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2) faire de l'information et de l'éducation des populations une priorité n° 1

L'information est une condition de la démocratie. Tout commence par l'accès à l'information, préliminaire à toute formation et éducation. En effet, comment les populations concernées pourraient-elles adhérer et décider ce qu'il est souhaitable d'entreprendre si elles ne disposent pas d'une information qui réponde à certaines exigences ? L'information doit être donnée de manière rapide (les informations en retard augmentent le malaise et donnent une impression d'incompétence et de rétention de l'information très préjudiciable), exacte et objective (basée autant que possible sur des chiffres et des données incontestables), vérifiable (par des images, des documents, des mesures effectuées par des tiers) et complète (tout doit être dit).

L'information doit mobiliser, sous la responsabilité des politiques relayés par les médias, tous les acteurs de la vie sociale : partenaires sociaux, vie associative, ... L'information doit tout dire, mais aussi relativiser la gravité de l'événement et être objective, afin de prévenir les mouvements de panique inutiles. Le grand public a à la fois droit à la parole et à l'information dans tous les domaines. La mise à disposition de cette information doit suivre le rythme des progrès de la science et de la médecine.

Ce besoin de totale transparence et d'information est encore plus important en période de crise et il n'y a qu'une bonne manière de bien gérer une crise sur le plan de l'information, c'est la compétence et la transparence :

- la compétence impose que les professionnels de l'information soient aussi bien formés que possible, ce qui suppose des connaissances préalables et des méthodes d'intervention crédibles en privilégiant le dossier dans son fond plutôt que des flashes ;

- la transparence impose, et encore plus en période de crise, que l'information, si elle doit être donnée rapidement, ne tombe pas dans l'exagération ou le sensationnalisme facile, qui amplifie la réalité et provoque les effets de panique.

a) l'information du dossier de l'amiante s'est faite par épisodes

L'information du dossier de l'amiante a été conjoncturelle dans le temps et gérée très diversement.

En 1975-1976, la problématique était déjà posée. Il y a eu une presse médicale abondante sur le sujet (Quotidien du Médecin, notamment). Parallèlement, le grand public a été informé du dossier amiante par une série de trois émissions présentées par TF1 en novembre et décembre 1976. Une action d'information des personnels de l'Université et, au-delà, du grand public sur les dangers de l'amiante et les mesures à prendre pour s'en prémunir a été également menée par le "Collectif Intersyndical Sécurité du Centre Universitaire Jussieu", créé en 1974, plus communément appelé "Collectif Amiante de Jussieu", puis devenu en 1994 "Comité Anti-Amiante de Jussieu". Celui-ci a même édité en 1977, aux éditions Maspéro, un livre intitulé : "Danger Amiante".

Cette information s'est à nouveau développée en 1995 en direction du grand public et ressemble en de nombreux points à la conjoncture de 1975-1976. On peut noter que l'activité de recherche scientifique entre ces deux périodes n'a pas cessé, mais que son transfert en direction du secteur professionnel (médecins, industriels) et du grand public ne s'est pas faite correctement. L'information de 1995 a donné lieu à une actualité médiatique intense qui a eu du mal à éviter l'exagération et le piège du sensationnalisme.

La presse nationale s'est emparée du problème : "L'héritage empoisonné de l'amiante" (Le Monde du 31 mai 1995), "Mortel amiante" (Sciences et Avenir : juin 1995), "Amiante : le scandale de l'air contaminé" (Le Point : décembre 1995) de même que la télévision dans ses émissions : "Envoyé spécial" (28 septembre 1995), "La Marche du Siècle" (7 août 1996).

La presse régionale, quant à elle, a alerté l'opinion publique sur des sujets plus proches de ses préoccupations : les écoles, les collèges, les lycées, les hôpitaux. Elle est amenée à rendre compte de l'application de l'inventaire, de ses résultats et des décisions prises par les collectivités pour le traitement de l'amiante (communes, conseil régional, conseil général).

L'information professionnelle est devenue à nouveau abondante :

- la presse médicale a repris les mêmes dossiers déjà évoqués en 1975-1976, elle informe également sur le rôle de la médecine du travail et elle ouvre le dossier de l'indemnisation et de la réparation des victimes.

- la presse spécialisée de la construction, notamment le Moniteur des Travaux Publics, a cherché à assurer une meilleure information des cadres et des chefs d'entreprises, cette presse spécialisée permettant aux organismes professionnels (INRS, CSTB, OPPBTP) de faire circuler l'information.

- la presse syndicale a évoqué la situation.

- il y a eu une abondance de symposium, de forum et de colloques ; leur raison d'être est conditionnée par leur véritable indépendance.

