DES UNIVERSITAIRES MIEUX ÉVALUÉS, DES UNIVERSITÉS PLUS RESPONSABLES
FRÉVILLE (Yves)
RAPPORT D'INFORMATION 54 (2001-2002) - COMMISSION DES FINANCES
Rapport au format Acrobat ( 2024 Ko )Table des matières
- AVANT-PROPOS
-
CHAPITRE PREMIER
DES MOYENS CROISSANTS MÉDIOCREMENT GÉRÉS-
I. LE POIDS DES CREDITS DE PERSONNEL : UN RAPPEL DES
CHIFFRES
- A. L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET LA RECHERCHE : UNE DYNAMIQUE BUDGÉTAIRE CONTRASTÉE
- B. UN CONTEXTE NOUVEAU : LE PLAFONNEMENT DU NOMBRE DES ÉTUDIANTS
- C. MAIS DES EMPLOIS QUI CONTINUENT À CROÎTRE
- II. UNE GESTION PEU EFFICIENTE DES EMPLOIS UNIVERSITAIRES
- III. VERS UNE GESTION PLURIANNUELLE DES EMPLOIS POUR ANTICIPER DES DÉPARTS À LA RETRAITE MASSIFS
-
I. LE POIDS DES CREDITS DE PERSONNEL : UN RAPPEL DES
CHIFFRES
-
CHAPITRE DEUX
L'OPACITÉ DES PROCÉDURES DE RECRUTEMENT- I. LA RECONSTITUTION D'UN « VIVIER » : UNE RÉUSSITE QUI S'ESSOUFFLE
- II. L'AUTONOMIE DES CORPS UNIVERSITAIRES CONTRE L'AUTONOMIE DES UNIVERSITÉS ?
- III. LES MODALITÉS DE RECRUTEMENT : LOURDEUR EXCESSIVE ET ABSENCE DE TRANSPARENCE
-
CHAPITRE III
LA GESTION DES CARRIÈRES- I. UN DÉROULEMENT DES CARRIÈRES PEU INCITATIF NE FAVORISANT PAS L'EXCELLENCE
- II. UNE COMPLEXITÉ CROISSANTE DES TÂCHES NÉCESSITANT UNE VÉRITABLE ÉVALUATION
-
OBSERVATOIRE DES SCIENCES
ET DES TECHNIQUES -
AUDITION DE M. CLAUDE ALLÈGRE,
ANCIEN MINISTRE DE L'ÉDUCATION NATIONALE, DE LA RECHERCHE ET DE LA TECHNOLOGIE - EXAMEN EN COMMISSION
- ANNEXES
-
ANNEXE 1
Personnes auditionnées par le rapporteur -
ANNEXE 2
SYNTHÈSE DES PRINCIPAUX RAPPORTS
SUR LE RECRUTEMENT ET LE DÉROULEMENT DE CARRIÈRE DES ENSEIGNANTS-CHERCHEURS -
ANNEXE 3
Les sections du conseil national des universités -
ANNEXE 4
Les sections du comité national de la recherche scientifique -
ANNEXE 5
CONTRIBUTIONS ÉCRITES -
ANNEXE 6
CAMPAGNE 2000 DE RECRUTEMENT ET D'AFFECTATION DES MAITRES DE CONFÉRENCE ET DES PROFESSEURS DES UNIVERSITÉS -
ANNEXE 7
OBLIGATIONS DE SERVICE D'ENSEIGNEMENT
N° 54
SÉNAT
SESSION ORDINAIRE DE 2001-2002
Annexe au procès-verbal de la séance du 6 novembre 2001
RAPPORT D'INFORMATION
FAIT
au nom du comité d'évaluation des politiques publiques et de la commission des Finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation (1) sur la politique de recrutement et la gestion des universitaires et des chercheurs ,
Par M.
Yves Fréville,
Sénateur.
(1) Cette commission est composée de : MM. Alain Lambert, président ; Jacques Oudin, Gérard Miquel, Claude Belot, Roland du Luart, Mme Marie-Claude Beaudeau, M. Aymeri de Montesquiou, vice-présidents ; MM. Yann Gaillard, Marc Massion, Michel Sergent, François Trucy, secrétaires ; Philippe Marini, rapporteur général ; Philippe Adnot, Bernard Angels, Bertrand Auban, Denis Badré, Jacques Baudot, Roger Besse, Maurice Blin, Joël Bourdin, Gérard Braun, Auguste Cazalet, Michel Charasse, Jacques Chaumont, Jean Clouet, Yvon Collin, Jean-Pierre Demerliat, Eric Doligé, Thierry Foucaud, Yves Fréville, Adrien Gouteyron, Hubert Haenel, Claude Haut, Alain Joyandet, Jean-Philippe Lachenaud, Claude Lise, Paul Loridant, François Marc, Michel Mercier, Michel Moreigne, Joseph Ostermann, Jacques Pelletier, René Trégouët.
|
Emploi. |
AVANT-PROPOS
Mesdames, Messieurs,
Le présent rapport est le premier que publie le comité
d'évaluation des politiques publiques, un second étant
très prochainement attendu sur les services départementaux
d'incendie et de secours (SDIS), dont le rapporteur est notre collègue
Michel Charasse.
Il convient en effet de rappeler que le Sénat a dû prendre acte de
la volonté de l'Assemblée nationale de supprimer l'Office
parlementaire d'évaluation des politiques publiques
1(
*
)
, créé par la loi n° 96-517 du 14
juin 1996, et, par conséquent, mettre en place une
nouvelle structure
destinée à poursuivre au Sénat l'action de l'Office, avec
pour ambition d'associer les commissions afin de compléter le travail de
contrôle entrepris par la commission des finances.
Par ailleurs, la commission des finances du Sénat, si elle admet les
limites de l'expérience que constituait l'Office parlementaire
d'évaluation des politiques publiques, considère toutefois que la
cause directe de sa suppression réside dans le retrait de
l'Assemblée nationale de l'Office, par suite de la création de la
mission d'évaluation et de contrôle (MEC) en février 1999.
Aussi, à l'initiative d'Alain Lambert, président de la commission
des finances, le Bureau du Sénat a-t-il créé, le 21 mars
2000, un groupe d'études, dénommé
comité
d'évaluation des politiques publiques, destiné à exercer
les compétences de l'Office et dont la composition était
identique à celle de la délégation du Sénat.
Au cours de sa réunion constitutive du 15 juin 2000, le comité
d'évaluation des politiques publiques a confié à votre
rapporteur une étude portant sur la politique de recrutement et la
gestion des enseignants-chercheurs et des chercheurs
2(
*
)
.
*
* *
Le
contexte de cette étude est marqué à la fois par des
évolutions démographiques d'une ampleur considérable
,
puisque la moitié des fonctionnaires aujourd'hui en poste va partir
à la retraite d'ici 2012, ce qui implique de réfléchir aux
modalités de leur remplacement, et donc de mettre en oeuvre une
véritable gestion prévisionnelle des emplois publics,
et par
des dysfonctionnements importants dans la gestion des personnels au sein du
ministère de l'éducation nationale
, comme de l'ensemble de la
fonction publique d'État du reste, comme en attestent les deux
récents rapports publics particuliers de la Cour des comptes
3(
*
)
.
Par ailleurs, il n'est pas d'années depuis trente ans où un
rapport
4(
*
)
n'est publié sur les
problèmes de gestion des corps universitaires et de chercheurs
, ce
qui suffit à démontrer l'acuité d'un problème que
ne parviennent pas à résoudre les incessants changements des
règles statutaires
concernant ces corps. Deux nouveaux rapports ont
été récemment publiés, qui mettent l'accent sur la
nécessité de réformer :
- pour le rapport de M. Éric Espéret, président de
l'université de Poitiers, les charges de service des
universitaires
5(
*
)
;
- pour celui de M. Jean-Paul Fitoussi, président de l'Observatoire
français des conjonctures économiques (OFCE), le système
d'évaluation des enseignants et des enseignements à
l'université
6(
*
)
.
Le sujet est en effet d'importance car la politique de recrutement et la
gestion des universitaires et des chercheurs conditionnent la qualité de
la formation de la population active ainsi que celle de la recherche, et donc
l'avenir de la France.
Or, il est à craindre que le gouvernement n'ait accordé que
tardivement une relative importance à la façon dont le
renouvellement des générations d'universitaires et de chercheurs
va être assuré.
Certes, le ministre de l'éducation
nationale, M. Jack Lang, a annoncé, le 15 novembre 2000, un plan
pluriannuel de créations d'emplois dans l'enseignement supérieur,
mais, au-delà de cette annonce d'ordre quantitatif, le bilan de sa
première année de mise en application paraît assez mince.
Par ailleurs, le ministre de la recherche, M. Roger-Gérard
Schwartzenberg, a présenté très récemment au
conseil des ministres du 24 octobre 2001 une communication sur « le
plan décennal (2001-2010) de gestion prévisionnelle et
pluriannuelle de l'emploi scientifique ».
L'urgence de ce problème avait déjà été
relevée par la délégation du Sénat à
l'aménagement et au développement durable du territoire, dans son
avis portant sur les schémas de services collectifs, rendu au titre du
nouvel article 6
sexies
de l'ordonnance n° 58-1100 du 17 novembre
1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires
7(
*
)
.
L'article 12 de la loi n° 99-533 du 25 juin 1999 d'orientation pour
l'aménagement et le développement durable du territoire concerne
le schéma des services collectifs de l'enseignement supérieur et
de la recherche : ce schéma «
précise les
conditions de mise en oeuvre de la politique de la recherche...
[et]
définit notamment des objectifs de répartition
géographique d'emplois de chercheurs, d'enseignants-chercheurs, et
d'ingénieurs participant à la recherche publique
».
La délégation du Sénat, sur les conclusions de notre
collègue Yolande Boyer, a considéré que ce projet de
schéma des services collectifs de l'enseignement supérieur et de
la recherche «
manque de souffle
». Elle a
regretté qu'il «
raisonne à environnement
institutionnel constant
», notamment en matière de
gouvernance universitaire ou d'évaluation des enseignants-chercheurs et
des chercheurs, alors qu' «
une réforme des
modalités d'évaluation des enseignants-chercheurs
[permettrait]
de mieux prendre en compte leurs activités
pédagogiques
». De même, s'agissant de la recherche,
la délégation a regretté que «
le
schéma soit relativement flou en matière d'évolution et de
recomposition des disciplines, alors qu'une démarche plus prospective
aurait pu conduire à une inflexion de l'offre de formations de
troisième cycle en lien avec l'évolution prévisible des
besoins en matière de recherche
». D'une manière
générale, elle a déploré que
«
l'élaboration du projet de schéma ne soit pas
accompagnée d'une véritable réflexion prospective à
vingt ans, assortie notamment de la réalisation de scénarios et
de projections détaillés
».
Elle a certes noté que le projet de schéma
«
annonce enfin une politique de lissage des recrutements
d'enseignants-chercheurs et de chercheurs
», mais a aussi
relevé que «
le projet demeure relativement allusif quant
aux objectifs quantitatifs et aux mesures concrètes qui sont
envisagées
».
*
* *
• Votre rapporteur tient d'abord à
préciser le
champ et les limites de cette évaluation.
Les
universités,
8(
*
)
entreprises
« multiservices » d'enseignement supérieur, de
recherche et de formation professionnelle,
constituent sans nul doute dans
le système français d'enseignement supérieur et de
recherche, et même dans la totalité du secteur public, un des
domaines où les évolutions sont les plus rapides, les
transformations les plus profondes, les innovations venues de la base les plus
foisonnantes, mais aussi les conservatismes les mieux protégés.
Elles sont placées
volens nolens
dans un climat de
compétition et un contexte de forte concurrence internationale , les
étudiants et les chercheurs devenant de plus en plus mobiles .
Elles ont de plus à rattraper un retard dû à l'histoire
face à leurs homologues étrangères et progressent dans
des domaines qui, avant leur émergence
9(
*
)
, étaient le monopole des grandes écoles
et des établissements de recherche, tels le centre national de recherche
scientifique (CNRS). Elles ont eu enfin à absorber, pour la seconde fois
de leur histoire, une vague démographique d'étudiants sans
précédent et ont fait preuve globalement d'une souplesse
d'adaptation inattendue.
Votre rapporteur a concentré le champ de ses investigations sur les
universitaires,
c'est-à-dire sur ces personnels qualifiés de
par la loi d'enseignants-chercheurs, pour rappeler s'il en était besoin
la dualité et l'interpénétration de leurs missions
d'enseignement et de recherche au plus haut niveau. Ce ne sont
évidemment pas les seuls personnels des universités où
enseignent de plus en plus nombreux des personnels du second degré,
souvent agrégés, et où de nombreuses fonctions sont
assurées par des personnels non enseignants, notamment les
ingénieurs et techniciens dans les laboratoires de recherche. Mais il
lui a semblé que la gestion des personnels universitaires dont
dépend l'avenir de notre capacité scientifique posait des
problèmes spécifiques, ne serait-ce qu'en raison de la
liberté académique qui leur est reconnue
- et à
laquelle votre rapporteur est personnellement attaché - et de
l'autonomie de gestion des corps universitaires
qui en découle.
En revanche, le comité d'évaluation a souhaité que la
gestion des corps universitaires ne soit pas examinée
séparément de celle des autres chercheurs.
La France a fait le
choix de se doter de « chercheurs à plein temps et à
vie »
, d'abord contractuels de droit public, désormais
fonctionnaires depuis 1982 et relevant d'établissements distincts des
universités.
Il s'agit là d'une spécificité
française
, car, dans beaucoup d'autres pays, les organismes de
recherche, tels les
councils
britanniques, ont un rôle d'agences
menant une politique incitative en direction des universités,
essentiellement par le biais de contrats de recherche, et non un statut
d'établissements employant directement de nombreux chercheurs.
Votre rapporteur s'en est cependant tenu à l'évaluation de la
complémentarité globale entre universitaires et chercheurs, sans
aborder la question des carrières individuelles des chercheurs
10(
*
)
.
Enfin, votre rapporteur considère que
l'évaluation d'une
politique publique, comme celle de la gestion des universitaires, doit
s'apprécier sur le long terme,
au delà des
péripéties budgétaires annuelles et des changements
multiples de la réglementation.
• Votre rapporteur considère ensuite que
l'autonomie des
universités
qu'il souhaite promouvoir
doit être
conciliée avec l'autonomie reconnue aux corps universitaires.
L'autonomie des universités est la forme que doit prendre l'effort de
déconcentration dans la gestion de l'enseignement supérieur.
Seuls des établissements autonomes peuvent piloter de façon
cohérente l'ensemble extraordinairement complexe des filières et
départements d'enseignement et des laboratoires de recherche que
constitue une grande université pluridisciplinaire de plusieurs dizaines
de milliers d'étudiants. Prétendre gérer cet ensemble de
Paris est une absurdité digne de la planification soviétique.
Vouloir même donner de Paris les impulsions nécessaires à
la nécessaire diversification des filières universitaires et de
recherche est également une tâche de plus en plus délicate,
tant les décisions centralisées sont longues à prendre en
situation d'information imparfaite.
Mais aujourd'hui, l'autonomie des universités est fort
restreinte
, puisqu'à la différence des leurs homologues
étrangères, même publiques, elles ne sont maîtres ni
du recrutement de leurs étudiants (ce qui n'est pas l'objet du
présent rapport), ni de la politique de gestion de leurs personnels,
qui, pour l'essentiel, reste du ressort de l'Etat. Elles ne seraient d'ailleurs
pas capables, pour la plupart d'entre elles, d'exercer de telles fonctions tant
leur gouvernance est encore insuffisante.
Promouvoir une plus grande autonomie pour les universités exige donc que
soient préalablement évalués non seulement la politique
actuelle de gestion et de contrôle d'Etat, mais aussi le mode de
fonctionnement des corps universitaires.
• Votre rapporteur, enfin, est préoccupé par la crise de
confiance et d'identité qui frappe un monde universitaire en mutation
constante,
mais dont le fonctionnement interne, largement coutumier, est
mal connu de la société civile et des
pouvoirs publics. Au
cours de sa mission d'évaluation, qui aura duré une année,
il lui a souvent été indiqué que
beaucoup
d'universitaires et de chercheurs souffraient d'un déficit de
satisfaction et de reconnaissance dans l'exercice de leur métier.
Il a donc été motivé par une
double
préoccupation
:
- donner un champ relativement large à l'évaluation
entreprise :
il a cherché à recueillir un maximum de
contributions, à l'occasion d'auditions diversifiées conduites au
Sénat, ou par écrit
11(
*
)
;
- connaître l'avis et écouter « la
base »
, c'est-à-dire ne pas se contenter de n'entendre que
des hauts-fonctionnaires ou des acteurs du recrutement et du déroulement
de carrière des universitaires et des chercheurs, qui connaissent
évidemment très bien le système, mais qui en ont parfois
une vision administrative, et donc éventuellement lointaine. En
sollicitant ou en interrogeant les enseignants-chercheurs et les chercheurs qui
se trouvent dans une université, en présence d'étudiants
ou au sein de leur laboratoire, et même des jeunes docteurs
éprouvant des difficultés à trouver un
débouché professionnel à la hauteur de leurs
compétences ou de leurs aspirations, ainsi que des thésards
poursuivant actuellement leurs travaux de recherche,
votre rapporteur a
voulu se mettre à leur écoute et leur donner la parole
,
persuadé que les premiers concernés avaient des
expériences intéressantes à faire valoir, des
inquiétudes à exprimer, des propositions à formuler. Il a
par ailleurs commandé la réalisation d'un sondage auprès
des enseignants-chercheurs afin de les interroger directement sur la gestion
des ressources humaines dans l'enseignement supérieur, telle qu'elle est
conduite et telle que, selon eux, elle devrait l'être.
*
* *
Il
convient de présenter la démarche et la méthodologie
adoptées par votre rapporteur pour effectuer son étude, leurs
différentes étapes, ainsi que les difficultés qu'il a pu
rencontrer.
Un programme d'auditions a d'abord été défini, puis
affiné par la suite. Il a cherché à être
relativement large, concernant tant des hauts-fonctionnaires du
ministère de l'éducation nationale et de la recherche, mais aussi
de celui de l'économie, des finances et de l'industrie, que les
responsables du CNRS, les représentants des présidents
d'université, des présidents de sections du conseil national des
universités (CNU) et du comité national de la recherche
scientifique, couvrant des champs disciplinaires aux problématiques
différentes, des représentants des corps de contrôle - Cour
des comptes, inspection générale de l'administration de
l'éducation nationale et de la recherche, comité national
d'évaluation des établissements publics à caractère
scientifique, culturel et professionnel (CNE) -, un ancien dirigeant dans le
secteur privé, ou encore une sociologue ayant notamment effectué
des comparaisons internationales sur le sujet. Votre rapporteur a
également auditionné un de nos anciens collègues,
André Maman, professeur à l'université de Princeton, et,
à ce titre, très bon connaisseur du système universitaire
américain. Il tient à le remercier une fois encore de son
très intéressant témoignage.
Parallèlement, votre rapporteur a adressé un courrier à
l'ensemble des présidents d'université, des présidents de
sections du CNU et du comité national de la recherche scientifique et
des principaux syndicats de l'enseignement supérieur et de la recherche,
afin de solliciter de leur part une contribution écrite portant sur le
sujet. Si la qualité des contributions qui lui sont parvenues est
grande, comme on peut s'en rendre compte à leur lecture, il regrette
cependant le taux relativement faible de retour, en particulier de la part des
présidents d'université - 14 contributions sur une centaine
d'universités en France - et des syndicats - une seule réponse.
Un
forum de discussions sur le site Internet du Sénat
a ensuite
été mis en place. Il a rencontré un grand succès
puisque, du 30 avril au 3 juillet 2001, il a reçu
1.446 contributions, soit autant de messages qui démontrent un vif
intérêt des enseignants-chercheurs et des chercheurs pour leur
profession ainsi qu'une grande variété de propositions. Bien que
maintenant clôturé, il peut toujours être
consulté
12(
*
)
. Quelques-unes de ces
contributions ont été reproduites dans le présent
rapport : elles ne présentent bien sûr pas de
caractère « scientifique » et donnent une vision
sans doute biaisée de la vie universitaire ; mais elles permettent
d'illustrer avec pertinence la façon dont leurs auteurs
perçoivent et vivent leur activité professionnelle.
Votre rapporteur, afin de compléter son information, a ensuite
souhaité « passer commande » de deux études
auprès de consultants extérieurs, sur des points demandant une
haute technicité
13(
*
)
:
- la première, effectuée par l'Observatoire des sciences et des
techniques (OST) à partir de données fournies par les
ministères concernés , porte sur le renouvellement des
générations des personnels scientifiques de l'enseignement et de
la recherche, et comprend trois parties : une analyse statistique de la
situation et de l'évolution démographique des corps des
enseignants-chercheurs et des chercheurs ; des scénarios relatifs
à la variabilité du déroulement de carrière de ces
fonctionnaires ; et une analyse de l'attractivité actuelle des
carrières scientifiques publiques sur le « vivier »
de compétences disponibles ;
- la seconde, confiée à la société Repères,
prend la forme d'une enquête réalisée par sondage
auprès des enseignants-chercheurs et basée sur les suggestions
formulées dans les messages reçus sur le forum.
Il convient de préciser que le sondage n'a été
effectué auprès des seuls enseignants-chercheurs que parce que le
ministère de la recherche a indiqué ne pas disposer de tableaux
de classement des chercheurs, puisque ces derniers travaillent au sein
d'établissements publics qui, seuls, détiendraient ce type
d'informations sur leurs personnels. Faute de cet indispensable outil de
travail, il était impossible de disposer des adresses professionnelles
des chercheurs à sonder.
En revanche, ces tableaux de classement, plus communément appelés
« cocotiers », existent pour les universitaires, et ont
été rapidement communiqués par la direction des personnels
enseignants du ministère de l'éducation nationale. Votre
rapporteur tient à en remercier très sincèrement son
directeur.
14(
*
)
Le taux de retour du questionnaire pourtant adressé à une
époque défavorable, en plein été 2001 a
été extrêmement satisfaisant- environ 25 %, alors qu'il est
habituellement de 10 % dans ce type d'enquêtes.
Le sondage effectué par Repères auprès de 4.000 universitaires
L'analyse des résultats de l'enquête
effectuée
par la société Repères, à la demande de votre
rapporteur, porte sur
865 réponses
, soit
21,6 %
des
4.000 questionnaires envoyés à des enseignants-chercheurs
tirés au sort à partir des tableaux de classement du
ministère de l'éducation nationale. Environ 200
supplémentaires sont parvenus trop tardivement pour être
exploités.
Surtout, il apparaît que ces retours permettent d'illustrer de
façon globalement représentative les opinions de la population
visée.
Les 865 répondants se répartissent en 665 hommes, soit
près de 77 % du total, et 200 femmes, soit 23 %. Il convient de
rappeler que, en 1998-99, les femmes représentaient 14,2 % des
professeurs et 36,5 % des maîtres de conférences.
L'âge moyen
des universitaires ayant répondu au
questionnaire est de
47 ans
, mais plus d'un tiers d'entre eux, soit 34,6
%, ont entre 50 et 59 ans. En revanche, les 40/49 ans sont 20,6 %, alors que la
tranche d'âge 35/39 ans représente près de 20 % des
répondants.
Le nombre des personnes ayant répondu se décompose de la
façon suivante :
- 452 maîtres de conférences, soit plus de 52 % aux quels
s'ajoutent 11 maîtres assistants, soit 1,3 % des répondants, cette
faible proportion étant liée à la mise en extinction de ce
corps ;
- 398 professeurs des universités, soit 46 % : les professeurs ont
donc globalement davantage répondu au questionnaire que les
maîtres de conférences, puisqu'ils représentent 31,4 % de
l'ensemble des personnels enseignants titulaires du supérieur.
505 universitaires, soit plus de 58 % des répondants, exercent leurs
activités de recherche dans une équipe associée à
un établissement public de recherche, comme le CNRS ; 337, soit 39
%, ne sont pas dans cette situation.
Environ 73 % des personnes interrogées travaillent dans une
université de province, contre 14 % dans une université
parisienne. Certains d'entre eux (il y a des multi-réponses) dispensent
leur enseignement dans une école d'ingénieurs (15 %) ou dans un
IUT (près de 9 %).
Il est intéressant de noter que
83 % des universitaires
interrogés sont ou été membres d'une commission de
spécialistes de leur université
, et que la moitié
d'entre eux siègent ou ont siégé dans ces instances dans
une autre université que celle dans laquelle ils sont affectés.
Par ailleurs, près de 20 % d'entre eux sont ou été membres
du conseil national des universités.
D'une manière générale, votre rapporteur constate
l'extrême dispersion des réponses
apportées par les
universitaires sondés. Il est généralement rare qu'une
proposition ou suggestion fasse l'unanimité des répondants. Le
sondage qu'il a commandé le conforte ainsi dans son impression d'une
communauté scientifique extrêmement peu homogène
, et
partagée sur les conditions d'exercice de son activité
professionnelle. Il semble bien qu'elle soit mue, surtout, par des
considérations de type disciplinaire
voire corporatiste
.
Plus que de « communauté », il faudrait parler d'une
juxtaposition de corps distincts aux préoccupations différentes.
Assurément, de telles caractéristiques rendent extrêmement
délicate toute tentative de réforme d'envergure.
Enfin, la commission des finances et le comité d'évaluation des
politiques publiques, au cours d'une réunion commune, ont
procédé à l'audition de M. Claude Allègre, ancien
ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie.
Votre rapporteur regrette profondément le souhait exprimé par
les ministres de l'éducation nationale et de la recherche, MM. Jack Lang
et Roger-Gérard Schwartzenberg, de ne pas être auditionnés
par la commission et le comité avant la communication au conseil des
ministres du 24 octobre 2001
Il convient de s'en étonner, alors que la nouvelle loi organique du
1
er
août 2001 relative aux lois de finances vise
précisément à mieux apprécier les résultats
des politiques publiques et à accroître la transparence de leur
présentation, notamment au moyen d'un renforcement des pouvoirs de
contrôle du Parlement. Cette attitude est d'autant plus surprenante que
le ministre de l'éducation nationale, à l'occasion de son
audition devant la commission des affaires culturelles, familiales et sociales
de l'Assemblée nationale, le 19 septembre dernier, avait
déclaré que «
l'effort à fournir porte
surtout sur l'évaluation des universités, qu'il s'agisse des
professeurs ou des enseignements
», précisant que
«
bien que délicat, le processus d'évaluation
constitue un stimulant qui ne peut conduire qu'au renforcement de la
qualité de l'enseignement
»
15(
*
)
.
*
* *
Votre
rapporteur souhaite, en guise de conclusion, insister sur certaines questions
générales.
Le système universitaire est entré dans un régime
d'état stationnaire ou de croissance lente
, du fait du plafonnement
du nombre d'étudiants : il devra néanmoins continuer
à adapter ses formations et ses laboratoires à l'évolution
rapide des sciences et des technologies. Mais il sera toujours plus difficile
de redéployer des moyens constants que de moduler l'utilisation de
moyens croissants, même si le taux élevé de départs
à la retraite peut faciliter ce type d'adaptations.
• La mise en oeuvre de ces adaptations s'effectue principalement dans le
cadre d'une
politique de gestion des ressources humaines
définie
par chaque établissement dans le cadre des contraintes fixées par
l'Etat. Or, le système actuel de gouvernance des universités ne
permet pas aujourd'hui à leurs présidents d'exercer un pouvoir
fort dans la mesure où il doit composer avec divers conseils où
les représentants des disciplines sont puissants et défendent les
situations acquises. Votre rapporteur est donc persuadé que les
présidents doivent pouvoir s'appuyer sur des
conseils
d'orientation
, équivalents aux
Boards of Trustees
d'outre
Atlantique, tels ceux qui avaient été mis en place à titre
expérimental dans les universités nouvelles. En effet,
les
universités n'appartiennent pas aux universitaires
.
• Le redéploiement des moyens que rend possible la
démographie des corps universitaires et des chercheurs doit concerner
l'ensemble CNRS/universités et permettre, le cas échéant,
une redéfinition du format du CNRS. Si votre rapporteur reconnaît
la nécessité pour la France de disposer d'un fort potentiel de
chercheurs à plein temps pendant des périodes assez longues de
leur vie professionnelle,
il n'est pas persuadé de la
nécessité de disposer de chercheurs à vie
, sauf - et
c'est une exception notable - dans les disciplines non
représentées ou insuffisamment représentées dans
l'université.
L'évolution devrait se faire progressivement par échanges
d'emplois entre les deux institutions : le CNRS devrait accroître
son potentiel de postes d'accueil destinés à des universitaires
souhaitant se consacrer pendant plusieurs années à une recherche
à plein temps par redéploiement de postes libérés
par les départs en retraite. L'enseignement supérieur, en
contrepartie, affecterait en son sein des postes réservés aux
chercheurs actuellement en poste pour leur garantir un déroulement
normal de carrière.
Ainsi, le CNRS jouerait de plus en plus un
rôle d'agence et de moins en moins un rôle de gestionnaire de
chercheurs à vie.
• Il faut, en troisième lieu,
accroître l'efficience des
personnels enseignants-chercheurs et chercheurs très
qualifiés
, en les sélectionnant mieux, en leur offrant des
déroulements de carrières plus attrayants et en leur offrant de
meilleures conditions de travail,
plutôt que d'en accroître le
nombre
. Ceci exige sans nul doute un accroissement relatif de la part des
moyens budgétaires alloués à l'accompagnement de la
recherche en ingénieurs de recherche et en moyens matériels.
• Le système d'avancement au choix des universitaires et des
chercheurs se bloque progressivement, soit par des mesures statutaires telles
la fusion des 1
ères
classes de maîtres de
conférences, soit pour des raisons démographiques.
Deux
générations sont en concurrence
, celle des enseignants en fin
de carrière, qui espèrent une promotion pour avoir
sacrifié leur activité de recherche à l'encadrement des
deux vagues d'étudiants qui ont déferlé sur l'enseignement
supérieur après 1970 et après 1985, et celle des jeunes
chercheurs, souvent de talent, qui viennent d'entrer eux aussi en grand nombre
dans l'université avec beaucoup d'espoir, mais se sentent
maltraités dans un système bloqué qui ne leur alloue pas
les moyens et le temps suffisants pour développer leur activité
de recherche. Le risque est grand de sacrifier cette génération
et de rendre inefficace l'effort accompli par la Nation en les recrutant.
• La méconnaissance des mécanismes de fonctionnement
réel, largement coutumiers, du système de l'enseignement
supérieur aboutit à une
incompréhension croissante
entre les universitaires et la sphère politico-administrative
. La
seconde considère à juste titre que le contrôle par les
pairs des premiers est devenu insuffisant dans l'université de masse et
dépourvu de sanctions ; les universitaires estiment au contraire
que leur activité est bridée par un développement sans
frein des pratiques bureaucratiques, y compris au sein des
établissements, et par l'application de règles juridiques
inadaptées (comme celles gouvernant l'organisation des concours locaux
de recrutement). Votre rapporteur souhaite en conséquence que
l'évaluation indispensable des filières, voire dans certains
cas des hommes
16(
*
)
,
dont la
communauté scientifique reconnaît la nécessité, soit
effectuée dans la ligne des propositions du rapport Fitoussi, par un
« organisme tampon » entre les universités et
l'Etat, c'est-à-dire par une agence d'évaluation autonome prenant
la suite de l'actuel Comité national d'évaluation et
composée de personnalités qualifiées (non élues).
*
* *
Après avoir rappelé le contexte budgétaire de l'enseignement supérieur et de la recherche, votre rapporteur portera un regard critique sur la politique de l'emploi , les modalités de recrutement et le déroulement de la carrière de ces fonctionnaires, tout en formulant un certain nombre de propositions visant à y apporter des améliorations.
CHAPITRE PREMIER
DES MOYENS CROISSANTS
MÉDIOCREMENT GÉRÉS
A partir
de 1987 et jusqu'au milieu des années 1990, l'enseignement
supérieur a dû faire face à une seconde vague
exceptionnelle d'accroissement du nombre des étudiants, après
celle qu'il avait déjà connue à la fin des années
1960, d'aucuns évoquant la démocratisation, voire la
massification de l'enseignement supérieur. La société a
alors dû relever ce « défi du nombre »,
d'abord par la construction de nouvelles universités, largement
cofinancées par les collectivités locales dans le cadre du plan
Universités 2000, mais surtout par des créations massives
d'emplois d'enseignants supportées par le budget de l'Etat.
Le contexte actuel est différent
, une inflexion durable de
tendance étant perceptible depuis 1996 en ce qui concerne
l'évolution des effectifs étudiants.
Désormais, l'enseignement supérieur est confronté à
des défis nouveaux, tant d'ordre qualitatif - forte diversification du
champ disciplinaire et des filières d'enseignement, développement
de l'effort de professionnalisation, modification des techniques d'enseignement
en lien avec les nouvelles techniques de l'information et de la
communication... - que d'ordre quantitatif, mais d'un type nouveau - la
moitié des fonctionnaires aujourd'hui en poste allant partir à la
retraite d'ici 2012. Les enseignants-chercheurs, comme les chercheurs, sont
d'autant plus concernés que de très importants recrutements
avaient eu lieu lors de la première explosion démographique aux
alentours de 1970.
La question est donc de savoir comment profiter de ce
choc démographique qui va affecter la communauté scientifique
pour améliorer la performance et l'efficacité de la recherche et
l'enseignement supérieur français.
Après avoir sommairement rappelé le poids des masses
budgétaires en jeu dans un contexte de forte croissance des emplois
d'enseignants
17(
*
)
, votre rapporteur rappellera
les dysfonctionnements constatés dans la gestion des emplois et les
tentatives actuelles d'amélioration de leur gestion
prévisionnelle.
I. LE POIDS DES CREDITS DE PERSONNEL : UN RAPPEL DES CHIFFRES
A. L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET LA RECHERCHE : UNE DYNAMIQUE BUDGÉTAIRE CONTRASTÉE
1. Le budget de l'enseignement supérieur a plus que doublé en 10 ans
Le budget alloué à l'enseignement supérieur est passé de 27,2 milliards de francs en 1990 à 56,1 milliards de francs dans la loi de finances pour 2001, soit plus qu'un doublement au cours des douze derniers exercices budgétaires.
Les
dotations destinées à la rémunération des
personnels enseignants de l'enseignement supérieur
s'établissaient à 11,9 milliards de francs en 1990, mais à
24,1 milliards de francs en 2001, soit un doublement également. Leur
part au sein du budget n'a donc pas varié sur la période, passant
de 43,7 % en 1990 à 43 % en 2001, n'allant de toute façon jamais
en-deçà de 41,3 % (en 1992).
Le tableau ci-après précise ces évolutions.
Il
convient de noter que ces crédits sont inscrits aux chapitres 31-11 pour
les rémunérations, 31-12 pour les indemnités, 33-90 pour
les cotisations sociales (part de l'Etat) et 33-91 pour les prestations
sociales versées par l'Etat.
Par ailleurs, sur le chapitre 36-11 « Subventions de fonctionnement
aux établissements d'enseignement supérieur », sont
imputés des crédits permettant la rémunération de
cours complémentaires dispensés par des enseignants. Ces cours
complémentaires servent de « variable d'ajustement »
entre l'évolution du potentiel d'encadrement représenté
par les personnels effectivement en poste et la demande d'heures d'enseignement
émanant des étudiants. Les crédits correspondants sont
globalisés dans les subventions versées aux établissements
et ont connu la même évolution que le budget en passant de 1,1
milliard de francs en 1990 à près de 2 milliards en 2000. Ils
amorcent apparemment une légère décrue depuis 1996-1997,
signe d'une amélioration du taux d'encadrement sur emplois permanents.
Enfin, il convient de regretter
l'impossibilité matérielle de
l'administration de l'éducation nationale à fournir des
données chiffrées précises concernant les crédits
afférents aux pensions des anciens universitaires
. En effet, les
crédits pour pensions sont inscrits au budget de l'enseignement
scolaire, de manière globale, sans que soit distingué le niveau
des enseignements, ni même la nature des personnels. On remarquera
simplement que ces crédits globaux pour pensions, à
l'éducation nationale, sont passés de près de 30 milliards
de francs en 1990 à 62,4 milliards de francs en 2000, soit une dynamique
également extrêmement vive, qui sera du reste accentuée par
la forte hausse des départs en retraite au cours de la décennie
prochaine.
2. Le budget de la recherche : une progression moins vive mais difficile à appréhender
Il
convient de rappeler, de façon préalable, que les organismes de
recherche, tel le CNRS, reçoivent de l'Etat une subvention globale sur
laquelle ils rémunèrent leurs personnels, titulaires et
contractuels, alors que les universités reçoivent des subventions
de fonctionnement hors crédits de personnel, ceux-ci étant
gérés directement par l'administration centrale. L'ensemble des
recrutements reste cependant soumis au visa du contrôleur financier
central dans les deux cas.
De cette situation générale, il résulte que
la
présentation des dotations budgétaires consacrées à
la recherche en France est médiocre car peu lisible.
Elle prend en
effet l'apparence d' « enveloppes » de crédits
successives, imbriquées les unes dans les autres.
• La plus importante correspond au budget civil de recherche et de
développement (BCRD), qui regroupe l'ensemble des crédits
consacrés aux dépenses civiles de recherche et de
développement technologique de l'Etat par les différents
ministères, y compris celui de la défense. En 2001, le montant du
BCRD s'établissait à 55,86 milliards de francs (en
dépenses ordinaires et crédits de paiement).
• Le budget du ministère de la recherche représente la
deuxième « enveloppe », la plus importante au sein
du BCRD : en 2001, il s'est établi à 40,27 milliards de
francs. Près de 92 % de ces crédits, soit 36,67 milliards de
francs, correspondent aux dépenses des organismes de recherche, tandis
que les interventions directes du ministère se limitent à
3,3 milliards de francs.
• Les organismes de recherche se subdivisent eux-mêmes en trois
catégories : les établissements publics à
caractère scientifique et technologique (EPST) ; les
établissements publics à caractère industriel et
commercial (EPIC) ; les institutions de recherche (instituts, fondations,
associations à but non lucratif), le plus souvent
spécialisées dans les sciences du vivant.
Les EPST
18(
*
)
mobilisent non loin des deux tiers
(62,3 % en 2001) des crédits alloués à l'ensemble des
organismes de recherche. Ces crédits (dépenses ordinaires) ont
progressé de 27 % depuis 1992 :
Or, les subventions de l'Etat couvrent environ 80 % du budget des EPST et
sont affectées pour plus de 70 % à leurs dépenses de
personnel.
Mais, comme l'a indiqué la direction des affaires financières du
ministère de l'éducation nationale à votre rapporteur,
« il n'est pas facile de déterminer la masse salariale des
chercheurs puisque ces crédits sont globalisés avec les
crédits des ITA dans les subventions de l'Etat et dans les budgets et
comptes des organismes. On peut néanmoins évaluer cette masse
salariale à 50 % environ des crédits de dépenses
ordinaires des organismes ».
Si, globalement, cette vive expansion budgétaire illustre l'effort
consenti en faveur de deux secteurs essentiels au développement de la
recherche,
la différence notable de rythme de croissance entre le
budget de l'enseignement supérieur et celui de la recherche
résulte du fait que le premier a dû absorber le choc
démographique de la massification de l'université
.
B. UN CONTEXTE NOUVEAU : LE PLAFONNEMENT DU NOMBRE DES ÉTUDIANTS
1. Une nouvelle donne...
La
légère décrue des effectifs d'étudiants,
observée pour la première fois à la rentrée 1996,
constitue une rupture considérable dans une évolution de long
terme.
Désormais, l'enseignement supérieur en
général, et sa fraction principale financée par le budget
de l'enseignement supérieur
19(
*
)
, ne
voient plus leurs effectifs croître de façon continue. Au
contraire, même si, en ce domaine, les prévisions restent soumises
à un fort aléa.
Le tableau ci-après précise cette évolution nouvelle, en
la replaçant dans une perspective à moyen terme, tant
rétrospective que prospective.
Si, de 1985 à 1995, le nombre des étudiants a progressé de près de 660.000, soit une croissance de 58 % en dix ans, il a reculé de près de 50.000 de 1995 à 1998, soit une diminution proche de 3 % en trois ans.
2. ... probablement appelée à se poursuivre
Cette
décrue du nombre d'étudiants est, pour certains
prévisionnistes, appelée à se poursuivre et deviendrait
alors structurelle.
D'après des projections réalisées par le ministère
de l'éducation nationale, «
à la rentrée
2008, les principales filières pourraient accueillir près de
65.000 étudiants de moins qu'en 1998-99
», même si
«
le rythme de décroissance devrait être, en moyenne
sur la période, inférieur à celui enregistré
[au cours des dernières années] ». En effet,
«
la baisse tendancielle de la proportion de bacheliers
généraux et surtout le recul démographique contribuent
à orienter durablement à la baisse les flux d'entrée dans
l'enseignement supérieur
»
20(
*
)
.
Votre rapporteur est prudent sur les conséquences qu'il faut
déduire de cette prévision dont il ne conteste nullement le
sérieux. Mais les variations du nombre d'étudiants sont
même, à court terme, fortement aléatoires d'autant plus
qu'il n'existe aucun mécanisme régulateur d'ensemble à
l'entrée en faculté. A titre d'exemple, il était
prévu à la rentrée 1999 une baisse de
20.000 étudiants dans les universités ; la baisse
réelle n'a été que de 8.000 étudiants. Il est
de plus difficile dans un secteur non sélectif de prévoir les
engouements passagers des étudiants pour telle ou telle filière.
Or ce sont eux qui engendrent des sous-encadrements conjoncturels faisant la
« une » des rentrées universitaires.
