globalement sous des auspices favorables. Alors que la presse quotidienne
nationale vient d'annoncer une érosion de 1,9 % de son audience (nombre
de lecteurs par exemplaire qui lisent un journal) au premier semestre, les
journaux de province montrent leur résistance au ralentissement de la
conjoncture : sur les six premiers mois de 2001, l'audience de la presse
quotidienne régionale a progressé de 1 %, avec une diffusion en
hausse de 0,6 %.
« Nous sommes sans aucune visibilité aujourd'hui. a ainsi
déclaré le président du Syndicat de la PQR M. Jean-Louis
Prévost, directeur de La Voix du Nord. Nous nous attendions
déjà à une rentrée moyenne, voire médiocre,
et, depuis les attentats, le comportement des annonceurs est de plus en plus
irrationnel. Ils réservent de l'espace publicitaire, puis annulent. En
tout état de cause, comme à chaque période
électorale, nous savons que le premier semestre 2002 sera difficile sur
le plan publicitaire. (...) Depuis le début de l'année, nous
percevons le ralentissement de la croissance. A fin juin, le chiffre d'affaires
de la PQR était en hausse de 1 %, après une croissance de
7 % en 2000 et de 14 % en 1999. Nous observons de grandes
disparités. La publicité commerciale finit le premier semestre
à + 5 %. En revanche, la publicité nationale et
plurirégionale, qui représente environ 18 % du chiffre d'affaires
de la PQR, est en chute de 25 % en moyenne sur cette période. Sur
septembre, nous sommes pour le moment à -15 %. Par ailleurs, les offres
d'emploi qui avaient été le moteur au premier semestre, avec une
progression de 9,2 %, commencent à fléchir dans certaines
régions. Juillet a marqué une véritable rupture, avec un
recul de 4 % des petites annonces par rapport à juillet 2000 ».
Pour l'année 2000, en dépit de la stagnation des recettes de
vente - +0,9 % pour toutes les catégories mais + 0,2 % pour la
presse nationale d'information générale et politique et
+0,1 % pour la presse spécialisée grand public, contre +1,9%
pour la presse locale et +3,5 % pour la presse technique - le chiffre
d'affaires du secteur se développe avec une croissance de +4,5 %
par suite de la bonne tenue des recettes publicitaires. Celles-ci se sont
accrues de 9 % après 10,8 % en 1999, inversant la tendance du
début des années 1990.
Le Premier ministre rappelait, l'an passé, «
que
l'économie de la presse ne peut-être traitée seulement
à l'aulne des règles de concurrence et commerciale s'il faut
reconnaître que l'attitude soupçonneuse de Bruxelles nous oblige
à être attentifs et rigoureux dans l'attribution de ces
aides
». On ne peut mieux dire.
Notre pays est une exception en Europe où la plupart des pays
connaissent une presse puissante qui n'a en règle générale
que peu ou pas besoin de l'aide de l'État. Certes, l'importance de la
presse au regard de l'objectif politique de pluralisme comme le
caractère très national du secteur par suite de la
barrière linguistique protège encore notre pays des intrusions de
Bruxelles, mais il ne faudrait pas que par une douce insouciance, on estime que
la presse écrite échappe, par la nature même de son
activité, aux principes communautaires relatifs aux aides des
États.
Ces questions de concurrence constituent le fil directeur des observations de
notre rapporteur spécial qui ne porteront pas cette année sur
l'agence France-Presse dans la mesure où il effectue un contrôle
sur pièce et sur place de l'activité de cet organisme et qu'il ne
souhaite pas anticiper sur ses conclusions.
A. DES RÈGLES DU JEU ÉMINEMMENT VARIABLES
Un
regard rétrospectif sur cinq années d'aide à la presse
fait apparaître, une novation, la création d'un financement
extrabudgétaire des aides à la presse, et une constante, - si
l'on peut dire - la variation fréquente des règles du jeu, que ce
soit pour les aides existantes ou pour celles financées par les
nouvelles ressources dans le cadre du fonds de modernisation.
Certes, la faiblesse relative du lectorat et de l'assise capitalistique de la
presse française justifie une aide de l'État pour lui permettre
d'absorber le choc de la concurrence audiovisuelle et de saisir la chance que
lui offre le développement du multimédia et de la
télévision de proximité.