De nouvelles associations se sont créées, telle l'ANDEVA, le 8 février 1996, qui remettent au premier plan les problèmes posés par l'amiante.

Au total, on constate donc une mobilisation de l'opinion publique par à-coups. Aujourd'hui, il y a certes une sensibilisation extrême des populations et des professionnels concernés comparable à celle qui a eu cours il y a une dizaine d'années en Grande-Bretagne, en Allemagne et aux Etats-Unis. Mais, cette sensibilisation devra être maintenue en éveil aujourd'hui et demain, car elle est nécessaire à la réalisation et à la résolution les plus complètes possibles du dossier amiante. En effet, il ne faudrait pas que nous connaissions les difficultés rencontrées tant en Allemagne, qu'aux Etats-Unis et qu'en Grande-Bretagne où les organismes de santé et de sécurité au travail, notamment le HSE en Grande-Bretagne, n'arrivent plus à mobiliser l'opinion : le problème de l'amiante ne la passionne plus, et même les campagnes de presse de sensibilisation sont un échec.

b) un important effort d'information à réaliser et à poursuivre

Nous estimons qu'il existe un important effort d'information à réaliser dans le domaine de l'amiante tant dans le monde du travail que dans l'environnement domestique. Si d'une façon générale, les populations sont aujourd'hui conscientes que l'amiante présente un danger, cette conscience est très variable selon les populations visées, qu'elles soient très professionnelles ou non. Mais leurs connaissances sont souvent trop peu précises pour adapter leur comportement face au risque tant en milieu professionnel diffus, du secteur 3, notamment, que dans l'environnement para-professionnel ou domestique (bricolage). Cet effort doit viser plus spécialement ces populations.

Dans ce domaine, l'Etat a un devoir d'information. Il a donc l'obligation de mettre en oeuvre tout ce qui est de son ressort pour que les connaissances disponibles soient diffusées auprès du plus grand nombre. Il peut donc lancer des campagnes nationales d'information dans les médias, presse écrite, presse télévisuelle, sous forme de spots d'information abordant clairement l'identification du risque, les mesures pour s'en protéger et les solutions adaptées pour éliminer le déchet amiante.

Cette obligation d'information peut être partagée ou renforcée par la mobilisation d'autres acteurs qui seraient amenés à concevoir les messages et à les diffuser à titre individuel et collectif.

Ainsi en milieu professionnel, l'employeur peut accompagner le bulletin de paie mensuel d'une note d'information sur le risque amiante adapté au secteur professionnel concerné. Dans cette même logique, il est nécessaire de réactiver le rôle des comités d'entreprise et des C.H.S.C.T. (Comité d'Hygiène et de Sécurité et de Conditions au Travail) qui doivent participer activement, en la contrôlant, à l'application de toute la réglementation concernant leur entreprise et ses salariés.

L'assurance maladie peut diffuser aux assurés sociaux, lors de l'envoi d'un décompte de sécurité sociale, une note d'information sur le risque tant en milieu professionnel qu'en milieu domestique (bricolage).

Il peut être souhaitable et envisageable d'associer les enfants des écoles. En effet, ceux-ci participent chaque année à la campagne nationale du timbre des maladies respiratoires. Le thème est différent tous les ans. Nous proposons que, pour 1998, le thème retenu soit : "l'amiante dans l'air, l'amiante dans nos poumons". Cette campagne développée à partir du milieu scolaire pourrait permettre une information et une éducation au risque dès l'école.

L'information du public sur les dangers de l'amiante et ses conséquences pour la santé a été diffusée auprès du public par le secteur associatif (ANDEVA), qui a également développé son action pour défendre notamment les intérêts des malades en améliorant leur prise en charge et en tentant de faire apparaître des responsabilités.

c) la formation professionnelle doit s'emparer de l'éducation aux risques

Le système éducatif doit apprendre à travailler autrement et prendre la mesure de ces nouveaux enjeux : la santé et l'environnement. C'est une absolue nécessité que doit prendre en compte la formation professionnelle initiale et continue. Aujourd'hui, le rôle de la formation doit s'efforcer de développer de nouvelles qualités, de nouveaux réflexes, de nouvelles attitudes pour faire face aux risques du milieu professionnel, notamment dans le secteur 3.

Des guides édités par l'INRS et l'OPPBTP doivent être le support de la formation professionnelle. Il en existe aujourd'hui, ils doivent être scindés et viser des catégories professionnelles plus spécifiques ; ils doivent surtout être bien expliqués.

Afin de mieux préparer le jeune à son exercice professionnel et à ses risques, cette nouvelle orientation doit s'effectuer le plus rapidement possible dans le contenu de la formation initiale, dans les lycées professionnels, dans les centres de formation des apprentis du bâtiment et des chambres de métiers.

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