Une nouvelle prévision à deux ans, établie en juillet
2001
21(
*
)
, des principales filières de
l'enseignement supérieur confirme cette analyse prudente de votre
rapporteur : si le taux d'accueil des nouveaux bacheliers
généraux, et notamment des filles, recule à nouveau dans
les premiers cycles universitaires - peut-être du fait de
l'amélioration de l'emploi -, la réduction observée dans
les premiers cycles serait compensée par le développement des
licences professionnelles et des formations de 3
ème
cycle
22(
*
)
.
Enfin, une stabilité, voire une décroissance globale des
effectifs globaux d'étudiants peut recouvrir des variations
structurelles fortes de la demande d'enseignement (tel le déclin, s'il
est confirmé, des études scientifiques, le développement
des 3
èmes
cycles professionnalisés au dépens
des DEA...). Or, l'enseignement supérieur se caractérise par une
très faible flexibilité d'emploi de personnels
spécialisés par discipline
23(
*
)
: un excédent de professeurs de biologie
ne peut servir à couvrir un déficit de professeurs
d'informatique ! Un suivi précis de l'évolution de la
demande d'enseignement au cours des prochaines années sera donc
nécessaire pour retrouver une certaine souplesse dans l'affectation des
emplois à l'occasion des départs en retraite. Sinon, la
stabilité globale ou même la réduction des effectifs risque
d'engendrer une demande croissante d'emplois.
C. MAIS DES EMPLOIS QUI CONTINUENT À CROÎTRE
1. Dans l'enseignement supérieur : un freinage après une très forte croissance
a) Plus de 26.500 créations d'emplois en 15 ans...
Afin d'accompagner la forte hausse des effectifs étudiants, l'enseignement supérieur a bénéficié d'un grand nombre de créations budgétaires, soit plus de 26.500 en l'espace de 15 ans.
La
part de plus en plus grande réservée dans ce volume global de
créations aux personnels rémunérés sur
crédits
(ATER, PAST) est regrettable car elle méconnaît
les dispositions de l'ordonnance organique de 1959 et rend plus opaque la
connaissance des effectifs réels.
Ces créations d'emploi n'ont pas été
réalisées de manière régulière et sont
passées à plusieurs reprises du simple au double d'un budget
à l'autre. Cette évolution heurtée ne peut être que
préjudiciable à la gestion des ressources humaines dans
l'enseignement supérieur. Il convient également de noter leur
diminution, en raison du retournement de tendance de l'évolution des
effectifs étudiants.
Coût des créations d'emplois d'enseignants en année pleine
(en millions de francs)
|
Enseignants et enseignants-chercheurs |
Personnels enseignants rémunérés sur crédits |
TOTAL |
|
|
1991 |
721,86 |
- |
721,86 |
|
1992 |
408,68 |
79,78 |
488,46 |
|
1993 |
584,06 |
111,16 |
695,22 |
|
1994 |
194,90 |
38,23 |
233,12 |
|
1995 |
207,32 |
26,56 |
233,88 |
|
1996 |
705,92 |
24,74 |
730,67 |
|
1997 |
304,85 |
7,18 |
312,03 |
|
1998 |
734,39 |
0,00 |
734,39 |
|
1999 |
- |
230,69 |
230,69 |
Nota : Les créations d'emplois d'enseignants
étant réalisées au 1
er
septembre de
l'année n, le coût de ces mesures sur l'année n
représente 1/3 du montant affiché.
L'extension en année pleine (2/3 de la somme indiquée) est
réalisée l'année n+1.
Source : ministère de l'éducation nationale (DAF)
2. ... permettant un simple maintien du taux d'encadrement des étudiants...
Le graphique ci-après révèle d'abord que la forte croissance des effectifs étudiants en 1994 et 1995 n'avait pas été correctement prévue, ce qui a nécessité un effort de rattrapage engagé en 1996 et 1997, puis prolongé en 1998.
De plus,
sur l'ensemble de la période 1988-2002, ces efforts importants en termes
de créations d'emplois ont seulement permis de retrouver en 2001 un taux
d'encadrement moyen de 19 étudiants par enseignant, comparable à
celui atteint de 19,5 atteint en 1987, juste avant l'explosion
démographique débutant en 1988. Cette situation justifie d'un
strict point de vue quantitatif les créations d'emploi obtenues par le
ministère, non pas pour améliorer significativement le taux
d'encadrement des étudiants, mais seulement éviter sa
détérioration.
De plus, notre pays avec un ratio enseignant-chercheur de l'ordre de 19 se
trouve encore très loin derrière de nombreux pays
industrialisés, le Japon, l'Allemagne ou les Etats-Unis, où l'on
compte un enseignant-chercheur pour 13 à 15 étudiants. Ce type de
comparaison est évidemment très grossier : le taux moyen
français recouvre de très fortes disparités suivant les
disciplines ou les établissements (les IUT et les disciplines
scientifiques étant beaucoup mieux encadrés que les disciplines
juridiques, les seconds et troisièmes cycles que les premiers.).
L'absence de barrière à l'entrée des premiers cycles se
traduit sans doute par une dégradation relative du ratio français
; mais il est néanmoins évident qu'à population
estudiantine stable, l'effort consenti par la nation en matière de
créations d'emplois devra peut-être être prolongé
à un rythme très modéré.
3. ...au prix d'une « secondarisation » de la structure des emplois
Au cours de la décennie passée, les emplois ont évolué de la façon suivante :
Globalement, l'ensemble des personnels, titulaires
contractuels et
PAST a vu ses effectifs passer de 61.207 emplois en 1991 à 86428 en
2000, soit une progression de 45 % en 10 ans, bien qu'il soit nécessaire
de tenir compte des modifications du périmètre du budget et des
glissements entre catégories d'emplois qui peuvent parfois induire en
erreur. A l'intérieur de cette évolution globale, plusieurs
traits caractéristiques apparaissent :
- progression de plus de 10.000 emplois des personnels de statut
universitaire
(hors secteur médical), un peu moins rapide pour
les professeurs (+26.3%) que pour l'ensemble maîtres de conférence
et assistants (+ 29,5 %) ;
- explosion (+ 8.300 emplois, soit + 86,4%) du nombre de professeurs du second
degré, agrégés ou certifiés,
encore plus
forte pour les agrégés (+ 248 %) que pour les
certifiés (+ 108 %) ;
- recours de plus en plus marqué à des personnels non titulaires
rémunérés sur crédits globaux du chapitre 31-96
article 10
(ATER et PAST) dont le nombre budgétisé, 3850,
moniteurs exclus, est très fortement sous-évalué aux
effectifs réels dans la mesure où certains ATER sont
rémunérés sur les postes de titulaires vacants du chapitre
36-11 et ne figurent pas dans ce tableau
24(
*
)
.
Tout en rappelant que sa mission ne porte directement que sur la gestion des
personnels de statut universitaire (hors praticiens hospitaliers), votre
rapporteur tient à souligner quatre conséquences essentielles de
cette évolution.
D'abord, les personnels de statut universitaire (hors médecine)
représentent l'équivalent en 2002 de plus de 24.000 chercheurs en
équivalent temps plein. Au cours des années 1991-2002, la
progression de leur nombre équivaut à celle de 5.000 chercheurs
plein temps.
En sens inverse, l'augmentation du nombre des professeurs agrégés
et certifiés du second degré, dont les obligations statutaires
d'enseignement sont doubles de celles des universitaires, a engendré un
potentiel d'encadrement supplémentaire de 8.300 emplois temps plein,
représentant 62% du total fourni par les titulaires, alors que celui
résultant des créations d'emplois d'universitaires n'est que de
5.000 (38 % du total)
25(
*
)
. Cette augmentation
des emplois du second degré a été concentrée sur
les années 1992-93, d'une part, et 1996-98, d'autre part, pour cesser
depuis. Elle modifie très sensiblement la structure des personnels dans
l'ensemble de l'enseignement supérieur, notamment dans les disciplines
littéraires et les IUT. Elle a permis de faire face à
l'augmentation brutale du nombre des étudiants, mais pose
désormais un problème statutaire essentiel : la
différence d'obligations de services entre personnels universitaires et
du second degré reflète-t-elle une implication à la
même hauteur des universitaires dans leurs obligations de recherche et
d'encadrement pédagogique et administratif ?
Ensuite,
le ministère s'est redonné une dangereuse souplesse
de gestion par un appel de plus en plus grand à des personnels non
titulaires à temps partiel rémunérés
, soit sur
emplois vacants (chapitre 36-11), soit sur les crédits globaux du
chapitre 31-96, qu'il s'agisse des attachés temporaires d'enseignement
et de recherche (ATER)
26(
*
)
ou des personnels
associés à temps partiel (PAST). Votre rapporteur, qui pourtant a
toujours été favorable au principe des ATER et à l'emploi
des crédits vacants pour leur rémunération
27(
*
)
, ne peut que dénoncer le dévoiement de
cette procédure dès lors qu'il s'agit de créer environ
2.400 postes supplémentaires sur crédits globaux.
D'une certaine manière, on recrée, sous un autre nom, des
assistants non titulaires et on s'expose à la réapparition d'une
nouvelle catégorie de « hors-statut »
, surtout
si, ce qui semble être le cas, de nombreux ATER docteurs ne sont pas
finalement recrutés
28(
*
)
.
Enfin, la répartition des personnels en fonction est très
variable suivant les grands groupes de disciplines. Le recours aux personnels
non universitaires (du second degré) est particulièrement
élevé (37,8 %) dans le secteur des lettres et sciences humaines
et le groupe 9 mécanique, génies mécanique et informatique
fortement représenté dans les IUT.
4. Dans la recherche : une stabilisation des effectifs globalement justifiée
Les
emplois budgétaires de chercheurs des seuls établissements
publics à caractère scientifique et technique (EPST) ont
évolué de la façon suivante, depuis 1992 :
Leur nombre est passé de 16.481 en 1992 à 17.383 en 2001, soit
une progression de 5,50 %. L'augmentation des effectifs a été
continue, à l'exception de 1997, où 23 emplois budgétaires
sont supprimés, mais, de même que dans l'enseignement
supérieur, très irrégulière : création
de 27 emplois en 1994 ou de 29 en 2000, mais de 398 en 1998 ou de 239 en
1992. Le projet de loi de finances pour 2002 prévoit la création
de 100 emplois de chercheurs.
Les emplois de directeurs de recherche, sur la période, ont connu une
évolution beaucoup plus rapide que celle des chargés de
recherche, respectivement + 8,50 % et + 3,70 %. La proportion des premiers au
sein de la population des chercheurs a ainsi légèrement
augmenté, passant de 37,26 % en 1992 à 38,32 % en 2001.
Toutefois, il faut probablement voir dans cette évolution davantage un
effet du vieillissement des chercheurs que d'une amélioration du profil
des carrières.
Cette relative stagnation apparaît à votre rapporteur
justifiée sous son aspect global :
Le potentiel recherche du système dual universités/EPST a
progressé fortement au cours des années 1992-2001: de 5.200
chercheurs équivalents temps plein
, si l'on admet qu'en moyenne
l'universitaire doit consacrer la moitié de son travail à des
activités de recherche. Il est certes possible que ce potentiel
supplémentaire n'ait pas été valorisé comme il
aurait dû l'être, mais ce serait une erreur grave de raisonner
comme si les universitaires n'accroissaient pas le potentiel de recherche de la
nation.
L'audition de M. Claude Allègre par le comité d'évaluation
et la commission des finances réunis a montré que
cette
politique
consistant à privilégier le développement de
la recherche dans l'université au prix de la stagnation, et même
de la réduction des effectifs de chercheurs à vie des EPST,
ne
résultait pas uniquement du jeu de la contrainte budgétaire, mais
avait été aussi le fruit d'une politique volontariste
s'inscrivant dans la perspective à très long terme de
rapprochement des universités françaises de la norme
internationale en matière de recherche.
II. UNE GESTION PEU EFFICIENTE DES EMPLOIS UNIVERSITAIRES
Contrairement à la situation prévalant dans
l'enseignement primaire et secondaire, où les crédits de
personnels sont déconcentrés,
l'administration centrale
gère directement les emplois de l'enseignement supérieur
.
Cette gestion directe a une double dimension. Elle implique d'abord une
répartition fine des emplois à la fois entre les
établissements et par disciplines
29(
*
)
: tel emploi de professeur de sciences
économiques (5
ème
section du CNU) est affecté
à l'université de Nantes, par exemple. Elle se traduit ensuite
par
l'ouverture nationale des concours de recrutement
pour des emplois
nommément désignés, même si la plupart de ces
concours sont organisés localement.
Un
exemple de spécification des emplois de maîtres de
conférences
offerts au recrutement en 2001
Maîtres de conférences. 67
ème
section : biologie des populations et écologie
Université Aix-Marseille III : communautés benthiques, eaux
douces :0396...
Université d'Avignon : génétique des populations
d'invertébrés : 0314...
Université Bordeaux I : microbiologie, milieux aquatiques :
0513...
Suit une liste de 43 autres emplois définis de la même
façon pour cette seule section.
Source : Journal officiel du 28 février 2001
Une gestion planifiée aussi fine des emplois exige, pour être
rationnelle, une information efficace du centre, l'administration centrale, par
la périphérie, c'est-à-dire par les établissements
autonomes où ils seront affectés.
Or cette information est de nature très complexe car elle ne se limite
pas à une simple connaissance du nombre présent ou futur
d'étudiants à encadrer dans telle ou telle filière. Du
recrutement d'un universitaire dépend peut-être la survie d'un
laboratoire de recherches ou l'ouverture d'une nouvelle filière
d'enseignement... La tentation est donc grande d'essayer d'accroître la
rationalité de la prise de décision à l'échelon
central par l'obtention de toujours plus d'information dont on oublie le
coût de la collecte et du traitement.
Le ministère a eu en effet le grand mérite de se doter
successivement de deux modèles sophistiqués d'aide à la
décision en matière de répartition des emplois et plus
généralement des moyens alloués aux établissements
(modèle GARACES, puis modèle SAN REMO
30(
*
)
). Toutefois, cet effort considérable,
supérieur à celui de beaucoup d'autres départements
ministériels, connaît ses limites, comme l'a
démontré la Cour des comptes dans le tome II de son rapport
public particulier consacré à
La fonction publique de
l'Etat
, paru en avril dernier et dont un chapitre est consacré
à la gestion des enseignants-chercheurs. L'impasse d'une gestion
fortement centralisée des emplois incitera donc votre rapporteur
à préconiser un développement progressif de la
capacité des université à mettre en oeuvre leurs propres
stratégies de gestion des ressources humaines.
A. LES IMPASSES DE LA GESTION CENTRALISÉE DES EMPLOIS
Il ressort des conclusions du rapport particulier de la Cour des comptes, dont les grandes lignes avaient été préalablement présentées à votre rapporteur par le président de la 3 ème chambre, que cette gestion connaît encore de graves dysfonctionnements.
1. Une présentation budgétaire opaque pour le Parlement
D'emblée, la Cour des comptes note que « la compréhension des autorisations ouvertes en loi de finances s'avère malaisée pour quatre raisons ».
Les
quatre raisons qui, selon la Cour des comptes, rendent délicate
l'appréhension de l'autorisation budgétaire votée par le
Parlement
Première raison :
«
la
continuité du rattachement des emplois à des chapitres
déterminés n'est pas assurée pendant la période
examinée
»
31(
*
)
.
Deuxième raison :
«
l'imputation
budgétaire des crédits destinés à financer la
rémunération des ATER n'est pas satisfaisante puisque
partagée entre 2.500 emplois prévus au chapitre 31-11 et
l'inscription au chapitre 31-96 d'un crédit correspondant à la
rémunération de 1.500 ATER. Ce double rattachement
[...]
ne permet pas à l'administration centrale de maîtriser le vivier
de recrutement
».
Troisième raison :
«
le budget voté ne
comporte aucune estimation du nombre d'associés à temps plein ou
d'invités dont la rémunération est gagée par des
emplois de titulaires
».
Quatrième raison :
«
le financement de la
rémunération des quelques 600 enseignants-chercheurs
maintenus en activité après 65 ans n'est pas identifié
dans la loi de finances
».
Par ailleurs, la Cour des comptes relève
l'existence d'emplois en
surnombre
, en dépit de la forte croissance des effectifs au cours
des années 1990, et conclut, dès lors, que «
le
nombre et les catégories d'emplois affichés en loi de finances ne
correspondent pas aux emplois effectivement ouverts
».
2. Une information peu fiable sur le lien entre les emplois et les personnes
Il appartient à l'administration centrale d'assurer le contrôle budgétaire des emplois.
Le contrôle budgétaire des emplois
Interrogée sur les modalités du contrôle
des
emplois de l'enseignement supérieur, la direction des affaires
financières du ministère de l'éducation nationale a
apporté la réponse écrite suivante :
«
En 1994, l'administration centrale s'est engagée à
mettre en place de nouvelles modalités de délégation et
d'observation de l'utilisation des moyens en personnel dans la perspective
d'une gestion intégrée emploi poste personne spécifique
à l'enseignement supérieur.
Le premier contrôle sur les emplois de l'enseignement supérieur a
été réalisé auprès de 192
établissements et a porté sur l'année universitaire
1996-1997. il a permis, dès la première année de sa mise
en place, d'améliorer et de fiabiliser les données relatives
à l'utilisation des moyens ouverts par la loi de finances. Ces
données sont un élément important du dialogue entre la
tutelle et les établissements car ils éclairent la politique de
chaque établissement en matière d'emplois.
Les objectifs :
- élaborer des outils d'observation de la consommation des moyens
délégués ;
- rassembler les informations relatives à cette consommation et fournir
une analyse quantitative et qualitative de l'utilisation des moyens ;
- vérifier la cohérence des informations recueillies par un
rapprochement avec les données transmises par les trésoreries
générales à partir des bases paye ;
- assurer l'information en retour des échelons concernés
(rectorat, établissements d'enseignement supérieur) par une
diffusion adaptée des travaux : publication papier, Internet,
éditions spécifiques.
Ce contrôle consiste en une photographie au 1
er
janvier de
chaque année de la consommation (personnes
rémunérées) par établissement public et par
chapitre budgétaire des moyens délégués utilisables
à la même date. La consommation est mesurée en
« équivalents temps plein » physiques et financiers
par grade pour permettre non seulement l'évaluation de
l'équilibre mais aussi la comparaison avec d'autres sources
d'information, à l'exemple de l'enquête masse indiciaire (EMI).
Sur le plan technique, cette opération a nécessité la
réalisation par la direction des affaires financières de deux
progiciels en ACCESS :
- COSMOS, qui permet de rassembler, pour chaque établissement, les
informations relatives à la consommation des emplois (enseignants et non
enseignants) par chapitre budgétaire, nature et grade. Cette application
est distribuée aux établissements via Internet ;
- ARGOS, qui permet de consolider les données provenant des
établissements, d'analyser et d'agréger ces données aux
niveaux national, académique et de
l'établissement
».
La Cour des comptes se montre cependant critique à l'égard de
ces modalités de contrôle des emplois.
Elle constate en effet que, «
de fait, les services ne disposent
pas d'une information complète et sûre sur le lien
emplois-postes-personnes
», et note «
la
difficulté du rapprochement des données de chacun des fichiers
d'emplois et de personnel
».
Elle estime également peu performant le dispositif national des
emplois : «
ce contrôle est effectué sur la base
des déclarations des établissements universitaires et les
résultats ne peuvent être considérés comme
totalement fiables
».
3. Des emplois mal répartis : les limites du modèle San Remo
Le modèle SAN REMO permet de définir les besoins théoriques en emploi - et en crédits de fonctionnement - entre établissements. Ces besoins théoriques sont comparés à la réalité du potentiel de l'établissement. Sur cette base, les moyens budgétaires supplémentaires obtenus en loi de finances sont affectés prioritairement aux établissements les plus mal dotés.
Le calcul du besoin enseignant
Un
coût horaire par étudiant (H/E) a été
déterminé pour une quarantaine de familles de formations, en
fonction notamment du volume de préparation des diplômes et de la
répartition de ce volume entre cours magistraux, travaux dirigés
et travaux pratiques.
En multipliant le nombre d'étudiants inscrits dans chaque famille de
formations par le H/E de référence, on obtient la charge
théorique d'enseignement qui est comparée au potentiel enseignant
dont dispose l'établissement.
Le ministère a précisé à votre rapporteur que,
«
si le modèle présente l'avantage incontestable
d'assurer une comparaison entre établissements selon les mêmes
critères et de servir de base à la répartition des moyens,
il n'en demeure pas moins, comme tout système normé, qu'il
génère des effets qui ne vont pas forcément dans le sens
d'une amélioration de la situation des établissements
réellement sous-dotés
».
C'est pourquoi des éléments d'ordre qualitatif sont pris en
compte : «
il s'agit notamment des priorités et des
engagements figurant dans les contrats d'établissement, qui expriment
les besoins des établissements, au regard des projets
pédagogiques qu'ils ont conçus
».
La Cour des comptes, sur ce point également, se montre relativement
sévère. Elle regrette notamment que cette méthode de
répartition des emplois «
se réduit à une
répartition des moyens entre établissements qui ne tient pas
compte des enjeux à l'échelle des régions et des bassins
de formation
». De surcroît, « les taux
d'encadrement pédagogique sont très
hétérogènes, entre catégories
d'établissement et au sein d'une même
catégorie ». Or, «
ces disparités doivent
être d'autant plus relevées que l'enseignement supérieur a
bénéficié, en une décennie, de créations
massives d'emplois budgétaires qui auraient dû permettre de les
réduire
».
La Cour des comptes adresse plusieurs critiques à SAN REMO :
- ce modèle est particulièrement complexe ;
- il a connu de très nombreuses évolutions, qui rendent
délicate toute tentative d'évaluation des effets à long
terme ;
- la fiabilité de ses résultats est sujette à
caution : d'une part, «
le calcul de la dotation
théorique des moyens d'enseignement dont l'établissement devrait
être dote
[...]
ne se fonde pas sur une projection de ses
effectifs à la rentrée suivante mais sur des effectifs
constatés deux années avant cette échéance.
Dès lors, la baisse des effectifs d'étudiants, constatée
depuis 1996, n'est pas prise en compte dans la réalité de son
impact sur les besoins d'enseignement. En revanche, le calcul du potentiel
supplémentaire d'emplois d'enseignants pour l'année universitaire
en préparation se trouve de fait surestimé
» ;
d'autre part, «
le recensement des étudiants pris en compte
n'est pas exempt d'incertitudes, toutes les inscriptions principales
étant dénombrées, y compris des inscriptions de pure
forme
» : ce phénomène «
vient
dans ce cas alourdir fictivement les effectifs d'étudiants et, de ce
fait, accroître artificiellement les besoins en
enseignants
» ;
- ses résultats sont appliqués de façon aléatoire
par le ministère, d'autant plus que «
les corrections qui
sont apportées par la répartition des emplois sont
limitées par le fait que seuls les moyens supplémentaires font
l'objet d'une répartition
», si bien qu'
«
aucun redéploiement d'emploi d'enseignants-chercheurs n'a
été opéré, depuis 1992, entre
établissements
» ; la Cour stigmatise ainsi
«
cette absence de volontarisme, liée aux fortes
réticences des établissements les plus dotés à se
voir retirer des emplois
[qui]
limite de fait la portée de cette
procédure
».
D'une manière générale, la gestion des emplois
souffrait donc, dans l'enseignement supérieur, d'une insuffisance
d'informations statistiques, du reste commune à l'ensemble du secteur
public
32(
*
)
. Cette situation entraîne des
conséquences d'autant plus graves sur la gestion prévisionnelle
des effectifs que ces personnels vont connaître au cours des prochaines
années de profondes évolutions démographiques.
4. Une gestion prévisionnelle des emplois encore balbutiante
Dans son
rapport public particulier précité, la Cour des comptes a
analysé les modalités de gestion prévisionnelle des
effectifs dans l'enseignement supérieur.
Elle note que «
le système GESUP, mis en place au milieu
des années 1980, qui permet d'effectuer un recensement du personnel
enseignant exerçant dans les établissements de l'enseignement
supérieur, est insuffisant
».
La Cour insiste une fois encore sur les lacunes des informations statistiques,
concernant à la fois la confrontation de l'évolution des
effectifs d'enseignants avec celle des effectifs d'étudiants, et les
modalités d'organisation pédagogique des enseignements à
l'échelon des établissements. A cet égard, la haute
juridiction note qu' «
il n'existe pas de remontée
d'informations des établissements d'enseignement supérieur sur
les volumes horaires réellement dispensés par les
enseignants
», de telle sorte que l'administration centrale
travaille à partir de modèles théoriques
«
qui ne reflètent pas la
réalité
».
Enfin, la Cour des comptes juge insuffisants les instruments de gestion
prévisionnelle des effectifs. Non seulement, «
au sein des
services centraux du ministère, le développement de la gestion
prévisionnelle des effectifs d'enseignants-chercheurs est très
limité
», mais le modèle utilisé
«
n'offre pas un degré de finesse suffisamment grand pour
déterminer avec précision les besoins en personnel au regard des
évolutions et des orientations des étudiants
».
Relevant la diminution durable des effectifs d'étudiants, la Cour
considère que «
cette évolution ne devrait pas
manquer d'induire une évolution corollaire des effectifs d'enseignants
dont la mesure n'a pas encore été prise
».
Pourtant, votre rapporteur estime que la situation actuelle, mettant en
évidence des situations démographiques extrêmement
différentes, entre Paris et la province, entre établissements, ou
entre disciplines, devrait être
mise à profit pour
procéder à des redéploiements d'emplois, pour encourager
la mobilité, ou pour mettre en place la gestion prévisionnelle
des emplois
.
B. POUR UNE PLUS GRANDE AUTONOMIE DE GESTION DES EMPLOIS PAR LES UNIVERSITÉS
Votre rapporteur considère que l'amélioration de la gestion des emplois ne passe ni par la voie de la déconcentration au niveau académique, ni a fortiori par celle d'une régionalisation du système universitaire : d'abord, l'échelon régional n'est sans doute pertinent en matière d'organisation des enseignements que pour les premiers cycles alors que les autres cycles sont plus diversifiés et spécialisés dans l'espace national ; ensuite, l'échelon régional introduirait un écran supplémentaire entre les établissements et l'Etat qui doit conserver une responsabilité éminente pour le respect des équilibres entre disciplines et entre régions. Il convient en revanche de faire progresser l'autonomie des universités en les incitant à définir de véritables stratégies d'emplois scientifiques.
1. Favoriser l'émergence de politiques d'établissement
Les
établissements sont déjà en mesure de gérer
partiellement les emplois qui leur sont affectés.
Tout d'abord, la liste de ces emplois est parfaitement identifiée (par
corps, section de rattachement au CNU et numéro d'ordre), de telle sorte
qu'un dialogue peut toujours s'engager sur des bases précises avec
l'administration centrale. Ensuite, l'université peut, dans certaines
limites et selon diverses modalités, proposer le mode d'utilisation des
emplois vacants : gel du poste permettant la nomination de professeurs
associés ou de professeurs invités ou demande d'ouverture d'un
concours de recrutement (réservé le cas échéant
à certaines catégories de personnel). Enfin, lors d'une
déclaration de vacance d'un emploi offert au recrutement,
l'université pourra définir un profil précis de l'emploi
à pourvoir au sein de la section considérée (par
exemple : optique linéaire, physique de la matière
condensée, agrégats et nanostructures etc. au sein de la
30
ème
section « milieux dilués et
optique »), se contenter de préciser la section de
rattachement ou le cas échéant préciser que le poste
concerne deux sections de rattachement (28
ème
et
30
ème
sections par exemple), s'il est à la
frontière de leurs domaines respectifs de compétence.
Les établissements font par ailleurs connaître à
l'administration un classement de leurs demandes de créations d'emplois,
par corps et disciplines en fonction de leurs besoins d'encadrement et de leur
politique de recherche.
Il est clair que ces propositions peuvent être prises au coup par coup et
pour des raisons conjoncturelles (on gèle un poste en attendant la
qualification d'un enseignant que l'on souhaite recruter...), mais
progressivement,
le Président et son conseil
(siégeant en
formation restreinte)
sont ainsi incités à
définir les axes de développement de leur université et
à préciser la politique du personnel qu'ils sous-tendent.
Il semble à votre rapporteur que la période est propice à
cette réflexion stratégique des universités sur leur
devenir à moyen terme. Après une phase de croissance rapide des
effectifs étudiants, vient le temps de départs nombreux à
la retraite qui permettra aux universités, notamment les plus anciennes,
de réorienter leur effort de recherche vers des champs nouveaux et, le
cas échéant, de redéployer leur potentiel d'encadrement
pédagogique. Cette démarche est déjà mise en oeuvre
dans de nombreux établissements. Il appartient à l'Etat de la
conforter en contractualisant à moyen terme la répartition des
emplois.
2. Contractualiser la répartition des emplois
Il ne
suffit pas de notifier aux universités les emplois selon un calendrier
qui leur permette de procéder en temps utile aux recrutements. Il faut
leur indiquer l'objectif à long terme que se fixe l'Etat pour leur
encadrement. C'est en fonction d'une enveloppe d'emplois que
l'université peut définir ses axes de développement.
L'instrument privilégié de cette politique est le contrat
quadriennal liant l'université à l'Etat pour la
répartition des moyens. Des tentatives d'intégration des emplois
dans ces contrats ont été menées, mais ont
évidemment achoppé sur le principe de l'annualité
budgétaire. Les perspectives offertes par la nouvelle loi organique
relative aux lois de finances du 1
er
août 2001 en
matière de gestion pluriannuelle devraient permettre de donner un
nouveau souffle à la politique contractuelle.
Votre rapporteur recommande que soit fixée pour chaque
université
une dotation d'emplois qui lui indiquera l'objectif
à long terme que se fixe l'Etat pour son encadrement
et qui ne
pourra évidemment être satisfait annuellement que dans les limites
fixées par la loi de finances. C'est dans ce cadre que
l'université pourra faire des propositions de redéploiement des
emplois qui se libéreront.
Cette dotation à long terme devrait être définie, pour sa
composante principale liée à l'encadrement des étudiants,
à partir d'un outil d'aide à la décision beaucoup plus
frustre que les modèles type GARACES ou SAN REMO. Ceux-ci,
implicitement, reproduisent en effet les différences de taux
d'encadrement entre les grandes disciplines héritées de
l'histoire pour éviter de faire apparaître des insuffisances
d'encadrement impossibles à corriger à partir de décisions
nationales. Une plus grande liberté laissée aux
universités dans la réaffectation par discipline des emplois
devenus vacants permettrait en revanche un rééquilibrage
progressif à l'échelon local des inégalités
interdisciplinaires pour peu que la composition des organes décisionnels
de l'université soit revue pour lui permettre de ne plus être le
simple reflet des corporatismes disciplinaires.
3. Recentrer l'administration centrale sur ses fonctions de régulation du système universitaire
L'autonomie n'est pas synonyme d'indépendance. L'Etat,
qui
est responsable de la carte des établissements, doit conserver son
rôle d'impulsion et de contrôle. Il doit en particulier assurer la
survie ou le développement des disciplines sans défenseur
spontané. Il serait par exemple grave qu'à l'occasion de la mise
en retraite de nombreux professeurs des langues slaves, l'enseignement de ces
langues périclite en France. Il ne faudrait pas ensuite qu'une
répartition plus égalitaire des emplois en fonction du seul
nombre d'étudiants aboutisse à l'affaiblissement des grandes
universités de recherche. Le renouvellement des équipes de haut
niveau doit être assuré sous peine de mettre en danger le
potentiel français d'innovation.
Il serait sans doute souhaitable à cette fin qu'un certain pourcentage
des emplois réels de chaque discipline fine soit réparti en
fonction d'un « critère recherche » afin de
conforter ou de faire éclore des centres d'excellence.
La
contractualisation des emplois devrait donc prévoir des dotations
spécifiques d'emplois dans le cadre de programmes incitatifs, ou pour la
recherche de haut niveau, et instituer un contrôle renforcé des
résultats obtenus dans ces domaines.
III. VERS UNE GESTION PLURIANNUELLE DES EMPLOIS POUR ANTICIPER DES DÉPARTS À LA RETRAITE MASSIFS
Votre rapporteur a constaté que l'administration centrale des deux ministères de la recherche et de l'enseignement supérieur avait renforcé ses méthodes d'analyse et sa capacité de gestion prévisionnelle pour faire face au défi créé par le départ massif à la retraite à la fin de la présente décennie des universitaires et chercheurs recrutés dans les années 1965-1975.
A. LA NÉCESSITÉ RECONNUE D'UNE POLITIQUE COORDONNÉE AU NIVEAU DU COUPLE UNIVERSITÉS/CNRS
La
contribution au présent rapport demandée à l'Observatoire
des sciences et techniques sur le thème du renouvellement des
générations des personnels scientifiques de l'enseignement
supérieur et de la recherche démontre
qu'un effort de
réflexion sur ce problème doit être mené de
façon cohérente sur l'ensemble du secteur public de la recherche
et en particulier sur le couple universités/CNRS.
Une très
forte complémentarité existe entre ces deux institutions, et les
forces et faiblesses de l'université définissent en creux les
axes de redéploiement ou de développement possibles pour le
CNRS : pourquoi ne pas profiter d'un fort développement de la
sociologie ou de l'économie dans les universités pour
réduire la voilure des sections correspondantes du CNRS, à
l'occasion de nombreux départs en retraite des anciens
« hors-statuts » et redéployer les emplois
correspondants ?
La réponse à de telles questions exige préalablement la
réunion d'une base d'information commune
: il faut par exemple
pouvoir rapprocher les données statistiques concernant les
mathématiciens dans les universités , au CNRS, à l'INRIA
peut-être. Ce travail, fort complexe car le champ disciplinaire d'une
section du CNU ne correspond pas nécessairement au champ
thématique d'une section du comité national de la recherche
scientifique, a été entrepris. Il doit être poursuivi et
approfondi et servir de fondement à des scénarios
éclairant les nécessaires choix politiques, nonobstant
l'éclatement regrettable de la tutelle ministérielle sur le
couple CNRS/universités entre deux ministères.
Votre rapporteur se réjouit en conséquence que le récent
plan décennal de gestion de l'emploi scientifique (2001-2010)
présenté au conseil des ministres du 24 octobre 2001 ait
été élaboré de façon coordonnée avec
le plan triennal (2001-2003) de créations d'emplois du ministère
de l'éducation nationale.
B. LA DIFFICILE DÉFINITION DE PRIORITÉS À LONG TERME POUR DES « CHERCHEURS À VIE »
Une
politique pluriannuelle de gestion de l'emploi scientifique apparaît
nécessaire pour éclairer les prises de décisions des
étudiants
qui envisagent de se lancer dans l'aventure de la
recherche au prix d'une formation très longue. Elle est
nécessaire pour que les établissements disposent d'un temps
d'adaptation suffisant en cas de non-renouvellement d'un emploi
33(
*
)
. Elle est également utile pour lisser les
évolutions
qui résulteront du rythme erratique des
départs à la retraite
33(
*
)
.
En dehors de la contrainte résultant de l'annualité de
l'autorisation budgétaire,
la difficulté essentielle de mise
en place d'une politique pluriannuelle de gestion et de redéploiement de
l'emploi scientifique réside en la définition des
priorités
. Dans un système reposant exclusivement sur des
« chercheurs à vie », le choix opéré
est nécessairement à très long terme et fort
risqué ; il peut se révéler rapidement erroné.
La France risque de ce fait de se trouver toujours en retard par rapport
à des pays qui peuvent adapter plus rapidement leur appareil de
recherche à l'évolution thématique grâce à
une rotation de jeunes chercheurs exerçant une activité de
recherche à plein temps pendant quelques années.
Cette difficulté ne pouvait pas être surmontée par le plan
décennal, même si les choix thématiques prioritaires seront
revus en 2005 et que des encouragements à la mobilité sont
prévus.
En revanche,
votre rapporteur constate avec satisfaction
, même si
les chiffres sont modestes,
un
début de lissage temporel des
recrutements
grâce à 100 créations
supplémentaires d'emplois de chercheurs avant 2005, qui seront
compensées après 2005 par un volume égal de suppressions
de postes libérés par des départs à la retraite et
un
volume de redéploiements interdisciplinaires portant sur 20 % des
postes libérés
par départs à la retraite.
La répartition disciplinaire des emplois dans le plan triennal (2001-2003) de l'enseignement supérieur et le plan décennal (2001-2010) de l'emploi scientifique
1°)
Le plan triennal de l'enseignement supérieur
porte sur la
répartition de 1.700 emplois créés entre 14 grandes
disciplines.
Trois scénarios extrêmes ont été
établis : le premier reconduisait la répartition existante
des emplois, le second permettait une amélioration de l'encadrement dans
les disciplines les plus mal loties (notamment droit, économie et SHS),
le troisième traduisait les choix prioritaires en matière de
recherche, notamment dans les sciences pour l'ingénieur, l'informatique
et les sciences de la vie.
Le choix politique retenu
est une combinaison dite
équilibrée entre ces trois exigences: 25 % (S1) + 50 % (S2) + 25
% (S3). Le critère « amélioration de
l'encadrement » est pris en compte pour moitié. Les deux
autres « priorité recherche » et
« reconduction » le sont à parts égales pour
un quart chacun.
2°) Le plan décennal pour l'emploi scientifique
porte sur
500 emplois de chercheurs - et autant d'ITA - à créer entre 2001
et 2005, et dont 20% devront être « rendus » entre
2006 et 2010 par suppression d'emplois de personnels partant à la
retraite.
Par ailleurs, les emplois créés de chercheurs (500) auxquels
s'ajouteront 20% des postes libérés par des départs
à la retraite et redéployés (environ 200) seront
affectés aux champs disciplinaires prioritaires communs à
l'enseignement supérieur et à la recherche (dont environ 400 pour
les sciences du vivant et 275 pour les sciences et technologies de
l'information et de la communication).
Enfin, des redéploiements supplémentaires porteront sur environ
10 % des postes libérés par des départs à la
retraite par « fléchage » au sein de chaque
discipline en faveur de l'environnement.
CHAPITRE DEUX
L'OPACITÉ DES
PROCÉDURES DE RECRUTEMENT
Si les
universitaires et les chercheurs sont des fonctionnaires de l'Etat,
leur
statut comporte d'importantes spécificités dont certaines
apparaissent comme dérogatoires au droit commun de la fonction publique.
Tel est le cas notamment en matière de recrutement. Certes, le principe
de recrutement par concours est maintenu mais il s'apparente, par ses
modalités, à une cooptation et repose sur le choix des pairs.
Le
Petit Robert
définit la cooptation comme la
« nomination d'un membre nouveau dans une assemblée, par
les membres qui en font déjà partie
», mais
rappelle aussi que le terme a longtemps signifié
«
admission par exception, par privilège
».
Cette exception est logique.
La compétence d'un futur
universitaire ou d'un futur chercheur ne peut être
appréciée que par des spécialistes de haut niveau de la
même discipline. Il ne s'agit pas là d'un privilège, mais
d'une nécessité reconnue universellement. Le mode de
contrôle de la compétence d'un candidat s'effectue en effet dans
tous les cas de figure à travers ses titres et travaux, même si
d'autres formes d'appréciation de ses qualités, sur
épreuves écrites ou orales, sont organisées.
De même, le grade de docteur constitue une exigence internationale pour
candidater à un premier emploi permanent dans l'université et la
réforme du Doctorat d'Etat menée à la fin des
années 1980 a eu pour objectif d'aligner la thèse
française sur un standard international. En aucun cas, votre rapporteur
ne saurait remettre en cause ces principes, qui fondent la liberté
académique dont jouissent universitaires et chercheurs et
l'indépendance des professeurs d'université, principe fondamental
reconnu par les lois de la République, comme l'a affirmé le
Conseil constitutionnel en 1984
34(
*
)
.
Le privilège est ailleurs :
alors que dans la plupart des
pays, l'intégration définitive dans le corps professoral
(l'obtention de la
tenure
) exige le franchissement de plusieurs
étapes intermédiaires (« post-doc »,
assistant professor
,
associate professor
...),
l'universitaire
ou le chercheur français sont comme tous les autres fonctionnaires
titulaires à vie dès leur première nomination. Toute
erreur de recrutement est de ce fait définitive.
De plus, la durée de préparation d'une candidature à un
emploi de chercheur ou d'enseignant chercheur est fort longue puisqu'elle
correspond au minimum à un niveau bac + 11ans, compte tenu d'une
préparation de la thèse en 4 à 5 ans et à un
âge proche de la trentaine et suppose donc un coût initial de
formation élevé, partagé entre l'Etat et le candidat.
Ces deux considérations expliquent l'intérêt que votre
rapporteur porte à l'évaluation des procédures de
recrutement.
Or, c'est un fait que le recrutement des enseignants-chercheurs
et des chercheurs se déroule dans des conditions qui manquent
indéniablement de transparence, et qui, de ce fait, sont propices au
découragement de nombre de candidats, à l'expression d'un malaise
manifeste et à la propagation de préjugés négatifs,
voire de rumeurs, sur l'objectivité des instances de recrutement.
Les plus indulgents s'accordent en tout cas à dénoncer
l'illisibilité et l'instabilité chronique d'un système de
recrutement qui, de toute façon, ne peut correctement fonctionner que
s'il repose sur un « vivier » de candidats potentiels de
qualité.