Mais, le souci de votre rapporteur spécial, c'est de ne pas engager
l'État, au nom d'un légitime maintien du pluralisme, dans un
système qui ferait de la presse un secteur durablement assisté,
ce qui non seulement pourrait susciter des interventions des autorités
de Bruxelles, mais encore pourrait finir par affaiblir le secteur au lieu de le
renforcer.
1. Le Fonds de modernisation : le décalage entre intentions et réalisations
Les
déclarations du Gouvernement ont paru, au début, tout à
fait rassurantes à cet égard pour tous ceux qui, comme votre
rapporteur spécial, souhaitent que l'argent public serve à
renforcer le dynamisme des acteurs économiques et non à en faire
un secteur structurellement aidé par l'État.
Les aides accordées
5(
*
)
prennent la forme de subventions, d'avances remboursables ou de dépenses
d'études, qui doivent s'inscrire en principe dans une
logique de
projet
. Ainsi, en théorie, le montant total de l'aide
accordée à un projet, sous forme de subvention et d'avance, ne
peut dépasser 40% du montant des dépenses éligibles. Le
plafond peut cependant être porté à 50% des dépenses
éligibles pour les projets collectifs.
L'octroi d'une subvention
6(
*
)
ou
d'une avance est subordonné à la conclusion, entre l'État
et le bénéficiaire, d'une convention fixant notamment les
conditions d'attribution de l'aide et prévoyant, s'il y a lieu,
l'échéancier de remboursement de l'avance et de
pénalités applicables. On note au surplus qu'une commission de
contrôle sera chargée de vérifier la conformité de
l'exécution des projets aux engagements pris par les
bénéficiaires des aides versées par le fonds.
L'année dernière il avait fallu que le législateur
intervienne pour accorder le droit au fait ; cette année, on voit
bien que des intentions aux réalités, il y a une marge.
Jusqu'à la fin de l'exercice 2000, les décisions d'aides se
sont traduites par l'octroi de près de 55,34 M€ (363 MF)
de subventions et de 1,68 M€ (11 MF) d'avances.
Le tableau ci-dessous montre en premier lieu que ces chiffres sont loin des
ratios avances/subventions prévus en loi de finances.
On a
donc toutes les raisons de penser que, même après correction suite
notamment à la loi de finances rectificative pour 2000,
il y a peu de
chances que la proportion affichée en loi de finances initiale soit
finalement maintenue.
Mais en second lieu, on doit souligner que ces chiffres restent très
théoriques car
le montant des reports fin 2000 s'établissait
à 392,7 MF
pour seulement 66,7 MF effectivement
dépensés au cours de l'exercice 2000.
2. La multiplication des aides spécifiques et la tentation des régimes sur mesure
Au delà de l'accumulation des aides ainsi qu'en témoigne le nombre de paragraphes figurant au chapitre 41-10, il faut souligner l'instabilité de règles du jeu continuellement adaptées, qu'il s'agisse des aides indirectes par l'intermédiaire de la Poste ou de la SNCF pour lesquelles on a le sentiment que l'État abuse de sa position dominante - cf. infra - ou d'aides spécifiques, soit supprimées pour être recréées sous une forme voisine comme c'est le cas de l'aide aux télécommunications, soit ajustées aux urgences de l'heure comme dans le cas des aides aux journaux à faibles ressources publicitaires ou de petites annonces.
B. DES DOSSIERS TOUJOURS EN ATTENTE
Si certains dossiers paraissent en quelque sorte mis de côté, d'autres, en revanche, semblent en voie de déblocage, sans pour autant que les problèmes puissent être considérés comme réglés.
1. Des relations avec les services publics postal et ferroviaire non clarifiées
En
application de l'article 2 de la loi du 2 juillet 1990, Les obligations de la
Poste dans le cadre de son service obligatoire, en matière de transport
et de distribution de la presse, sont précisées par les articles
2,3 et 6 de son cahier des charges.
Depuis 1991, et conformément à l'article 38 de ce cahier des
charges, l'État participe à la prise en charge du coût de
ce service. Celle-ci doit en effet recevoir « une juste compensation
financière » à raison des sujétions
particulières qui lui sont imposées du fait du régime
d'acheminement et de distribution de la presse. La participation de
l'État définie dans le cadre d'un contrat d'objectifs et de
progrès, est régie par un accord de 1996 dit Galmot, valable
jusqu'en 2001.