I. LA RECONSTITUTION D'UN « VIVIER » : UNE RÉUSSITE QUI S'ESSOUFFLE
Si la faiblesse du rôle de pilotage du ministère de l'éducation nationale vis-à-vis du système universitaire est visible à plusieurs niveaux, une exception de taille concerne la politique mise en oeuvre par l'Etat afin de créer les conditions de réapparition d'un vivier pour l'enseignement supérieur à la fin des années 1980 35( * ) , lorsque se produisit le gonflement brutal du nombre d'étudiants engendré par la volonté politique de porter 80 % d'une classe d'âge au niveau du bac. Votre rapporteur tient à replacer l'émergence de cette politique dans son contexte historique, car elle illustre une difficulté permanente de fonctionnement du système français de recherche.
A. LE TARISSEMENT DU VIVIER À LA FIN DES ANNÉES 1970 ET LE PROBLÈME DES « HORS-STATUT »
1. La pénurie d'universitaires...
Le
« ticket d'entrée » dans l'enseignement
supérieur est la thèse de doctorat
35(
*
)
qui doit démontrer l'aptitude du candidat
à mener un travail personnel de recherche. Cette thèse est
fréquemment préparée dans le cadre d'un laboratoire
universitaire et soutenue en toute hypothèse devant un jury
universitaire, l'université ayant le monopole de la collation des
grades, même si ce droit a été récemment ouvert
à une quarantaine d'autres établissements.
C'est donc au sein
des universités et d'elles seules que sont formés à la
recherche et par la recherche les futurs enseignants et chercheurs.
Deux
problèmes sont alors à résoudre si l'on veut que ce
système de formation soit attractif pour les meilleurs.
Le premier est celui d'une rémunération minimale pour le
thésard. Mais si cette rémunération est assurée sur
fonds publics,
comment éviter qu'elle ne se transforme en un droit
automatique à devenir fonctionnaire à vie
? Plus la
durée de préparation de la thèse et des concours
d'entrée dans l'enseignement supérieur est longue, plus ce risque
s'accroît.
Le second est celui d'élargir le recrutement des troisièmes
cycles universitaires dans un système dual d'enseignement
supérieur, partagé en France entre des universités
ouvertes en principe à tous, et des grandes écoles ayant le droit
de sélectionner leurs étudiants Dans la pratique, les bons
étudiants de 3
ème
cycle des grandes universités
scientifiques proviennent plus souvent des grandes écoles que des
1
ers
et 2
èmes
cycles de ces universités...
Or, lors de la période des grands recrutements des années
1965-1975, le vivier était formé d'assistants de faculté
recrutés après seulement une année de 3
e
cycle.
En droit, les aspirants à l'enseignement supérieur étaient
nommés assistants contractuels de faculté pour une durée
d'un an renouvelable quatre ou cinq fois, soit pour la durée moyenne de
la thèse. En lettres, le vivier était constitué
essentiellement par des agrégés du second degré se
lançant dans la longue préparation d'une thèse de doctorat
d'Etat en dix ans et plus, et accueillis le cas échéant sur des
postes d'assistants de faculté ou d'attachés du CNRS. En
sciences, enfin la pénurie d'enseignants était telle que de
jeunes licenciés furent directement nommés sur des postes
d'assistants titulaires !
2. ... a conduit à la multiplication de personnels « hors-statut »
Ce
système géré localement de façon très souple
par les universités se grippa complètement.
D'abord, les assistants de faculté absorbés par leurs charges
d'enseignement n'achevaient pas leur thèse en temps utile. Ensuite les
débouchés dans le secteur privé se tarirent après
le retournement conjoncturel de 1973. Aussi, et sous la pression des assistants
en place à partir de 1975, les fonctions d'assistant en droit
furent-t-elles pérennisées et les emplois progressivement
transformés en emplois de maîtres assistants !
Une évolution similaire se produisit dans le secteur de la recherche.
Les universités nouvellement créées en 1968
passèrent avec de nombreux organismes et ministères des contrats
financés sur les crédits de « l'enveloppe
recherche » de la direction générale de la recherche
scientifique et de la technologie (DGRST), et recrutèrent à titre
temporaire des chargés d'études. Ces contractuels
« hors-statut » obtinrent leur intégration comme
attachés de recherche au CNRS, notamment en économie et
sociologie, dès lors qu'ils avaient été
rémunérés pendant quelques mois sur l'enveloppe recherche.
Les universités, depuis lors, ont perdu le droit de recruter de tels
chercheurs
36(
*
)
.
Les universités nouvelles ayant été incapables de
gérer correctement un vivier formé d'assistants et de
chargés d'études et les bénéficiaires de ces
fonctions demandant automatiquement leur intégration dans la fonction
publique, une nouvelle politique dite de « jouvence »
évitant ces écueils devait être mise en place après
dix années de flottement.
B. UN PLAN COHÉRENT ET EFFICACE DE RECONSTITUTION DU « VIVIER »
1. Les moyens mis en oeuvre pour reconstituer un « vivier »
Une
bonne coordination des politiques de l'éducation nationale et de la
recherche assura la cohérence du plan.
Le fondement de la réforme fut la création d'une thèse
de doctorat unique
alignée sur les usages internationaux (et donc
proche du PhD américain) et pouvant être préparée en
3 ou 4 ans pour peu que les thésards puissent s'y consacrer à
plein temps et n'aient donc plus d'activité d'enseignement.
Un système d'allocations de recherche d'une durée maximale de
trois ans réparties directement entre les laboratoires et équipes
de recherche par le ministère de la recherche (et non les
universités, mises hors jeu) bénéficie à plusieurs
milliers de doctorants en « stock ». Des allocations
spécifiques vont aux normaliens.
La mobilisation des crédits disponibles sur le volant d'emplois vacants
de l'enseignement supérieur a permis la création en gestion
d'environ 1.500 postes non budgétaires d'ATER
(attachés
temporaires d'assistants et de recherche). Ces postes sont attribués
soit pour trois ans à des agrégés du second degré
préparant une thèse, soit pour un an à des allocataires de
recherche pour leur permettre de présenter un concours de maître
de conférences ou de chargé de recherche dans de bonnes
conditions. Ils sont renouvelables exceptionnellement une année.
Un ensemble de mesures complémentaires (création d'écoles
doctorales, de postes de moniteurs...) complète ce dispositif qui a
abouti à un rythme annuel de soutenances de thèses de 10 à
11.000, dont 3 à 4.000 sont recrutés dans le secteur public.
2. Un système globalement efficace
L'efficacité globale du système est
avérée
puisqu'il permet de pourvoir 40 % des postes au
recrutement annuel, tandis que la moitié des maîtres de
conférences sont d'anciens moniteurs ou ATER.
Le tableau ci-après présente l'origine des maîtres de
conférences recrutés en 1999 :
|
Origine des maîtres de conférences recrutés en 1999 |
||
|
|
|
|
|
Origine |
Effectifs |
% |
|
ATER non fonctionnaires |
717 |
31,5 |
|
ATER enseignants ou fonctionnaires (1) |
138 |
6,1 |
|
Moniteurs |
41 |
1,8 |
|
Lecteurs, maîtres de langues |
4 |
0,2 |
|
Post-doctorants |
285 |
12,5 |
|
Allocataires ou boursiers |
13 |
0,6 |
|
Sous-total enseignement supérieur |
1 266 |
55,6 |
|
Enseignants, chercheurs et autres agents
|
642 |
28,2 |
|
Activité privée ou à l'étranger |
275 |
12,1 |
|
Sans
profession (y compris ex-ATER),
|
163 |
7,2 |
|
Sous-total "autres origines" |
1 012 |
44,4 |
|
TOTAL des réponses à l'enquête |
2 278 |
100 |
|
(1) 105 agrégés, 13 certifiés, 9 autres enseignants titulaires, 11 autres fonctionnaires exerçant les fonctions d'ATER |
||
|
(2) 270
agrégés, 74 certifiés, 81, autres enseignants
titulaires,
|
||
|
Source : Cour des comptes |
|
|
Toutefois, la Cour des comptes, dans son rapport public
particulier
précité, considère que
« l'absence de
système d'information
[...]
rend difficile l'évaluation du
dispositif de jouvence
», et note : «
tout
juste peut-on affirmer que la qualité d'ATER ainsi que celle de moniteur
normalien est un passeport utile pour l'accès au corps de maîtres
de conférences
».
Plus de 70 % des répondants au sondage, soit 610, indiquent avoir
exercé leurs premières fonctions dans un établissement
d'enseignement supérieur comme non-titulaires, notamment ATER ou
moniteurs.
Ces chiffres démontrent le rôle très
important des mécanismes mis en place pour constituer un vivier dans
l'enseignement supérieur, et l'efficacité de cette politique
comme méthode d'initiation au métier d'enseignant-chercheur.
Du reste, seuls 9 % des répondants ont débuté leur
carrière comme maître-assistant ou maître de
conférences. A peine 5 % provenaient, à leur entrée
à l'université, de l'enseignement secondaire.
Le système n'est cependant pas sans inconvénients, puisque les
ATER sont aussi ceux qui, en cas d'échec, ont le plus de risques
d'être chômeur ou en situation de précarité à
l'issue de leur contrat.
C. UNE POLITIQUE QUI S'ESSOUFFLE ET NE PREND PAS EN COMPTE LES « POST-DOCS »
1. Un système arrivé à bout de souffle
Le
jugement globalement favorable porté sur cette politique tend à
être remis en cause pour deux raisons essentielles.
D'une part, le montant de l'allocation de recherche
, bien que
revalorisé de 5 % dans le projet de loi de finances pour 2002,
est
jugé de plus en plus
insuffisant pour attirer des candidats de
grande qualité
dans des secteurs où la concurrence du secteur
privé est vive et en période d'expansion comme l'ont
précisé à votre rapporteur certains présidents de
section du CNU. On constate d'ailleurs, au niveau des études de
3
ème
cycle, que de plus en plus d'étudiants se
dirigent vers les DESS à vocation professionnelle et délaissent
la voie du DEA qui conduit normalement au doctorat.
Par ailleurs, la répartition disciplinaire des allocations de recherche
devrait être infléchie pour tenir compte des difficultés de
recrutement qui apparaissent dans certaines disciplines. Certains
présidents de section du CNU et du comité national ont fait part
à votre rapporteur de l'apport décisif de candidats
étrangers pour assurer les recrutements dans certaines disciplines rares
(par exemple, des Italiens pour le latin médiéval).
Le tableau présenté en annexe au présent rapport montre
qu'
apparaissent des problèmes de recrutement dans certaines
disciplines
.
Trop peu de candidats sont qualifiés pour pourvoir l'ensemble des postes
de maîtres de conférences ouverts en langues et
littératures romanes, ainsi qu'en sciences de gestion et en sciences et
techniques des activités physiques et sportives.
Mais ces problèmes connaissent une acuité bien plus grande
s'agissant du recrutement des professeurs des universités. Comme le note
le rapport Espéret, «
moins de trois quarts des emplois
sont pourvus et une insuffisance nette de candidats se manifeste, depuis
quelques années, quel que soit le secteur disciplinaire
».
Les langues, l'histoire ancienne et la géographie sont les disciplines
les plus touchées.
2. L'absence de « post-doc » en France
D'autre part, le dispositif actuel ignore le
problème de
l'après doctorat, c'est-à-dire des
« post-docs ».
Le choix spécifique de la France
est en principe le recrutement direct après le doctorat dans la fonction
publique comme chargé de recherches (à moins de 31 ans) ou
maître de conférences alors que le modèle dominant à
l'étranger est le passage pendant quelques années des jeunes
docteurs dans les laboratoires de recherche comme chercheurs à plein
temps avant de trouver un emploi dans le secteur privé ou les
universités.
La Cour des comptes, dans son rapport public 2000, a bien montré
l'intérêt de cette formule : «
La
présence dans les laboratoires de recherche de post-doctorants qui n'ont
pas nécessairement vocation à être ultérieurement
recrutés dans la fonction publique en tant que chercheurs est un des
facteurs clefs de la compétitivité de la recherche d'un pays. Si
les doctorants constituent également une force d'appoint, ils
représentent en même temps une charge d'encadrement pour leur
laboratoire d'accueil, ce qui n'est pas le cas des post-doctorants. Comme
l'observait en 1998, le directeur du département des sciences de la vie
du CNRS : « ce sont essentiellement les post-docs qui font
fonctionner les laboratoires américains : ainsi les laboratoires
ont-ils la possibilité de devenir très rapidement performants sur
un nouveau thème en mobilisant des post-docs
compétents ». Par ailleurs, le séjour post-doctoral
permet aux chercheurs de tisser des liens personnels et de constituer ainsi un
réseau informel. Il facilite enfin la reconversion thématique des
jeunes chercheurs
».
La Cour fournit également, dans le même rapport, la raison de ce
choix, qu'a confirmée M. Claude Allègre lors de son audition
devant la commission des finances et le comité d'évaluation
réunis, le 11 octobre dernier, à savoir le
risque de
création de nouveaux « hors-statuts »
:
«
Le ministère chargé de la recherche a
décidé de ne soutenir que marginalement les stages post-doctoraux
des Français en France, pour privilégier l'octroi de bourses de
thèse et favoriser l'accueil de post-doctorants étrangers. Cette
attitude s'explique pour partie par la crainte de créer un stock de
chercheurs hors-statut présents dans les laboratoires publics. En
contrepartie, s'offre à la petite minorité qui peut être
embauchée comme chercheurs ou enseignants-chercheurs la stabilité
de la carrière de fonctionnaire-chercheur
».
Votre rapporteur doit d'abord déplorer le caractère paradoxal
de ce choix.
Aujourd'hui, les jeunes Français peuvent
bénéficier de stages post-doctoraux à l'étranger
(en bénéficiant le cas échéant de bourses
européennes Pierre et Marie Curie), les laboratoires français
peuvent accueillir des post-docs étrangers et c'est, selon la Cour des
comptes, pour certains d'entre eux, comme l'Institut Curie, une
priorité. Mais il ne saurait y avoir de post-docs français dans
les laboratoires français ! Il est d'ailleurs étonnant de
constater que certaines sections du comité national du CNRS exigent de
facto - et à juste titre - des candidats un stage post-doctoral.
Un message d'internaute : pourquoi pas de post-doctorants français en France ?
«
Les offres d'emplois pour des stages
post-doctoraux
en France sont très fréquemment interdites par voie d'annonce aux
Français et résidents en France. Ceci constitue une
discrimination grave qui en plus est unique dans le monde (aux USA, Canada,
Royaume-Uni..., les meilleures bourses de post-doc sont réservées
aux nationaux ou résidents). Il faudrait au moins admettre les personnes
ayant été expatriées pendant un certain temps. Inutile de
dire, que vu de l'étranger, ceci est aussi bizarre pour ne pas dire
plus. Enfin, cette mesure rend la réinsertion des scientifiques
français très difficile de retour de l'étranger, car ils
ne peuvent même pas commencer par un post-doc. Ce problème de
réinsertion a été maintes fois évoqué par la
presse (fuite des cerveaux)
[...] ».
Au-delà de ce paradoxe, votre rapporteur s'interroge sur les raisons
profondes de ce choix. La crainte de voir réapparaître des
« hors-statuts » n'est pas sans fondement, mais elle
résulte du fait que le secteur privé n'a pas en France pris
l'habitude de recruter des post-doctorants. Il est vrai que
l'illisibilité de notre système de recherche publique est grande
pour des dirigeants d'entreprise souvent issus des grandes écoles Mais
est-ce une raison pour bloquer toute évolution en procédant sans
doute par étapes ?
Même si elle ne concerne pas les « post-doc », la
réussite des conventions industrielles de formation par la recherche
(CIFRE), qui permettent de préparer un doctorat en
bénéficiant d'une allocation de l'Etat tout en étant
salarié d'une entreprise, montre que des progrès sont possibles.
Mais ce choix n'est-il pas d'abord le corollaire de celui du
« chercheur à vie » qu'a fait notre pays en se
dotant d'organismes de recherches dotés de personnels propres ?
Tout système de recherche a besoin de
chercheurs plein-temps
(y compris pendant une partie de la vie professionnelle des
universitaires),
mais non nécessairement de chercheurs à vie.
Accepter le principe des post-docs, ne serait-ce pas, d'une certaine
façon, remettre en cause le dogme du chercheur à vie ?
Il conviendrait en tout cas d'ouvrir le débat, comme le suggère
la Cour des comptes : «
Dès lors, la Cour s'interroge
sur la pertinence d'un choix qui, en refusant de mettre en place un
système de financement des bourses post-doctorales pour des
post-doctorants français, risque de pénaliser la
compétitivité des laboratoires français et de créer
une situation de précarité pour les jeunes chercheurs sans
éviter pour autant la présence de nombreux chercheurs non
statutaires dans les laboratoires publics. La création de contrats
à durée déterminée pour des jeunes chercheurs
post-doctorants pourrait être une solution judicieuse, offrant à
des jeunes chercheurs un « sas » entre leur vie
universitaire et leur carrière dans la recherche ou l'industrie, assorti
d'un label d'excellence lié à la notoriété et la
qualité des établissements publics. La direction du budget fait
observer qu'il « serait paradoxal de créer au sein des EPST de
nouveaux emplois sur des CDD, alors que des mesures viennent d'être
prises pour résorber l'emploi précaire au sein de la fonction
publique ». Mais cette position qui peut s'expliquer par le risque de
pressions syndicales pour la titularisation de ces jeunes post-doctorants au
terme de leur contrat ne prend pas suffisamment en compte
l'intérêt de cette option pour la recherche et pour les jeunes
chercheurs eux-mêmes dont la faisabilité mériterait
à tout le moins d'être discutée
».
II. L'AUTONOMIE DES CORPS UNIVERSITAIRES CONTRE L'AUTONOMIE DES UNIVERSITÉS ?
La
gestion du système universitaire vise à coordonner trois
pouvoirs :
- l'Etat
, à qui il revient de définir les principes d'une
politique nationale de recrutement des enseignants-chercheurs et d'être
le gardien du respect des règles procédurales qui en
découlent ;
- les
corps universitaires
, qui doivent être les garants de
la qualité scientifique des lauréats des concours de recrutement
et dont la liberté d'appréciation est confortée par le
principe d'indépendance des professeurs d'université reconnu par
le Conseil constitutionnel ;
- les
universités
autonomes, qui doivent pouvoir adapter
leurs recrutements aux services d'enseignement qu'elles proposent à
leurs étudiants et à leurs axes de recherche.
Or le choix fait par la France au XIX
ème
siècle de ne
pas créer de véritables universités et de s'en tenir au
système des facultés a longtemps permis un face à face et
une coexistence pacifiques entre l'Etat et les corps universitaires, le pouvoir
politique s'interdisant toute immixtion dans le choix des hommes
opéré par le comité consultatif des universités,
qui n'avait de ce fait de consultatif que le nom, ou les jurys
d'agrégation.
La donne a changé avec l'émergence des universités
pluridisciplinaires.
Le doyen Georges Vedel est à l'origine de la distinction, devenue
célèbre, entre « l'autonomie des
universités » et « l'autonomie des corps
universitaires ». Or, la seconde est beaucoup plus accomplie que la
première, et a même tendance à l'étouffer.
En effet, l'autonomie actuellement la plus affirmée, celle dont on
perçoit le plus les conséquences, est celle des corps
universitaires. Face à elle, l'autonomie des universités n'existe
quasiment pas. Il résulte de ce face-à-face bancal un
déséquilibre qui se retrouve, notamment, dans la gestion des
personnels universitaires.
Ainsi, peu d'universités ont su mettre en place une véritable
politique d'établissement en matière de gestion de leurs emplois,
même si des progrès sensibles sont constatables, ce qui n'est pas
sans entraîner une grande diversité de situations locales. Cette
situation est d'autant plus compréhensible qu'au sein des conseils
restreints aux enseignants chargés d'élaborer cette politique,
siègent les représentants des diverses disciplines dont la
préoccupation première est très logiquement au moins la
protection, au mieux le développement de celles-ci.
Ainsi, en France, contrairement à ce qui se passe par exemple aux
Etats-Unis, les universités n'ont pas la possibilité d'adopter
une stratégie d'employeur.
Non seulement, elles n'ont pas de
capacités de négociation, notamment en matière salariale,
mais encore elles choisissent moins leurs candidats qu'elles ne sont choisies
par eux.
Dans son rapport, consacré à la réforme de l'enseignement
supérieur des sciences économiques, M. Jean-Paul Fitoussi note
que, de ce point de vue, la France se distingue très nettement des
grands pays industrialisés : «
toutes les
universités
[étrangères]
considérées,
qu'elles soient publiques ou privées, ont une totale liberté de
recrutement et, mis à part en Belgique, sont libres de déterminer
les salaires des enseignants
». Cette spécificité
française nous porte d'ailleurs préjudice puisque, comme le fait
remarquer le président de l'OFCE, le
« marché » des universitaires est aujourd'hui
mondialisé, par exemple en économie, les principes de la
concurrence s'appliquant donc, d'autant plus que l'obtention de crédits
de recherche est souvent liée aux performances des équipes
pédagogiques ainsi constituées.
S'il faut voir dans cette situation une limite à l'autonomie des
universités, il s'agit aussi d'une
limite acceptée, et parfois
souhaitée, par le système universitaire lui-même
qui
s'exonère ainsi de prendre le risque que constitue la décision de
recruter des enseignants-chercheurs. Les universités
préfèrent s'en remettre à la caution scientifique
qu'apporte le CNU mais, ce faisant, elles contribuent à asseoir ce
dernier dans sa fonction de garant de l'autonomie des corps universitaires au
détriment de leur propre autonomie.
Cette situation ne fait que mettre en évidence le
problème de
fond auquel sont confrontés les établissements d'enseignement
supérieur, celui des modalités de leur régulation
collective
. Les universités, éprouvant d'
extrêmes
difficultés à s'autoréguler
et à parvenir entre
elles à une harmonisation des formations sur le plan régional,
souffrent par ailleurs de l'
inexistence d'une instance supérieure
d'arbitrage
, rôle normalement dévolu à l'Etat.
A. LE CHOIX DES PAIRS : UN MONOPOLE PARTAGÉ ENTRE INSTANCES NATIONALES ET LOCALES
Le choix des universitaires par les pairs dont on a dit la nécessité pourrait créer au profit de l'instance qui l'exerce un pouvoir de monopole corporatiste, que ce corporatisme tombe pour les uns aux mains des mandarins, pour les autres en celles des syndicats ou encore que ce corporatisme ignore les qualités exigées d'un enseignant et ne valorise que ses qualités de recherche. Ces risques ne semblent pas totalement irréels et la communauté scientifique universitaire reste attachée au partage de ce pouvoir entre deux instances, l'une nationale, l'autre locale, se complétant , même si les modalités de ce partage et la composition de ces instances ne font pas l'objet d'un consensus.
1. Un partage des rôles enfin stabilisé ?
Il
serait extrêmement laborieux de retracer l'histoire, même
récente, des modifications des procédures de recrutement des
universitaires. Il suffirait presque de rappeler que
le décret du 6
juin 1984 relatif au statut des enseignants-chercheurs en est à sa
24
ème
modification !
Chronologiquement, les cinq procédures suivantes ont été
adoptées :
- au cours des années 1960 et 1970, des listes d'aptitude sont
établies au plan national, à partir de l'appréciation de
la qualité des travaux, corrigée par la notoriété
des candidats, le choix étant laissé aux instances locales ;
- à partir de 1979, les candidats sont classés par l'instance
locale, le choix final parmi les candidats classés localement
étant laissé à l'instance nationale ;
- à partir de 1984 (décret du 6 juin 1984), un tri
préalable des candidats est réalisé par l'instance
nationale (trois à cinq noms par poste), le choix du candidat
étant laissé à l'instance locale ;
- à partir de 1988 (décret du 15 février 1988), on revient
à la procédure antérieure : classement local puis
décision nationale ;
- depuis 1992, la qualification est donnée pour quatre ans par le CNU,
et le choix final du candidat est réalisé par l'instance locale.
La raison de ces changements incessants tient dans l'insatisfaction des
enseignants-chercheurs à l'égard de leurs modalités de
recrutement, et notamment à la
place respective des instances
nationales et des instances locales
, avec les conséquences
qu'entraîne cet équilibre toujours extrêmement
précaire
37(
*
)
.
Il a semblé à votre rapporteur que, des nombreuses auditions
auxquelles il a procédé,
un certain équilibre entre
l'échelon national et l'échelon local était aujourd'hui
atteint
, permettant de tenir compte des qualités scientifiques des
candidats, appréciées par le premier, et de leur implication dans
leur établissement, connue du second.
En outre, votre rapporteur estime que les changements incessants du
système de recrutement portent gravement atteinte à sa
lisibilité pour les candidats potentiels. Au moment où l'effort
de recrutement doit se poursuivre pour contrebalancer le flux des
départs à la retraite, il importe qu'une règle du jeu
stable soit connue de ceux qui entreprennent l'investissement très long
de préparation aux concours. Le système actuel n'est pas le
meilleur pour votre rapporteur.
2. La qualification par une instance nationale
Le
CNU
, instance nationale composée exclusivement
d'enseignants-chercheurs, élus à hauteur des deux tiers et
nommés par le ministre pour le dernier tiers,
est chargé
de
qualifier au vu de leurs titres et travaux les candidats
aux
fonctions de maîtres de conférences ou de professeurs.
Ces
candidats doivent préalablement remplir certaines conditions de
diplôme tel le doctorat pour les maîtres de conférences ou
l'habilitation à diriger des recherches pour les professeurs, ou
d'ancienneté selon le type de concours.
L'inscription sur une
liste de qualification est valable quatre ans.
Il convient pourtant de constater que cette instance nationale n'a pas
d'existence d'ensemble :
en fait le CNU n'existe pas, seules ses
sections ont une existence réelle.
Cette situation, si elle garantit
la qualité scientifique des choix, ne permet pas d'harmoniser les
politiques de recrutement qui demeurent propres à chaque section ;
elle contribue à entretenir les spécificités, voire les
querelles disciplinaires. Tout au plus, les sections se réunissent par
groupes lorsqu'elles font part au ministère des résultats de leur
travaux (c'est ainsi que les sections de sciences économiques et de
sciences de gestion constituent le second groupe du CNU).
Par ailleurs, le CNU a certainement été affaibli par les
incessants changements de sa composition, de son mode d'élection et
même de son appellation
38(
*
)
: les
gouvernements de droite privilégiant l'élection au scrutin
majoritaire et le vote pour des personnalités, les gouvernements de
gauche, l'élection au scrutin proportionnel et le vote pour des
listes ; même la désignation par tirage au sort fut
pratiquée en 1982 !
Quelle composition pour les sections du CNU ?
Les
universitaires ayant répondu à l'enquête sont assez
critiques sur la composition actuelle des sections du Conseil national pour les
universités, puisque, si 55 % d'entre eux s'en disent satisfaits, il
convient de noter la part importante des mécontents, car, dans ce type
de question, les « sans réponse » (près de 12
% pour cette question) peuvent être considérés comme ne
s'étant pas prononcés favorablement.
Le taux de non-réponse est également important s'agissant de
propositions visant à améliorer la composition des sections du
CNU, aux alentours de 20 % en moyenne. Il convient d'y voir, avant tout, selon
votre rapporteur, une relative méconnaissance par les
enseignants-chercheurs des modalités d'organisation du système
universitaire. 37 % des sondés, mais 52 % des professeurs,
souhaiteraient qu'il y ait davantage d'universitaires étrangers au sein
des sections du CNU. Généralement, ils sont plutôt
favorables au
statu quo
- 43 % souhaiteraient autant de membres
élus, et un peu plus de 37 % autant de membres nommés -, ce qui
peut paraître paradoxal par rapport au mécontentement qu'ils ont
exprimé sur la composition actuelle de ces sections, même si on
peut constater qu'ils sont hostiles à la diminution du nombre de membres
élus (moins de 9 % y sont favorables) et à l'augmentation du
nombre de membres nommés (à peine 8 % y sont favorables). En tout
état de cause, aucune « solution » ne semble
s'imposer avec évidence sur ce point, ni aucun consensus se dessiner.
Certains s'interrogent sur la possibilité d'instituer une
présidence et un bureau pour le CNU, qui permettraient de coiffer
l'ensemble des sections, mais aussi de donner plus de visibilité et de
poids au CNU. Celui-ci deviendrait ainsi plus facilement un interlocuteur
identifié du ministère pour les grandes orientations de la
politique de recrutement et de l'emploi scientifique. Votre rapporteur n'y est
guère favorable car l'interlocuteur privilégié du
ministère doit rester la conférence des présidents
d'université et son premier vice-président. En revanche, le
ministère aurait tout intérêt à consulter plus
fréquemment l'ensemble des présidents de section qui ont une
vision très claire des problèmes et de l'état de leur
discipline.
La qualification n'est ni un examen, ni un concours, ni même une liste
d'aptitude (même si est établie une liste de qualification).
C'est, comme le dit très justement un internaute cité
ci-après
un filtre
. Parmi tous les candidats potentiels qui
possèdent les titres universitaires et remplissent les conditions
fixés par les textes en vigueur,
seuls les qualifiés par le
CNU auront le droit de se présenter à un concours local de
recrutement
au vu d'un examen global de leurs titres et travaux. Cette
solution n'est pas dépourvue d'ambiguïté : beaucoup de
docteurs ne comprennent pas qu'une thèse soutenue
summa cum laude
ne leur donne pas automatiquement le droit de se présenter à
un concours local de recrutement de maîtres de conférences ;
et beaucoup de qualifiés ne comprennent pas que cette reconnaissance ne
leur confère pas automatiquement le droit à un poste.
De plus, chaque section du CNU a sa propre politique de qualification
,
de telle sorte que les critères sont extrêmement variables d'une
section à l'autre. Si ce phénomène est largement
inévitable, et d'ailleurs non condamnable en soi du fait de
problématiques différentes en fonction des sections,
l'absence
de transparence sur les exigences requises
est, elle, très
critiquable, puisque les candidats se trouvent devant une situation qu'ils ne
connaissent pas et qui peut changer à tout moment sans raison apparente.
Or, il arrive que des sections du CNU entretiennent cette instabilité
des règles
, par exemple, en refusant de publier les critères
de qualification des candidats qu'elles privilégient.
Beaucoup
d'entre elles, qui plus est, ne communiquent pas aux candidats les raisons pour
lesquelles elles ne les ont pas qualifiés.
Deux
messages d'internautes : des interrogations sur les critères
de qualification par les sections du CNU
1)
«
La qualification par le CNU a théoriquement un rôle
de filtre : elle est censée écarter les candidats
médiocres des concours locaux, évitant ainsi le recrutement
d'éléments trop mauvais au niveau local à la suite
d'ententes entre personnes.
Soit. Il est tout de même dommage que le fait d'avoir soutenu une
thèse ne soit pas suffisant pour prouver ses qualifications. L'existence
même de cette procédure semble montrer qu'on ne peut pas faire
confiance à l'institution universitaire pour délivrer un
diplôme (la thèse) qui ait un sens réel... Ou alors qu'on
ne peut pas faire confiance aux commissions de spécialistes pour
effectuer un recrutement sain ? Il est tout de même dommage que, pour
effectuer ce tri, un groupe d'enseignants-chercheurs passent un bon mois
à temps plein ou presque à lire les dossiers de
qualification...
».
2) «
ATER dans une université, j'ai soutenu, l'année
dernière, ma thèse qui a obtenu la mention la plus
élevée et qui a été primée. De plus, elle
est référencée dans nombreux ouvrages. J'ai publié
un certain nombre d'articles, et largement satisfait à mes obligations
universitaires. Je suis, par ailleurs, membre actif d'un conseil de
laboratoire. Cependant, je n'ai pas été qualifié par le
CNU, pour des raisons qui me sont inconnues dans la mesure où les
rapporteurs n'ont pas rédigé leur rapport.
[...] »
De plus, les présidents de sections du CNU (et également ceux des
sections du comité national du CNRS) ont été
quasi-unanimes pour indiquer à votre rapporteur que le niveau des
candidats à la qualification était généralement
très bon et avait même tendance à s'améliorer.
D'où le dilemme: faut-il ajuster, et dans quelle proportion, le
nombre de qualifiés au nombre de postes vacants ? Faut-il au
contraire qualifier en fonction d'un niveau jugé souhaitable, sans tenir
compte des perspectives réelles d'emploi ?
3. Le recrutement par une instance locale
En
revanche, la décision de recruter sur un poste vacant appartient
entièrement au niveau local.
Ce sont des commissions de spécialistes
constituées au
sein des établissements d'enseignement supérieur qui
procèdent aux recrutements proprement dits en se prononçant sur
les candidats à la mutation, donc déjà maîtres de
conférences ou professeurs, et sur les candidats qualifiés par le
CNU s'ils ont postulé sur un poste vacant de cet établissement.
Les enseignants-chercheurs membres des commissions de spécialistes
disposent à cet effet d'une liberté de choix quasi-totale. Ils ne
sont en aucune façon tenus de choisir de préférence un
candidat à la mutation venant d'une autre université ou
même de pourvoir le poste, quel que soit le nombre de candidats
qualifiés. En revanche, la commission de spécialistes est en
principe liée par le « profil » choisi par
l'université pour un poste lors de sa publication.
B. LA FAIBLESSE DES POUVOIRS COMPENSATEURS ÉTATIQUE ET UNIVERSITAIRE
Les décisions du CNU et des commissions de spécialistes sont-elles nécessairement cohérentes avec la politique de l'Etat en matière d'emploi scientifique et avec la politique de gestion des emplois de chaque université ? Rien n'est moins sûr car Etat et universités ne jouent pas le rôle qui devrait être le leur.
1. La gestion prévisionnelle des emplois, une responsabilité étatique très moyennement assumée
L'Etat
ne remplit que très imparfaitement sa mission de gestion
prévisionnelle des emplois dans l'enseignement supérieur.
La Cour des comptes, dans son rapport public particulier précité,
indique que «
un certain nombre d'établissements rencontre
des difficultés dans le recrutement d'enseignants-chercheurs
titulaires
», précisant que, «
après
la clôture des opérations de recrutement 1999, 26,1 % des emplois
de professeurs d'université et 9,4 % des emplois de maîtres de
conférences demeurent non pourvus
».
Comme le note la Cour, «
il incombe à l'Etat de veiller
à ce que l'offre d'enseignement soit pilotée par la demande de
service d'enseignement aux étudiants et non par la demande des seuls
enseignants, liée au prestige et à la localisation des
établissements
».
La Cour des comptes constate que l'absence d'«
informations
globales et fiables sur les candidatures au recrutement, au détachement
ou à la mobilité
[...]
représente un handicap
certain pour la mise en place d'une gestion prévisionnelle des
carrières
».
Cette situation résulte de lacunes en matière
d'informations : «
la répartition des
compétences de gestion entre les deux niveaux central et
déconcentré n'ayant pas été accompagnée
d'une mise en commun des informations, l'administration est privée
d'éléments d'information qui lui permettraient de jouer un
rôle plus actif pour corriger éventuellement les
déséquilibres constatés et améliorer l'utilisation
des moyens budgétaires
».
2. Le travail « en aveugle » du CNU
Les
sections du CNU se prononcent « en aveugle » sur la
qualification des candidats, indépendamment du nombre de postes à
pourvoir, décidé par le ministère.
La qualification
n'est donc aucunement corrélée avec une politique de l'emploi.
C'est ainsi qu'apparaît un phénomène de
« reçus-collés », puisqu'un nombre parfois
important de candidats qualifiés ne seront pas recrutés par les
universités, faute de postes. Quelques exemples permettent d'illustrer
ce phénomène.
En 1999, la section 22 du CNU (histoire moderne et contemporaine) a reçu
453 candidats à la qualification pour l'emploi de maîtres de
conférences. Elle a qualifié 259 d'entre eux, soit environ 57 %
des candidats, alors que seuls 67 postes étaient à pourvoir sur
l'ensemble du territoire, soit moins de 26 % des qualifiés. En
2001, 350 candidats se sont présentés à la qualification
des maîtres de conférences au titre de la section 63
(électronique) : 175 d'entre eux ont effectivement
été qualifiés, alors que seuls 51 postes étaient
ouverts, soit moins de un poste pour trois qualifications. Il peut toutefois
arriver que le phénomène inverse se produise. Ainsi, en 2000, la
section 6 (sciences de gestion) a qualifié 136 de ses 361 candidats,
alors que 150 postes étaient à pourvoir !
Par ailleurs, les sections du CNU effectuent un considérable travail
« dans le brouillard ».
Bien souvent, elles doivent
faire face à un « trop-plein » de bons candidats
à la qualification au regard du nombre de postes vacants. Par exemple,
en 2000, la section 64 du CNU (biochimie et biologie moléculaire) a
reçu plus de 1.000 candidatures à la qualification à la
maîtrise de conférences et 200 au professorat, pour un total de 20
postes.
Votre rapporteur estime ce système pernicieux à tous
égards.
Du fait des disparités de politiques menées
par les sections, plus ou moins sélectives,
le mécanisme
global de sélection devient incompréhensible à la fois
pour les candidats et pour les universités.
L'Etat doit jouer son
rôle en fixant une règle du jeu
, c'est-à-dire
en
fixant un plafond au nombre de qualifiés
: si celui-ci
était par exemple le double du nombre d'emplois à pourvoir (sur
moyenne période), chaque qualifié saurait qu'il a en moyenne une
chance sur deux d'être finalement recruté. Rien n'interdirait
à une section de ne pas atteindre son quota, à charge pour elle
de s'en justifier par un rapport circonstancié au ministre au regard du
nombre et de la qualité insuffisants des postulants.
Il est évident que le ministère ne pourra procéder de la
sorte que s'il est capable de programmer avec assez de précision le
nombre de recrutements à assurer à moyen terme (disons sur une
période quadriennale puisque la qualification n'est valable que pour une
durée de quatre ans).
Votre rapporteur s'étonne que le ministère ne soit pas encore en
mesure d'établir une liste complète, sans doubles comptes et
à jour, du stock des qualifiés non recrutés.
3. Un fonctionnement parfois « déviant » des commissions de spécialistes
Les
commissions de spécialistes ont tendance, face à un pouvoir
universitaire faible, à adopter des comportements de totale
indépendance.
Il leur arrive de ne pas respecter les « profils » de
postes établis par le conseil d'administration et, de façon plus
générale, de définir des politiques autonomes de
recrutement distinctes des orientations adoptées par ledit conseil et
son président, en ne pourvoyant pas certains postes ou en
établissant des profils de postes officieux...
Votre rapporteur ne peut sur ce point que souhaiter que le conseil
d'administration, qui dispose d'un pouvoir de veto sur les décisions des
commissions de spécialistes, l'utilise réellement comme cela
commence à apparaître dans les universités qui se dotent
d'une réelle politique de gestion de leurs ressources humaines, mais de
façon homéopathique, pas plus d'une dizaine sur l'ensemble de la
France en moyenne. Cet usage très parcimonieux du droit de veto
s'explique par le souci d'éviter des conflits de personne et aussi parce
qu'il aboutit à geler le poste non pourvu.
4. Le régime centralisé de l'agrégation du supérieur
Un régime spécifique de recrutement externe des professeurs existe dans les disciplines juridiques, économiques et de gestion sous forme d'un concours national d'agrégation qui présente trois caractéristiques : l'instance nationale est un jury constitué quasi librement par un président lui-même choisi par le ministre 39( * ) . Le nombre de postes mis au concours et leurs affectations sont fixés par l'administration centrale. Les lauréats choisissent leur affectation suivant l'ordre de leur classement.
Des sentiments partagés sur l'agrégation du supérieur
146
universitaires, soit environ 17 % du total des répondants au sondage,
appartiennent à une section du CNU où le recrutement des
professeurs s'effectue par la voie du concours d'agrégation de
l'enseignement supérieur.
Or, ce mode de recrutement suscite des
sentiments extrêmement partagés
, puisque la moitié des
personnes concernées est favorable à son maintien, tandis que
l'autre moitié souhaiterait sa disparition. Toutefois, les professeurs
sont très majoritairement favorables au maintien de ce type de
recrutement (65 %), ce qui n'est pas le cas des maîtres de
conférences (38 %). De surcroît, plus des deux tiers des
universitaires concernés ne sont pas satisfaits du mode d'organisation
actuel du concours d'agrégation du supérieur.
Votre rapporteur approuve néanmoins sans réserves les conclusions
de M. Jean-Paul Fitoussi dans son rapport précité au ministre de
l'éducation nationale sur le principe du maintien du concours et
sur la nécessité d'une plus grande flexibilité pour
l'affectation des agrégés :
«
L'agrégation externe est souvent critiquée en
raison de la lourdeur de sa procédure, mais aussi parce qu'elle ne
laisse pratiquement aucune liberté aux universités mettant des
postes au concours, l'affectation se faisant par le biais du classement.
Pourtant
le concours nous semble présenter au moins trois
avantages
. Il évite la dérive potentielle du localisme, mais
en tombant peut-être dans l'excès inverse ; il oblige les
futurs professeurs à avoir une vision globale de leur discipline ;
il permet de recruter de jeunes professeurs et donc des chercheurs
indépendants de toute hiérarchie à un âge moins
avancé qu'en beaucoup de disciplines ; cela évite le
mandarinat et permet une recherche plus libre et donc plus
dynamique
».
Il ajoute : «
Sans supprimer le classement ,
il
faudrait instaurer une procédure qui laisse plus de liberté aussi
bien aux professeurs nouvellement recrutés qu'aux universités,
permettant un meilleur appariement.
Il faudrait qu'au plus tard en mars, la
liste des reçus et celle des postes ouverts (en nombre égal)
soient connus. Commencerait alors un processus de négociation entre les
lauréats et les universités qui
[...]
durerait environ
trois mois. Si, à l'issue de ce processus, deux candidats continuaient
à briguer un même poste, alors le classement
prévaudrait
».
III. LES MODALITÉS DE RECRUTEMENT : LOURDEUR EXCESSIVE ET ABSENCE DE TRANSPARENCE
A. DES OPÉRATIONS DE RECRUTEMENT LOURDES, COMPLEXES ET PEU EFFICACES
1. Le CNU : un fonctionnement « miraculeux »...
Le
fonctionnement du CNU apparaît largement
« miraculeux ».
Il est en effet rendu très
difficile par l'
absence de moyens
, puisqu'il ne dispose d'aucune
logistique, ni secrétariat ni salles de réunion. Les
présidents de section doivent souvent faire preuve
d'ingéniosité pour trouver une salle où réunir
leurs collègues afin d'examiner les candidatures
40(
*
)
.
En outre, alors que de nombreuses sections ont aujourd'hui décidé
de faire examiner les candidatures qui leur sont adressées par deux
rapporteurs, ces derniers ne bénéficient d'aucune décharge
de service. Ce travail, très lourd puisqu'il demande de prendre
connaissance de l'ensemble des travaux de recherche des candidats, vient
s'ajouter à leurs propres activités d'universitaires. Ainsi, dans
certaines sections, il n'est pas rare qu'un rapporteur doive examiner 20
à 30 dossiers
41(
*
)
.
Il n'est pas étonnant, dans ces conditions que la Cour des comptes
puisse déplorer que «
le principe de communication des
observations des rapporteurs sur les dossiers refusés n'est pas
systématiquement respecté, faute parfois de rapports suffisamment
étayés ou présentables
». Votre rapporteur a
constaté néanmoins que la plupart des présidents de
section, avec les moyens du bord et sans aucune aide de l'administration
centrale, parviennent à informer les candidats refusés des
raisons de leur échec et de l'insuffisance de leur dossier.
2. ... mais une appréciation des qualités des candidats essentiellement sur dossier...
Que
l'appréciation de la qualité scientifique d'un candidat
s'effectue d'abord à travers ses titres et travaux n'a rien de
surprenant, mais, qu'à l'exception d'une procédure en appel, au
cours de laquelle le candidat refusé est reçu,
le CNU
n'auditionne jamais les candidats à un emploi d'enseignement
est
plus étonnant. Certes, le grand nombre des candidats est, dans de
nombreuses sections du CNU, un obstacle dirimant à l'organisation
d'auditions.
Mais, de plus, le travail sur dossiers, avec nomination de rapporteurs, est
dupliqué au niveau des commissions de spécialistes, alors que
l'on pourrait s'attendre à ce qu'il soit allégé par
l'examen préalable au niveau national. Certes, les commissions de
spécialistes auditionnent les candidats après un premier tri,
mais ces auditions sont généralement brèves et peu
éclairantes.
Les universitaires accordent peut-être une importance excessive aux
critères uniquement académiques
, en négligeant
d'autres qui, dans le contexte actuel, paraissent indispensables au
développement des établissements et à leur ouverture sur
la société.
Quels critères pour les recrutements ?
Les
universitaires sondés ont établi deux grandes catégories
de critères qui, dans les faits, influencent le recrutement d'un
enseignant-chercheur :
- les critères importants, parmi lesquels figure en première
place la valeur scientifique du candidat (près de 84 % des
répondants, environ 54 % l'estimant même très importante),
mais aussi la personnalité du candidat (environ 75 % des
répondants) ; en outre, le soutien d'un directeur de thèse
ou de laboratoire influent est considéré comme important, par
environ 65 % des répondants (moins de 17 % l'estiment peu
important) ;
- les critères peu importants, comme l'appartenance syndicale (à
près de 82 %, et plus de 58 % comme pas du tout important), mais aussi
les aléas de la politique budgétaire (près de 40 % la
considèrent comme pas importante) ;
l'appréciation des
universitaires sur les qualités pédagogiques du candidat est
intéressante car elle traduit le paradoxe du métier
d'enseignant-chercheur :
si la valeur scientifique du candidat,
c'est-à-dire ses capacités à la recherche, on l'a vu, est
très importante, les universitaires n'accordent aux qualités
pédagogiques qu'une importance toute relative : 40 % des
répondants les jugent importantes, mais moins de 20 % très
importantes, moins de 23 % moyennement importantes, et 37 % pas importantes (et
près de 16 % pas du tout importantes) ;
il apparaît pour
le moins paradoxal pour des enseignants de n'accorder qu'aussi peu
d'intérêt à l'aspect pédagogique de leur
profession.
Toutefois, les professeurs accordent plus d'importance aux
qualités pédagogiques des candidats que les maîtres de
conférences.
3. ... et dans des conditions bien différentes de celles en usage dans les universités américaines
Au cours
de son audition, Mme Christine Musselin, qui a effectué des travaux de
recherche notamment sur la comparaison des modalités de recrutement des
universitaires en France et aux Etats-Unis, a indiqué que
la grande
différence entre les systèmes universitaires français et
américain porte précisément sur la gestion des
personnels.
Aux Etats-Unis, le processus de recrutement est peut-être aussi long
qu'en France, mais il est réalisé dans des conditions tout
à fait différentes, privilégiant le contact avec les
candidats plutôt qu'un parcours administratif de tri de dossiers de
candidature comme en France. Le recrutement est en effet trop important pour ne
pas lui consacrer beaucoup de temps, celui-ci devant être utilisé
de façon rationnelle et efficace : la priorité est donc
portée sur les candidats qui ont de réelles chances d'être
recrutés. Notre ancien collègue André Maman, professeur
à Princeton, estimait même que «
les
universités françaises consacrent beaucoup moins de temps que les
universités américaines à recruter les
enseignants
».
C'est pourquoi les « choses sérieuses » commencent
quand il ne reste qu'une quinzaine de candidats potentiels. Chacun d'eux est
alors auditionné sur ses travaux scientifiques pendant une bonne heure
par chaque université dans laquelle il a présenté sa
candidature, y compris par les étudiants les plus avancés.
Est alors dressée une
short list
de quatre ou cinq
candidats. Ils passent deux jours complets sur le campus, aux frais de
l'université qui dispose d'un budget dédié au recrutement,
visitent les services et sont présentés aux différentes
instances de l'université. Puis ils sont reçus en entretien
pendant deux heures par l'ensemble du département dans lequel ils
seraient amenés à travailler, étant précisé
que cet entretien ne porte plus tant sur leurs travaux de recherche -
l'appréciation de leurs qualités scientifiques a
déjà eu lieu - que sur des sujets d'ordre général,
afin notamment de cerner leur personnalité. Ils sont ensuite
invités à déjeuner puis à dîner par les
membres du corps enseignant concernés, parfois même par la
direction de l'université.
L'instance équivalente à nos commissions de spécialistes
établit alors une liste de classement de ces quelques candidats, mais ne
procède pas au recrutement proprement-dit, qui est effectué par
l'ensemble des personnels du département à l'issue d'un vote
intervenant après avoir entendu l'avis du doyen
42(
*
)
.
Ce n'est que lorsque l'enseignant est choisi que commencent les
négociations salariales, déconnectées du jugement
scientifique porté sur lui, les universités américaines
ayant la possibilité d'avoir une stratégie d'employeur.
Ainsi, aux Etats-Unis, trois éléments sont pris en compte
à l'occasion des recrutements :
- le jugement scientifique
porté sur le candidat : ce point est
à la fois fondamental, parce que c'est une condition évidente de
recrutement d'un universitaire de très bon niveau, et secondaire,
puisque son appréciation ne suscite guère de débat, la
décision finale n'étant pas arrêtée sur ce
critère ;
- le jugement des qualités pédagogiques
du candidat, qui
est l'objet de débats beaucoup plus nourris puisque leur
appréciation est nettement plus délicate ;
- le jugement sur la personnalité du candidat
, qui est
très important aux Etats-Unis : l'appréciation
du
good will
(ou « bonne citoyenneté »)
vise à répondre à des questions telles que : ce
candidat sera-t-il un bon collègue ? va-t-il accepter d'assumer des
charges administratives ? a-t-on envie de travailler avec lui ? C'est
d'ailleurs pour connaître la personnalité des candidats que
ceux-ci passent autant de temps sur le campus et qu'ils sont reçus par
un maximum de monde.
Un message d'internaute : la journée de visite « à l'américaine »
«
Cela fait quelques années que je
travaille aux
Etats-Unis (National Institute of Health, Bethesda). Voila en quelques mots
comment se déroule la journée de visite d'un candidat à un
poste ouvert au concours.
Une commission a été créée pour effectuer le
recrutement, avec différents membres du laboratoire et des membres de
laboratoires proches (thématiquement et géographiquement).
1/ L'accueil. Bien entendu, les frais de transport sont pris en charge par le
laboratoire qui recrute. Le dossier du candidat qui est auditionné a
été sélectionné. Le patron du laboratoire prend le
petit-déjeuner avec lui : l'occasion de présenter le
laboratoire d'une façon générale.
2/ Le candidat discute une demi-heure ou une heure avec les différents
membres de la commission. C'est un vrai dialogue. Chacun essaie de voir ce que
ce candidat pourrait apporter, comment passe le contact et le candidat se fait
une idée de ce qu'il pourrait faire dans le laboratoire, etc.
3/ Le séminaire : l'occasion pour le candidat de présenter
ce qu'il a fait. Comme le candidat a déjà discuté avec
plusieurs personnes, souvent la séance de questions se prolonge.
4/ Le chef du laboratoire reprend la main le soir : bilan de la
journée avec le candidat.
Au bout de cette journée, parfois une journée et demi, le
laboratoire et le candidat ont une bien meilleure idée l'un de l'autre.
Le laboratoire cherche à convaincre, à recruter quelqu'un de
bien. Ce n'est pas seulement au candidat de se vendre. Enfin, c'est aussi un
contact humain qui passe. Plus tard, après que 4 ou 5 (ou parfois plus
!) candidats eurent été auditionnés, la commission de
recrutement mise en place autour du poste se réunit pour décider.
Entre temps, chacun a pu mûrir sa décision. Pour un laboratoire,
ce n'est pas tous les jours qu'un nouveau membre arrive. Il faut
« se » choisir avec soin !
Rien à voir avec une audition de 10 minutes où rien ne se passe.
Et comment prendre le temps de considérer un candidat en 10
minutes ?... Il y a parfois de bonnes choses à prendre
outre-Atlantique
».
Or, ce dernier aspect est abordé en France, mais de façon
curieuse. Bien sûr, il est important, mais il est
généralement mal traité.
Les instances de recrutement,
c'est-à-dire les commissions de spécialistes, n'accordent que
très peu de temps à connaître les candidats, ne serait-ce
que parce qu'il y a trop de dossiers, et que des pratiques « à
l'américaine » seraient matériellement impossibles
à organiser dans ces conditions.
C'est pourquoi, elles sont si sensibles aux candidats locaux
: en
portant leur choix sur des candidats que connaissent déjà la
plupart des membres des commissions de spécialistes, elles minimisent le
« risque » relatif à la personnalité du
candidat, mais, ce faisant, elles adoptent une attitude contraire à
l'égalité de l'accès aux emplois publics, qu'elles avaient
pourtant voulu protéger en se refusant à une
présélection des dossiers.
Comme souvent en France, la
recherche de l'égalité procédurale aboutit à des
inégalités de fait !
Le système actuel de recrutement des maîtres de conférences
donne lieu à un jugement tout compte fait mitigé.
En effet,
si près de 55 % des répondants le jugent très ou assez
satisfaisant, et 43 % peu ou pas du tout satisfaisant, il convient surtout de
noter que
85 % d'entre eux le considèrent comme assez ou peu
satisfaisant
: le système ne suscite donc pas l'enthousiasme de
la profession, même s'il satisfait davantage les professeurs que les
maîtres de conférences, ce qui est relativement logique.
Quand on interroge les universitaires sur le système de recrutement des
maîtres de conférences qui aurait leur préférence,
environ 35 % (et 41 % des professeurs) sont favorables au maintien du
système actuel, c'est-à-dire la qualification par le CNU puis le
recrutement par les établissements, tandis que plus de 24 % seraient
favorables au système inverse donnant au CNU un rôle de
confirmation des décisions de recrutement locales - système qui a
d'ailleurs été en vigueur dans le passé. Près de 16
% des répondants sont favorables à l'instauration d'un concours
national sur épreuves, soit un taux finalement peu élevé.
Enfin, environ 22 % des répondants préconisent un autre
système, même s'ils formulent des propositions extrêmement
différentes les unes des autres, si bien qu'aucune
« solution » alternative consensuelle n'est
esquissée.
B. DES RECRUTEMENTS TROP SOUVENT LOCAUX ?
Il a été fréquemment indiqué à votre rapporteur que l'un des maux dont souffrait le système universitaire était le « localisme » des recrutements , c'est-à-dire la préférence donnée par les universités aux candidats ayant soutenu leur thèse en leur sein. Ce risque est souvent inexistant à l'étranger ,dans la mesure où les universités s'interdisent de s'attacher, lors d'un premier recrutement, leurs propres étudiants. Il semble que l'institutionnalisation de cette pratique serait en France illégale, les concours de la fonction publique étant ouverts à tous.
Un message d'internaute : le recrutement local, une politique des laboratoires ?
«
Les « recrutements locaux »
inquiètent visiblement beaucoup d'enseignants-chercheurs, auxquels je
m'associe. Ils présentent le double risque :
- de recruter un candidat qui n'est pas le meilleur sur des critères de
« copinage » ;
- de scléroser l'université en fondant son renouvellement sur un
clonage perpétuel de ce qui existe déjà sur place sans
apport de sang neuf.
Pour les éviter, le problème majeur est qu'avec la meilleure
volonté du monde, une commission de spécialistes ne peut
même pas choisir un candidat non local quand le profil affiché
pour le poste prolonge trop précisément les activités d'un
laboratoire local : les étudiants issus de ce laboratoire seront
forcément les mieux placés pour occuper un tel poste. Il faut
donc travailler à contrôler les profils des postes en diminuant
leur précision (aussi bien en termes de laboratoire d'affectation que de
thématique de recherche).
[...] »
Il est certain que, puisque le recrutement local n'est pas interdit, les
laboratoires et leurs universités ont intérêt à
attendre que leurs meilleurs thésards soient en mesure d'être
qualifiés pour les recruter sur les postes ainsi « mis en
réserve ». Il a été indiqué à
votre rapporteur que ce type de comportement était fréquent dans
certaines grandes universités du centre de Paris. C'est un comportement
certes illicite, mais tout à fait rationnel. De plus, l'absence de
« post-docs » dans le système universitaire
français supprime d'ailleurs une période de mobilité
potentielle dans le cursus des chercheurs et universitaires en les fixant
encore jeunes dans un emploi définitif.
Toutefois, l'université française apparaît excessivement
« consanguine ».
Les réponses au sondage nuancent toutefois quelque peu le discours sur
l'importance du « localisme » des recrutements.
En
effet, sur 768 répondants, 53 % des maîtres de
conférences indiquent avoir été recrutés dans
l'université où ils avaient soutenu leur thèse, 47 %
répondant le contraire. Ces réponses très partagées
ne semblent donc pas confirmer un recrutement local massif. De surcroît,
ce phénomène est encore moins prononcé en ce qui concerne
les professeurs, puisque, parmi les 403 qui ont répondu, 62 % indiquent
n'avoir pas été recrutés dans leur université
d'origine.
Par ailleurs, plus de 67 % des universitaires sondés sont opposés
à l'interdiction de recruter des candidats locaux pour pourvoir les
postes de maîtres de conférences, suggestion pourtant souvent
avancée sur le forum Internet pour mettre un terme au localisme des
recrutements. Toutefois, 37 % des professeurs sont favorables à cette
idée, contre moins de 28 % pour l'ensemble, tandis que 22 %
seulement des maîtres de conférences y sont favorables. En
revanche, l'idée de fixer un quota de postes pourvus par des candidats
locaux rencontre beaucoup moins d'hostilité, puisque 46 % des
répondants y sont favorables, et 45,5 % opposés.
Les mesures
radicales, comme une interdiction totale de recruter des candidats locaux, sont
généralement écartées, tandis que les solutions de
compromis rencontrent un écho plus favorable.
Du reste, le « localisme » s'entretient.
Ainsi, au sein
de la section 63 du CNU (électronique), seuls 20 % des maîtres de
conférences ont changé d'université ou de laboratoire, et
trois professeurs sur 40. Cette très faible mobilité comporte un
véritable
risque de sclérose
du système et des
capacités d'innovations scientifiques de notre pays.
Votre rapporteur estime que le fait d'être un candidat local ne doit
être ni un avantage ni une tare. Il faut donc mettre en place des
mécanismes assurant cette neutralité. Le meilleur, mais il ne
joue qu'à long terme, est certainement de laisser jouer la
« sélection naturelle » entre universités. Si
une université accepte de « mauvais » recrutements
locaux, elle dévalorise son potentiel d'encadrement et se
décrédibilisera progressivement. Pour ce prémunir contre
ce risque, le choix des deux rapporteurs par le président de la
commission de spécialistes est capital. Il faudrait à tout le
moins que l'un d'eux, voire les deux, soit extérieur à
l'université, alors que ce n'est aujourd'hui qu'une faculté pour
l'un d'eux.
Un des enseignements du sondage : les « localo-confiants » et les « localo-défiants »
Le fait
de procéder au tri croisé des réponses à un certain
nombre de questions du sondage, met en évidence l'
existence d'un
clivage entre
des universitaires opposés, voire suspicieux à
l'égard des recrutements locaux - ce sont
les
« localo-défiants »
-,
et
d'autres, qui
sont moins réservés sur ce phénomène - ce sont
les « localo-confiants »
.
Or, les résultats du sondage montrent que, parmi les répondants,
63 % se rangent dans la catégorie des
« localo-défiants », car ils sont favorables
à l'interdiction, ou en tout cas, à la limitation, du recrutement
par les universités de leurs propres docteurs, et 37 % dans la
catégorie des « localo-confiants », car ils se
déclarent opposés à de telles mesures.
Il convient dès lors d'observer les principales caractéristiques
de ces deux « profils-types ».
Les « localo-défiants » sont plutôt
professeurs (68 %) que maîtres de conférences (58 %). Ils
exercent leur profession le plus souvent dans une école
d'ingénieur (71 %). Logiquement, ils représentent 71 % des
universitaires à n'avoir pas été recrutés comme
maîtres de conférences dans l'université dans laquelle ils
avaient soutenu leur thèse, et 70 % ne sont d'ailleurs pas satisfaits de
la façon dont se déroule le recrutement des maîtres de
conférences. 74 % sont favorables à l'institution d'un
concours national sur épreuves, pour les recrutements. Ils sont
également plus nombreux à souhaiter que les sections du CNU
comprennent davantage de membres extérieurs au système
universitaire, demandant à y voir siéger plus de chercheurs
(71 %), de personnalités extérieures (71 %) ou
d'universitaires étrangers (70 %), et sont relativement méfiants
à l'égard des membres élus. De même, la composition
actuelle des commissions de spécialistes ne leur donne pas satisfaction
(67 %), souhaitant, dans ce cas-là aussi, y voir davantage de
personnalités extérieures. De même, en ce qui concerne les
promotions de classe, ils estiment, à 71 %, que l'instance nationale est
la plus légitime pour en décider. 71 % d'entre eux ont
déjà travaillé dans plusieurs universités, et 70 %
dans une université étrangère. Ils représentent 74
% des universitaires intéressés par une mobilité
définitive dans un organisme de recherche. Ils sont plus des deux tiers
(69 %) à estimer que l'obligation constitutionnelle de rendre compte de
son activité est insatisfaisante dans le système universitaire.
En revanche, les « localo-confiants » sont en
général maîtres de conférences, à 42 %,
contre 32 % de professeurs. Ils se rencontrent surtout chez les universitaires
des disciplines littéraires et artistiques (48 %). Il y a parmi eux 45 %
de présidents (ou anciens présidents) d'université et
directeurs (ou anciens directeurs) d'IUT. 46 % d'entre eux ont
été recrutés comme maîtres de conférences
dans l'université dans laquelle ils avaient soutenu leur thèse
(contre 29 % qui ne sont pas dans ce cas). 43 % se disent satisfaits des
modalités actuelles de recrutement des maîtres de
conférences, et 44 % considèrent que le système actuel de
recrutement donne satisfaction. Ils sont favorables à ce que les
sections du CNU comptent davantage de membres élus (44 %), et 42 %
s'estiment satisfaits de l'actuelle composition des commissions de
spécialistes. De surcroît, ils sont 56 % à juger que
l'instance locale est la plus légitime pour examiner les candidatures
à des promotions de classe. L'évaluation des enseignements par
les étudiants rencontre l'opposition de 43 % de ces universitaires, de
même que l'établissement d'un contrat pluriannuel conclu avec le
président de l'université (44 %). Ils sont
généralement moins mobiles, puisque 43 % n'ont jamais
travaillé dans une autre université, encore moins (42 %) dans une
université étrangère. 42 % estiment satisfaite
l'obligation de rendre compte de ses activités à
l'université.
1. Des commissions de spécialistes trop peu transparentes
Les
commissions de spécialistes des universités ont été
très généralement présentées à votre
rapporteur comme le « point faible », voire le
« point noir » du recrutement des universitaires en France.
Ces commissions sont chargées de recruter les enseignants-chercheurs
au sein des établissements, dans une discipline
considérée, à partir de la liste des qualifiés par
la section compétente du CNU ayant fait acte de candidature dans
l'établissement.
Or, les pratiques des commissions de spécialistes apparaissent quelque
peu opaques, voire franchement inéquitables, d'autant plus qu'elles
favoriseraient les candidatures locales et les rigidités disciplinaires.
La Cour des comptes elle-même, en conclusion de l'étude relative
à la gestion des enseignants-chercheurs figurant dans son rapport public
particulier précité, écrit ainsi : «
les
critères de choix laissent
[ ...]
une grande place à
des appréciations individuelles ou d'opportunité sur lesquelles
il ne revient pas à la Cour de se prononcer
»...
Les annonces d'emploi, reproduites ci-contre, et issues du magazine
The
Economist
, montrent bien que les « post-docs » ainsi
que les universitaires, sont, dans de nombreux pays étrangers,
recrutés comme dans le secteur privé.
Un
message d'internaute : expérience vécue sur le fonctionnement
des commissions de spécialistes
«
A la première question
[posée
sur
le forum]
, la réponse est claire : j'ai été
recruté à l'issue d'un concours arrangé comme je crois
tous ou quasiment tous les maîtres de conférences recrutés
chaque année. Mes concurrents de l'époque savaient d'ailleurs
fort bien qu'ils venaient auditionner pour donner l'illusion que le concours
respectait les procédures de recrutement de la fonction publique. C'est
d'ailleurs exactement la même chose au niveau des professeurs. Tout le
monde connaît au moins un an à l'avance qui sera recruté
comme maître de conférences et comme professeur à
l'université. Il faut donc le redire : le recrutement universitaire
est purement clientéliste, « maffieux » et contre le
principe même de la fonction publique.
Le problème, contrairement au discours dominant, n'est pas dû au
fait que les universités recrutent des candidats locaux (ou
« maison »). L'interdiction de recruter une personne
formée dans l'université semblerait être la solution
miracle. Cet argument est si souvent utilisé par les personnes
siégeant dans les commissions de spécialistes chargées du
recrutement qu'il devient suspect. Pour être membre de ces commissions,
je peux témoigner que pratiquement à chaque fois que je
m'élève contre un recrutement arrangé (c'est-à-dire
la décision du patron du laboratoire d'accueil), je suis bien le seul
et, lors du vote (secret pourtant), tout le monde, y compris le collège
B, vote le plus souvent en suivant les ordres du mandarin local.
[...] »
Les critiques qui leur sont adressées sont multiples, et une
consultation, même rapide, du forum Internet mis en place par votre
rapporteur est éloquente, mais
les trois principales sont les
suivantes :
1°) composition inadaptée, et corporatiste ;
Le
jugement paradoxal sur la composition des commissions de
spécialistes :
insatisfaction mais
statu quo
La
composition des commissions de spécialistes des établissements
est, elle aussi, peu appréciée, puisqu'elle satisfait moins de la
moitié (à peine plus de 47 %) des répondants au sondage.
Comme pour les sections du CNU, aucune proposition ne s'affirme avec
netteté. Le choix majoritaire - près de 50 % pour les membres
élus - se porte sur la
perpétuation du système actuel
bien que considéré comme peu satisfaisant
. Ici encore,
toutefois, les professeurs souhaiteraient davantage d'universitaires
étrangers au sein des commissions de spécialistes (48 % contre
moins de 32 % pour l'ensemble).
S'agissant du recrutement des maîtres de conférence, il convient
de constater que la proposition de rendre membres de droit des commissions de
spécialistes compétentes l'ensemble des maîtres de
conférences de l'établissement ne rencontre guère
l'approbation de la profession, puisque plus des deux tiers des
répondants n'y sont pas favorables. Cette proportion diminue toutefois -
plus de 55 % - pour la participation de droit de tous les professeurs. Elle est
plus faible encore - une bonne moitié - concernant la participation de
droit des professeurs aux commissions de spécialistes pour le
recrutement des professeurs des universités.
Ces réponses apparaissent aussi plutôt paradoxales puisque, si la
composition des commissions de spécialistes ne donne globalement pas
satisfaction, étant notamment accusée de favoriser les
candidatures locales et de promouvoir les corporatismes disciplinaires, leur
réforme, en particulier leur plus grande ouverture, n'est guère
souhaitée.
2°) établissement de profils de candidature officieux
éloignés des profils officiels
, afin de donner toutes leurs
chances aux candidats locaux ; généralement, les commissions
de spécialistes ne définissent pas de profils de postes
permettant aux candidats qualifiés par le CNU de savoir
a priori
s'ils ont des chances d'obtenir le poste convoité. Si une
amélioration sur ce point a pu être constatée
récemment, les conseils d'UFR publiant désormais plus souvent des
profils de postes, il arrive que certains de ces profils soient taillés
sur mesure pour les candidats locaux !
3°) manque de considération pour les candidats :
convocation des candidats très tardive, auditions menées en
quelques minutes, évacuation des questions de fond, non remboursement
des frais de déplacement de candidats venant parfois de loin ou
amenés à se présenter dans plusieurs établissements
répartis sur l'ensemble du territoire ...
Un message d'internaute : la procédure de recrutement, un
cauchemar ?
«
La procédure de recrutement à l'université
est un cauchemar ! Elle s'étale sur plus de 6 mois, et pourtant
elle méprise totalement les candidats qu'elle prétend
sélectionner !
Rappelons les faits. Cette procédure a deux volets : la qualification
par le CNU, puis le recrutement local. Ces 2 phases doivent se dérouler
dans une seule année, de façon à permettre un recrutement
qui ne soit pas trop lent...
[...]
Cette première phase
[ la qualification par le CNU]
a lieu
entre novembre et février environ. Cela laisse donc 4 mois pour la
seconde phase (le concours local) : de mars à juillet. En 4 mois, il
faut : annoncer les postes ; recueillir les candidatures ;
évaluer les dossiers envoyés par les candidats ; convoquer
les candidats pour audition et les auditionner pour choisir l'élu...
En général, les postes paraissent au Bulletin Officiel vers la
mi-mars ; les dossiers sont à envoyer aux universités
mi-avril, et les auditions ont lieu à la mi-mai. Donc, les commissions
de spécialistes ont un mois pour évaluer les dossiers et
sélectionner les candidats pour l'audition ; puis les convoquer.
Or, une commission de spécialistes comporte en général une
vingtaine de personnes. Ces 20 personnes sont en général
enseignants, donc ont un emploi du temps éventuellement chargé.
Plus encore si leur activité de recherche est bien vivace. Bref,
réunir ces 20 personnes deux fois (une première pour
décider des convocations et une seconde pour les auditions) tourne
très vite au cauchemar... et souvent, ces 2 réunions sont
espacées d'une à deux semaines maximum...
Or, il existe une catégorie de candidats de plus en plus
conséquente :
ceux qui sont à
l'étranger au
moment de leur candidature
. Ainsi, l'an dernier, je recevais ma convocation
à une audition aux Etats-Unis, alors que j'avais déjà
passé l'audition et obtenu le poste !!! Inutile de dire que cela a
beaucoup fait rire mes collègues américains. Heureusement que le
président de la commission m'avait confirmé ma convocation au
téléphone ! Inutile aussi de dire que je ne leur ai dit ni
combien j'allais être payé, ni que le voyage s'était fait
à mes frais, ni que l'audition durait 30 minutes... Ils auraient
été atterrés. Eux qui ont l'habitude d'aller à une
audition qui dure au moins toute la journée, pendant laquelle ils ont,
comme nous, à présenter leurs travaux, mais aussi pendant
laquelle ils ont droit à une visite complète du
département dans lequel ils seraient recrutés, pendant laquelle
ils rencontrent tous les gens avec qui ils travailleraient... Bien sur, de
telles visites se font aussi en France : à l'initiative du candidat, et
à ses frais !
Bref, l'université prétend recruter un candidat de valeur, pour
une durée de 30 ans, et elle le fait en 30 minutes... et au
mépris du candidat lui-même. Evidemment, cette procédure
est la seule possible dans la mesure où il faut convoquer 20 personnes
pour chaque personne auditionnée ! Impossible de prévoir une
journée par candidat, de préférence en fonction de ses
disponibilités : on n'y arriverait pas !
[...]
Actuellement, la « transparence » est assurée par
le grand nombre de personnes faisant partie de la commission de recrutement.
Mais cette commission décide à huis clos, et a seule accès
à l'information (en l'occurrence, la performance du candidat au moment
de l'audition).
[...] »
Votre rapporteur est conscient du caractère défectueux de
l'organisation de nombreuses commissions de spécialistes, qui jette un
doute, pour les candidats non retenus, sur la qualité de leur travail de
sélection. Il est évident que
le rapport
coût/efficacité
des procédures actuelles est de
toute façon excessivement défavorable :
le
système doit traiter un grand nombre de dossiers, parfois au
détriment du temps consacré à porter un jugement sur le
fond, donne lieu à l'organisation d'élections innombrables et
devient tellement complexe que certaines universités, comme Paris XII,
ont dû mettre en place une formation juridique pour les membres des
commissions !
Dans son principe, le déroulement de la procédure de recrutement
n'est pas absurde, mais,
dans la pratique, de très nombreuses
commissions de spécialistes sont incapables de fonctionner
correctement
. Si la procédure de qualification par le CNU n'a pas
été assez sélective, les commissions ont à faire
face à un nombre élevé de candidatures. Les rapports
à établir sur titres et travaux sont trop nombreux face à
la capacité de travail de la commission. La liste d'admissibilité
établie après présentation des rapports sur titres et
travaux n'est pas assez sélective, si bien que les auditions sont trop
courtes et ne se déroulent fréquemment que devant une
sous-commission de quatre membres !
Il est certain que, dans ces conditions, les dés paraissent pipés
à beaucoup de candidats et que la décision dépend tout
autant de discussions et de prises de contact informelles, et souvent fort
utiles, que du respect d'une procédure formelle soumise au
contrôle du juge. Comment demander par exemple à un candidat
d'animer un séminaire devant des étudiants avancés comme
on le fait à l'étranger pour apprécier ses qualités
pédagogiques, quand on sait que le recrutement d'un professeur ne peut
être le fait que d'une commission siégeant en formation restreinte
aux seuls professeurs ?
Les
voies d'une indispensable réforme sont difficiles à
trouver
en raison d'un constant décalage entre des principes
séduisants et leur application concrète. Ainsi est-il souhaitable
de faire appel à des rapporteurs extérieurs pour évaluer
« sans biais local » les titres et travaux des
candidats ; mais si ces rapporteurs extérieurs sont, pour des
raisons de commodité, membres de l'université voisine de la
même ville universitaire, le but poursuivi ne sera pas
nécessairement atteint.
Les universités ont tout intérêt à comprendre que
leur crédibilité et aussi leur avenir dépendront de la
façon dont elles font fonctionner leurs commissions de
spécialistes et du temps qu'elles leur donneront pour le faire
.
Certaines l'ont compris. Et la première chose à faire est
d'intéresser tout le corps enseignant d'une discipline ou même
d'une UFR au recrutement d'un futur collègue : la participation de
tous les professeurs à une commission de spécialistes doit
être de droit (alors que ce n'est actuellement qu'une faculté). La
seconde est sans doute que les avis écrits d'experts extérieurs
à la commission (y compris étrangers) que peuvent recueillir les
rapporteurs soient systématisés et communiqués à
tous et qu'une synthèse en soit établie pour le conseil
d'administration. Enfin, la liste d'admissibilité devrait être une
liste courte pour que les auditions aient un sens et puissent se
dérouler suivant des formules variées.
2. Des constats de dérives dans le recrutement de professeurs associés
Une
autre dérive d'une autonomie des universités mal
maîtrisée réside dans les abus qui peuvent parfois
être constatés s'agissant des professeurs associés. Il
s'agit de non-universitaires qui sont appelés à donner des cours
dans certaines disciplines spécialisées, dans la perspective
d'une ouverture de l'enseignement supérieur vers la
société. La moitié d'entre eux se trouvent en droit.
Or, si ce système est excellent dans ses principes, et souvent dans son
application, il convient de constater que, dans quelques cas,
l'université recrute parfois qui bon lui semble, sans en
apprécier le moins du monde les qualités scientifiques ou
pédagogiques, et reconduit quasi-automatiquement leur contrat de trois
ans sans évaluer la qualité de l'enseignement ainsi
dispensé.
CHAPITRE III
LA GESTION DES CARRIÈRES
La
gestion de la carrière des universitaires confirme bien, après
l'examen des modalités de leur recrutement, que les
enseignants-chercheurs sont des fonctionnaires à part.
Certes, ils partagent avec l'ensemble de la fonction publique le manque de
souplesse des dispositions statutaires et financières qui s'appliquent
au corps de fonctionnaires ; mais
à la différence des
autres agents de l'Etat, ils ne sont soumis ni au pouvoir hiérarchique
d'un chef de service, ni à un système d'inspection, les
règles de l'avancement et l'organisation des tâches reposant
également sur le jugement des pairs
.
Par certains de ses aspects, la profession universitaire demeure assez proche
d'une profession libérale et c'est cette liberté - liberté
pour l'universitaire de choix de ses thèmes de recherche, voire de ses
cours et de l'organisation même de sa journée de travail - qui la
rend attrayante et qui constitue une
incitation
puissante à
s'impliquer dans le bon fonctionnement d'une institution dont on se sent membre
et responsable. Mais cette incitation puissante qu'il faut préserver ne
doit pas être contrebalancée par une mauvaise organisation des
tâches et du déroulement de la carrière.
Ce
système, proche de l'autogestion
, entraîne en effet des
déviations bien connues. Le système français de recherche
souffre d'une régulation insuffisante par la concurrence scientifique
internationale. Les attitudes et valeurs monopolistiques, la lutte pour les
territoires disciplinaires et les postes peuvent conduire aussi bien au
mandarinat qu'au syndicalisme corporatif ou à la bureaucratisation.
L'absence criante de mobilité thématique et la difficulté
de développement des actions innovantes traduisent une rigidité
préoccupante. Le système d'enseignement supérieur souffre
d'un pilotage insuffisant par la demande d'emplois de l'appareil productif,
même si des progrès sensibles apparaissent et que le
développement des filières professionnelles n'est plus
rejeté.
De plus,
la carrière d'un universitaire peut se dérouler sans
la moindre évaluation de son activité, pédagogique comme
de recherche
. En sens inverse,
l'obsolescence des obligations de service
des enseignants-chercheurs
les place dans une situation
particulièrement inconfortable : astreints à un minimum de
service trop rigide, ils ne peuvent se consacrer pleinement à des
activités de plus en plus nombreuses dans l'enseignement
supérieur. Ce problème a conduit le ministre de
l'éducation nationale à instituer une commission, animée
par M. Bernard Espéret, président de l'université de
Poitiers, chargée de réfléchir à une nouvelle
définition des tâches des enseignants et des
enseignants-chercheurs dans l'enseignement supérieur français.
Cette commission vient de rendre son rapport.
I. UN DÉROULEMENT DES CARRIÈRES PEU INCITATIF NE FAVORISANT PAS L'EXCELLENCE
Le
déroulement d'une carrière universitaire paraît dans son
principe favorable à l'excellence : les grandes étapes qui
le scandent, les avancements de classes, s'effectuent toujours au choix, sans
condition d'ancienneté
43(
*
)
et rien
n'interdit de brûler les étapes en accédant directement au
professorat.
Or, une pyramide des emplois déséquilibrée, des
rémunérations peu attractives et une diversification insuffisante
des parcours obligent à nuancer fortement cette affirmation.
Un message d'internaute : des carrières bloquées
«
L'évolution de carrière :
très
bloquée. Dans mon cas personnel, je suis professeur de
1
ère
classe depuis le 1
er
janvier 1990, au dernier
échelon de cette classe depuis le 1
er
mai 1994, et
bloquée au dernier chevron du dernier échelon depuis le
1
er
mai 1996, avec pratiquement aucune perspective de promotion
à la classe exceptionnelle, compte tenu du nombre ridicule de promotions
ouvertes chaque année.
Au niveau local, chaque année, en moyenne, à l'université
de Lille I, deux promotions en classe exceptionnelle (pour 120 promouvables)
sont offertes et réservées à des professeurs très
fortement impliqués dans des activités administratives et, par
conséquent, dans la réalité, ne pouvant plus faire de
recherche.
Au niveau national, au CNU en 32
ème
section, en 2000, 3
possibilités de promotions ont été attribuées
à un collaborateur de
[...]
, à un professeur ayant eu de
nombreuses activités au sein du ministère et à un membre
du CNU.
Dans ces conditions que peuvent faire les universitaires qui remplissent leurs
activités d'enseignants-chercheurs pour lesquelles ils ont
été recrutés ? Le problème est le même
pour les promotions de professeur de 2
ème
classe
à la 1
ère
classe, bien que légèrement
moins critique.
[...] » .
A. UNE PYRAMIDE D'EMPLOIS DÉSÉQUILIBRÉE ET PEU STIMULANTE
1. Le déroulement d'une carrière d'universitaire
Pour le déroulement d'une carrière d'universitaire, la décision essentielle est non pas l'accès au corps des professeurs, mais le passage à la première classe des professeurs qui conditionne l'accès aux « échelles-lettres ». Les données suivantes montrent clairement qu'un maître de conférences n'a d'intérêt à devenir professeur que si ses perspectives de carrière lui permettent d'envisager une progression dans ce corps : pourquoi préparer une habilitation et un concours de professeur s'il paraît plus aisé de devenir en fin de carrière maître de conférences hors classe que professeur de 2 nde classe pour des avantages identiques ?
Maître de conférences de classe normale :
indices
453-820 (de 11 700 F à 21 200 F par mois)
44(
*
)
Maître de conférences hors classe : indice 657-groupe A (de
17 000 F à 24 900 F par mois)
Professeur de 2
nde
classe : indice 657- groupe A (de 17 000 F
à 24 900 F par mois)
Professeur de 1
ère
classe : indice 820 - groupe C (de 21
200 F à 30 100 F par mois)
Professeur de classe exceptionnelle : groupes D et E (de 30 100 F à
34 200F par mois)
De plus,
la fusion récente des deux premières classes de maître
de conférences
en une classe normale, en principe pour
débloquer la carrière des jeunes recrutés, conduit
à un avancement à l'ancienneté de la masse des
maîtres de conférences et
semble à votre rapporteur
très démotivante
pour les meilleurs, alors que les
premières années d'exercice des fonctions sont
déterminantes pour la poursuite d'un effort de recherche. De plus, en
l'absence d'un contrôle réel des activités d'un enseignant,
l'université perd tout moyen de pression à l'encontre de ceux qui
se contentent dans un cadre non stimulant d'assurer leurs obligations minimales
de service.
La fusion, intervenue en 2001, des deux premières classes du corps des
maîtres de conférences donne lieu à une appréciation
partagée, puisque moins de 49 % des répondants au sondage en sont
très ou assez satisfaits, et 43 % peu ou pas du tout satisfaits, cette
dernière appréciation étant toutefois partagée par
plus de 25 % des sondés. Il faut probablement voir dans ces
réponses le jugement mitigé que portent les universitaires sur
les conséquences de cette décision, qui est certes la
satisfaction d'une revendication ancienne, mais qui constitue aussi une
régression en termes d'avancement des maîtres de
conférences au mérite.
2. La pyramide des emplois
La
pyramide des emplois universitaires est telle que
le principal barrage
à une dynamique des carrières est le passage à la
première classe des professeurs.
Les professeurs de
1
ère
classe et classe exceptionnelle ne représentent
en effet qu'environ 14 % des universitaires et 47 % des seuls professeurs.
Une comparaison des tableaux annexés aux lois de finances pour 1991 et
2001 illustre de façon grossière
45(
*
)
l'évolution de la pyramide des emplois
budgétaires (hors médecine) après une décennie de
forts recrutements. Elle montre la stabilité de ces proportions,
même si la priorité a été manifestement
donnée au développement de la hors-classe des maîtres de
conférences.
|
|
1991 |
2001 |
variation |
|
Assistants (en extinction) |
2 190 |
1 561 |
-28.7% |
|
MA et MC classe normale (ex 1ère+2nde) |
22 609 |
29 703 |
+ 31.4% |
|
MC hors classe |
1 372 |
2 777 |
+102.4 % |
|
PR 2 nde classe |
6 263 |
7 649 |
+22.1 % |
|
PR 1 ère classe |
4 249 |
5.587 |
+31.5 % |
|
PR classe exceptionnelle |
1 174 |
1 405 |
+19.7% |
|
TOTAL |
37 857 |
48 682 |
+28.6 % |
|
PR en % du total |
30.9% |
30.1% |
|
|
PR 1 ère cl et cl exc. en % du total |
14.3% |
14.4% |
|
|
PR 1 ère cl et cl exc. en % des professeurs |
46.4% |
47.7% |
|
Cette
stabilité de la structure de la pyramide des emplois dissimule la
détérioration des conditions de promotion et l'âge moyen de
plus en plus tardif de passage à la 1
ère
classe qu'a
analysés l'OST avec précision dans son étude
annexée au présent rapport. Les simulations du ministère
montrent de plus que les départs en retraite nombreux des prochaines
années n'amélioreront pas sensiblement la situation en l'absence
de mesures de repyramidage puisque le taux de promotion à la
1
ère
classe des professeurs oscillerait au cours de la
prochaine décennie entre 8 % et 10 % et celui de la hors classe des
maîtres de conférences entre 4 % et 6 %.