On peut rappeler que la grille tarifaire précédente, outre les
subventions croisées qu'elle générait, était
considérée par La Poste et la presse comme peu incitative,
notamment dans la mesure où elle ne tenait pas suffisamment compte du
niveau de préparation des dépôts et du degré
d'urgence.
Cet accord donnant donnant avait notamment pour objectif d'assurer un
financement plus équilibré du transport postal de presse, alors
qu'une mission des inspections générales avait
évalué à 28% le taux de couverture par La Poste de ses
coûts en 1993, et d'offrir à la presse un cadre favorable à
son développement, grâce à une souplesse accrue du cadre
réglementaire fixé pour l'accès aux tarifs du transport
postal de presse et à un meilleur contrôle de la qualité de
ce transport.
Le tableau ci-après donne des évaluations provisoires du partage
des coûts du transport postal de la presse entre l'État, la Poste
et la presse depuis 1997.
Ces évaluations se fondent sur des
méthodes de calcul, qui devraient être revues lors de la mise en
place du nouveau système de comptabilité analytique de La
Poste
. Or
la mise en place de ce nouveau système comptable
prévue pour 2000, n'est toujours pas faite, ce qui empêche de
procéder, dans des conditions claires, au bilan d'application des
accords
.
|
|
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
|
Coût global (1) |
7387 |
7424 |
7458 |
7500 |
|
Recettes (1) |
2137 |
2436 |
2507 |
2750 |
|
Contribution du Budget Général |
1900 |
1850 |
1850 |
2850 |
|
Contribution de La Poste |
3350 |
3138 |
3010 |
2850 |
Source : La Poste. Chiffres en MF
- (1) presse éditeur et associative du régime intérieur (exclut la presse administrative et l'international.)
La
presse a pour sa part subi une revalorisation annuelle de 8,45% en termes
réels des tarifs fixés pour le transport postal de presse, ainsi
que la restructuration et la différenciation de ces tarifs.
On note que l'État, qui estime avoir respecté ses obligations, a
procédé à l'établissement de dispositifs
d'accompagnement de la revalorisation tarifaire pour en limiter les effets dans
les cas les plus difficiles. Un dispositif de plafonnement et
d'étalement des hausses a permis de lisser dans le temps les
évolutions tarifaires les plus importantes sur les cinq années.
Pour compléter ce dispositif, l'État a également mis en
place un observatoire des tarifs postaux de transport de presse sur quatre
années. Il permet aux publications les plus fragilisées de
bénéficier d'un soutien financier. Le montant des mesures
allouées de 1997 à 2000 s'élève à 30
MF et concerne plus de cent publications chaque année.
Cette aide s'est répartie de la façon suivante :
|
|
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
|
Enveloppe répartie en MF |
9,2 |
8,1 |
6,5 |
6,14* |
|
Nombre de titres bénéficiaires |
106 |
104 |
85 |
78 |
*5,67 MF pour 60 publications au titre de 2000,
auxquels
s'ajoutent 0,47 MF pour 41 publications au titre d'un reliquat à
répartir.
La Fédération nationale de la presse française (FNPF) et
le Syndicat de la presse magazine et d'opinion (SPMI) ont demandé, au
printemps 2000, réparation du préjudice subi du fait de
grèves de La Poste. A l'issue d'une négociation de plusieurs
mois, la FNPF et la SPMI ont obtenu que ces préjudices fassent l'objet
d'une indemnisation forfaitaire
7(
*
)
, l'importance de ces préjudices
- qu'ils résultent du non-acheminement, de l'acheminement retardé
ou des perturbations du courrier - n'étant pas évaluée.
Compte tenu des divergences entre la presse et La Poste sur la qualité
du service rendu, il a été décidé au sein de
l'observatoire, qui est une instance de dialogue entre l'État, la presse
et La Poste, que seraient mis en place des indicateurs permettant de mesurer la
qualité du service du transport postal de la presse. La mesure en a
été confiée à la SOFRES. Celle-ci a mis en place,
à partir d'avril 2000, un système fournissant des
résultats, mensuels pour les publications urgentes, et trimestriels pour
les publications non urgentes, sur la base d'un panel de plus de 1.000
destinataires recevant au total plus de 60 publications relevant de toutes
les catégories de presse.