Votre rapporteur ne peut que constater que le ministère a tardivement
compris la nécessité d'études prospectives en
matière de gestion des ressources humaines. Mais un reprofilage
coûteux de la pyramide des emplois sera nécessaire si l'on ne veut
pas tuer l'attractivité de la carrière universitaire pour les
jeunes et recréer les stimulants nécessaires à une
poursuite de l'activité de recherche pour les nouveaux maîtres de
conférences.
B. DES RÉMUNERATIONS PEU ATTRACTIVES
1. La médiocrité des rémunérations : un handicap pour le système universitaire français
De
très nombreux interlocuteurs de votre rapporteur ont insisté sur
la « dévaluation sociale » de la profession
d'enseignant-chercheur.
Elle est dans une certaine mesure sociologiquement
inévitable car liée au grand nombre et au développement de
l'université de « masse ». De plus,
« l'aventure scientifique » ou « l'aventure
technologique » se sont banalisées aux yeux de l'opinion.
Ce constat pose également le problème de
l'attractivité
des rémunérations dans l'enseignement supérieur et la
recherche.
Il est clair qu'une
partie de cette
rémunération est de
nature non pécuniaire est
résulte de la liberté et de l'intérêt du
métier, mais l'appréciation de ces avantages
« perçus en nature » tend à fortement
diminuer.
Un message d'internaute : des rémunérations peu attractives, voire dissuasives
«
Le système universitaire manque
d'attractivité dans les domaines scientifiques et technologiques
à cause des rémunérations ridiculement faibles en
comparaison avec celles du secteur privé à qualifications et
responsabilités égales (les salaires des enseignants du
supérieur sont environ la moitié de ceux du secteur privé).
Je livre à votre réflexion le montant mensuel de mon traitement,
à 60 ans, professeur 1
ère
classe, dernier
échelon (échelon 03, chevron C3) : salaire brut de
32.550,08 francs (26.927,95 francs nets) en avril 2001, 31.196,08 francs
(25.466,07 francs nets) en mai 1996, soit une augmentation de 4,36 % en 5 ans.
Le pouvoir d'achat est-il maintenu ?
Ces traitements sont très dissuasifs à l'entrée dans la
fonction. Même ceux qui, par idéalisme ou intérêt
pour le métier, auront choisi l'enseignement supérieur finiront
par être découragés.
En conclusion, les enseignants du supérieur se sentent
dévalorisés par la faiblesse des rémunérations par
rapport à leur niveau de formation et de compétence.
[...] ».
Votre rapporteur considère que les conclusions du rapport Fitoussi
mettent bien en valeur les
conséquences engendrées par
l'insuffisance des rémunérations de départ sur la
qualité du recrutement initial :
«
un jeune
titulaire de doctorat aux États-Unis est embauché en moyenne
à un salaire supérieur à celui d'un professeur
français de classe exceptionnelle en fin de carrière. Dans une
discipline comme l'économie, où la concurrence du privé
est importante, il faut savoir que le salaire moyen d'embauche des titulaires
de certains DESS ou magistères est supérieur à celui d'un
professeur des universités débutant mais de dix ans plus
âgé. C'est la raison pour laquelle de très bons chercheurs
découragés par les médiocres perspectives de
carrière que leur offre l'université choisissent de travailler
dans des services d'études économiques
privé
».
La sensibilité à la concurrence internationale - les meilleures
universités du monde se disputent les meilleurs enseignants-chercheurs -
et à la concurrence du secteur privé est certes variable suivant
les disciplines, mais
la France risque de se doter, lors des importants
renouvellements des prochaines années d'une masse d'enseignants d'un
niveau moyen peut-être mais écartant les meilleurs.
2. Un problème commun à l'ensemble de la haute fonction publique
Les
solutions sont évidemment délicates à proposer.
Le problème n'est pas spécifique à la fonction
universitaire mais à la haute fonction publique
, dont les
rémunérations ont crû moins vite en longue période
que celle des agents placés au bas de l'échelle. De plus, selon
une idée courante, les professeurs placés aux
« échelles-lettres » représenteraient
déjà plus de la moitié de la haute fonction publique et
cette proportion serait difficile à modifier...
En revanche, et à la différence du reste de la haute fonction
publique,
le système des primes est très peu
développé dans la fonction universitaire
, même si l'on
tient compte des heures de cours complémentaires
rémunérées à un taux très bas
46(
*
)
. Le plan de revalorisation de la condition
enseignante de 1989 a certes créé une prime d'encadrement
doctoral et de recherche (PEDR) d'un montant de 21.000 francs à 31.000
francs par an accordée de façon sélective à
l'échelon national à environ 10.000 universitaires se
concentrant sur les activités de recherche. Une prime de
responsabilités pédagogiques (PRP) de 24.000 francs par an,
convertible en décharge de service peut, depuis 1999, être
attribuée par les établissements par prélèvement
sur leur dotation de fonctionnement à des enseignants remplissant
certaines responsabilités pédagogiques
« spécifiques » autres que d'enseignement.
Le total de ces primes reste modeste.
C. UNE CERTAINE FLEXIBILITE DES REVENUS
Enfin,
une certaine flexibilité des revenus peut être obtenue grâce
aux revenus accessoires que peuvent engendrer des activités
professionnelles exercées à la marge de l'institution
universitaire (droits d'auteur, consultations, expertises, valorisation de la
recherche, voire exercice d'une seconde activité libérale telle
qu'avocat)
47(
*
)
.
Les enseignants-chercheurs ne sont pas des personnes âpres au gain.
Ainsi, les trois quarts des répondants au sondage estiment que le fait
de siéger dans une section du CNU et/ou dans une commission de
spécialistes doit rester bénévole.
Par ailleurs, peu d'entre eux, en dehors des heures complémentaires,
bénéficient d'une autre source de revenus liée à
leur activité professionnelle. 94 % des répondants indiquent que
la part des revenus tirés de leurs activités extérieures
est inférieure à 30 % de leur rémunération
annuelle, et, pour 58 %, inférieure à 10 %. Seuls moins de 3 %
indiquent qu'elle est supérieure à 50 %.
Ces activités ne doivent pas nécessairement être
réprouvées : les universitaires enseignent en effet
très souvent en dehors de l'université, en particulier dans les
grandes écoles. Elles doivent même être fortement
encouragées et développées pour la valorisation de la
recherche publique et la participation à la création d'entreprise
dans le cadre de la loi du 12 juillet 1999 sur l'innovation et la recherche.
D. UNE DIVERSIFICATION INSUFFISANTE DES PARCOURS
Les
procédures d'avancement sont plus complexes encore que celles du
recrutement initial et s'effectuent tant au niveau local que national suivant
des mécanismes divers parfois mal connus et de ce fait peu transparents,
qu'il serait de toute façon fastidieux de décrire en
détail. Cette confusion s'explique certes par la multiplicité des
objectifs souvent contradictoires poursuivis par les candidats et les
universités et que ne régule plus de façon satisfaisante
l'instance nationale qu'est le CNU, mais témoigne aussi de l'adaptation
difficile du déroulement des carrières à la
diversification des fonctions de l'enseignement supérieur.
Votre rapporteur se bornera à quelques questions.
1. Peut-on diversifier le recrutement des professeurs ?
• Un recrutement profitant majoritairement aux
maîtres
de conférences
Plus importante que la promotion de classe au sein d'un corps donné par
les perspectives qu'elle offre, l'entrée dans le corps des professeurs
qui seule ouvrira l'accès aux échelles-lettres est une
étape essentielle du déroulement de la carrière. Lors des
concours de recrutement de 2000, 77% des professeurs nouvellement nommés
étaient antérieurement maîtres de conférences. La
maîtrise de conférences est ainsi devenue la voie principale
d'accès au professorat et cette tendance est renforcée par
l'organisation de concours internes de professeurs
« réservés » aux maîtres de
conférences ayant une certaine ancienneté et non
nécessairement « qualifiés ».
Toutefois votre rapporteur a constaté avec satisfaction une ouverture
marquée du recrutement vers l'étranger, notamment dans les
disciplines scientifiques. Au total, 6 % des professeurs recrutés en
2000 exerçaient préalablement une activité d'enseignement
ou de recherche à l'étranger.
• Une barrière à l'entrée des chercheurs ?
Il ne faudrait cependant pas que l'entrée dans le corps des professeurs
finisse par être réservée
de facto
aux seuls
maîtres de conférences. Or, la mobilité des chercheurs vers
l'enseignement supérieur apparaît encore excessivement
réduite, car souvent mal perçue par les universitaires qui la
freinent, alors que les problèmes administratifs d'harmonisation des
statuts ont été très largement résolus. Nombre de
chargés de recherche demandent à entrer dans l'enseignement
supérieur pour contourner les effets d'un blocage des carrières
estimé plus sévère au CNRS que dans l'université.
Mais les sections du CNU ou les commissions de spécialistes
élèvent des barrières à l'entrée des
chercheurs en se montrant relativement exigeantes en matière
d'expériences de l'enseignement : beaucoup d'entre elles rejettent
donc les dossiers de chargés de recherche n'ayant pas enseigné
48(
*
)
(et pratiquant de ce fait une concurrence
jugée déloyale vis-à-vis des maîtres de
conférences en s'investissant à temps complet dans leurs travaux
de recherche). En sens inverse, il a été indiqué à
votre rapporteur que des chercheurs refusaient d'assurer des cours en
1
er
cycle ! Ainsi ce type de mobilité n'a
concerné en 2000 que 6,7% des recrutements de professeurs. Ces
comportements peuvent paraître regrettables mais ils traduisent la
difficulté de rendre cohérente l'organisation duale de la
recherche que la France a choisie avec le principe du « chercheur
à vie ».
• Une diversification insuffisante vers les professionnels
Votre rapporteur estime de façon plus générale que le
« vivier » des professeurs doit se diversifier du fait de
la différenciation et de la professionnalisation de plus en plus
marquées des formations universitaires et aussi d'un certain tarissement
des vocations. Alors que 93 % de postes offerts en 2000 ont été
pourvus au niveau des maîtres de conférences, le taux de
couverture tombe à 72% pour les professeurs. La situation devient
même préoccupante dans le secteur des langues
étrangères (tant anglo-saxonnes que germaniques, slaves ou
romanes) où le nombre de qualifiés devient inférieur
à celui des postes offerts.
Il est probable que l'existence d'une filière uniforme de recrutement
des professeurs, si elle correspond assez bien aux disciplines classiques,
n'est plus adaptée aux besoins nouveaux des universités.
Celles-ci recourent déjà largement et librement à la
formule des professeurs associés à mi-temps (PAST) pour
bénéficier du concours de professionnels pendant une durée
limitée
49(
*
)
, mais ce sont finalement,
comme cela a été dit crûment à votre rapporteur,
«
des vacataires de luxe
»,
rémunérés à un tarif supérieur à
celui des heures complémentaires. Le recrutement de professeurs
associés à plein temps serait sans doute souhaitable, mais
combien de jeunes professionnels, par exemple en gestion, prendraient ce risque
insensé pendant trois ans en début ou milieu de
carrière ? Votre rapporteur souhaite qu'une réflexion
d'ensemble sur ces problèmes soit engagée et étendue
à l'avenir des agrégés du second degré assurant un
rôle grandissant dans les filières à vocation
professionnelle, notamment les instituts universitaires
professionnalisés (IUP).
2. Doit-on diversifier les critères de promotion ?
L'avancement individuel peut se justifier au vu de critères multiples du fait de la diversification des parcours universitaires : qualité de la recherche facilement contrôlable, qualités pédagogiques, voire dévouement à l'institution ayant freiné l'activité de recherche et méritant reconnaissance. Le discours dominant est toujours le même : les instances de promotion, en privilégiant les performances en matière de recherche, font persister le mythe que les universitaires sont tous des chercheurs pendant toute la durée de leur carrière, au détriment d'une saine gestion des carrières des enseignants.
Prendre en compte l'ensemble des aspects du métier pour l'avancement
De
nombreux témoignages ont concordé pour souligner l'insuffisante
prise en considération de nombreux éléments de
l'activité pour l'avancement. Les résultats du sondage
effectué auprès des universitaires les confirment.
Ainsi, 77,5 % des répondants estiment que la qualité de
l'enseignement devrait être davantage prise en compte pour l'avancement
(et 0,2 % qu'elle devrait l'être moins !), ce qui recoupe
l'appréciation portée par la profession sur la trop faible
importance accordée aux qualités pédagogiques des
candidats lors du recrutement. Ils sont également 53,5 % à
réclamer davantage de considération pour les charges
administratives auxquelles ils sont astreints. De ce point de vue, la
réponse à la question « ouverte » est
également explicite : la lourdeur des tâches d'administration
est le premier des problèmes évoqués par les
universitaires. Si seulement le tiers d'entre eux préférerait ne
plus les assumer, plus de la moitié de ceux qui disent vouloir continuer
à les remplir souhaiterait qu'elles soient davantage prises en compte
dans leur évaluation, alors que seulement 35 % voudraient qu'elles
donnent droit à une rémunération spécifique.
Le jugement sur les trois autres éléments proposés est
plus partagé. La qualité de la recherche devrait être
autant prise en compte pour 53 % des sondés, et davantage pour plus de
37 %, ce qui est cohérent avec les réponses sur la grande
attention portée aux qualités scientifiques des candidats. En
revanche,
les enseignants-chercheurs apparaissent encore un peu
« frileux » à l'égard d'une plus grande
ouverture du système universitaire, tant vers l'extérieur
-
30,5 % des répondants estiment que les séjours à
l'étranger devraient être davantage pris en compte (et près
de 20 % moins pris en compte !), même si ce taux est porté
à 40 % chez les professeurs -
que vers le secteur privé
-
23 % des sondés pensent que le dépôt de brevets devrait
être davantage pris en compte.
Prendre en compte la
qualité de l'enseignement
est
évidemment souhaitable :
mais qui peut l'apprécier, sinon
les étudiants eux-mêmes ?
Dans un système
universitaire où les étudiants paient de lourds droits
d'inscriptions et sont en mesure d'exiger des professeurs une forte implication
pédagogique, des mécanismes de régulation existent. Mais
en France, les instances universitaires connaissent mal les performances
pédagogiques des promouvables. Cette situation changera probablement
lorsque les évaluations faites par les étudiants eux-même
seront comme aux Etats-Unis disponibles sur Internet...
Une
procédure de décentralisation des promotions à
l'échelle de l'établissement
a été mise en
place en 1992 pour alléger les charges du CNU, dans le sens d'une plus
grande autonomie des établissements. Elle consiste à laisser aux
conseils scientifiques des universités la décision pour la
moitié des promotions
50(
*
)
.
Pour plus de 58 % des répondants, et 65 % des maîtres de
conférences, les candidatures à des promotions de classe
devraient être examinées par deux instances, nationale et locale,
simultanément. Ils sont 29 %, mais 37 % chez les professeurs,
à considérer que l'examen de ces candidatures devrait être
effectué par une instance nationale, et 11 % seulement par une instance
locale. Ces résultats illustrent une certaine méfiance à
l'égard du niveau local par rapport au niveau national, sans doute
présumé plus neutre ou équitable envers les candidats.
Cette réduction du pouvoir du CNU au profit des établissements
est favorable à une moindre concentration des promotions dans les
grandes université scientifiques ou parisiennes, et donne aux
universités un instrument incitatif fort au service d'une politique
active de gestion de leur personnel. Encore faut-il qu'elles l'utilisent
à bon escient pour attirer ou conserver en leur sein des
éléments de qualité qui sans cela les auraient
quittées.
51(
*
)
Le risque est
néanmoins grand que ce pouvoir d'avancement soit perverti en l'absence
de critères de sélection mal définis par des conseils
scientifiques très hétérogènes.
De toute façon, votre rapporteur est persuadé qu'un
contrôle de l'activité de recherche, au moins au niveau des
promotions, est la condition même du maintien du statut universitaire.
Pourquoi en effet la Nation continuerait-elle à payer des personnels
censés accomplir un travail de recherche à mi-temps si ceux-ci ne
sont plus évalués sur cette base ? Il ne faudrait pas que
les universités considèrent que, puisque le CNU s'est
prononcé en premier sur la valeur scientifique des promouvables, elles
n'aient plus à en tenir compte.
3. Comment favoriser la mobilité ?
La
mobilité peut être soit géographique, soit
thématique, soit externe à l'université.
• La
mobilité géographique
favorise le renouvellement
des idées et la confrontation des expériences. Aussi est-elle,
dans certains pays exigée à l'occasion du
premier
recrutement
(une université ne recrute pas ses propres docteurs).
Elle peut également servir de mécanisme de régulation des
avancements
.
Les Allemands ont ainsi mis en place une procédure
dite de « l'appel » : un professeur ne peut
bénéficier d'un avancement aux grades les plus
élevés que s'il a été
« appelé » par une autre université, ce qui
implique à son endroit un jugement favorable extérieur à
celui de son université d'origine. Ces procédures sont
hélas ! contraires aux règles de la fonction publique
française.
En France, le statut des enseignants-chercheurs assure leur
inamovibilité puisque «
les membres des corps
d'enseignants-chercheurs ne peuvent être mutés que sur leur
demande
». Les mutations constituent donc, avec les recrutements,
le vecteur de la mobilité. Cette dernière s'effectue le plus
souvent des petites universités nouvellement créées, qui
éprouvent des difficultés à conserver leurs professeurs,
vers les grandes universités de province, ou encore de toute la France
vers les universités les plus prestigieuses, qui ne sont pas uniquement
celles de Paris-centre. En ce domaine, les universités sont
réellement, et à juste titre, en concurrence. Pourtant, des
mécanismes incitatifs pourraient être mis en place, avec l'aide
notamment des régions, pour rendre plus attractifs les laboratoires de
certaines universités en y créant un environnement
favorable à l'arrivée de professeurs de renom ou de jeunes de
qualité (équipements de laboratoire, création de postes
d'ITA par voie de fonds de concours...).
La mobilité pour les universitaires sondés ? Oui, mais...
Les
universitaires interrogés sont dans l'ensemble peu mobiles, mais se
montrent généralement favorables à la mobilité,
tout en regrettant que le système universitaire ne les y incite pas
davantage.
Ainsi, depuis leur première nomination, près de 62 % des
répondants ont travaillé dans une seule université, seuls
37 % ayant connu d'autres établissements. Une différenciation
marquée apparaît toutefois entre les professeurs, qui sont 60 %
à avoir travaillé dans plusieurs universités, et les
maîtres de conférences, qui ne sont que 18 % à avoir
déjà changé d'établissement. Les contraintes
familiales, logiquement, constituent, pour 76 % des répondants, un
obstacle important - et même très important pour près de 43
% d'entre eux - à la mobilité.
La mobilité à l'étranger est très moyennement
importante, puisque 60 % des répondants n'ont jamais
travaillé dans une université étrangère, même
s'il convient de noter que les professeurs y ont bien plus souvent
exercé leurs activités que les maîtres de
conférences, respectivement 52 % et 28 %.
Or, il convient de constater que la mobilité a été
ressentie comme profitable à leurs travaux de recherche par 70 % des
universitaires qui en ont bénéficié.
Par ailleurs,
ceux qui n'ont pas bougé ne sont que 13 % à y être hostiles
par principe. Si des raisons familiales constituent un obstacle à la
mobilité pour le tiers des répondants qui n'ont jamais
changé d'établissement, 45 % estiment que l'occasion d'une
mobilité ne s'est pas encore présentée à eux - 79 %
chez les maîtres de conférences -, et près des deux tiers
soulignent que le système universitaire ne favorise guère la
mobilité.
La mobilité thématique est, en revanche, beaucoup plus
réelle
que la mobilité géographique. Ainsi, 60 % des
répondants indiquent avoir déjà changé de
thème de recherche depuis leur entrée dans le système
universitaire, un gros tiers au contraire poursuivant depuis l'origine les
mêmes travaux. Les professeurs ont plus souvent changé de
thème de recherche que les maîtres de conférences,
respectivement 70 % et 56 %, ce qui est du reste logique puisque les premiers,
généralement plus âgés que les seconds, ont eu plus
de temps pour débuter de nouvelles recherches. Il convient de noter que
59 % des sondés estiment que la difficulté de trouver des moyens
pour une nouvelle recherche constitue également un obstacle à la
mobilité.
• La
mobilité thématique
est d'une autre nature.
L'universitaire ou le chercheur sont fortement spécialisés, et
cette spécialisation leur confère un avantage, mais crée
aussi un risque de sclérose et de non-renouvellement des idées au
cours de toute une vie. De plus, la structuration des instances (CNRS, CNU) par
discipline rend
difficile le choix de thèmes à
l'interface entre plusieurs disciplines
, voire entièrement
nouveaux. Des « inter- commissions » existent bien sur le
papier, mais ne fonctionnent pas (au niveau du CNU notamment) ou mal (au CNRS).
• Votre rapporteur considère en revanche comme essentiel les
incitations à la
mobilité extérieure
, que ce soit
vers le CNRS, l'administration publique ou le secteur privé. Le
système des postes d'accueil du CNRS permet par exemple à des
universitaires ou des professeurs du second degré de devenir chercheurs
à temps plein pendant quelques années, de manière à
mener à son terme un travail de recherche, dans le cadre d'une
procédure de détachement. Il conviendrait que les obstacles de
nature statutaire qui freinent encore ce type de mobilité soient
progressivement levés. Il est souhaitable que les promotions de ces
personnes détachées non seulement ne soient pas ralenties, mais
encore qu'elles tiennent compte de l'expérience ainsi acquise.
La mobilité à l'extérieur du système
universitaire est globalement souhaitée tant qu'elle reste
temporaire.
Ainsi, 66 % des répondants seraient
intéressés par une mobilité temporaire dans un organisme
public de recherche, mais à peine plus de 16 % par une mobilité
définitive, cette perspective étant clairement rejetée par
plus de 60 %, tandis que le taux de non-réponse est important,
supérieur à 20 %.
Une mobilité dans l'industrie ou le secteur privé
intéresserait 55 % des répondants, à condition qu'elle
soit ici encore temporaire, mais une mobilité définitive est
très massivement rejetée par les enseignants-chercheurs qui ne
sont que 6 % à être favorables à cette idée, plus de
68 % lui étant clairement hostiles.
Il faut probablement voir dans ces résultats une
méconnaissance du monde de l'entreprise, ou bien une méfiance,
voire des préjugés, à l'égard des valeurs qu'il est
censé véhiculer. Or, il paraît essentiel, dans le contexte
international actuel, que des relations de plus en plus étroites se
nouent entre la recherche et l'entreprise.
II. UNE COMPLEXITÉ CROISSANTE DES TÂCHES NÉCESSITANT UNE VÉRITABLE ÉVALUATION
A. DES OBLIGATIONS DE SERVICE DEVENUES INADAPTÉES
1. L'obsolescence de la définition du service
Parmi toutes les tâches que doivent assurer les universitaires dans le cadre des missions de l'enseignement supérieur, seul le service d'enseignement fait l'objet d'une obligation statutaire quantifiée.
a) Seul le service assuré en présence des étudiants est pris en compte
La
définition des obligations de service dans l'enseignement
supérieur pose problème, et mériterait être
revue.
En effet, un universitaire n'est astreint, d'après la
réglementation en vigueur, qu'à une seule obligation :
dispenser, dans le cadre de l'année universitaire, un service
d'enseignement en présence des étudiants de 128 heures de
cours, ou 192 heures de travaux dirigés, ou 288 heures de travaux
pratiques
52(
*
)
.
Ces obligations sont similaires pour tous les personnels de statut
universitaire, sous la réserve que les professeurs ont vocation
prioritaire à assurer leur service sous forme de cours. En revanche,
les personnels du second degré affecté à l'enseignement
supérieur sont soumis à un service d'enseignement double de celui
des universitaires (384 heures de travaux dirigés) du fait qu'ils ne
sont pas soumis à une obligation de recherche.
C'est ce seul critère qui, en droit, peut être
apprécié pour savoir si un enseignant a accompli normalement ses
obligations de service. Il est extrêmement frustre et source
d'incompréhension pour le monde extérieur dans la mesure
où il n'évalue d'aucune façon les temps des charges
annexes (temps de préparation des cours, lui même très
variable, temps d'examen et de contrôle des connaissances) et ne tient
nul compte des conditions réelles de délivrance des enseignements
(devant quelques étudiants ou plusieurs centaines, devant un auditoire
de premier cycle ou un petit groupe sélectionné). Chercher
à le préciser en termes d'obligation juridique serait cependant
une tâche absurde en raison de la variété des situations.
En revanche, les autres activités des enseignants-chercheurs ne sont
aucunement prises en compte, ni les travaux de recherche, ni les tâches
dites administratives qui se complexifient dans l'université de masse.
b) La multiplication des missions de l'enseignement supérieur et des tâches des universitaires
Il est
indéniable que les missions de l'enseignement supérieur, et donc
des universitaires, se sont considérablement élargies.
Dans son rapport précité, M. Éric Espéret rappelle
que, aux termes du décret du 6 juin 1984, les missions des
enseignants-chercheurs consistent dans l'enseignement et la recherche. Mais le
service public de l'enseignement supérieur lui-même se voit
confier
des missions plus larges, qui ne sont pas prises en compte dans la
définition du service statutaire
, si bien que «
les
difficultés rencontrées proviennent donc plutôt de
l'ampleur que prennent actuellement certaines missions, ainsi que de
l'évolution (technique, sociale) des tâches effectuées dans
le cadre de ces missions
», même si le statut permet des
aménagements de service, des décharges de service en particulier
ou encore un dispositif de primes
53(
*
)
.
Pourtant, «
cette situation est de plus en plus mal ressentie par
les intéressés, qui ont le sentiment de sacrifier leur
carrière quand ils acceptent de prendre des responsabilités dans
leur établissement
», le CNU continuant à
n'accorder d'importance qu'aux seuls critères scientifiques.
Or, les enseignants-chercheurs doivent assumer de nouvelles tâches, dont
le président de l'université de Poitiers dresse la liste,
impressionnante : relations internationales ; contribution des
établissements au développement local ; valorisation de la
recherche ; expertise ; évaluation des formations, de la
recherche ou des établissements ; rôle culturel des
universités. Il note que «
les enseignants sont ainsi
appelés à travailler différemment, de manière plus
ouverte et en collaboration avec de nombreux intervenants qui n'appartiennent
pas au monde universitaire. Cela leur demande un investissement important en
temps et en compétences au-delà de leurs activités
habituelles de recherche et d'enseignement
».
Un
message d'internaute : le poids des charges administratives
dans l'enseignement supérieur
«
Maître de conférences en sciences
humaines depuis déjà 4 ans, je ne regrette pas cette profession
(intérêt et diversité du travail, liberté,
recherche) mais je me pose de plus en plus de questions sur notre rôle.
Je voudrais notamment soulever un point concernant une partie de notre travail,
à savoir ses aspects administratifs.
En effet, je trouve anormal que nous ayons à effectuer tout un travail
administratif concernant aussi bien les enseignements que les activités
de recherche. Comme beaucoup de mes collègues, je perds un temps fou en
réunion, courrier, téléphone pour des tâches de
gestion et d'organisation qui pourraient, pour l'essentiel, être
assurées par des personnels administratifs. J'en ai vraiment assez de
perdre du temps à bâtir des emplois du temps, réparer des
PC ou bien gérer telle ou telle salle. Mais, si on ne le fait pas,
personne ne le fera et la machine ne tournera pas.
Alors, on a beau parler de diminution de service, il faudrait d'abord effectuer
notre métier d'enseignant et de chercheur sans avoir à être
submergé de charges administratives pour lesquelles nous n'avons ni
formation et, surtout, ni reconnaissance
».
Il convient en outre de souligner que les formations tendent à se
professionnaliser, ce qui conduit les universitaires à rechercher et
organiser des stages pour leurs étudiants, et à
s'intéresser à leur insertion professionnelle. Sans compter les
conséquences de l'introduction des nouvelles technologies de
l'information et de la communication.
Votre rapporteur considère qu'un véritable cercle vicieux,
dangereux pour l'avenir même du statut universitaire, s'enclenche en ce
domaine.
Très souvent, cette multiplication des tâches s'opère au
détriment de l'activité de recherche de façon non
souhaitée par beaucoup, mais elle constitue pour certains une
justification à abandonner toute activité de chercheur. De plus,
nombre de ces tâches dites administratives pourrait utilement être
réalisées par des personnels administratifs non enseignants
pourvu qu'ils aient la qualification et une connaissance du milieu
universitaire suffisantes
54(
*
)
.
Les équipes pédagogiques et de direction des
universités et des UFR sont dramatiquement dépourvues en
personnels non enseignants. Or il est absurde, du seul point de vue d'une
allocation efficace des ressources de la Nation, de faire remplir certaines
fonctions administratives ou techniques par des universitaires ayant un
avantage comparatif dans l'accomplissement d'activités de recherche et
rémunérés par l'Etat à un niveau
supérieur.
Or si les universitaires s'investissent trop dans ces
activités, c'est le fondement même de leur
spécificité, de leur double statut d'enseignant et de chercheur
qui s'effondrera. En effet comment justifier un service d'enseignement
inférieur de moitié à celui des agrégés du
second degré affectés dans l'université lorsque
l'activité de recherche n'est pas effective ? Prétexter de
la lourdeur et de la complexité croissantes des autres tâches
(pourtant bien réelles) ne suffit pas.
2. Encourager la modulation des obligations de service
Votre
rapporteur est partisan d'une modulation du service des enseignants-chercheurs
sur une période pluriannuelle.
Il est faux de croire qu'activité d'enseignement
lato sensu
et
activité de recherche peuvent s'équilibrer harmonieusement,
à parité, tout au long de l'année universitaire. La
recherche exige pour être fructueuse des périodes
d'activité plein-temps, ce qui nécessite par exemple de pouvoir
bloquer son activité d'enseignement sur un semestre pour libérer
le second. De même, il est indispensable de disposer d'un
véritable système de congés sabbatiques permettant aux
universitaires de faire une « pause » pour se rendre
à l'étranger, pour approfondir ou changer de thèmes de
recherche, pour écrire un manuel... En matière d'enseignement, il
a été indiqué à votre rapporteur combien il serait
utile de pouvoir réduire le nombre d'heures d'enseignement assuré
par de jeunes et brillants maîtres de conférences pendant la
période de « montage » de leurs cours pour ne
pas les obliger à réduire brutalement leur activité de
recherche à l'âge d'une grande productivité et d'une grande
créativité .
Certes, le statut actuel permet théoriquement des adaptations, tels le
congé pour recherche ou conversion thématique (CRCT) de six mois
ou d'un an après six ans de service normal, mais les soumet
généralement à des procédures très lourdes
et à des mécanismes peu incitatifs
55(
*
)
Votre rapporteur ne peut donc qu'être favorable au principe d'un
contrat pluriannuel et individuel de service liant chaque universitaire
à son établissement représenté par son
président.
Il considère à cet égard que les
propositions de la commission Espéret, et l'esprit qui les anime, vont
dans le bon sens.
L'insatisfaction exprimée par un grand nombre d'enseignants-chercheurs
à l'égard de la rigidité de leurs obligations de service
est confirmée par le sondage, puisque près des trois quarts
d'entre eux sont favorables à la modulation de leur charge
d'enseignement dans le cadre d'un contrat pluriannuel passé avec le
président de leur université.
Bien-sûr, dans l'esprit de
votre rapporteur, cette possibilité doit donner lieu à un
contrôle de l'activité des universitaires, la modulation
envisagée devant permettre à ces derniers de consacrer davantage
de leur temps à des activités autres que l'enseignement.
Votre rapporteur tient cependant à faire certaines recommandations.
Au niveau de l'université, le président devra respecter une
contrainte globale : la somme des modulations individuelles des services
d'enseignement ne pourra en aucun cas être inférieure au potentiel
d'encadrement théorique de son établissement (192 heures par
emploi occupé). Une plus grande souplesse ne doit pas
dégénérer en un laxisme inflationniste en matière
de créations d'emplois.
Au niveau individuel, la modulation des services devrait se traduire non par un
véritable contrat mais par un
tableau de services
arrêté par le président de l'université sur avis
motivé du chef du département concerné (le plus souvent le
directeur d'UFR) après évidemment discussion avec
l'intéressé . Ce tableau sera public. Dans certains cas, le
président doit être à même d'imposer à un
enseignant qui n'a manifestement exercé aucune activité de
recherche ou administrative pendant plusieurs années un
« service d'enseignement lourd ».
Enfin,
votre rapporteur insiste sur la nécessité d'un
système très simple d'évaluation des tâches et de
modulation des services
. Il craint en effet la mise en place d'un
système de mesure et de contrôle tatillon des activités de
chaque universitaire et une aggravation de la
« bureaucratisation » de l'université. Toute
minoration ou majoration temporaire du service d'enseignement par rapport
à la norme doit être fondée sur un motif précis et
être susceptible d'une évaluation
a posteriori
.
B. DES CONTRÔLES DE L'ACTIVITÉ INEXISTANTS OU INEFFICACES
1. Le contrôle défaillant du service fait
L'un des
problèmes généraux de la fonction publique, qui est du
reste moins théorique que pratique, est de ne pas sanctionner les
mauvais éléments, qui sont peu nombreux mais qui
discréditent l'image du service public. Le problème se pose dans
des termes spécifiques pour les universitaires.
Il faut d'abord reconnaître que
l'organisation générale
de l'enseignement universitaire est dans l'ensemble fort
médiocre
(il suffit de prendre connaissance des emplois du
temps pour s'en convaincre). Or cette mauvaise organisation incombe autant
à la nature des contraintes matérielles à résoudre
(inadaptation des salles de cours et amphithéâtres, longueurs
excessives des périodes d'examen) qu'à la responsabilité
des enseignants.
C'est pourtant dans ce contexte d'inorganisation que doit
être apprécié le service fait.
Ensuite,
l'universitaire est libre de l'aménagement
général de son temps de travail
. Il est certes tenu
théoriquement à une obligation de résidence au lieu
d'exercice de leurs fonctions
56(
*
)
. Mais dans
les disciplines littéraires et juridiques, notamment à Paris, de
très nombreux universitaires ne disposent même pas d'un bureau
personnel dans les locaux de l'université. Et surtout, cette
flexibilité dans l'organisation du travail personnel est souvent
indispensable (fréquentation des bibliothèques, commissions
et conseils de toute sorte, soutenances de thèses, congrès
scientifiques, séminaires...).
Mais cette flexibilité
nécessaire devient parfois abusive.
La Cour des comptes rappelle que «
les établissements
portent la responsabilité de veiller à l'application des textes
[relatifs au service des enseignants-chercheurs]
; de ce point de
vue, le contrôle apparaît souvent succinct, voire
défaillant
».
Reprenant un rapport de l'Inspection générale de l'administration
de l'éducation nationale de 1997, la Cour des comptes indique ainsi que
«
les universités prennent des libertés plus ou
moins grandes avec la réglementation ou certaines obligations de
service : les enseignants ne sont pas astreints à signer des
déclarations d'emploi du temps, la durée de l'année
universitaire est « évaluée souplement », les
durées de référence sont modulées pour certaines
catégories d'enseignants sans référence à la
réglementation
».
Bref, les universités ne vérifient pas l'effectivité du
service fait.
Pourtant, si les présidents d'université ont des pouvoirs
à l'encontre d'universitaires n'accomplissant pas leurs obligations de
service - ils peuvent par exemple leur adresser des lettres de rappel, et
même demander au Trésor public que soit opérée une
retenue sur salaire -, ils ne les utilisent quasiment jamais.
2. La diversification des carrières rend plus nécessaire le respect de l'obligation constitutionnelle de tout agent public de rendre compte de son activité.
Votre
rapporteur, rappelant que tout agent public peut être amené
à rendre compte de ses activités, considère que ce
principe de valeur constitutionnelle
57(
*
)
connaît une application toute relative dans l'enseignement
supérieur et la recherche, ce dont les universitaires sont d'ailleurs
bien conscients.
Seulement 44 % des répondants au sondage considèrent que
l'obligation constitutionnelle qu'ont les agents publics de rendre compte de
leur activité est satisfaite dans l'enseignement supérieur.
Plus de la moitié des universitaires sondés reconnaissent donc
l'existence d'un réel problème en matière de
contrôle de leur activité.
Plusieurs personnes qu'il a auditionnées lui ont ainsi indiqué
qu'
environ la moitié des enseignants-chercheurs effectuaient de
réels travaux de recherche, soit autant qui n'en font pas !
Cela ne veut certes pas dire que l'autre moitié se contente du minimum
de l'obligation de service, car beaucoup sont accaparés par des
tâches administratives ou l'encadrement d'activités
pédagogiques, qui ne leur laissent plus le temps de se consacrer
à la recherche.
Les activités de recherche des universitaires sondés
Plus de
70 % des sondés indiquent consacrer, globalement, un peu moins de la
moitié de leur temps de travail à la recherche, puisque moins de
39 % d'entre eux estiment y consacrer entre 20 et 40 % de leur temps de
travail, et 32 % entre 40 et 60 %. Toutefois, les maîtres de
conférences, probablement en raison de leurs lourdes charges
d'enseignement, déclarent consacrer moins de temps à la recherche
que les professeurs. En effet, 58 % des maîtres de conférences
reconnaissent consacrer moins de 40 % de leur temps à la recherche,
alors que la même proportion de professeurs déclarent y consacrer
plus de 40 % de leur temps de travail.
86 % des répondants indiquent avoir, au cours des 5 dernières
années, publié un ou plusieurs articles dans une revue à
référé international, et près de 68 % d'autres
publications. Si, sur la même période, près de la
moitié des universitaires n'ont pas publié de livre, en revanche
la moitié des professeurs en a publié au moins un.
Cette situation met toutefois en lumière à la fois l'inadaptation
de la définition du service des universitaires, dont les
carrières se diversifient et les lacunes d'un contrôle
adéquat de leurs activités. Le comité national
d'évaluation (CNE) a lui aussi insisté sur les difficultés
que rencontrent les enseignants affectés dans certains IUT ou certaines
petites universités pour mener des activités de recherche, mais,
ajoute-t-il, «
les contacts avec les milieux professionnels, le
suivi des stages, la participation à des études qui
intéressent les entreprises sans pour autant fournir directement des
éléments pour la recherche, contribuent grandement à la
réussite des filières de formation
».
Cette diversification des fonctions nécessite que
l'établissement ou l'UFR demande des comptes et que l'universitaire
soit tenu de les lui rendre
.
Il conviendrait de réfléchir
à la production régulière, tous les trois ans par exemple,
par les enseignants-chercheurs d'un rapport présentant leur charge de
travail dans ses différents aspects à partir duquel le
président (ou son représentant, vice président ou
directeur d'UFR) pourrait définir les aménagements à son
tableau de service pour les années à venir.
Un tel
système existe déjà aux Etats-Unis ou au Canada par
exemple.
Votre rapporteur est en tout cas convaincu qu'un rapport d'activité
envoyé à l'administration centrale, comme l'idée en est
parfois avancée, ne servirait à rien sinon à créer
un peu plus de bureaucratie. Et qu'un même rapport serait même
inutile au niveau de l'université si celle-ci se refusait à
définir le contenu réel des fonctions de chacun et les moyens qui
lui sont offerts en contrepartie.
3. L'application souvent illicite de la réglementation en matière d'heures complémentaires
La
question des heures complémentaires constitue une bonne illustration des
conséquences de l'absence de réel contrôle du service fait
et de l'inadaptation de la définition du service.
55 % des répondants au sondage ont indiqué assurer des heures
complémentaires, dont 49,5 % dans leur propre université, et 5,7
% dans une autre université. Il convient de souligner que les
maîtres de conférences assurent plus souvent des heures
complémentaires que les professeurs, respectivement 70 % et 51 %.
L'accomplissement d'heures complémentaires apparaît
essentiellement contraint. En effet, plus de 70 % des universitaires assurant
des heures complémentaires disent le faire parce qu'elles sont
obligatoires pour le bon fonctionnement de leur UFR, seuls 11 % invoquant leur
intérêt pour l'enseignement, mais 18 % chez les professeurs. Un
peu plus de 10 %, et 14 % des maîtres de conférences, mettent en
avant le complément de rémunération que cela
représente.
Il convient d'abord d'indiquer, pour le déplorer, que le
ministère de l'éducation nationale n'a aucun moyen de
contrôler l'utilisation qui est faite des heures complémentaires,
même s'il a cherché, par le biais des dotations
budgétaires, à en réguler le volume. Il ne peut qu'inciter
les présidents d'université à accroître leur
contrôle, mais, ce dernier ne prenant qu'une forme déclarative,
les présidents éprouvent de réelles difficultés
à connaître les abus autres que manifestes.
Or,
une croissance parallèle des effectifs d'enseignants et des
heures complémentaires a été constatée
, ce qui
rend inopérante la revendication exprimée par certains de voir
les dotations budgétaires pour heures complémentaires
transformées en emplois...
Il est vrai que les abus en la matière sont multiples. Dans certaines
universités, quasiment tous les enseignants bénéficient
d'heures complémentaires, alors que le ministère a fixé la
norme à 20 % du corps enseignant d'un établissement. L'inspection
générale de l'administration de l'éducation nationale
avait, dans un rapport publié il y a quelques années,
dénoncé ces abus, le fait, par exemple, que des universitaires
pouvaient dispenser des cours au titre des heures complémentaires alors
que leur service de base en matière d'enseignement n'était pas
fait
58(
*
)
!
Pour votre rapporteur, la vérité est que les heures
complémentaires servent de variable d'ajustement pour l'ensemble du
service et non pour les seules activités de cours
: on ne peut
compenser une charge exceptionnelle de travail que par l'octroi d'heures
complémentaires ou des décharges, fréquemment
illégales, d'enseignement !
Le rapport de la commission Espéret donne des exemples probants de cette
pratique : «
la conception et la réalisation de cours
en ligne, ainsi que les activités de tutorat à distance, sont
parfois rémunérées sous forme d'heures
complémentaires, ou comptées dans un service, bien qu'il n'y ait
pas à proprement parler d'enseignement en présence
d'étudiants. Il en est de même pour certaines activités de
suivi de stage, sur le terrain, d'encadrement de projets personnels, de fin
d'étude, de gestion et d'examens de recrutement, etc.
».
On voit à travers la variété de ces pratiques, le
risque de dévoiement du système des heures
complémentaires.
Et « la possibilité ouverte aux
établissements, par simple circulaire, de rémunérer en
heures complémentaires certaines de ces activités sur leur budget
global » ne fait qu'aggraver les risques de dérapage.
C. L'IMPÉRATIF DE L'ÉVALUATION
1. Une évaluation acceptée...
Le
système universitaire, par son appartenance au secteur public, ne
saurait par miracle échapper aux défauts majeurs de
celui-ci : l'absence de mécanismes d'incitation/sanction, de
confrontation des objectifs aux résultats et de mesure de la performance
susceptibles de le réguler, la tendance aussi à
préférer le contrôle
a priori
plutôt que de
faire confiance d'emblée, quitte à évaluer ensuite.
Le paradoxe est que les universitaires estiment que leurs initiatives et
leur volonté d'innover sont brimées par un contrôle
étroit et tatillon de l'administration centrale et une bureaucratisation
envahissante, et, à l'inverse, l'observateur extérieur, et
d'abord l'étudiant, a l'impression d'un système anarchique et
hors de tout contrôle.
Pourtant,
l'idée même d'évaluation est
acceptée
tant au niveau individuel qu'au stade collectif
. Un
comité national d'évaluation des établissements à
caractère scientifique, culturel et professionnel (CNE) a
été mis en place il y deux décennies et s'est
rapproché, après une phase de description de la
réalité universitaire, du ministère et des
établissements pour mettre en place grilles d'évaluation et
instruments d'aide à la prise de décision. Les instances
universitaires et de recherche pratiquent en permanence, même si c'est de
façon imparfaite, l'évaluation des performances des chercheurs.
Un plébiscite en faveur de l'évaluation des enseignements
Une
très nette majorité, soit 81,5 % des répondants, est
favorable à l'évaluation par les étudiants des
enseignements, près de 55 % y étant même très
favorables, alors que 9 % n'y sont pas du tout favorables. Il est vrai que ce
type d'évaluation se pratique déjà couramment, et parfois
depuis de nombreuses années, dans certains établissements.
Les universitaires manifestent une réelle volonté de
transparence
puisque, parmi ceux qui sont favorables au principe d'une
évaluation de leurs enseignements par les étudiants, ils ne sont
que moins de 17 % à souhaiter que les résultats de cette
évaluation soient communiqués à eux seuls. La très
grande majorité est favorable à la diffusion de ces
résultas d'évaluation, la moitié acceptant qu'ils soient
communiqués aux responsables de l'établissement, et le tiers
à l'ensemble de l'université.
Votre rapporteur voit dans ces
résultats une marque indéniable de la confiance des
universitaires dans leurs qualités d'enseignants.
2. ... car nécessaire
Or,
les méthodes actuelles d'évaluation sont manifestement
insuffisantes et totalement inefficaces.
Manifestement insuffisantes
, parce qu'elles devraient être
menées simultanément à trois niveaux (en sus
évidemment de celui de l'Etat) : celui de
l'enseignant
face
à ses étudiants dans l'amphithéâtre ou la salle de
TD, celui de la
filière d'enseignement,
dont la qualité
dépend de la cohérence des cours et des stages
59(
*
)
, de la politique de recrutement des enseignants et de
leur suivi, enfin celui de
l'établissement
responsable du choix
des filières de formation et de la répartition des ressources en
hommes et moyens autres mises à sa disposition par l'Etat.
Or l'évaluation des formations, bien que prévue par les
textes
60(
*
)
, est inexistante
si bien que
l'on vit sur la fiction de diplômes nationaux de même valeur et
préparés dans les mêmes conditions sur l'ensemble du
territoire national et que l'on sous-estime fortement les effets pernicieux
d'une mauvaise coordination des enseignements et des programmes.
Totalement inefficaces, parce que non suivies d'effets en retour, du moins
au niveau de l'enseignement.
Les moyens sont répartis entre les
universités en fonction de la demande émanant des choix des
étudiants, qu'elle soit directe (nombre d'inscrits) ou
médiatisée à travers des demandes d'habilitation à
tel ou tel diplôme présentées par l'université,
très rarement à travers les résultats obtenus.
Il n'appartient pas à votre rapporteur de définir le contenu
d'une politique d'évaluation à l'échelle de l'enseignement
supérieur. Il se bornera à rappeler qu'il n'y aura pas de
politique d'évaluation si les
résultats obtenus ne peuvent
être confrontés à des objectifs précis :
toute agence d'évaluation
doit pouvoir vérifier dans
quelle mesure une institution atteint les buts qu'elle s'est assignées.
C'est pour cette raison qu'il attache tant d'importance à ce que
l'université soit amenée à définir sa propre
politique d'emplois scientifiques et de formations.
Or, à l'heure actuelle, l'université n'a pas réellement
cette faculté puisqu'elle ne contrôle pas (et n'a pas le droit de
contrôler) une variable essentielle : le recrutement de ses
étudiants. Elle doit s'adapter brutalement à des
phénomènes non maîtrisés comme l'explosion du nombre
d'étudiants en STAPS , en psychologie ou en sociologie.
OBSERVATOIRE DES SCIENCES
ET DES TECHNIQUES
LE
RENOUVELLEMENT DES GÉNÉRATIONS
DES PERSONNELS SCIENTIFIQUES
DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE
Éléments d'analyse
Contribution
au rapport du comité d'évaluation des politiques publiques du
Sénat
sur la politique de recrutement et la gestion des personnels universitaires et
de la recherche
de M. Yves Fréville, Sénateur
novembre 2001
CONTRIBUTIONS ET SOURCES
Ce dossier est basé sur plusieurs types de travaux, utilisant une variété de sources statistiques et impliquant différents partenaires.
*
*
*
La
partie A s'appuie sur des travaux réalisés par l'OST sur la
démographie des chercheurs et enseignants-chercheurs dans le cadre du
"dispositif coopératif de production d'indicateurs" et de son
comité de pilotage, présidé par M. Jacques Sevin
(DSP-CNRS).
Les résultats présentés sont basés sur les
données détaillées relatives aux personnels, telles
qu'elles ont été fournies par les institutions concernées.
Après validation, ces données ont fait l'objet de traitements de
type statistique et de modélisation démographique conduits par
Mme Michèle Crance (DSP-CNRS) avec la contribution de Mme Anne
Sigogneau (OST).
Les personnes suivantes, du ministère de la recherche, du
ministère de l'éducation nationale et des EPST, ont
contribué à la préparation des données
utilisées dans la partie démographie :
MEN-DPE
M. Marc Bideault
CNRS M. Raoul Marceau
INSERM Mme Patricia Rigoux
M. Dominique Fontaine
INRA M. Philippe Leroy
M. Guy Thomin
INRIA Mme Chantal Chabrut
M. Blaise Aubry
IRD Mme Isabelle Carpentier
Mme Catherine Larget
INRETS Mme Christine Laboureau-Quesnel
M. Stéphane Mainguy
CEMAGREF M. Guy Gerville-Reache
INED M. Yves Blin
LCPC M. Éric Degny
* *
*
La
partie B s'appuie sur des rapports statistiques détaillés du MEN
(DPE) et du CNRS (DRH) et sur des extractions
ad hoc
d'indicateurs
à partir des bases de données internes du ministère de
l'éducation nationale, du CNRS et de l'INSERM. Différentes
réunions de travail avec des experts et responsables destinées
à préparer les travaux statistiques et interpréter les
résultats ont été également organisées.
Les travaux de la partie B ont bénéficié de l'appui et du
concours des personnes suivantes :
Ministère de l'éducation nationale
Mme Claudine Peretti, chef de service, adjointe au directeur des personnels enseignants, Mme Jacqueline Héritier, sous-directrice des études et de la gestion prévisionnelle au sein de la même direction et MM. Marc Bideault et Pasquin Rossi, du bureau de la gestion prévisionnelle des enseignants du supérieur.
CNRS
Mme Françoise Godefroy, responsable du bureau du développement professionnel des chercheurs, ainsi que Mme Chantal Faïfe, M. Patrick Buart, responsable du bureau des effectifs et de la gestion prévisionnelle, ainsi que Mme Catherine Larroche, ces bureaux étant placés au sein de la direction des ressources humaines, au secrétariat général.
INSERM
Mme Françoise Pierre, directrice des ressources humaines.
Dans
cette partie, nous nous sommes appuyés sur les documents suivants :
-
Bilan de la campagne de recrutement et d'affectation des maîtres de
conférences et des professeurs des universités en 2000
,
ministère de l'éducation nationale, direction des personnels
enseignants, sous-direction des études et de la gestion
prévisionnelle, bureau de la gestion prévisionnelle des
personnels de l'enseignement supérieur DPE B3, mars 2001
(32 p.) ;
-
Bilan du recrutement des enseignants-chercheurs - première session
juin 1999 - origine des candidats
, ministère de l'éducation
nationale, direction des personnels enseignants, sous-direction des
études et de la gestion prévisionnelle, bureau de la gestion
prévisionnelle des personnels de l'enseignement supérieur DPE B3,
mars 2000 ;
-
Campagne chercheurs 2000
, CNRS, secrétariat
général, DRH, bureau du développement professionnel
chercheurs (213 p.) ;
-
Bilan de la campagne chercheurs 2000
, CNRS, secrétariat
général, DRH, bureau du développement professionnel
chercheurs (43 p.) ;
-
Concours chercheurs 2000 : pression des candidatures par
concours
, CNRS, secrétariat général, DRH, bureau du
développement professionnel chercheurs ;
- Documents intitulés : `
mobilité'
,
`
évolution démographique'
, `
déroulement des
carrières'
, `
modalités de recrutement'
, CNRS,
secrétariat général, DRH, bureau du développement
professionnel chercheurs ;
-
Les métiers de l'enseignement supérieur et de la
recherche
, ministère de l'éducation nationale et
ministère de la recherche, avril 2001 ;
-
Rapport sur les études doctorales
, ministère de
l'éducation nationale et ministère de la recherche, direction de
la recherche, mission scientifique universitaire, mai 2001 (116 p) ;
-
La fonction publique de l'Etat, deuxième rapport public
particulier
, Cour des comptes, avril 2001 "chapitre 6 : la gestion des
enseignants-chercheurs".
* *
*
M. Yann
Cadiou, de l'OST, a effectué les travaux statistiques finaux pour la
partie B du dossier et a contribué à son écriture.
Je remercie toutes les personnes qui ont rendu possible cette étude et
qui ont permis sa réalisation. Ce dossier est un travail collectif qui
témoigne d'un esprit de partenariat que j'ai plaisir à saluer.
En tant qu'animateur et coordinateur des travaux, je suis bien sûr seul
responsable des erreurs qu'il pourrait contenir.
Rémi Barré,
Directeur de l'OST
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Ce
dossier est une contribution au rapport du comité d'évaluation
des politiques publiques du Sénat concernant "la politique de
recrutement et la gestion des personnels universitaires et de recherche".
Les questions posées au départ sont les suivantes :
-
- D'abord, quelles sont les implications de la croissance des départs
en retraite des personnels enseignants-chercheurs et chercheurs sur les flux de
recrutement à court et moyen termes ?
- y a-t-il ensuite des craintes à avoir quant à la satisfaction de ces besoins de recrutement, tant en termes quantitatifs que qualitatifs ?
Autre question, parallèle à toutes les précédentes : dans quelle mesure la situation diffère-t-elle d'une discipline à l'autre et d'une institution à l'autre ?
La problématique générale est donc celle du renouvellement des générations des personnels scientifiques de l'enseignement supérieur et de la recherche. Cette problématique doit être traitée en portant une attention particulière sur l'attractivité des carrières et l'existence d'un potentiel humain (ou d'un "vivier") disposant des compétences nécessaires.
Ce dossier vise à apporter quelques éclairages quantitatifs sur ces questions en discussion . Ces éclairages consistent tantôt en un cadrage d'ensemble permettant de situer les ordres de grandeur des phénomènes considérés, tantôt en des "zooms" décrivant un aspect très précis.
On présente dans une première partie (partie A) les caractéristiques quantitatives générales de ce renouvellement de générations, lié à la fois aux réalités démographiques, ainsi qu'à des fourchettes d'évolutions possibles des effectifs et donc des taux de recrutement.
Les conditions et la dynamique du remplacement des générations dans le système national d'enseignement supérieur et de recherche sont étudiées dans une seconde partie (partie B). On examine, d'une part, l'attractivité des positions offertes, que nous analysons à travers le déroulement des carrières ; on étudie, d'autre part, l'existence de l'offre de compétences, caractérisées par les "viviers" de jeunes concernés.
AVERTISSEMENT
Le
présent dossier aborde des questions qui sont à la fois
techniquement complexes, politiquement sensibles et susceptibles de
controverses.
Ajoutons que les questions de l'attractivité des carrières et
celles concernant les viviers de compétences pour l'enseignement
supérieur et la recherche n'ont, à notre connaissance,
guère fait l'objet d'investigations systématiques jusqu'à
présent, du moins dans l'optique du questionnement évoqué
précédemment.
Pour réaliser ce type d'étude, deux opérations
indispensables doivent être réalisées :
1. émettre des hypothèses sur les évolutions futures de
certains paramètres,
2. simplifier le réel, tant par souci pédagogique, que par
nécessité.
Il est clair que chacune de ces opérations est éminemment
risquée : la première par rapport aux responsables
politiques, la seconde par rapport aux spécialistes de la gestion des
personnels de la fonction publique.
C'est dire que ce dossier n'a pas la prétention d'apporter des
réponses définitives aux questions posées. Il se propose
seulement d'apporter quelques pièces au débat, ces pièces
ayant pour caractéristiques d'être quantitatives et d'être
explicites dans leurs sources, leurs méthodes et leur construction.
Ce dossier apporte donc quelques éléments, qui ont vocation
à être discutés et critiqués : c'est en ce sens
qu'il est une contribution au processus d'élaboration de la politique
scientifique et d'enseignement supérieur, et à son
évaluation.
PARTIE
A.
PROBLÉMATIQUE DES TAUX DE RECRUTEMENT
DES CHERCHEURS ET
ENSEIGNANTS - CHERCHEURS
POUR LA PÉRIODE 2001 - 2008
INTRODUCTION DE LA PARTIE A
L'objectif de la partie A est d'effectuer un cadrage, en termes
quantitatifs, de la problématique des recrutements des
enseignants-chercheurs et des chercheurs à court et moyen termes.
Il
s'agit d'apprécier dans quelle mesure les départs en retraite
accrus des prochaines années vont modifier la situation au niveau des
besoins de recrutements (flux entrants).
Pour appréhender cette question de manière opératoire, on
examine les chiffres non seulement à l'échelle nationale globale,
mais également par discipline. En outre, certains aspects seront
étudiés à l'échelle des institutions.
En pratique, nous allons, dans un premier chapitre, effectuer une description
de cette population au regard de ses paramètres démographiques au
31 décembre 2000 et nous intéresser à l'évolution
de cette population sur les années 1993-2000.
Ensuite, dans un second chapitre, nous allons calculer le nombre de
départs prévisibles à différents horizons de temps,
jusqu'à 2012, par discipline et sous-discipline, ce qui nous permettra
de calculer des fourchettes plausibles de taux de recrutement à court et
moyen termes.
Nous proposerons en conclusion de la partie A des éléments de
cadrage de la problématique quantitative des recrutements.
CHAPITRE PREMIER
LA DÉMOGRAPHIE
DES CHERCHEURS ET
ENSEIGNANTS-CHERCHEURS
EN 2001
1.
ANALYSE PAR INSTITUTION
A. LES EFFECTIFS
Situation au 31 décembre 2000
La population totale considérée représente près de 65 000 personnes, qui sont les personnels titulaires en poste sur des emplois de maître de conférences, professeur des universités, chargé de recherches (CR) et directeur de recherche (DR). Pratiquement les trois-quarts des effectifs sont des enseignants-chercheurs. Le quart restant est constitué de chercheurs des établissements publics à caractère scientifique et technologique (EPST), dont plus des deux tiers appartiennent au CNRS (tableau 1).
-
Tableau 1. Les effectifs des personnels de recherche par institution (31.12.2000)
Institution
Effectif
En % du total national
En % du total EPST
Enseignement Supérieur.
48 104
74,5 %
-
EPST
16 430
25,5 %
100 %
dont :
CNRS
11 328
17,6 %
68,9 %
INSERM
1 956
3,0 %
11,9 %
INRA
1 680
2,6 %
10,2 %
IRD
758
1,2 %
4,6 %
INRIA
315
0,5 %
1,9 %
INRETS
144
0,2 %
0,9 %
CEMAGREF
76
0,1 %
0,5 %
INED
50
0,1 %
0,3 %
LCPC
123
0,2 %
0,7 %
Total
64 534
100 %
-
Vue d'ensemble sur les années 1993-2000
Au cours des sept années allant de 1993 à 2000, le potentiel national de la recherche est stabilisé au niveau de 16 500 chercheurs pour les EPST, tandis que, dans le même temps, on observe une augmentation très significative, d'environ 30 %, des effectifs d'enseignants-chercheurs (de 37 000 à 48 100).
En fin de période, ces derniers représentent près de 75 % de l'effectif total, alors qu'ils en représentaient environ 69 % en début de période.
La population totale est passée de 53 500 à 64 500, soit une augmentation d'environ 21 % sur la période, recouvrant une croissance zéro pour les EPST et une croissance de 30 % pour l'enseignement supérieur.Les évolutions récentes : les années 1996-2000
En 4 années (1996-2000), l'effectif total a augmenté de 6,4 % (3 900 personnes). Cet accroissement d'ensemble recouvre en fait deux mouvements opposés :
-
- la croissance de plus de 4 000 personnes dans l'enseignement
supérieur (+ 9,2 %), pour les deux tiers concentrée sur la
période 1996-1998,
- la diminution de près de 200 personnes dans les EPST (- 1,2 %), imputable à la période 1998-2000.
La part de l'enseignement supérieur passe ainsi, sur la période de 4 ans, de 72,8 % à 74,5 % de l'effectif considéré. Au sein des EPST, c'est la stabilité, relative et absolue, qui prévaut : le CNRS reste stable à 69 % des effectifs, les autres EPST également.
B. LES ÂGES MOYENS PAR INSTITUTIONSituation au 31 décembre 2000
L'âge moyen dans l'enseignement supérieur (tableau 2) est, au 31 décembre 2000, très proche de la moyenne nationale (47,5 ans contre 47,3 ans), à peine au-dessus de celui du CNRS (46,7 ans). L'INRIA est nettement l'organisme le plus jeune, dépassant à peine les 40 ans d'âge moyen. Les effectifs du CEMAGREF et de l'INRA ont un âge moyen inférieur à 45 ans.
-
Tableau 2. Les âges moyens des personnels de recherche par institution (31.12.2000)
Institution
Age moyen
Enseignement supérieur
47,5
CNRS
46,7
INSERM
46,9
INRA
44,5
IRD
47,8
INRIA
40,9
INRETS
46,8
CEMAGREF
44,0
INED
47,4
LCPC
50,6
Total
47,3
Vue d'ensemble sur les années 1990Au cours des années 1990, l'âge moyen national est resté stable jusqu'en 1998, mais celui des EPST a augmenté de plus de 2 ans tandis que celui de l'enseignement supérieur diminuait de près d'un an. La différence de près de 3 ans d'âge moyen qui prévalait au début de la décennie a été effacée : en 1998, chercheurs comme enseignants-chercheurs avaient un âge moyen de 46,6 ans. Un vieillissement relatif des enseignants-chercheurs est réapparu en fin de période.
Les évolutions récentes : les années 1996-2000
Globalement, l'âge moyen a très légèrement baissé (de 46,7 à 46,6 ans) de 1996 à 1998 pour augmenter assez sensiblement, à 47,3 ans, en 2000 (tableau 2). Cette vue d'ensemble juxtapose une quasi stabilité de l'âge moyen dans l'enseignement supérieur (+ 0,4 an sur la période) et un vieillissement sensible des effectifs des EPST de presque un an en moyenne. On note qu'après 1998, l'âge moyen des enseignants-chercheurs recommence à croître, du fait d'une baisse des taux de recrutement.
II. ANALYSE PAR DISCIPLINENomenclatures et définitions
On utilise dans ce paragraphe une nomenclature en 8 postes ou "disciplines" (voir annexe).
Cette nomenclature a été construite à partir de la grille des sections du CNU (comité national des universités) et de celle des sections du comité national de la recherche scientifique.
A. LES EFFECTIFS PAR DISCIPLINESituation au 31 décembre 2000
Les effectifs totaux par grand domaine se répartissent entre les sciences de la matière (25 464, soit 39 % du total), les sciences du vivant - sciences de la vie et médecine - (18 539, soit 29 % du total) et les sciences de l'homme et de la société (20 531, soit 32 % du total) (tableau 3).
Tableau 3. Les effectifs par discipline (31.12.2000)
Discipline
Effectif
En %
Mathématiques
3642
5,6 %
Physique
4388
6,8 %
Chimie
4921
7,6 %
Sciences pour l'ingénieur
9777
15,2 %
Sciences de l'univers
2736
4,2 %
Sciences de la vie
12360
19,2 %
Médecine et odontologie
6179
9,6 %
Sciences de l'Homme et de la société
20531
31,8 %
Total
64534
100 %
Vue d'ensemble sur les années 1993 - 2000
La croissance d'ensemble sur la période a été de 21 %, mais a été très différenciée selon trois groupes de disciplines :
-
- sciences pour l'ingénieur sciences de l'homme et de la
société et mathématiques, qui ont vu leurs effectifs
croître d'environ 40 %,
- sciences de la vie, physique et chimie, disciplines dans lesquelles l'augmentation a été d'environ 10 %,
- médecine et sciences de l'univers, dont les effectifs ont diminué d'environ 5 %.
Les évolutions récentes : les années 1996 - 2000
Trois disciplines ont connu une croissance significative dans la dernière moitié des années 1990 : les mathématiques (+ 10 %), les sciences pour l'ingénieur (+ 13 %) et les sciences de l'homme et de la société (+ 18 %).
En revanche, deux disciplines ont vu leurs effectifs diminuer sensiblement : les sciences de l'univers (- 5 %) et la médecine (- 6 %).
B LES ÂGES MOYENS PAR DISCIPLINESituation au 31 décembre 2000
La moyenne d'âge au niveau national (toutes disciplines confondues) est de 47,3 ans
(tableau 4). Les disciplines `jeunes' sont les mathématiques (45,7 ans) et les sciences pour l'ingénieur (44,5 ans) ; la discipline `vieille' est la médecine (51,4 ans) (tableau 4).-
Tableau 4. Les âges moyens par discipline (31.12.2000)
Discipline
Age moyen
Mathématiques
45,7
Physique
47,3
Chimie
47,1
Sciences pour l'ingénieur
44,5
Sciences de l'univers
47,4
Sciences de la vie
47,0
Médecine et odontologie
51,4
Sciences de l'Homme et de la société
47,5
Total
47,3
Les évolutions récentes : les années 1996-2000Les évolutions des âges moyens par grande discipline entre 1996 et 2000 sont relativement peu marquées : la médecine vieillit un peu du fait des faibles recrutements ; les mathématiques et les sciences pour l'ingénieur également, du fait des faibles taux de départ en retraite.
C. LES EFFECTIFS PAR DISCIPLINE ET PAR INSTITUTIONNomenclatures et définitions
Tous les chiffres donnés dans ce paragraphe correspondent à la date du 31 décembre 2000.
On utilise ici une nomenclature en 10 postes, qui se déduit de la nomenclature précédente en séparant les sciences et techniques de l'information et de la communication des sciences pour l'ingénieur, et en séparant les sciences de l'homme des sciences de la société.Lecture par institution : le profil disciplinaire des institutions
Le profil disciplinaire de l'enseignement supérieur diffère assez peu de la structure nationale, ce qui est normal eu égard à son très grand poids relatif. On constate cependant que les sciences de la vie représentent 11,8 % des effectifs universitaires contre 19,2 % à l'échelle nationale. A l'inverse, la part des effectifs dans les sciences de l'homme et de la société est plus élevée dans l'enseignement supérieur que dans le total national (37,3 % contre 31,8 %) (tableau 5).
Tableau 5. Profil disciplinaire des institutions au 31 décembre 2000 (% colonne)
Discipline
Ens. Sup.
CNRS
INSERM
INRA
IRD
INRIA
INRETS
CEMAGREF
INED
LPLC
Total
Mathématiques
6,5
3,0
4,4
25,7
6,3
5,3
4,1
5,6
Physique
5,6
14,6
9,7
6,8
Chimie
6,8
14,4
3,9
7,3
7,6
Sciences pour l'ingénieur
5,8
4,7
13,9
23,7
78,0
5,3
S&T information et com.
11,3
5,3
0,9
74,3
29,2
14,5
7,3
9,5
Sciences de l'univers
2,9
8,9
7,3
27,6
7,9
3,3
4,2
Sciences de la vie
11,8
30,2
80,5
79,8
36,5
16,0
35,5
19,2
Médecine et odontologie
11,9
19,5
8,2
1,4
2,6
9,6
Sciences sociales
15,1
7,3
8,5
22,2
23,6
9,2
100,0
13,2
Sciences humaines
22,2
11,5
4,6
18,6
Total
100,0
100,0
100,0
100,0
100,0
100,0
100,0
100,0
100,0
100,0
100,0
Effectif
48104
11328
1956
1680
758
315
144
76
50
123
64534
En revanche, le CNRS a un profil sensiblement différent de celui de la moyenne nationale : il est spécialisé en physique, chimie, sciences de l'univers et science de la vie (la part de ces disciplines au CNRS est plus importante que leur part dans le total national).
Inversement, le CNRS est non spécialisé en mathématiques, sciences pour l'ingénieur et sciences de l'homme et de la société. Ces trois disciplines sont précisément celles qui ont connu la plus forte progression au cours des années 1990. Le CNRS est également non spécialisé en médecine et odontologie, puisqu'il n'a pas d'activité en ce domaine.L'enseignement supérieur et le CNRS couvrent tout le spectre des grandes disciplines (sauf la médecine pour le CNRS).
Deux institutions sont relativement pluridisciplinaires (5 disciplines et plus), à savoir l'INRETS et le CEMAGREF, tandis que l'INRA et le LCPC sont actifs dans 4 disciplines.Lecture par discipline : le profil institutionnel des disciplines en personnes physiques
Au niveau des disciplinesDans une lecture "macro" de la structuration des grandes disciplines sur les institutions - et en ne tenant compte que des masses supérieures à 3 % de chaque discipline - on observe que six d'entre elles sur huit sont bimodales, c'est-à-dire qu'elles n'existent que dans deux institutions à savoir l'enseignement supérieur comme premier pôle et le CNRS comme second pôle, sauf pour la médecine, où l'INSERM se substitue au CNRS comme second pôle (tableau 6).
Les deux disciplines qui font exception sont les sciences de l'univers et les sciences de la vie, qui sont quadri-modales.Signification en termes d'institution
Les enseignants-chercheurs représentent la moitié des effectifs nationaux en sciences de l'univers et sciences de la vie ; ils en représentent les 2/3 en physique et chimie ; ils en représentent les 5/6 en mathématiques, sciences pour l'ingénieur et en sciences de l'homme et de la société ; ils en représentent les 9/10 en médecine et odontologie.
Les effectifs du CNRS constituent entre 30 et 40 % du total national en physique, chimie, sciences de l'univers et sciences de la vie. Ailleurs, c'est-à-dire en mathématiques, sciences pour l'ingénieur et sciences de l'homme et de la société, ils n'en représentent que 10 % environ et ils sont à zéro en médecine et odontologie.Tableau 6. Profil institutionnel des disciplines au 31 décembre 2000 (personnes physiques) (% ligne)
Discipline
Ens. sup.
CNRS
INSERM
INRA
IRD
INRIA
INRETS
Cemagref
INED
LCPC
Total
Effectif
Mathématiques
85,9
9,3
2,0
2,2
0,2
0,1
0,0
0,1
100,0
3642
Physique
61,9
37,8
0,3
0,0
0,0
0,0
100,0
4388
Chimie
66,6
33,2
0,0
0,1
0,0
0,2
100,0
4921
Sciences pour l'ingénieur
80,6
15,5
0,6
0,5
0,0
2,8
100,0
3448
S&T de l'information et com.
85,7
9,5
0,1
3,7
0,7
0,2
0,0
0,1
100,0
6329
Sciences de l'univers
50,6
37,0
4,5
7,6
0,0
0,2
0,0
0,1
100,0
2736
Sciences de la vie
46,1
27,7
12,7
10,8
2,2
0,2
0,2
0,0
0,0
100,0
12360
Médecine
92,8
6,2
0,0
1,0
0,0
0,0
0,0
0,0
100,0
6179
Sciences sociales
85,5
9,7
1,7
2,0
0,4
0,1
0,6
0,0
100,0
8505
Sciences humaines
88,9
10,9
0,3
0,0
0,0
0,0
0,0
100,0
12026
Total
74,5
17,6
3,0
2,6
1,2
0,5
0,2
0,1
0,1
0,2
100,0
64534
Lecture par discipline : le profil institutionnel des disciplines en équivalent temps plein de recherche
Nomenclatures et définitions
Equivalent temps plein de recherche (etp recherche) : nombre de personnes exclusivement consacrées à la recherche. Chaque chercheur est compté par définition pour un etp recherche.
Chaque enseignant-chercheur est compté pour 0,5 etp recherche (l'autre mi-temps étant consacré à l'enseignement). Ceci revient à diviser par deux les effectifs des enseignants-chercheurs.
Dans une lecture en termes de potentiel de recherche au sens strict, au sens des équivalents temps plein de recherche, les enseignants-chercheurs représentent 60 % du potentiel national, contre 28 % au CNRS et 4 à 5 % pour l'INSERM et l'INRA (tableau 7).Signification en termes de disciplines
On distingue cinq configurations possibles :
1. Mathématiques, sciences pour l'ingénieur et sciences de l'homme et de la société. Dans ces disciplines, l'enseignement supérieur et le CNRS ensemble dépassent 90 % du potentiel national de recherche, l'enseignement supérieur étant dominant, avec 75 % du potentiel national environ, le CNRS comptant pour 15 à 20 % ;
2. Médecine & odontologie : situation similaire à la précédente, à ceci près que l'INSERM remplace le CNRS ;
3. Physique, chimie : enseignement supérieur et CNRS se répartissent l'intégralité du potentiel national, à parité pour la chimie, avec une certaine prépondérance pour le CNRS en physique (55 % contre 45 %) ;
4. Sciences de l'univers : les potentiels conjugués de l'INRA et de tiers comptent pour 16 % du potentiel national de recherche ; en outre, l'enseignement supérieur (33,9 %) est plus faible que le CNRS, qui représente à lui seul la moitié du potentiel national (49,5 %) ;
5. Sciences de la vie : ici l'INSERM et l'INRA comptent chacun pour 15 % environ, l'enseignement supérieur (30,0 %) est à son minimum, sensiblement en retrait par rapport au CNRS (35,9 %).-
Tableau 7. Profil des disciplines sur les institutions (en etp recherche) - (% ligne)
[10 postes]Discipline
Ens. sup.
CNRS
INSERM
INRA
IRD
INRIA
INRETS
Cemagref
INED
LCPC
Total
Effectif
Mathématiques
75,3
16,3
0,0
3,6
0,0
3,9
0,4
0,2
0,0
0,2
100
2077
Physique
44,8
54,7
0,0
0,0
0,0
0,0
0,5
0,0
0,0
0,0
100
3030
Chimie
49,9
49,7
0,0
0,0
0,0
0,0
0,0
0,1
0,0
0,3
100
3283
Sciences pour l'ingénieur
67,5
26,0
0,0
0,0
0,0
0,0
1,0
0,9
0,0
4,7
100
2059
S&T de l'information et com.
75,0
16,6
0,0
0,0
0,2
6,5
1,2
0,3
0,0
0,2
100
3617
Sciences de l'univers
33,9
49,5
0,0
6,0
10,2
0,0
0,0
0,3
0,0
0,2
100
2044
Sciences de la vie
30,0
35,9
16,6
14,1
2,9
0,0
0,2
0,3
0,0
0,0
100
9510
Médecine
86,5
0,0
11,5
0,0
1,9
0,0
0,1
0,0
0,0
0,0
100
3313
Sciences sociales
74,7
17,0
0,0
2,9
3,5
0,0
0,7
0,1
1,0
0,0
100
4867
Sciences humaines
79,9
19,5
0,0
0,0
0,5
0,0
0,0
0,0
0,0
0,0
100
6683
Total
59,4
28,0
4,8
4,1
1,9
0,8
0,4
0,2
0,1
0,3
100
40482
Signification en termes d'institutions
Les enseignants-chercheurs représentent le tiers du potentiel national de recherche en sciences de l'univers et en sciences de la vie ; ils en représentent un peu moins de la moitié en physique et chimie.
En revanche, ils constituent 75 % du potentiel national en mathématiques, sciences pour l'ingénieur et sciences de l'homme et de la société. Ils représentent plus de 85 % de la médecine et odontologie.
Les chercheurs du CNRS sont à 50 % environ du total national en physique, chimie et sciences de l'univers.
Ils sont à 35 % en sciences de la vie, mais à 20 % et moins en mathématiques, sciences pour l'ingénieur et sciences de l'homme et de la société.
L'INSERM est au-dessus de 16 % en sciences de la vie et à 12 % en médecine & odontologie. L'INRA a un poids significatif en sciences de la vie (14 %) ainsi qu'en sciences de l'univers (6 %).CHAPITRE 2.
ÉLÉMENTS SUR LES TAUX DE RECRUTEMENT
DES ANNÉES À VENIR
INTRODUCTION : NOMENCLATURES ET DÉFINITIONS
1. Départs en retraite et départs totaux
S'agissant des départs, on considère deux aspects :
les " départs en retraite ", définis comme étant tous les départs à partir de 60 ans, sachant que par ailleurs toutes les personnes ayant atteint 65 ans sont supposées partir dans l'année. Les départs entre 60 et 64 ans sont calculés à partir de paramètres calés sur les observations faites entre 1992 et 1996 61( * ) (paramètres supposés stables sur la période 2000 - 2012).
Les " départs " ou " départs totaux ", qui sont, une année donnée, la somme des départs en retraite et des `autres départs'. Ces derniers sont définis comme étant les départs avant 60 ans. Les `autres départs' sont calculés à partir de paramètres calés sur les observations faites entre 1996 et 1999 (paramètres supposés stables sur la période 2000- 2012).
Au niveau national, le nombre des départs est le total des départs calculés pour chaque institution, ce qui inclut les flux inter-institutions et donne donc une image extensive des départs. Ceci étant, les flux inter-institutions sont très faibles comparés aux stocks.
Les taux et proportions sont calculés par rapport aux effectifs 2000, qui sont les effectifs de référence.
2 Les catégories d'institutions
On considère l'ensemble des enseignants-chercheurs et des chercheurs des EPST (tous personnels titulaires, en cours de titularisation, accueillis en détachement), soit
64 500 personnes au 31 décembre 2000.
On subdivise cet ensemble en trois " catégories d'institutions ", dont les effectifs sont les suivants :
les enseignants-chercheurs
les chercheurs du CNRS
les chercheurs des autres EPST
ensembleenviron
environ
environ
environ48 100
11 300
5 100
64 500personnes
personnes
personnes
personnes74,6 %
17,5 %
7,9 %
100,0 %I. ESTIMATION DES TAUX DE DÉPART SUR LA PÉRIODE 2001-2012
.A. LES DÉPARTS EN RETRAITEEn nombre de personnes
Concernant les départs en retraite mesurés en nombre de départs, on observe les éléments suivants :-
- en moyenne annuelle, de 1995 à 1999, 1 200 personnes sont parties en retraite (tableau 8) ;
- de 2001 à 2004, ce nombre approche 1 750 personnes chaque année, soit une augmentation d'environ 50 % ;
- après 2004 et jusqu'en 2012, on passe à 2 200, puis à près de 2 400 personnes, soit encore une augmentation de 30 %.Tableau 8. Nombre annuel moyen des départs en retraite par discipline et par période
Légende :
MATH : Mathématiques ; PHYS : Physique ; CHIM : Chimie ; SPI : Sciences pour l'Ingénieur ; STIC : sciences et technologies de l'information et de la communication ; SDU : Sciences de l'univers ; SDV : Sciences de la vie ; MED : Médecine et odontologie ; SS : Sciences sociales ; SH : Sciences humaines ; TOT : total
En taux annuels moyens
Concernant les départs en retraite mesurés en taux annuels moyens, on observe les éléments suivants :-
- le taux annuel moyen des départs en retraite est de 1,9 % de 1995 à 1999 ; il passe à 2,7 % entre 2001 et 2004, puis à 3,5 % entre 2005 et 2008, pour atteindre de nouveau 3,7 % sur la période 2009-2012 (tableau 9) ;
- entre 2001 et 2004, les taux annuels des départs en retraite sont les plus élevés, à 3,5 % et plus, en physique, chimie et sciences de l'univers, anticipant en quelque sorte dès cette période les taux qui prévaudront dans les autres disciplines après 2005 ;
- entre 2001 et 2004, les taux des départs en retraite sont les plus faibles en STIC (1,7 %) ;
- ceci signifie qu'entre 2001 et 2004, environ 15 % de l'effectif actuel des disciplines physique, chimie, sciences de l'univers et médecine partent en retraite.Tableau 9. Taux annuel moyen des départs en retraite par discipline et par période
Légende :
MATH : Mathématiques ; PHYS : Physique ; CHIM : Chimie ; SPI : Sciences pour l'Ingénieur ; STIC : sciences et technologies de l'information et de la communication ; SDU : Sciences de l'univers ; SDV : Sciences de la vie ; MED : Médecine - odontologie ; SS : Sciences sociales ; SH : Sciences humaines ; TOT : total
B. LES DÉPARTS TOTAUX
On inclut désormais dans l'analyse les départs ayant lieu avant 60 ans, y compris ceux correspondant à des passages (par recrutement) d'une institution à l'autre. Le total national est calculé comme étant la somme de ces départs pour chaque institution individuellement.
On sait que, sauf cas particuliers (tels que les mathématiques et les sciences de l'homme et de la société au CNRS), ces mobilités interinstitutionnelles correspondent à de très faibles flux.En nombre de personnes
Dans ces conditions, on observe les faits suivants :
-
- en moyenne annuelle, de 1995 à 1999, environ 1 870 scientifiques
enseignants-chercheurs et chercheurs des EPST ont quitté leur
institution (tableau 10) ;
- de 2001 à 2004, ce nombre est de 2 371 personnes chaque année, soit une augmentation de 27 % par rapport à la période précédente ;
- de 2005 à 2008, on passe à 2 799 départs annuels, soit encore une augmentation de 19 %, pour progresser encore de 5 % à 2 951 départs totaux par an à partir de 2009.Tableau 10. Nombre annuel moyen des départs totaux par discipline et par période
Légende :
MATH : Mathématiques ; PHYS : Physique ; CHIM : Chimie ; SPI : Sciences pour l'Ingénieur ; STIC : sciences et technologies de l'information et de la communication ; SDU : Sciences de l'univers ; SDV : Sciences de la vie ; MED : Médecine et odontologie ; SS : Sciences sociales ; SH : Sciences humaines ; TOT : totalEn taux annuels moyens
Concernant les départs totaux mesurés en taux annuels moyens, on observe les éléments suivants :
-
- le taux annuel moyen des départs des scientifiques
enseignants-chercheurs et chercheurs des EPST est de 2,9 % de 1995 à
1999 ; il passe à 3,7 % entre 2001 et 2004, puis à 4,4 %
entre 2005 et 2008, pour arriver à 4,6 % sur la période 2009-2012
(tableau 11) ;
- entre 2001 et 2004, les taux annuels des départs sont les plus élevés, à 5,1 %, en sciences de l'univers ; ils sont de 4,5 % environ en physique et en chimie et
de 4,0 % en sciences humaines. Les départs totaux sont les plus faibles en STIC (2,7 %) ;
- de 2005 à 2008, on assiste à des départs très importants, supérieurs à 4,5 % par an en moyenne en mathématiques, physique, chimie, sciences de l'univers et sciences humaines ;
- à partir de 2009, la médecine et les sciences humaines se dépeuplent fortement à leur tour (plus de 5 % par an).Tableau 11. Taux annuel moyen des départs totaux par discipline et par période
Légende :
MATH : Mathématiques ; PHYS : Physique ; CHIM : Chimie ; SPI : Sciences pour l'Ingénieur ; STIC : sciences et technologies de l'information et de la communication ; SDU : Sciences de l'univers ; SDV : Sciences de la vie ; MED : Médecine - odontologie ; SS : Sciences sociales ; SH : Sciences humaines ; TOT : total1) Le renouvellement des compétences : les départs au niveau des sous-disciplines
On utilise dans ce paragraphe la nomenclature des sous-disciplines.