Les résultats sont exprimés en « pourcentage de
réception le jour attendu » à J/J+1 du
dépôt pour les quotidiens, à J+1 du dépôt pour
les hebdomadaires, à J+4 du dépôt pour les mensuels et
périodicités plus longues expédiées en non urgent.
En dépit des déclarations ministérielles, il semble
qu'il soit urgent d'attendre. Selon la réponse faite à votre
rapporteur spécial, il a été indiqué que
« 2002 sera une année de transition, qui permettra de tirer
les enseignements des accords Galmot et d'examiner l'état du compte
transport de presse à partir de la comptabilité analytique de La
Poste ».
En fait, il semble que l'on ait décidé de mettre le premier
semestre 2002 entre parenthèses puisqu'il n'y aura pas de reconduction
des hausses tarifaires annuelles prévues par ces accords, tandis que
l'aide de l'État à La Poste était portée de
1,850 milliard à 1,9 milliard de francs, soit 290 millions
d'euros.
En ce qui concerne les
relations avec la SNCF
, on peut rappeler que les
pouvoirs publics ont résilié la convention de 1998 et
demandé au Sernam de prendre à sa charge le différentiel
constaté en 1998 entre les besoins - environ 104,4 MF - et la
dotation budgétaire de 95 MF. Des conventions provisoires ont
été conclues entre l'État et la SNCF pour 1999 et 2000
fixant la compensation à 90 MF.
Il avait été précisé, à votre rapporteur que
« dans un premier temps, l'indemnité compensatrice sera
calculée en fonction des taux précédemment
mentionnés, et ne pourra excéder 90 MF. Dans un second
temps, le montant de l'indemnité sera décompté des
crédits budgétaires et permettra de dégager une somme
affectée au remboursement de la dette de l'État à
l'égard de la SNCF. Ainsi, la dette sera diminuée au minimum de
11 MF en 2000, et de 9,5 millions en 2001. L'arriéré
devrait donc être réduit à 9,559 MF fin
2001 ».
Bref, il semble que l'administration ait trouvé, indépendamment
d'une baisse providentielle des tonnages transportés, le système
miracle permettant d'aboutir à l'extinction de l'arriéré
que l'État avait accumulé vis à vis de la SNCF :
forfaitiser le remboursement ( ou en modifier les modalités de calcul
par l'abaissement des taux de prise en charge, la méthode
annoncée variant selon les années ) et prévoir une
dotation légèrement supérieure audit remboursement, en vue
de permettre l'amortissement de la dette, qui effectivement ne se montait plus
qu'à 6,3 millions de francs au 31 décembre 2000. Il suffisait d'y
penser : la dette disparaît mais les charges réelles, elles,
persistent, au détriment du compte d'exploitation de la SNCF.
2. La diffusion de la presse française à l'étranger en question
Il faut
noter que cette stabilisation de l'aide intervient dans un contexte de
tassement de la diffusion de la presse française à
l'étranger. Ainsi, en 2000, on a assisté à une baisse de
près de 1 % des ventes dans la zone couverte par le fonds et de
plus de 5 % en Union européenne ou en Suisse. Les deux zones
où l'on constate une progression sont l'Europe en dehors de l'Union
européenne et le Maghreb avec une hausse de près de 11 %.
Cette zone bénéficie de la réouverture du marché
algérien depuis 1999 ainsi que de la modernisation des réseaux de
vente au Maroc et en Tunisie.
Les NMPP (Nouvelles messageries de la presse parisienne) indiquent dans un
communiqué récent, une baisse des ventes de 3,7 % en valeur et 5
% en volume, répartie sur toutes les zones sauf le Maghreb. Les
messageries avancent plusieurs raisons. Outre la perte de terrain de la langue
française, le fléchissement des ventes peut s'expliquer par la
concurrence d'une nouvelle presse locale, notamment en Belgique ou en Suisse,
la consultation des journaux sur Internet, mais aussi les difficultés
économiques et politiques dans certaines régions. Le recul est
particulièrement net en Amérique du Sud (- 34,8 % en volume), en
Asie-Océanie (- 21,5 %) mais la baisse touche également des
marchés plus proches comme l'Europe (-5,1 % en Europe francophone et
-8,3 % dans l'Union européenne). Les ventes sont en baisse en Afrique
(-11 %) et au Moyen-Orient (-7,6 %).