Analyse des départs totaux au niveau des sous-disciplines année par année
Voir tableau 12.En 2001, les sous-disciplines suivantes perdent plus de 5 % de leur effectif national :
-
- Astronomie-astrophysique (6,3 % de départs totaux en 2002),
- Anthropologie (4,6 % de départs totaux en 2002).
Les sous-disciplines suivantes en perdent plus de 4 % en 2001 :
- Physique théorique (4,5 % de départs totaux en 2002),
- Chimie moléculaire (4,9 % de départs totaux en 2002),
- Milieux naturels (4,8 % de départs totaux en 2002),
- Biologie des populations (4,2 % de départs totaux en 2002),
- Géographie et aménagement (4,2 % de départs totaux en 2002),
- Histoire ancienne (4,0 % de départs totaux en 2002),
- Langues et littératures (4,4 % de départs totaux en 2002).
En 2002, outre ces neuf sous-disciplines, les disciplines suivantes arrivent à leur tour dans ce groupe des départs supérieurs à 4 % par an, pour y rester les années suivantes :
- Physique des milieux denses,
- Chimie du solide,
- Biologie cellulaire et des organismes,
- Sociologie, démographie,
- Histoire moderne,
- Philosophie et arts.Tableau 12. Taux annuels des départs totaux (%) par année par discipline (ensemble des institutions)
Discipline
Effectif de référence
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
discipline
1
3630
3,4
3,7
3,7
4,2
4,2
4,4
4,9
5,1
5,2
4,7
4,8
4,4
Mathématiques et leurs applications
Mathématiques
3630
3,4
3,7
3,7
4,2
4,2
4,4
4,9
5,1
5,2
4,7
4,8
4,4
2
2220
4,1
4,5
4,6
5,2
5,6
5,0
6,0
5,6
4,9
4,1
4,9
3,8
Physique théorique, optique, physique des constituants élémentaires et physique des milieux dilués
3
2140
3,8
4,1
4,6
5,2
5,0
5,1
5,6
4,9
5,5
4,2
3,7
3,4
Physique des milieux denses, matériaux
Physique
4360
4,0
4,3
4,6
5,2
5,3
5,1
5,8
5,3
5,2
4,1
4,3
3,6
4
1558
3,7
3,9
4,3
4,6
5,0
4,4
5,1
5,0
5,6
4,1
4,6
4,7
Chimie physique et chimie analytique
5
2179
4,4
4,7
4,9
5,3
5,4
5,4
5,3
5,2
4,9
4,4
4,0
3,4
Chimie moléculaire : synthèse, propriétés
6
1170
3,6
4,3
3,9
4,0
4,9
4,6
4,8
5,2
5,1
3,9
4,1
3,9
Chimie du solide, matériaux
Chimie
4907
4,0
4,4
4,5
4,8
5,1
4,9
5,1
5,2
5,1
4,2
4,2
3,9
7
1320
3,7
3,5
4,1
4,6
4,2
4,4
4,4
4,6
4,5
3,9
3,8
4,2
Energétique, mécanique des milieux fluides, génie des procédés
10
2117
2,1
2,7
2,8
2,9
3,3
3,7
4,0
3,8
3,9
4,2
4,4
3,7
Mécanique, génie des matériaux, génie civil
(a) Sciences pour l'ingénieur
3437
2,7
3,0
3,3
3,6
3,6
4,0
4,1
4,1
4,2
4,1
4,2
3,9
8
4342
2,2
2,4
2,6
2,7
2,9
3,2
3,5
3,8
3,8
3,8
4,1
4,0
Informatique, automatique, traitement du signal)
9
1975
2,9
3,3
3,5
3,8
3,9
4,3
4,4
4,5
4,2
3,9
3,8
3,4
Electronique, photonique, optronique)
STIC
6317
2,4
2,6
2,9
3,1
3,2
3,6
3,8
4,0
3,9
3,9
4,0
3,8
11
2166
4,4
4,9
5,5
4,7
4,1
4,5
4,4
4,7
4,4
4,2
4,2
4,3
Milieux naturels (terre, océans, atmosphère)
12
550
5,4
6,3
6,0
6,6
7,1
6,5
7,0
6,9
4,9
5,9
5,2
4,9
Astronomie, astrophysique
Sciences de l'univers
2716
4,6
5,2
5,6
5,1
4,7
4,9
4,9
5,1
4,5
4,6
4,4
4,4
13
2754
2,7
2,7
3,2
3,3
3,5
4,0
4,0
4,8
4,3
4,4
4,6
4,2
Biochimie et biologie moléculaire
14
5728
3,8
4,0
4,1
3,9
4,3
4,4
4,6
4,9
5,0
4,5
4,5
4,5
Biologie cellulaire, biologie des organismes, sciences médicales & alimentation
15
1398
2,9
3,3
3,0
3,8
4,1
4,5
4,8
5,0
5,5
4,5
5,2
5,0
Aspects physico-chimiques de la pharmacologie
16
984
3,3
2,7
3,0
3,5
4,2
3,4
4,0
4,7
4,3
3,3
5,1
4,9
Neurosciences
17
1417
4,4
4,2
4,1
4,4
4,5
3,9
4,8
4,5
4,4
3,7
4,0
3,9
Biologie des populations et écologie
Sciences de la vie
12281
3,5
3,6
3,7
3,8
4,1
4,2
4,5
4,8
4,8
4,3
4,6
4,4
18
5991
3,6
3,9
3,7
3,7
3,5
3,4
4,1
4,6
4,4
4,3
5,9
5,6
Médecine et odontologie
Médecine
5991
3,6
3,9
3,7
3,7
3,5
3,4
4,1
4,6
4,4
4,3
5,9
5,6
20
1079
3,3
4,0
3,3
3,7
4,6
4,6
4,3
5,9
5,6
4,9
5,2
6,3
Sociologie, démographie
21
3012
2,3
3,0
2,8
3,2
3,1
3,2
3,3
3,8
3,8
3,9
5,1
4,4
Droit et sciences politiques
22
3222
2,3
2,6
2,6
2,9
3,1
3,4
4,0
4,3
4,4
4,4
5,1
4,9
Economie et gestion
23
1128
4,4
4,2
4,3
4,9
4,5
4,6
5,2
5,3
4,9
4,9
5,0
4,9
Géographie et aménagement
Sciences sociales
8441
2,7
3,1
3,0
3,4
3,5
3,6
4,0
4,5
4,4
4,4
5,1
4,9
19
526
5,1
4,6
5,4
4,9
4,3
4,9
6,1
5,3
5,7
5,9
6,9
6,8
Anthropologie, ethnologie, préhistoire
24
946
4,1
4,0
4,2
4,0
4,2
4,5
5,0
5,3
4,2
3,9
4,9
5,3
Histoire ancienne et médiévale
25
1153
3,9
4,2
4,3
4,1
3,7
3,8
5,2
4,3
4,9
4,8
5,2
5,6
Histoire moderne et contemporaine
26
1333
3,4
3,5
3,9
4,2
4,0
4,2
5,1
5,6
5,4
5,4
6,0
5,8
Langage et communication
27
5061
4,5
4,4
4,6
4,4
4,6
4,5
5,0
5,0
5,1
4,9
5,3
5,0
Langues et littératures
28
930
3,2
4,1
3,4
4,1
4,4
4,8
5,8
5,3
5,1
4,9
5,5
5,4
Philosophie et arts
29
1039
2,5
2,9
3,3
3,0
3,4
3,6
3,8
4,5
4,4
4,7
5,3
4,4
Psychologie
30
475
3,3
3,4
2,9
3,4
3,3
4,7
4,6
6,8
5,6
6,4
8,1
8,4
Sciences de l'éducation
31
427
1,3
1,9
1,5
1,9
1,8
2,2
2,9
3,0
2,9
3,3
3,8
2,9
STAPS
Sciences humaines
11890
3,9
4,0
4,1
4,1
4,1
4,3
4,9
5,0
4,9
4,9
5,5
5,3
Toutes disciplines
63970
3,4
3,7
3,8
3,9
4,1
4,1
4,6
4,8
4,7
4,4
4,8
4,6
Départs totaux au niveau des sous-disciplines sur la période 2001-2004
a) Disciplines à forts taux de départDix sous-disciplines entament dès 2001 une période d'au moins huit ans de départs annuels supérieurs à 4,5 % (tableau 13). Pour l'astronomie, le taux est supérieur à 6 % ; pour l'anthropologie, la chimie moléculaire et la physique théorique, le taux est supérieur à 5 %.
A horizon 2004, l'effectif de 5 sous-disciplines aura été amputé de 20 % et davantage : astronomie, anthropologie, chimie moléculaire, milieux naturels, physique théorique .
A horizon 2008, 7 sous-disciplines vont voir partir au moins 40 % de leurs effectifs, à savoir les cinq sous-disciplines évoquées ci-dessus, auxquelles s'ajoutent les sous-disciplines suivantes : géographie - aménagement, physique des milieux denses - matériaux.-
Tableau 13. Sous-disciplines avec taux de départ annuel 2001-2004 supérieurs à 4 %
Rang*
Sous-discipline
Effectif de référence 2001
Taux annuels moyens de
départs totaux (%)Proportion des effectifs 2000
partis (%)2001-2004
2005-2008
à horizon 2004
à horizon 2008
1
Astronomie
550
6,1
6,9
27
58
2
Anthropologie
526
5,0
5,2
22
44
3
Chimie moléculaire
2179
4,9
5,3
21
44
4
Milieux naturels (terre-océans-atm)
2166
4,8
4,4
21
40
5
Physique théorique
2220
4,6
5,6
20
44
6
Langues et littératures
5061
4,5
4,7
19
39
7
Géographie - aménagement
1128
4,5
4,9
19
40
8
Phys. des milieux denses, matériaux
2140
4,4
5,2
19
42
9
Biologie des populations, écologie
1417
4,3
4,4
18
37
10
Chimie physique
1558
4,1
4,9
17
38
* par ordre décroissant des taux annuels moyens de départs totaux 2001-2004
b) Disciplines à faibles taux de départ
En revanche, six sous-disciplines enregistreront moins de 13 % de départs d'ici 2004 et moins de 30 % d'ici 2008 (tableau 14).
Tableau 14. Sous-disciplines avec taux de départ annuel 2001-2004 inférieurs à 3 %
Rang
Sous-discipline
Effectif de référence 2001
Taux annuels moyens de départs totaux (%)
Proportion des effectifs 2000 partis (%)
2001-2004
2005-2008
à horizon 2004
à horizon 2008
1
STAPS (S&T des activités sporti.)
427
1,6
2,4
7
17
2
Informatique - automatique
4342
2,5
3,3
10
24
3
Mécanique, génie matériaux
2117
2,6
3,7
11
27
4
Droit et sciences politiques
3012
2,8
3,4
12
26
5
Psychologie
1039
2,9
3,8
12
28
6
Biochimie, biologie moléculaire
2754
3,0
4,0
13
30
* par ordre croissant des taux annuels moyens de départs totaux 2001-2004
II. FOURCHETTES PLAUSIBLES DE TAUX DE RECRUTEMENT POUR LES ANNÉES 2001 - 2008
Les années 1990 ont été caractérisées par des évolutions très contrastées des effectifs nationaux par discipline :-
- de très faibles taux de départ en retraite (de l'ordre de 2 %
par an), d'où un faible taux des départs totaux (environ 3 %),
- une croissance zéro des effectifs chercheurs des EPST et une croissance de l'ordre de 3,2 % par an des effectifs d'enseignants-chercheurs, soit au total une croissance annuelle des effectifs de 2,5 %,
- une forte croissance (de l'ordre de + 5 % par an) des sciences humaines et sociales, des sciences pour l'ingénieur et des mathématiques, une légère croissance dans les autres disciplines (physique, chimie, sciences de la vie) (+ 1 % par an) et une décroissance en médecine et sciences de la terre (environ - 1 % par an).
Le taux de recrutement étant égal au taux de variation des effectifs augmenté de celui des départs, on arrive à une moyenne nationale sur la décennie de l'ordre de 5,4 %, résultante d'un taux supérieur à 6 % dans les universités et d'un taux inférieur à 3 % dans les EPST (tableau 15).-
Tableau 15. Taux annuels de départ, de variation d'effectifs et de recrutement, au niveau national et par type de discipline 1993-2000
Taux annuels 1993-2000
enseignants-chercheurs et chercheurs des EPSTDéparts totaux
(retraite et autres départs)Variation des effectifs (stock)
Recrutement
Toutes disciplines
2,9 %
+ 2,5 %
dont :
enseignants-chercheurs : 3,2 %
chercheurs des EPST : 0 %5,4 %
dont :
enseignants-chercheurs : 6,1 %
chercheurs des EPST : 2,9 %Disciplines `jeunes' et en effectif croissant fortement*
environ 2 %
+ 5%
environ 7 %
Disciplines `vieilles' et en effectif décroissant ou pratiquement stable**
environ 3,2 %
- 1 %
environ 2,2 %
* par exemple sciences pour l'ingénieur et sciences et technologies de l'information et communication ** par exemple : médecine, sciences de la terre
Au niveau des disciplines, les contrastes sont forts entre deux types de situations :-
- celles qui sont "jeunes" (peu de départs en retraite) et en forte
croissance d'effectif, auxquelles correspondent des taux de recrutement de
l'ordre de 7 % par an,
- celles qui sont "vieilles" et en stagnation ou en décroissance d'effectifs, auxquelles correspondent des taux de recrutement à peine supérieurs à 2 %.
Autrement dit, les disciplines ont des configurations taux des départs - croissance des effectifs, qui conduisent toujours à des taux de recrutement intermédiaires entre les deux extrêmes, c'est-à-dire entre 2,2 % et 7 % par an pendant la période 1993-2000.
B. ESTIMATION DES TAUX DE RECRUTEMENT PLAUSIBLES POUR LES ANNÉES 2001-2008
Alors que les départs annuels pour 1993-2000 sont de 2,9 % en moyenne, pour les périodes 2001-2004 et 2005-2008, ils vont passer à 3,7 % et 4,4 % par an. Les disciplines "jeunes" ont des taux un peu plus faibles (3 et 3,8 %), tandis que les disciplines "vielles" ont des taux un peu plus forts (4,5 et 5 %).
Ceci étant, pour arriver à une appréciation des nombres de recrutements annuels, connaître les départs ne suffit pas : il faut savoir aussi les évolutions en termes d'effectifs à moyen et plus long termes.
Ces évolutions d'effectifs vont dépendre à la fois de celles du nombre des étudiants par discipline et cycle et des taux d'encadrement, mais aussi des priorités de recherche, elles-mêmes liées aux dynamiques propres des sciences, mais aussi aux potentiels d'innovation industrielle et aux besoins de la société. L'évolution des effectifs exprime la politique scientifique et d'enseignement supérieur et correspond donc à des décisions politiques.
Les effectifs d'enseignants-chercheurs et de chercheurs à court et moyen termes ne peuvent pas faire l'objet de prévisions à proprement parler, mais on peut réfléchir sur des fourchettes d'évolutions qui balisent raisonnablement le champ des possibles.
Au niveau national, nous considérons une fourchette qui va de la stabilisation des effectifs (limite basse) à la croissance des effectifs de 3 % par an (limite haute), qui correspond à une légère augmentation des taux d'évolution observés ces dernières années (tableau 16).
S'agissant des différences entre disciplines "jeunes" et disciplines "vieilles", nous considérons des fourchettes qui encadrent les taux observés ces dernières années.-
Tableau 16. Taux annuels de départ, de variation d'effectifs et de recrutement, au niveau national et par type de discipline (2001-2004)
Taux annuels 2001 - 2004
enseignants-chercheurs et chercheurs des EPSTDéparts totaux
(retraite et autres départs)Hypothèses de fourchettes de
variation des effectifs (stock)Hypothèses de fourchettes de recrutement
Toutes disciplines
3,7 %
entre 0 % et 3,0 %
entre 3,7 % et 6,7 %
Disciplines `jeunes' et jugées prioritaires au plan des effectifs
environ 3 %
entre + 2 et 5 %
environ 5 à 8 %
Disciplines `vieilles' et jugées moins prioritaires au plan des effectifs
environ 4,5 %
- 2 et + 2 %
environ 2,5 à 6,5 %
Pour la période 2001-2004, on obtient ainsi un taux de recrutement national compris entre
3,7 et 6,7 %, se décomposant en une fourchette 5 à 8 % pour certaines disciplines et 2,5 à
6,5 % pour d'autres (tableau 16).
On peut procéder de même pour la période 2005-2008, ce qui donne un taux de recrutement national compris entre 4,4 et 7,4 %, se décomposant en une fourchette 5,8 à 8,8 % pour certaines disciplines et 3 à 7 % pour d'autres (tableau 17).Tableau 17. Taux annuels de départ, de variation d'effectifs et de recrutement, au niveau national et par type de discipline (2005-2008)
Taux annuels 2005 - 2008
enseignants-chercheurs et chercheurs des EPSTDéparts totaux
(retraite et autres départs)Hypothèses de fourchettes de variation des effectifs (stock)
Hypothèses de fourchettes de
recrutementToutes disciplines
4,4 %
entre 0 % et 3,0 %
entre 4,4 % et 7,4 %
Disciplines `jeunes' et jugées prioritaires au plan des effectifs
environ 3,8 %
entre + 2 et 5 %
environ 5,8 à 8,8 %
Disciplines `vieilles' et jugées moins prioritaires au plan des effectifs
environ 5,0 %
- 2 et + 2 %
environ 3 à 7 %
C. RÉSULTATS ET CONCLUSIONS
La comparaison de ces fourchettes de taux de recrutement futurs avec ceux constatés entre 1993 et 2000 (tableau 18) permet d'établir un premier cadrage des questions posées.
1. Au niveau national, les taux des recrutements annuels d'ici 2008 seraient compris entre - 30 % et + 40 % de leur valeur moyenne des années 1993-2000. Si on considère la partie haute de la fourchette, on passerait d'environ 3 500 recrutements par an observés à la fin des années 1990 à 4 000 d'ici le milieu de la décennie en cours et à 4 500 ou 5 000 dans la seconde partie de la décennie. De telles évolutions possibles ne semblent pas de nature, globalement, à poser des problèmes majeurs de disponibilité physique de personnels qualifiés, en termes de "vivier" ; encore convient-il de s'assurer que ces futurs chercheurs et enseignants-chercheurs potentiels s'orientent effectivement vers les métiers de la recherche publique : c'est la question de l'attractivité des carrières.
2. Au niveau des disciplines jeunes et jugées prioritaires au plan des effectifs, il apparaît que le volume de recrutements annuels serait au maximum de 25 % supérieurs aux taux observés à la fin des années 1990. Autrement dit, dans ces disciplines, la problématique du volume des recrutements dans les années à venir ne serait pas fondamentalement différente de ce qu'elle est aujourd'hui. Encore convient-il d'avoir un diagnostic de la situation actuelle en termes d'attractivité, mais également de vivier, puisqu'il s'agit en général de disciplines pour lesquelles la demande du secteur privé est importante.
3. Au niveau des disciplines vieilles et jugées moins prioritaires sur le plan des effectifs, il apparaît que, dans toutes les hypothèses examinées ici, il y aurait croissance des taux de recrutement, cette croissance pouvant être très importante (multiplication par trois et même un peu plus). Bien sûr, dans l'absolu, les taux de recrutement de la fin des années 1990, qui servent de référence, sont très faibles (2,2 %) et leur triplement ne donne pas des chiffres déraisonnables (7 % au maximum). Cependant, il reste que la variation du taux est brutale et que des problèmes de vivier pourraient peut-être se poser, si ces évolutions possibles n'étaient pas anticipées, au moins pour certaines sous-disciplines.
4. Nous n'avons pas ici considéré le cas, peu plausible, de disciplines jeunes qui ne seraient plus prioritaires au niveau de la croissance des effectifs, ni celui de disciplines vieilles dont on souhaiterait un relèvement significatif et rapide des effectifs : le premier cas signifierait pratiquement un arrêt des recrutements dans les disciplines concernées, le second une multiplication des taux de la fin des années 1990 par un facteur 4 ou 5 pour arriver à des chiffres de l'ordre de 10 % par an. Le premier cas ne poserait pas de problème de recrutement (même s'il poserait d'autres problèmes) ; le second poserait à l'évidence des problèmes de "vivier".
Tableau 18. Hypothèses de fourchettes de variation des taux de recrutement des périodes 2001-2004 et 2005-2008 par rapport à la période 1993-2000, au niveau national et par type de discipline
Enseignants-chercheurs et chercheurs des EPST
1993 - 2000
2001 - 2004
Hypothèses de fourchettes2005 - 2008
Hypothèses de fourchettesTaux annuels
recrutementsTaux annuels
recrutementsVariation par rapport période 1993-2000
Taux annuels
recrutementsVariation par rapport période 1993-2000
Toutes disciplines
Nombre absolus de recrutements
5,4 %
3 500
entre 3,7 %
et 6,7 %2 400 à 4 000
de - 30 %
à + 25entre 4,4 %
et 7,4 %3 000 à 5 000
de - 20 %
à + 40Disciplines `jeunes' et jugées prioritaires au plan des effectifs
environ 7 %
environ 5 à 8 %
de - 30 %
à + 15 %environ 5,8 à 8,8 %
de - 20 %
à + 25 %Disciplines `vieilles' et jugées moins prioritaires au plan
des effectifsenviron 2,2 %
environ 2,5
à 6,5 %de + 15 %
à + 300 %environ 3 à 7 %
de + 35 %
à + 320 %
Ces résultats et conclusions nous incitent à préciser le cadrage général réalisé dans la partie A de ce dossier. Dans la partie B, nous allons donc aborder la question des viviers et celle des carrières.PARTIE B.
LE RECRUTEMENT DES CHERCHEURS
ET DES ENSEIGNANTS - CHERCHEURS :
APERÇUS SUR LES CARRIÈRES ET LES "VIVIERS"
INTRODUCTION DE LA PARTIE B_____________________________________________________________________
Après avoir identifié des ordres de grandeur et des fourchettes de besoins en recrutements pour les années à venir, il convient maintenant de se poser la question de savoir, d'une part, si les `viviers' de jeunes ayant les compétences requises seront suffisants, et, d'autre part, si les jeunes qui constituent ces `viviers' seront effectivement attirés vers les carrières de l'enseignement supérieur et de la recherche publique. Comme dans la partie A, il conviendra de regarder dans quelle mesure la situation diffère d'une discipline à l'autre et d'une institution à l'autre.
On aborde dans cette partie B deux questions distinctes : les jeunes seront-ils attirés par ces carrières ou préféreront-ils massivement aller dans le privé, voire à l'étranger ? Même si ces carrières dans le secteur public étaient attractives, y aurait-il assez de jeunes compétents pour faire face aux besoins futurs de recrutements dans l'enseignement supérieur et la recherche ?
Après avoir situé le problème, on examinera d'abord la situation à échelle "macro-institutionnelle" au niveau de l'enseignement supérieur et du CNRS ; on effectuera ensuite un `zoom' sur quatre sous-disciplines.
Ces sous-disciplines ont été choisies de manière à couvrir l'ensemble des sciences de la matière, des sciences de la vie et des sciences humaines et sociales. Nous avons également voulu avoir une bonne diversité au niveau des dynamiques des populations concernées.
Nous avons donc choisi l'histoire moderne pour les sciences humaines et sociales. Pour les sciences de la matière et de la vie (`sciences exactes'), nous avons choisi une sous-discipline ayant bénéficié d'une croissance importante des effectifs au cours de la dernière décennie et caractérisée par une population `jeune' : l'informatique. Nous avons choisi une sous-discipline faisant l'objet d'une attention particulière, la biologie moléculaire, et, enfin, une sous-discipline dont les effectifs ont diminué et dont la population est considérée comme `vieille' : la chimie moléculaire .Tableau 19. Les quatre sous-disciplines sur lesquelles nous avons effectué des zooms dans la partie B
Numéros de nomenclature, sections ou commissions concernées
Numéro Nomenclature
OSTSections CNU
Sections Comité National - CNRS
Commissions
INSERMBiologie moléculaire -
Biochimie13
64 : biochimie, biologie moléculaire
20 : bio-molécules - struct.
21 : bio-molécules - relation
23 : génomes1: génétique et développement
Informatique, automatique
8
27 : informatique
61 : génie informatique., automatique7 : S&T de l'information
-
Chimie moléculaire
5
32 : chimie organique, minérale, industrielle.
16 : molécules - synthèses,
18 : éléments de transition-
Histoire moderne
21
22 : mondes modernes et contemporains
33 : formation du monde moderne
-
CHAPITRE 3.
APERÇUS SUR LES CARRIÈRES DE
L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE
- LA QUESTION DE L'ATTRACTIVITÉ DES CARRIÈRES -
I. LE CURSUS PROFESSIONNEL D'UN CHERCHEUR ET D'UN ENSEIGNANT-CHERCHEUR : VUE D'ENSEMBLE
Pour préciser le cadre général de l'analyse, nous présentons le tableau synoptique du cursus professionnel d'un chercheur ou d'un enseignant-chercheur, avant d'aborder la question plus en détail (tableau 20).
Les étapes obligées de ce cursus sont, d'une part, la soutenance du doctorat, et, d'autre part, le recrutement par un EPST ou un établissement d'enseignement supérieur (en général une université). La troisième étape, qui est celle du passage au grade de professeur ou de directeur de recherche, ne concerne pas la totalité de la population des recrutés. En effet, une fraction reste maître de conférences ou chargé de recherche jusqu'à la fin de sa carrière.
Tableau 20. Le cursus professionnel d'un chercheur ou d'un enseignant-chercheur : vue d'ensemble
Étapes du cursus
Toutes disciplines
Sciences de la matière et de la vie (SMV)
Sciences de l'homme et de la société (SHS)
Baccalauréat
18 ans
18 ans
18 ans
PÉRIODE ÉTUDES SUPÉRIEURES - ENTRE 5 ET 7 ANS
Début de thèse
25 ans
25 ans
25 ans
PÉRIODE DE PRÉPARATION DU DOCTORAT - 3 ANS À 4,5 ANS
Soutenance doctorat
28,5 ans
28 ans
29,5 ans
PÉRIODE `POST-DOCTORALE' - 1 À 5 ANS
Recrutement
enseignant-chercheur
33,5
31 ans
35 ans
chercheur
30 ans
29 ans
31 ans
période maître de conférences (MC2) ou chargé de recherche 2° classe (CR2)
période MC1 ou CR1Promotion dans le corps des Professeurs ou Directeurs de Recherche
entre 40 et 50 ans - non systématique
période professeur (PR2) ou directeur de recherche 2° classe (DR2)
période PR1 ou DR1
période PR ou DR de classe exceptionnelleremarque : les âges indiqués dans ce tableau sont indicatifs ; pour la soutenance de doctorat, il s'agit d'âges médians (et non moyens), corrigés pour les SHS pour tenir compte d'une fraction des thèses soutenues à des âges très tardifs et ne concernant pas la population étudiée ici. Dans tous les cas, il y a des variations significatives autour de l'âge moyen ou de l'âge médian.
Compte tenu des spécificités des cursus en termes d'âges, il est important de distinguer les sciences de la matière et de la vie (SMV), des sciences de l'homme et de la société (SHS) : ces dernières, en effet, se caractérisent par une durée de la thèse plus longue et un âge au recrutement plus élevé. Il convient également de distinguer l'enseignement supérieur des EPST, puisque ces derniers sont tenus à la limite de 31 ans 62( * ) pour leurs recrutements (en CR2), d'où une différence d'âge au recrutement par rapport à l'enseignement supérieur.
II. LES CARRIÈRES DES CHERCHEURS ET ENSEIGNANTS-CHERCHEURS AVANT LE RECRUTEMENT DANS LA FONCTION PUBLIQUE
A. LA PÉRIODE DE PRÉPARATION DU DOCTORAT
L'obtention d'un doctorat est un point de passage obligé d'un futur chercheur. Après le baccalauréat, en moyenne obtenu vers 18 ans, les jeunes (futurs) chercheurs débutent leur thèse aux alentours de l'âge de 25 ans, après 5 à 7 années d'études. La durée médiane de la thèse est de 3,4 ans, ceci recouvrant une forte disparité entre les sciences de la matière et de la vie (3 ans) et les sciences de l'homme et de la société (4,5 ans).
Environ 20 % des inscrits en thèse dans les sciences de la matière et de la vie ne soutiennent jamais leur thèse, cette proportion étant de 55 % dans les sciences de l'homme et de la société.
Sur 10 000 thèses soutenues en une année, 6 500 (soit 65 %) bénéficient d'une allocation de recherche ; ce ratio est de 80 % pour les sciences de la matière et de la vie (SMV), de 25 % pour les sciences humaines et sociales (SHS). Une moitié de ces allocations émane du dispositif de bourses du ministère de la recherche, l'autre moitié correspondant à une variété de dispositifs : bourses CIFRE 63( * ) , bourses d'organismes de recherche, d'écoles, de ministères, de collectivités territoriales, d'entreprises, d'associations caritatives et de gouvernements étrangers. Les rémunérations mensuelles correspondantes vont d'un peu plus de 6 000 francs nets pour les bourses du ministère de la recherche à 10 000 francs et plus en fonction du domaine de recherche et du type de financeur.
En outre, 10 % des thèses sont financés par des salaires (7 % pour les SMV et 17 % pour les SHS). Ces salaires correspondent souvent à des rémunérations de personnels enseignants du secondaire (surtout en SHS) et à des contrats d'ATER (attachés temporaires d'enseignement et de recherche), proposés pour une durée de deux ans en fin de thèse.Tableau 21. La période de préparation du doctorat
Toutes disciplines
Sciences de la matière et de la vie (SMV)
Sciences de l'homme et de la société (SHS)
Rémunération nette mensuelle
pour des activités d'enseignement supérieur ou de rechercheDébut de la thèse
25 ans
25 ans
25 ans
période de préparation du doctorat
3 à 4,5 ans
80 % des doctorants en SMV ont une allocation et 50 % de ceux en SHS.
La plupart des allocations ont un montant de 6000 F, mais elles peuvent aller jusqu'à 12 000 FSoutenance doctorat
28,5 ans
28 ans
29,5 ans
note : on considère ici l'âge médian, étant données les disparités importantes dans la distribution. En SHS, l'âge de soutenance indiqué ici ne tient pas compte de la fraction des docteurs qui soutiennent à un âge très élevé.
En termes d'attractivité du cursus et des conditions de travail, deux facteurs sont essentiels :-
- la qualité de la formation, du suivi et des conditions de travail
pendant la thèse,
- les débouchés offerts par le doctorat en dehors des métiers de la recherche publique et de l'enseignement supérieur.
La mise en place des écoles doctorales et celle de la charte du doctorant correspondent largement à cette double préoccupation, mais il reste dans certains cas des situations floues ou peu satisfaisantes qui peuvent contribuer à dévaloriser les études doctorales aux yeux des jeunes diplômés : celles-ci sont considérées par certains comme (trop) longues, surtout en SHS, dispensant parfois une formation trop focalisée et finalement pas toujours facile à valoriser en dehors du système public.
B. LA PÉRIODE POST-DOCTORALE
Six mois après leur soutenance, les jeunes docteurs se trouvent dans la situation suivante (enquête 1998) :
- 25 % sont en séjour post-doctoral dans un laboratoire, le plus souvent à l'étranger,
- 15 % bénéficient encore d'un contrat d'ATER,
- 20 % travaillent dans une entreprise,
- 11 % sont intégrés dans l'enseignement supérieur,
- 6 % sont dans la recherche publique (le plus souvent en position d'ingénieur, et non de chercheur),
- 12 % sont dans la fonction publique hors enseignement et recherche,
- 13 % sont en situation d'emploi précaire ou sans emploi.
Dans le cursus professionnel du futur chercheur ou enseignant-chercheur, cette période, comprise entre l'obtention du doctorat et le recrutement, peut avoir des formes variées, telles que :
- simple période de quelques mois reliant directement la soutenance ou un contrat d'ATER avec le recrutement, le plus souvent en tant que maître de conférences,
- pour les personnels déjà titulaires d'un poste dans l'éducation nationale ou dans la fonction publique, période de une à plusieurs années de consolidation des références d'enseignement et de recherche,
- période de séjour post-doctoral à l'étranger (un à trois ans d'emploi à durée déterminée), suivie d'un recrutement - ceci étant le schéma standard pour les recrutements de chercheurs, notamment dans les sciences de la matière et de la vie (tel est le cas aussi de 20 % des maîtres de conférences),
- enfin, pour certains, période d'emploi à durée déterminée dans l'enseignement supérieur et la recherche en France (y compris ATER non fonctionnaires) (séjour post-doctoral en France).
Cette période post-doctorale est susceptible d'être difficilement vécue pour les jeunes en emploi à durée déterminée dans la recherche publique, que ce soit en France ou à l'étranger. Dans ce dernier cas, toutes les études confirment que la très grande majorité des jeunes Français en `post-doc' à l'étranger souhaite rentrer en France et prépare les concours de chargé de recherche et de maître de conférences.
Les conditions de travail et de rémunération sont très variables selon les cas.
Deux questions au moins se posent ici :
- celle du positionnement professionnel des post-doc dans les laboratoires publics français, traditionnellement peu clair - ne serait-ce que du fait du caractère administrativement `marginal' de ce type de position ;
- celle des conditions de préparation des concours par les post-doc qui sont à l'étranger, du fait notamment de l'importance d'une forte proximité avec un laboratoire de l'institution dans laquelle la personne postule.
-
Tableau 22. La période post-doctorale
Toutes disciplines
Sciences de la matière et de la vie (SMV)
Sciences de l'homme et de la société (SHS)
Rémunération nette mensuelle
pour des activités d'enseignement supérieur ou de rechercheAge de soutenance du doctorat
28,5 ans
28 ans
29,5 ans
période `post-doctorale'
1 à 5 ans
Souvent : emplois à durée déterminée dans un laboratoire d'université, en France ou à l'étranger ; rôle des positions d'ATER
rémunération variable - dans la fourchette haute des allocations de thèsesAge de recrute-ment
ens-chercheur
33,5 ans
31 ans
35 ans
chercheur
30 ans
29 ans
32 ans
III. LES CARRIÈRES DES CHERCHEURS ET ENSEIGNANTS CHERCHEURS DANS LA FONCTION PUBLIQUE
Il convient de distinguer le cas de l'enseignement supérieur de celui des EPST.
A. LES ENSEIGNANTS - CHERCHEURS
1. Le recrutement
Le recrutement comme maître de conférences comprend deux étapes :-
- d'abord, l'obtention de la `qualification', c'est-à-dire la
présélection des candidats au recrutement, qui est de la
responsabilité du CNU (comité national des universités),
au niveau de chaque section disciplinaire ; celle-ci est
délivrée au vu de critères d'activité de recherche
et d'enseignement,
- ensuite, le recrutement, par concours, des postes ouverts au recrutement dans chaque université ; la décision est ici celle de la commission de spécialistes de l'université.
2. La carrière
Voir tableau 23
Les mécanismes et procédures d'avancement sont complexes 64( * ) et sont souvent considérés comme peu lisibles et pouvant engendrer des sentiments de manque d'équité.
A chaque grade, et pour chaque ancienneté dans le grade, correspond un indice, qui détermine le salaire. Au salaire proprement dit s'ajoutent des primes de charges administratives, d'encadrement doctoral et de recherche, et de responsabilités pédagogiques.
D'autre part, un certain nombre d'enseignants-chercheurs effectue des heures complémentaires d'enseignement ouvrant droit à rémunération additionnelle.
Enfin, les activités de consultance et la publication d'ouvrages peuvent donner lieu à des rémunérations accessoires.
Le poids relatif de ces différentes rémunérations qui s'ajoutent au salaire est variable d'une personne à l'autre, d'une discipline à l'autre, et selon les grades considérés. Elles représenteraient en moyenne 8 à 10 % du salaire, avec des disparités importantes entre les personnes 65( * ) .-
Tableau 23. Schéma du déroulement de carrière des enseignants-chercheurs
Salaires bruts
Toutes disciplines
Sciences de la matière et de la vie (SMV)
Sciences de l'homme et de la société (SHS)
Recrutement
33,5
31 ans
35 ans
période maître de conf.
2° classe (MC2)rémunération en début de carrière de 13 000 F
(y compris primes de recherche et ens. sup.)rémunération additionnelle par les heures complémentaires d'enseignement essentiellement
(environ 10 % du salaire en moyenne, avec de fortes disparités)
rémunération pour des travaux de consultance
droits d'auteur, rémunération sur licences de brevetpériode MC1
salaire au dernier échelon de MC1 de 23 000 F
une certaine fraction des MC1 ne passent jamais PR2
fin de carrière possible à 26 800 FPassage PR
44 ans
41 ans
48 ans
période professeur 2° classe (PR2)
rémunération en début de carrière
d'environ 18 300 F
un salaire au dernier échelon de 24 000 F
une certaine fraction des PR2 ne passent jamais PR1primes et indemnités liées à l'exercice de fonctions de recherche, d'administration, d'encadrement essentiellement ; heures complémentaires également
(environ 8 % du salaire en moyenne, avec de fortes disparités)
rémunération pour des travaux de consultance
droits d'auteur, rémunération sur licences de brevetpériode PR1
période PR classe exceptionnellesalaire au dernier échelon de PR1 de 32 000 F
peu accèdent à la classe exceptionnelle
fin de carrière en classe exceptionnelle : 36 800 FB. LES CHERCHEURS - LE CAS DU CNRS
1) Le recrutementVoir tableau 24
Le recrutement des CR2 s'effectue en deux temps :
-
- la phase d'admissibilité, fondée sur l'étude du dossier
des candidats, le cas échéant sur une audition ; le jury
d'admissibilité est constitué par la section correspondante du
comité national (membres chercheurs ou enseignants-chercheurs
uniquement), qui publie la liste des candidats déclarés
admissibles, par ordre de mérite,
- la phase d'admission est placée sous l'autorité d'un jury constitué par le département scientifique.
Les candidats des concours CR2 doivent être au plus âgés de 31 ans à la fin de l'année civile du concours (il peut y avoir des dérogations, notamment pour des raisons familiales).
Les concours sont organisés par discipline mais également, pour certains thèmes `fléchés', au sein de chaque discipline.
Les "entrants" au CNRS sont pour 75 % des CR2, pour lesquels la limite d'âge s'applique, mais pour 25 % des CR1 pour lesquels il n'y a pas de limite d'âge.
2) La carrièreVoir tableau 24
Les carrières se déroulent selon un schéma très similaire à celui des enseignants-chercheurs : aux maîtres de conférences correspondent les chargés de recherche, et aux professeurs correspondent les directeurs de recherche.
Les âges d'accès aux différents grades sont cependant différents :
- au niveau de l'âge de recrutement, on constate un retard de plus de trois ans des enseignants-chercheurs par rapport aux chercheurs du CNRS (33,5 ans contre 30 ans),
- au niveau de l'accès au grade de professeur ou de directeur de recherche, on observe un retournement de situation, puisque les enseignants-chercheurs opèrent ce passage plus jeunes que les chercheurs (44 ans contre 45 ans).
Il reste que la loi sur l'innovation de juillet 1999 ouvre des possibilités nouvelles de ce point de vue aux chercheurs.-
Tableau 24. Schéma du déroulement de carrière des chercheurs du CNRS
salaires brutsToutes disciplines
Sciences de la matière et de la vie (SMV)
Sciences de l'homme et de la société (SHS)
Recrutement
30 ans
29 ans
32 ans
période chargée de recherche
2° classe (CR2)rémunération en début de carrière de 13 000 F
évoluant en général vers 14 500 F en 4 ansrémunération pour des travaux de consultance dans la limite d'une journée par semaine
(Loi sur l'innovation de 1999)
droits d'auteur, rémunération sur licences de brevetpériode CR1
15 % des CR1 restent au dernier échelon CR1 avec un salaire de 23 000 F
(total CR1 : 5 900 personnes)Passage DR
45 ans
44 ans
50 ans
période directeur de recherche 2° classe (DR2)
rémunération en début de période : environ 18 500 F
37 % des DR2 restent au dernier échelon, avec un salaire
de 23 000 F
(total DR2 : 3 360 personnes)rémunération pour des travaux de consultance dans la limite d'une journée par semaine
(Loi sur l'innovation de 1999)
droits d'auteur, rémunération sur licences de brevetpériode DR1
période DR de classe exceptionnelle59 % des DR1 restent au dernier échelon, avec un salaire
de 32 000 F (total DR1 : 950 personnes)
fin de carrière classe exceptionnelle : 37.000 F3) Appréciation de l'évolution des conditions de déroulement des carrières
On observe d'abord qu'entre 1992 et 2000, l'âge moyen de recrutement en CR2 a augmenté de 14 mois (tableau 25), l'âge limite de 31 ans tendant en fait à devenir l'âge moyen. On observe ici les effets combinés d'un plus grand nombre de dérogations d'âge et d'une plus grande propension à choisir les candidats `âgés' (en dernière année de possibilité de se faire recruter).Tableau 25. Évolution 1992 - 2000 de l'âge au recrutement en CR2
Age recrutement CR2
Age au recrutement CR2
toutes disciplines1992
29 ans 3 mois
2000
30 ans 5 mois
Variation
+ 14 mois
Un passage crucial dans l'évolution de carrière d'un chercheur est le passage CR1 - DR2. Chaque année, 3,3 % des CR1 sont promus DR2, les lauréats ayant une ancienneté moyenne en CR1 de 10 ans et 9 mois.