Pour le ministère, les chiffres communiqués par les NMPP ne
concernent que les ventes au numéro et ne traduisent pas la situation
des abonnements. Or les abonnements contractés à
l'étranger ont progressé en 2000. Par ailleurs, si les ventes au
numéro, dans l'Union européenne et en Suisse, qui constituent 77
% des exportations NMPP, ont enregistré une baisse, celle-ci ne doit pas
masquer des ventes quasiment stables dans le reste du monde (- 0,8 %) et
des encaissements en légère augmentation.
En dépit de ce que les derniers chiffres pourraient se
révéler meilleurs, il faut aussi, selon votre rapporteur
spécial, s'interroger sur les causes structurelles de ce repli, parmi
lesquelles il faut mentionner l'impact d'Internet sur la diffusion de la presse
française à l'étranger. Aujourd'hui, la plupart des grands
titres sont accessibles en ligne, quelle que soit leur
périodicité ou leur nature, presse d'information politique et
générale ou presse spécialisée.
Alors que, dans un premier temps, la plupart des entreprises de presse ont
utilisé Internet pour s'assurer une certaine lisibilité
internationale, il semble, aujourd'hui, que celui-ci fasse partie
intégrante de leur stratégie de développement. Certains
journaux ont fait le choix de la gratuité, d'autres non. C'est ainsi que
Libération, qui a fait le choix de la gratuité, indique que, en
2000, plus de 40 % des pages lues sont consultées depuis
l'étranger, ce qui représente près de 30.000 visites
quotidiennes essentiellement en provenance du continent nord-américain.
Ce qui semble certain, c'est qu'Internet favorise l'élargissement du
lectorat mais pas des ventes. Sans remettre en cause, bien au contraire, la
légitimité d'une aide à l'exportation physique des
journaux, on voit bien que la présence de la presse française sur
Internet est un élément essentiel pour conserver des liens des
Français de l'étranger et, d'une façon
générale, des francophones avec la France.
3. La crise de la distribution
Le
système de distribution de la presse, fondé sur les principes
« d'équité et d'égalité de traitement et de
solidarité» entre les titres mis en place avec la loi Bichet de
1947, autour des Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne, traverse une
grave crise.
L'État, qui avait accompagné l'effort d'adaptation des
NMPP
8(
*
)
, a pu paraître en
retrait, comme s'il attendait pour intervenir à nouveau de façon
active que la profession se mette d'accord avec elle-même pour trouver un
compromis entre les différentes formes de presse.
La montée en puissance face aux NMPP des Messageries Lyonnaises de
presse - MLP
9(
*
)
, qui
résulte notamment de ce
que les magazines acceptent de plus en plus
mal de supporter une bonne part des coûts d'un système
conçu pour les quotidiens,
est tout autant la conséquence
d'un défaut de productivité que le signe de la crise d'un
système de mutualisation.
Cependant, malgré sa croissance rapide, ce nouvel acteur reste encore de
faible dimension par rapport au géant que constitue les NMPP, ne
serait-ce que parce qu'elles n'entendent pas distribuer de quotidiens.
Avec 1 742 publications distribuées, les Messageries Lyonnaises
détiennent 15 % du marché national. En l'espace de six ans,
leur chiffre d'affaires ventes a plus que triplé, s'élevant, en
2000, à 3,24 milliards de francs avec un résultat net de 60,4
millions de francs. Pour l'exercice 2001, l'entreprise vise 3,5 milliards de
francs de chiffre d'affaires.
Les NMPP ont enregistré pour l'exercice 1999 des pertes de 521,17
MF et de 108,1 MF pour 2000, en raison des fortes provisions qu'elles ont
constituées pour leur plan de modernisation.
Compte tenu de la situation caractérisée par un déficit
d'exploitation qu'elle estime comme pouvant aller jusqu'à 277 MF
en 2003, la direction avait proposé un plan stratégique de
modernisation, avec pour objectif de réaliser 464 MF
d'économies par an d'ici à 2003, et d'abaisser les coûts de
distribution, qui devraient passer de 9 % à 6 % en 2003.
Pour parvenir à cet objectif, des réductions d'effectifs
étaient prévues touchant l'ensemble des catégories : 429
ouvriers, 129 employés et 239 cadres
10(
*
).
L'accord conclu entre
Hachette
11(
*
)
et les
éditeurs comptait sur une aide publique de 200 millions à
250 MF de l'État, aide justifiée par la prise en compte de
la mission « d'intérêt collectif » que
représente la gestion des quotidiens, à l'origine d'importants
surcoûts.
Le gouvernement s'était l'année dernière,
délibérément tenu en retrait. Comme l'avait
précisé la ministre de la culture et de la communication,
l'État est prêt à accompagner une réforme de la
distribution. Encore faut-il qu'elle s'appuie sur « un projet
plausible, chiffré et négocié ». Elle avait
précisé que « le gouvernement a été
sollicité par les NMPP pour apporter une contribution de 1 milliard
à raison de 250 MF par an pendant quatre ans. On peut
s'étonner que cette demande intervienne à un moment où les
comptes des entreprises et des groupes de presse sont
bénéficiaires de la croissance, ce dont je me réjouis. Or
la revendication de l'aide de l'État doit s'accompagner d'une
réelle transparence étayée au moins par une
comptabilité analytique. Pour l'instant, elle n'a fait l'objet d'aucune
justification convaincante »...« Toute aide de
l'État à la distribution de la presse, avait-elle ajouté,
doit être économiquement justifiée, juridiquement
fondée, et évidemment tournée vers les
lecteurs. »
En fait, on voit que, si le ministère des finances n'a pas
accordé aux groupes de presse les quelque 120 MF que ceux-ci lui
demandaient pour la restructuration du système de distribution, c'est
néanmoins
80 MF
soit
12,2 M€
, qui leur
seront réservés
dans le budget pour 2002
, financés
à raison de 4 ,35M€ inscrits au §7 de l'article 10 du
chapitre 41-10 et de 4,57 M€ inscrits au chapitre 05 du compte
d'affectation spéciale n°902-32, auxquels viendraient s'ajouter sur
ce même compte environ 3,3 M€ de crédits de report.
Votre rapporteur spécial ne dispose pas d'éléments
suffisamment précis sur les modalités de cette nouvelle aide et,
notamment, sur les contreparties que l'État pourrait demander
. Il
estime que dans la conjoncture budgétaire actuelle, le mode de
financement envisagé n'est pas irrecevable dès lors que les
masses budgétaires actuelles sont globalement maintenues, ce qui reste
à vérifier.
En effet, il n'est guère contestable que l'aide à la distribution
est une aide à la presse quotidienne nationale. Car il faut admettre
qu'une partie des difficultés des NMPP trouve sa source dans
l'obligation qui leur est faite, de distribuer les quotidiens, dont le
coût est bien supérieur.
Aussi, ne peut-on voir d'objections de principe à une telle aide
dès lors que les intéressés font les efforts de
rationalisation indispensables et que l'argent de l'État ne sert pas
à perpétuer des structures archaïques.
4. Vers une nouvelle donne publicitaire
Reprenant des idées déjà lancées en
début d'année, Madame Catherine Tasca, ministre de la culture et
de la communication s'est, il y a quelques semaines, déclarée
favorable à l'ouverture «ciblée et progressive»
à la publicité télévisée de certains
secteurs actuellement interdits et, en premier lieu, de la presse, tout en
précisant qu'en ce qui concerne la grande distribution, également
interdite de publicité à la télé, «la
réflexion devra être poursuivie».
La presse devient ainsi le candidat idéal pour le test de cette
libéralisation partielle. Selon la ministre, « La presse a un vrai
double intérêt : elle est très partante sur le
numérique hertzien et elle veut se lancer dans la
télévision locale. Pour ce faire, elle a besoin de ressources
supplémentaires ».
L'analyse de la ministre qui paraît faire masse d'éléments
hétérogènes , a le mérite de reconnaître un
fait : la multiplication des canaux que ce soit sur le satellite ou sur le
câble et bientôt sur réseau numérique hertzien rend
caduques les limitations mises en place pour préserver les ressources de
la presse écrite.
Nul doute que les ambitions que cette presse affiche de plus en plus
ouvertement dans le domaine audiovisuel constituent une bonne occasion de
s'aligner sur les pratiques de nos voisins chez qui de telles limitations
n'existent pas.