On observe un accroissement de l'âge moyen au passage DR2 de 11 mois entre 1992 et 2000 (tableau 26). Tout se passe comme si le retard au recrutement CR2 s'était reporté sur l'âge de la promotion en DR2.
Dans les SHS, ce glissement de l'âge au passage DR2 est très accentué, puisqu'il atteint 2,5 ans (30 mois) : on ne devient DR2 dans ces disciplines qu'à pratiquement 50 ans en moyenne.Tableau 26. Évolution 1992 - 2000 de l'âge au passage en DR2
Age promotion CR1 > DR2
Toutes disciplines
dont : sciences humaines et sociales
1992
44 ans 2 mois
47 ans 5 mois
2000
45 ans 1 mois
49 ans 11 mois
Variation
+ 11 mois
+ 30 mois
Cet accroissement de l'âge pour la promotion aux différents corps et grades est un phénomène général au CNRS (tableau 27) : on le retrouve également pour le passage CR2 - CR1
(+ 13 mois), pour le passage DR2 - DR1 (+ 30 mois) et pour le passage DR1 - DRCE (+ 18 mois).Tableau 27. Évolution de l'âge moyen par grade d'accès des promus
CR2 > CR1
CR1 > DR2
DR2 > DR1
DR1 > DRCE
1991
32 ans 9 mois
44 ans 2 mois
50 ans 7 mois
55 ans
2000
33 ans 10 mois
45 ans 1 mois
53 ans 1 mois
56 ans 6 mois
Variation
+ 13 mois
+ 11 mois
+ 30 mois
18 mois
En outre, on observe que 15 % des CR1 sont bloqués au dernier échelon de leur grade et qu'il en est de même de 37 % des DR2.
IV. ANALYSE EN ZOOM SUR 4 SOUS-DISCIPLINES
Il s'agit de caractériser les déroulements de carrière des scientifiques en donnant des ordres de grandeur des âges auxquels s'effectue le passage au grade de professeur, d'une part, de directeur de recherche, d'autre part. On s'attache à identifier les disparités entre époques, entre institutions, entre disciplines.
On appelle déroulement d'une carrière pour un groupe de recrutés d'une même année - `cohorte', au sens des démographes - l'âge du passage aux grades considérés.
On analyse la cohorte des recrutés maître de conférences 2 ème classe ou chargé de recherche 2 ème classe des années 1984, 1989 et 1994, chacune étant caractérisée par le nombre de recrutés. Pour chaque cohorte, année par année, depuis leur date de recrutement, on observe la proportion de ceux qui sont devenus professeur ou directeur de recherche (en nombre cumulé au fil des années).
On trace alors le graphique des pourcentages des recrutés qui, année après année, sont restés maître de conférences ou chargé de recherche 66( * ) .
On compare alors les carrières en mettant en évidence les effets disciplinaires, les effets institutionnels (CNRS - universités) et les effets de génération (les différentes cohortes).
A. L'EFFET DISCIPLINEVoir tableau 28
Tableau 28. Comparaison des institutions à travers l'évolution du pourcentage des maîtres de conférences ou CR2 promus au grade de professeur ou DR2 selon le nombre d'années d'ancienneté dans le corps - 4 disciplines - cohortes 1985, 1989, 1994
1985
1989
1994
Enseignement supérieur
CNRS
INSERM
Sources : Données DPE, CNRS, INSERM, Traitements OST.
En histoire moderne, les évolutions des carrières apparaissent plus rapides que dans les autres disciplines, mais ce résultat peut s'interpréter par le fait qu'en histoire moderne (comme dans les SHS en général), les recrutements sont plus tardifs que dans les trois autres disciplines étudiées : il y aurait simplement un rattrapage du retard initial de carrière. On note que cet effet est absent au CNRS pour les cohortes 1989 et 1994.
La chimie moléculaire présente des évolutions de carrières plutôt satisfaisantes en valeur relative dans l'enseignement supérieur (surtout pour la cohorte 1985), ce qui n'est pas le cas au CNRS, où cette discipline est plutôt en retard.
La biochimie - biologie moléculaire a des carrières peu dynamiques dans l'enseignement supérieur, pour les trois cohortes ; cette discipline apparaît plus favorable au CNRS en valeur relative.
L'informatique - automatique a des évolutions plutôt inférieures à la moyenne des 3 autres disciplines, tant dans l'enseignement supérieur qu'au CNRS.
B. L'EFFET INSTITUTION (CNRS - UNIVERSITÉ)
Voir tableau 29
Ces graphiques montrent que les carrières évoluent plus rapidement dans l'enseignement supérieur qu'au CNRS, quelle que soit la discipline et quelle que soit la cohorte considérée . Une spécificité de l'université est que les promotions commencent dès les toutes premières années après le recrutement comme maître de conférences. Au CNRS, il faut attendre que la cohorte ait une dizaine d'années d'ancienneté pour observer les premières promotions. Ainsi les différences de carrières entre les deux institutions sont-elles déjà visibles pour la cohorte des recrutés de 1994.
L'INSERM a un profil de carrière différent : semblable à celui du CNRS les premières années (pas de promotion), il se modifie rapidement au bout de 6 ans environ, avec des promotions en nombre relativement important, qui rapprochent alors son profil de celui de l'université (la cohorte 1989 a même une évolution plus favorable que celle de l'université).
C. L'EFFET GÉNÉRATION (COHORTE)Voir tableau 30
Dans l'enseignement supérieur, il apparaît que dans trois disciplines sur quatre, la cohorte 1989 a été un peu plus favorisée que la cohorte 1985 (l'exception étant la biochimie - biologie moléculaire). Mais dans tous les cas, la cohorte 1994 est défavorisée par rapport aux deux précédentes.
Étant donné le nombre d'années qu'il faut aux CR du CNRS pour passer DR, les comparaisons entre cohortes sont difficiles : la cohorte 1989 a en effet à peine entamé ses promotions en 2000 (aucune pour l'histoire moderne et pour l'informatique - automatique). Il apparaît cependant que la cohorte 1989, pour la chimie moléculaire et pour la biochimie - biologie moléculaire, est un peu en avance sur celle de 1985, l'inverse étant vrai pour l'histoire moderne.
A l'INSERM, on remarque également que la cohorte 1989 est un peu en avance sur celle de 1985.
Au total, pour les enseignants-chercheurs, il apparaît que les âges auxquels ont lieu les promotions tendent à s'élever. Pour le CNRS, on ne peut rien dire de la cohorte 1994, qui n'a pas commencé ses promotions, et il est difficile de départager la cohorte 1989 de celle de 1985 en termes de calendrier des promotions.
Dans les cohortes récentes, l'accroissement de la période de temps nécessaire pour les promotions est concomitant à la tendance à l'augmentation de l'âge au recrutement : ces deux effets se cumulent pour rendre plus élevés les âges auxquels on atteint chaque grade.Tableau 29. Comparaison des carrières entre les institutions : l'évolution du pourcentage des maîtres de conférences ou CR2 promus au grade de professeur ou DR2 selon le nombre d'années d'ancienneté dans le corps - 4 disciplines - trois cohortes (1985, 1989, 1994)
Histoire moderne
Sciences et Technologies de l'information
Chimie moléculaire
Biochimie et Biologie moléculaire
1985
1989
1994
Sources : Données DPE, CNRS, INSERM, Traitements OST.
Tableau 30. Comparaison des carrières entre les générations (cohortes 1984, 1989, 1994) : l'évolution du pourcentage des maîtres de conférences ou CR2 promus au grade de professeur ou DR2 selon le nombre d'années d'ancienneté dans 4 disciplines et leur institution
Enseignement supérieur
CNRS
INSERM
Histoire moderne
Sciences et Technologies de l'information
Chimie moléculaire
Biochimie et Biologie moléculaire
Sources : Données DPE, CNRS, INSERM, Traitements OST.
CONCLUSIONS SUR LES CARRIÈRES : ÉLÉMENTS DE DIAGNOSTIC
1. Pour apprécier l'attractivité des carrières de chercheur et d'enseignant-chercheur, il convient de se poser en premier lieu la question de l'attractivité des études doctorales et de la période post-doctorale, qui sont des points de passage obligés.
De ce point de vue, trois remarques s'imposent :
- il s'agit d'un parcours très long - trois ans de thèse et deux ans de période post-doctorale - soit 5 années après le diplôme de 3 ème cycle que représente le DEA ; en sciences humaines et sociales il l'est encore davantage,
- le problème du niveau de la rémunération pendant la période de thèse se pose car, à 6 000 francs nets par mois, la question de la concurrence avec d'autres options se pose avec acuité dans la plupart des disciplines, spécialement pour les étudiants ayant déjà un diplôme d'ingénieur ; la baisse du nombre de thèses dès que la conjoncture de l'emploi s'améliore ne laisse guère de doutes à ce sujet,
- l'insuffisante lisibilité des parcours, des critères et des conditions pour entrer dans la carrière est, dans certains cas, un obstacle à l'attractivité.
Le déroulement de la carrière - au sens du niveau de rémunération, mais aussi de statut juridique et professionnel de l'emploi et des responsabilités confiées - paraît bien être en décalage de plusieurs années par rapport à d'autres professions. La contrepartie est qu'à long terme, il n'y a pas de risque de régression de carrière ou de licenciement, avec même une autonomie qui devient très grande. C'est la situation professionnelle entre 25 et 35 ans qui devrait faire l'objet d'une attention particulière, car il semble que le problème de l'attractivité, au moins pour certaines disciplines, se pose surtout pour cette période-là.
Certes, ceux qui ont fait, une fois pour toutes, le choix de s'orienter vers la recherche publique ne vont pas être sensibles à des différences de carrière par rapport à d'autres orientations professionnelles. Il y a cependant certainement un seuil critique d'acceptabilité des différences et il ne faudrait pas qu'on s'en approche sans s'en rendre compte.
2. Si on considère le facteur âge au recrutement et ancienneté requise pour les promotions, on observe une moindre rapidité des trajectoires professionnelles : on a tendance à atteindre les différents grades de plus en plus âgé et ceci tant dans les universités que dans les EPST. La situation dans les sciences humaines et sociales est en retrait par rapport à celle des sciences de la matière et de la vie.
Par ailleurs, on remarque que les carrières au CNRS sont très sensiblement moins rapides qu'à l'université. La situation dans d'autres EPST, l'INSERM par exemple, est meilleure qu'au CNRS. Là encore, c'est la question des seuils critiques qui est posée.
3. Il convient de mettre les paramètres concernant la rémunération en perspective par rapport à d'autres aspects, très importants, de l'attractivité des carrières : la qualité des moyens de travail ou la possibilité de développer ses propres travaux de recherche assez tôt dans le cursus. Ces aspects - qui font l'objet de différents dispositifs récents (actions `jeunes chercheurs') - sont souvent considérés comme un handicap d'attractivité par rapport au monde anglo-saxon. L'impression d'une pesanteur tant hiérarchique qu'administrative est également un facteur négatif quant à l'attractivité.
4. Ceci étant, il faut considérer un aspect très important de l'attractivité des carrières de chercheur et d'enseignant-chercheur en France, à savoir le statut de la fonction publique : pour ceux qui souhaitent faire de l'enseignement et de la recherche, il représente un avantage et une garantie essentiels - notamment par rapport à ce que peuvent offrir les pays anglo-saxons, qui obligent à une `course au contrat' permanente et à une tension liée au statut précaire qui perdure souvent jusque vers 45 ans.CHAPITRE 4.
APERÇUS SUR LE POTENTIEL DE COMPÉTENCES
POUR L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE
- LA QUESTION DES VIVIERS -INTRODUCTION
1. Présentation générale
Nous avons présenté, dans le chapitre précédent, des éléments sur l'attractivité des carrières dans l'enseignement supérieur et la recherche. Encore faut-il qu'il y ait une population de candidats potentiels sur laquelle puisse s'exercer cette attractivité. L'objet de ce chapitre est de présenter des éléments de description et d'appréciation concernant ces populations de candidats potentiels, que nous désignerons sous l'intitulé générique de "viviers".
Comme nous l'avons vu au chapitre précédent, le cheminement qui mène à un recrutement comme maître de conférences des universités ou comme chargé de recherche d'un EPST comporte un certain nombre d'étapes, qui définissent chacune différentes populations
(cf. schéma 1) et aboutissent aux recrutés maîtres de conférences ou chargés de recherche des EPST (population 0) :
- les "qualifiés" pour les concours de maîtres de conférences et les candidatures recevables pour les concours de chargés de recherche des EPST (population 1),
- les jeunes chercheurs en période post-doctorale 67( * ) (population 2).
- les jeunes chercheurs en période doctorale (population 3).
Chacune des populations 1, 2 et 3 peut être considérée comme un vivier de jeunes (viviers de niveau 1, 2 et 3), à partir desquelles s'alimente le stock des chercheurs et enseignants-chercheurs, via les recrutements annuels. Les passages des jeunes de la population 3 (doctorants) à la population 2 (post-doctorants au sens large) et à la population 1 (candidats) définissent des parcours qui relient entre eux les viviers, selon des modalités variées.
Nous allons nous attacher à identifier et décrire le vivier 1 (candidats) et le vivier 2 (période post-doctorale), en distinguant le cas du CNRS (section 1) et celui des universités (section 2), tout en précisant la situation pour les disciplines choisies.
2. Une tentative de quantification des viviers et des flux annuels
Pour fixer les idées, nous proposons ci-après de donner des ordres de grandeur des populations et des flux annuels correspondant aux différents viviers (schéma 1) : on part d'une population de doctorants de 40 à 50 000 personnes (vivier 3), qui conduit à un flux annuel de soutenance de thèse de 10 000 personnes. Ce flux alimente à son tour une population de "période post-doctorale" de 12 000 à 15 000 personnes (vivier 2), dont une partie importante constitue la population des candidats (vivier 1), estimée également entre 12 et 15 000 personnes, en incluant un certain nombre de candidats étrangers qui ne faisaient pas partie du vivier 2. Cette population des candidats, à son tour, est à l'origine du flux des recrutés maîtres de conférences et chargés de recherche des EPST, au rythme annuel de 2 500 à 3 000 personnes.Notes méthodologiques sur le calcul des estimations
le flux des recrutés maîtres de conférences et chargés de recherche des EPST : il y a des fluctuations chaque année, mais l'ordre de grandeur du flux annuel des recrutés est de 2 500 à 3 000 personnes (de l'ordre de 500 à 600 environ dans les EPST et de 2 000 à 2 500 dans l'enseignement supérieur).
la population des candidats : cette population (vivier 1) peut être estimée à environ 12-15 000 personnes, à partir de deux calculs différents :
- 8 600 dossiers de qualification à la fonction de maître de conférences sont acceptés par an, ce qui correspond à environ
7 000 personnes physiques, du fait des possibilités de candidatures sur plusieurs sections. Par ailleurs, on sait qu'un peu plus de 40 % des recrutés de l'année n, ont été qualifiés aux années n-1 à n-4 (période pendant laquelle la qualification reste valable). Si la probabilité d'être recruté est indépendante de l'ancienneté de la qualification, il y aurait un stock d'environ 3 000 (40 % de 7 000) qualifiés des années antérieures qui sont candidats une année donnée. Il convient en outre d'ajouter un certain nombre de candidatures qui se portent exclusivement sur les EPST, ce qui amène à un total de candidats d'environ 12-15 000 personnes,
- le taux de pression sur les postes de maîtres de conférences est de 6,9. Ce chiffre est basé sur une estimation du nombre de candidats (personnes physiques) à partir du nombre de qualifiés : il doit être diminué quelque peu pour tenir compte des qualifications dans plusieurs sections. Si on adopte la valeur 5 à 5,5 pour le taux de pression, on retrouve l'estimation
de 12-15 000 personnes environ pour le nombre de candidats.
la population post-doctorale et des candidats potentiels : nous estimons cette population (vivier 2) à environ 12 000 à
15 000 personnes, à partir de deux calculs différents :
- l'existence de 12 000 candidats suppose une population de `candidats potentiels' nécessairement plus élevée, car une fraction de cette population ne se porte pas candidat la première année après la thèse, afin de consolider le dossier de publications ; cette fraction n'est pas très élevée et ne joue réellement que pour les sciences humaines et sociales. Le fait que certains candidats étrangers ne soient pas inclus dans la population de post-doctorants issus du doctorat français tend à accroître la population des candidats. Nous nous en tenons donc à une différentielle modeste entre les deux populations,
- environ 10 000 doctorats sont délivrés en France chaque année. Plus d'un tiers de ces doctorants effectue une période post-doctorale, dont la durée moyenne peut être estimée à 3 ou 4 ans.
la population des doctorants : elle peut être estimée à 40 à 50 000 individus environ (vivier 3), considérant qu'un peu plus de 10 000 thèses sont soutenues en France chaque année et qu'elles durent 3,9 ans en valeur médiane.Schéma 1. Vue d'ensemble du cheminement vers le recrutement maître de conférences ou chargé de recherche d'un EPST
recrutés
maître de conférences ou chargé de recherche EPST
FLUX : environ 3 000 à 3 500 recrutés par an
population 0échec emploi*
ou chercheur à l'étrangercandidats
POPULATION : environ 12 à 15 000 personnes
population 1- vivier niveau 1
candidats étrangers emploi*(et ayant passé leur thèse à l'étranger) ou position de chercheur à l'étranger
période post-doctorale
en France ou à l'étranger (candidats potentiels)
POPULATION : 12 000 à 15 000 personnes
population 2 - vivier niveau 2
emploi*soutenance - obtention de la thèse - FLUX : environ 10 000 thèses par an
période doctoraleabandon thèse
thèse - emploi*POPULATION : environ 40 à 50 000 personnes
population 3 - vivier niveau 3emploi *
obtention DEA environ 26 000 par an
emploi*
autresdiplômes (DESS..)
diplôme d'ingénieur
maîtrise* hors emplois de maîtres de conférences et de chargés de recherche d'un EPST.
I. LES VIVIERS DU CNRS
A. LE VIVIER DES CANDIDATS
1. Le nombre des candidats et les taux de pression
a) Les nombres absolus de candidats
Pour la campagne de recrutements des chercheurs de l'année 2000, 337 postes de chargés de recherche (CR) ont été ouverts au recrutement extérieur par la voie de concours externes (246 en CR2 et 91 en CR1). Ceci correspond à un taux de recrutement d'un peu moins de 3 % par rapport à la population totale des chercheurs 68( * ) .
Sur ce total de 337 postes, 85 (soit le quart environ) ont fait l'objet d'affichages thématiques, c'est-à-dire qu'ils concernent une thématique scientifique précisément définie et/ou un thème interdisciplinaire.
Le nombre des candidats au CNRS pour des postes de CR2 est relativement stable pendant les années 1990, tandis que celui des candidats pour des postes CR1 a augmenté d'environ 30 % ces dernières années (tableau 31).-
Tableau 31. CNRS - candidats CR2 et CR1 aux concours (1992-2000) - CNRS
Nombre
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
CR2
2744
3492
3256
3100
2694
2614
3366
2969
2828
CR1
819
788
1011
943
1010
810
1042
998
1113
total
3563
4280
4267
4043
3704
3424
4408
3967
3941
% CR2 sur total
77 %
82 %
76 %
77 %
73 %
76 %
76 %
75 %
72 %
base 100 en 92
CR2
100
127
119
113
98
95
123
108
103
CR1
100
96
123
115
123
99
127
122
136
total
100
120
120
113
104
96
124
111
111
b) Les taux de pression
Le nombre absolu des candidatures doit bien sûr être apprécié au regard des postes offerts, à travers la notion de "taux de pression", c'est-à-dire le nombre moyen de candidats pour un poste ouvert au recrutement.
Le taux de pression des candidatures par rapport aux postes ouverts au niveau chargé de recherche (CR1 et CR2) a augmenté continûment de 1992 à 1996, passant de 9,4 à 14,9 (+ 59 %). Il redescend ensuite à 11,7 pour se stabiliser en 1999 et 2000 (tableau 32).
En CR2, les taux de pression ont augmenté de plus de 50 % de 1992 à 1996, pour atteindre 14,6 ; il est ensuite redescendu de 20 %, au taux de pression de 11,5 candidats pour un poste en 2000, ce qui est cependant supérieur au taux de 1992.
Pour les CR1, le taux en valeur absolue est peu différent du taux observé pour les CR2. Il avait augmenté de 80 % de 1992 à 1996, pour atteindre 16,0 candidats pour un poste; il est ensuite redescendu à 12,2 candidats pour un poste, c'est-à-dire à un niveau supérieur à celui des années 1992 et 1993.
La diminution des taux de pression observée depuis le pic de 1996 semble ralentie ou stoppée en 2000. L'année 1996 correspond à un nombre exceptionnellement faible de postes ouverts, à savoir 260, soit un taux de recrutements de 2,3 %. On observe des évolutions symétriques des taux de pression et des taux de recrutements.Tableau 32. Taux de pression et recrutements aux concours CR (1992-2000) - CNRS
Taux de pression
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
CR2
9,5
12,2
12,7
11,6
14,6
12,7
12,6
11,7
11,5
CR1
8,9
11,1
12,8
15,7
16,0
11,9
14,9
11,7
12,2
total
9,4
11,9
12,7
12,3
14,9
12,5
13,0
11,7
11,7
base 100 en 92
CR2
100
128
134
122
154
134
133
123
121
CR1
100
125
144
176
180
134
167
131
137
total
100
127
135
131
159
134
138
124
124
nb recrutements
381
360
335
328
248
274
338
339
337
base 100 en 92
100
94
88
86
65
72
89
89
88
c) Les taux de pression par département scientifique
D'un département scientifique à l'autre, ces taux de pression sont très variables. Les départements physique nucléaire et corpusculaire, sciences chimiques et sciences de la vie ont des taux de pression CR2 et CR1 sensiblement inférieurs à la moyenne, compris entre 7 et 10 ; les sciences de l'univers et les sciences de l'homme et de la société à l'inverse ont des taux de 15 à 20 candidats pour un poste (tableau 33).
On remarque le taux de pression très bas, de 5,8 candidats pour un poste, concernant les recrutements CR1 des sciences pour l'ingénieur. Ceci pourrait s'expliquer par le très fort taux d'affichages thématiques de ce département (42,4 %), car on sait (voir ci-dessous) que l'affichage thématique fait (mécaniquement) baisser le taux de pression. Cette explication est d'autant plus plausible qu'en CR2, le taux de pression des sciences pour l'ingénieur est très élevé (13,6 candidats pour un poste).Tableau 33. Taux de pression aux concours CR par département scientifique - CNRS
Taux de pression
SPM
PNC
SPI
SDU
SC
SDV
SHS
total
CR2
12,9
7,7
13,6
19,1
8,4
9,7
13,6
11,5
CR1
12,1
7,0
5,8
16,0
9,4
10,4
19,2
12,2
base 100 : total
CR2
112
67
118
166
73
84
118
100
CR1
99
57
48
131
77
85
157
100
SPM : Sciences physiques et mathématiques PNC : Physique nucléaire et corpusculaire SPI : Sciences pour l'ingénieur
SDU : Sciences de l'univers SC : Sciences chimiques SDV : Sciences de la vie SHS : Sciences de l'homme et de la sociétéd) Les taux de pression en relation avec les affichages thématiques
On constate une baisse forte et continue de la proportion des affichages thématiques de 1993 à 1997 (de 41 % à 13 %) et une remontée jusqu'en 2000 à 25 % (tableau 34). Le phénomène est identique pour CR2 et CR1, plus accentué dans ce dernier cas.Tableau 34. Postes aux concours CR2 et CR1 avec affichages thématiques (% du total des postes mis au concours) - CNRS
Pourcentage des postes avec affichage thématique
1993
1997
2000
% affichages thématiques CR2
40 %
15 %
24 %
% affichages thématiques CR1
45 %
4 %
29 %
Total
41 %
13 %
25 %
dont : 16 % en SDV, 42 % en SPILe taux de pression est sensiblement moindre pour les concours où les postes font l'objet d'un affichage thématique : - 30 % en CR2, - 40 % en CR1 (tableau 35). Le département sciences pour l'ingénieur a la plus forte proportion de postes faisant l'objet d'un affichage thématique, notamment en CR1, ce qui tendrait à expliquer son moindre taux de pression.
Retenons finalement qu'il convient d'interpréter avec prudence les taux de pression et leurs évolutions, puisqu'ils dépendent beaucoup de l'importance relative des postes faisant l'objet d'un affichage thématique.Tableau 35. Taux de pression aux concours CR2 et CR1 avec et sans affichages thématiques - CNRS
Année 2000
Pression
Pression - base 100 sans affichage thématique
sans affichage thématique
avec affichage thématique
sans affichage thématique
avec affichage thématique
CR2
11,5
8,3
100
72
CR1
12,2
6,9
100
57
e) Les taux de pression par discipline (sections du CNRS)
Les mathématiques sont la discipline où le taux de pression est le plus fort (21,6 candidats par poste), l'astronomie arrive en deuxième position : près de 20 candidats par poste (tableau 36). Quatre disciplines des sciences de l'homme et de la société ont des taux supérieurs à 15. La physique théorique, la biologie cellulaire et la géophysique ont aussi des taux élevés, supérieurs à 12,5. On note que les sciences et techniques de l'information ont un taux de pression de 13,3 candidats pour un poste, et ceci malgré des niveaux de recrutements élevés.
A l'inverse, plusieurs disciplines des sciences de la vie ont des taux de pression assez bas : entre 4,7 et 6,6 candidats pour un poste (biologie végétale, biologie moléculaire, neurosciences, écologie). Il en est de même de certaines disciplines de la physique et de la chimie).Tableau 36. Taux de pression les plus forts et les plus faibles - concours CR 2001
Taux de pression forts (CR)
Taux de pression faibles (CR)
section
taux pression
nb postes
section
taux pression
nb postes
1
mathématiques
21,6
17
27
biologie végétale
4,7
12
14
astronomie - syst. solaire
19,7
9
19
chimie du solide
5,3
15
36
sociologie
15,6
12
20
biomolécules
5,6
19
38
unité de l'homme - diversité
15,6
8
29
neurosciences
5,7
12
37
économie et société
15,4
11
5
physique, mat. cond.
6,5
11
33
histoire - monde moderne
15,2
9
6
physique, mat . cond.
6,6
13
2
physique, théories, modèles
14,4
9
17
chimie - molécules
6,6
14
7
S&T de l'information
13,3
52
21
biomolécules
6,6
18
24
biologie cellulaire
12,9
15
30
écosystèmes - écologie
6,6
18
13
géophysique - géochimie
12,9
9
2) Les caractéristiques du vivier des candidats CNRS
a) Type d'activitéOn observe que 26,8 % des candidats CR2 sont des fonctionnaires ou maîtres de conférences (tableau 37). Par railleurs, 65 % des candidats disposent de contrats à durée déterminée ou d'emplois précaires 69( * ) et environ 10 % sont des salariés du privé. On peut estimer à environ 25 % la proportion de ceux qui sont en séjour post-doctoral à l'étranger 70( * ) .
Tableau 37. Types d'activité des candidats CR2 au concours 2000
Type d'activité des candidats CR 2 au CNRS
Proportion
boursiers, vacataires, contractuels (post-docs) en France (1)
37,3 %
secteur privé, y compris associations loi 1901 (2)
17,6 %
boursiers et contractuels (post-docs) à l'étranger
18,2 %
fonctionnaires hors enseignement supérieur
10,0 %
maîtres de conférences
16,8%
Total
100,0 %
Les fonctionnaires et les maîtres de conférences représentent 17,4 % des candidats CR1 (tableau 38). Plus de la moitié a un emploi précaire ou à durée déterminée ; plus du quart se trouve en post-doc à l'étranger.Tableau 38. Types d'activité des candidats CR1 au concours 2000
Type d'activité des candidats CR 1 au CNRS
Proportion
boursiers, vacataires, contractuels (post-doc) en France (1)
40,6 %
secteur privé, y compris associations loi 1901 (2)
21,4 %
boursiers et contractuels (post-docs) à l'étranger
23,6 %
fonctionnaires hors enseignement supérieur
9,2 %
maîtres de conférences
8,2 %
Total
100,0 %
notes sur les tableaux 38 et 39 :
(1) essentiellement dans enseignement supérieur et recherche ; il semble que la proportion de post-docs en France soit sur-estimée, par rapport à ce qu'on sait par ailleurs. Il pourrait se faire que des post-docs candidatant depuis l'étranger donnent par exemple l'adresse de leur famille en France.
(2) les salariés du secteur privé recouvrent probablement largement des situations qui sont en réalité celles de post-docs en France, puisque les associations loi 1901 sont ici incluses.
b) L'âge moyen des candidats
En CR2, les disciplines des sciences de la matière ont des candidats âgés de 29,5 ans (tableau 39). En sciences de la vie, l'âge moyen est de plus de 31 ans et en sciences humaines et sociales de plus de 32 ans. Dans ces deux dernières disciplines, les candidats sont pratiquement tous en butée de l'âge limite au concours CR2 71( * ) .
En CR1, l'âge moyen des candidats est de 36 ans et 7 mois, avec le cas particulier notable des sciences humaines et sociales, pour lesquelles l'âge moyen des candidats CR1 est de plus de 39 ans.Tableau 39. Age des candidats CR2 et CR1 par département scientifique
Age
SPM
PNC
SPI
SDU
SC
SDV
SHS
ensemble
CR2
29 ans 3 mois
28 ans 7 moi
29 ans 8 mois
30 ans 3 mois
29 ans 11 mois
31 ans 3 mois
32 ans 4 mois
30 ans 7 mois
CR1
34 ans 8 mois
34 ans 6 mois
36 ans 10 mois
33 ans 6 mois
36 ans 11 mois
35 ans 10 mois
39 ans 1 mois
36 ans 7 mois
SPM : Sciences physiques et mathématiques PNC : Physique nucléaire et corpusculaire SPI : Sciences pour l'ingénieur
SDU : Sciences de l'univers SC : Sciences chimiques SDV : Sciences de la vie SHS : Sciences de l'homme et de la sociétéc) La nationalité des candidats
Le contraste est très net entre les concours CR2 et CR1 : 10 % d'étrangers dans le premier cas, 38 % dans l'autre (tableau 40). L'interprétation du taux très élevé de candidats étrangers pour les concours CR1 mérite une analyse plus fouillée. Il peut éventuellement, mais pas nécessairement, témoigner de tensions sur le recrutement.
Tableau 40. Candidats étrangers aux grades de CR2 et CR1 - concours 2000
Candidats étrangers
En nombre de candidats
En %
Français
Étrangers
ensemble
Français
Étrangers
ensemble
CR2
2505
273
2778
90 %
10 %
100 %
CR1
674
417
1091
62 %
38%
100 %
ensemble
3179
690
3869
82 %
18 %
100 %
La proportion de candidats étrangers au concours varie selon les grandes disciplines ou départements scientifiques (tableau 41). En CR2, près de 20 % des candidats du département sciences physiques et mathématiques sont des étrangers, contre seulement 5,9 % en sciences de la vie, les autres domaines se situant autour de 10 %. En CR1, près de 72 % des candidats SPM sont étrangers, les autres disciplines étant situées entre 40 % et 60 %. Les exceptions sont les sciences de l'univers (30 %) et surtout les sciences humaines et sociales (moins
de 20 %).
Les taux élevés (entre 40 % et 70 %) de candidatures étrangères en CR1 dans les sciences de la matière et de la vie posent une question importante : soit il s'agit d'une politique pour introduire une certaine proportion d'étrangers parmi les chercheurs, via le concours CR1 72( * ) , soit une question d'attractivité se pose pour les jeunes chercheurs confirmés.Tableau 41. Candidats étrangers aux grades de CR2 et CR1 par département scientifique (en % du total des candidats) - concours 2000
SPM
PNC
SPI
SDU
SC
SDV
SHS
ensemble
CR2
19,5 %
13,2 %
9,4 %
7,5 %
7,8 %
5,9 %
9,8 %
9,8 %
CR1
71,7 %
57,1 %
52,0 %
30,6 %
60,6 %
41,6 %
19,7%
38,2 %
SPM : Sciences physiques et mathématiques PNC : Physique nucléaire et corpusculaire SPI : Sciences pour l'ingénieur
SDU : Sciences de l'univers SC : Sciences chimiques SDV : Sciences de la vie SHS : Sciences de l'homme et de la sociétéOn remarque que les proportions d'étrangers parmi les candidats CR1 sont d'autant plus faibles, dans un département, que la proportion de recrutements en CR1 dans le total
CR1 + CR2 est élevée (tableau 42) : tout se passe comme s'il y avait une "culture" disciplinaire : certaines disciplines (sciences physiques et mathématiques, physique nucléaire et corpusculaire, sciences chimiques) recrutent essentiellement au niveau CR2 (plus de 80 %) et le petit nombre de postes mis au concours au niveau CR1 concerne des cas particuliers, parmi lesquels un grand nombre d'étrangers (60 à 70 %). Au contraire, d'autres disciplines (sciences de l'univers, sciences de la vie, sciences humaines et sociales) recrutent assez largement en CR1 (de l'ordre du tiers des recrutements CR), qui est également considérée comme la voie normale. Les étrangers représentent 20 à 40 % du total des candidats dans le concours CR1 - ce qui n'est cependant pas du tout négligeable.Tableau 42. Proportion des postes mis au concours au niveau CR1 par rapport au total des postes CR (CR1 + CR2), par département scientifique - concours 2000
SPM
PNC
SPI
SDU
SC
SDV
SHS
ensemble
CR1 sur total
18,2 %
15,4 %
26,3 %
34,6 %
14,1 %
34,9 %
32,3 %
27,0 %
SPM : Sciences physiques et mathématiques PNC : Physique nucléaire et corpusculaire SPI : Sciences pour l'ingénieur
SDU : Sciences de l'univers SC : Sciences chimiques SDV : Sciences de la vie SHS : Sciences de l'homme et de la société
B. LES TRAJECTOIRES DES LAURÉATS DEPUIS LA PÉRIODE POST-DOCTORALE
1. Caractéristiques générales
a) L'âge des lauréatsLes lauréats sont légèrement plus jeunes, en moyenne, que l'ensemble des candidats, la différence étant surtout sensible pour les CR1 en sciences humaines et sociales (tableau 43).
Le département sciences physiques et mathématiques recrute en CR2 plus de 3 ans plus jeune que les sciences humaines et sociales et 2 ans et demi plus jeune que les sciences de la vie.Tableau 43. Age des candidats et lauréats CR2 et CR1 au concours 2000
Age
SPM
PNC
SPI
SDU
SC
SDV
SHS
ensemble
C-CR2
29 ans 3 mois
28 ans 7 moi
29 ans 8 mois
30 ans 3 mois
29 ans 11 mois
31 ans 3 mois
32 ans 4 mois
30 ans 7 mois
C-CR1
34 ans 8 mois
34 ans 6 mois
36 ans 10 mois
33 ans 6 mois
36 ans 11 mois
35 ans 10 mois
39 ans 1 mois
36 ans 7 mois
L-CR2
28 ans 10 mois
29 ans
29 ans 2 mois
30 ans 5 mois
29 ans 9 mois
31 ans 5 mois
32 ans
30 ans 5 mois
L-CR1
33 ans 7 mois
34 ans 4 mois
35 ans 3 mois
33 ans 2 mois
36 ans 6 mois
36 ans 3 mois
36 ans 11 mois
35 ans 10 mois
C-CR2 et C-CR1 : candidats CR2 et CR1 L-CR2 et L-CR1 : lauréats CR2 et CR1
SPM : Sciences physiques et mathématiques PNC : Physique nucléaire et corpusculaire SPI : Sciences pour l'ingénieur
SDU : Sciences de l'univers SC : Sciences chimiques SDV : Sciences de la vie SHS : Sciences de l'homme et de la sociétéb) Les étrangers lauréats
En CR2, 9,8 % des candidats sont des étrangers, mais les étrangers représentent seulement 6,1 % des lauréats. Ceux-ci sont originaires, à 69 %, des pays de l'Union européenne et, à 25 % des autres pays d'Europe (tableau 44). Le seul département significativement différent de la moyenne est celui des sciences pour l'ingénieur, pour lequel 14,3 % des recrutés CR2 sont étrangers.
En CR1, les étrangers représentent 38,2 % des candidats et 44,3 % des lauréats. Ceux-ci viennent à 65 % de l'Union européenne et à 14 % d'Amérique du Nord. En sciences physiques et mathématiques et sciences chimiques, les deux tiers des lauréats CR1 sont des étrangers, contre le quart seulement en sciences de l'univers et en sciences humaines et sociales.
Finalement, pour l'ensemble des recrutements de chargés de recherche, 16,4 % des lauréats sont des étrangers, avec une variation entre à peine plus de 10 % dans les sciences de l'univers et plus de 20 % dans les sciences de la vie.Tableau 44. Candidats et lauréats étrangers aux grades de CR2 et CR1 par département scientifique (en % du total des candidats et des lauréats) - concours 2000
SPM
PNC
SPI
SDU
SC
SDV
SHS
ensemble
C-CR2
19,5 %
13,2 %
9,4 %
7,5 %
7,8 %
5,9 %
9,8 %
9,8 %
C-CR1
71,7 %
57,1 %
52,0 %
30,6 %
60,6 %
41,6 %
19,7%
38,2 %
L-CR2
8,3 %
9,1 %
14,3 %
5,9 %
5,5 %
2,8 %
4,5 %
6,1 %
L-CR1
62,5 %
50,0 %
33,3 %
22,2 %
66,7 %
52,6 %
28,6 %
44,3 %
L-CR
18,2 %
15,4 %
18,4 %
11,5 %
14,1 %
20,2 %
12,3 %
16,4 %
SPM : Sciences physiques et mathématiques PNC : Physique nucléaire et corpusculaire SPI : Sciences pour l'ingénieur
SDU : Sciences de l'univers SC : Sciences chimiques SDV : Sciences de la vie SHS : Sciences de l'homme et de la société
On note que la proportion d'étrangers recrutés CR2 a eu tendance à augmenter jusqu'au milieu des années 1990, pour décroître assez sensiblement depuis, passant de 15 % à 6 % entre 1996 et 2000 (tableau 45).
Le profil d'évolution des recrutements CR1 ne fait pas apparaître de tendance notable.Tableau 45. Lauréats CR2 et CR1 de nationalité étrangère sur la période 1986 - 2000 (proportion)
1986
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
CR2
10 %
8 %
6 %
12 %
15 %
12 %
Tableau 46. 14 %
14 %
12 %
14 %
15 %
14 %
8 %
8 %
6 %
CR1
36 %
25 %
31 %
35 %
49 %
43 %
41 %
48 %
42 %
48 %
35 %
35 %
41%
36 %
44 %
2. La trajectoire professionnelle des lauréats
a) La trajectoire professionnelle des lauréats en termes de diplômePresque 25 % des lauréats CR aux concours du CNRS sont titulaires, en plus de leur thèse, d'un diplôme d'ingénieur ou sortent d'une école normale supérieure (tableau 46).
Tableau 47. Diplômes autres que le doctorat des lauréats CR
Diplômes autres que le doctorat des lauréats CR
en nombre
en %
Ecoles Normales Supérieures
25
7,0 %
Polytechnique
10
2,8 %
Autres Ecoles d'ingénieur
49
13,6 %
total lauréats
359
100 %
b) La trajectoire professionnelle des lauréats en termes de situation professionnelle pendant la période post-doctorale
Aux concours CR2, 16,8 % des candidats et 11,8 % des lauréats sont des maîtres de conférences (tableau 47). En outre, 9,1 % des lauréats sont déjà fonctionnaires, ce qui porte à 20 % la proportion des lauréats agents de l'Etat. 14,2 % des lauréats (et 18,2 % des candidats) effectuent un séjour post-doctoral à l'étranger.
Au concours CR1 (tableau 48), les maîtres de conférences ne sont que 5,2 % des lauréats et les fonctionnaires 6,2 %. En revanche, la proportion de lauréats en post-doc à l'étranger est de 24,8 %.Tableau 48. Types d'activité des candidats et lauréats CR2 au concours 2000
Type d'activité des CR 2 au CNRS
candidats
lauréats
boursiers, vacataires, contractuels (post-docs) en France
37,3 %
42,8 %
secteur privé, y compris associations loi 1901
17,6 %
22,1 %
boursiers et contractuels (post-docs) à l'étranger
18,2 %
14,2 %
fonctionnaires hors enseignement supérieur
10,0 %
9,1 %
maîtres de conférences
16,8%
11,8 %
Total
100,0 %
100,0 %
Tableau 49. Types d'activité des candidats et lauréats CR1 au concours 2000
Type d'activité des CR1 au CNRS
candidats
lauréats
boursiers, vacataires, contractuels (post-docs) en France
40,6 %
44,2 %
secteur privé, y compris associations loi 1901
21,4 %
19,6 %
boursiers et contractuels (post-docs) à l'étranger
23,6 %
24,8 %
fonctionnaires hors enseignement supérieur
9,2 %
6,2 %
maîtres de conférences
8,2 %
5,2 %
Total
100,0 %
100,0 %
c) La trajectoire professionnelle des lauréats en termes de laboratoire d'accueil de préparation de la thèse
On observe que 86 % des lauréats CR2 ont préparé leur thèse dans un laboratoire reconnu par le CNRS. Les sciences humaines et sociales se différencient du reste, puisque 38 % des recrutés CR2 n'ont pas fait leur thèse dans un laboratoire reconnu par le CNRS.
Sur ce total de 86 % de docteurs lauréats issus des laboratoires reconnus par le CNRS parmi les lauréats, près de la moitié (42 %) est affectée après son recrutement dans son laboratoire de thèse (tableau 49). Cette caractéristique est particulièrement marquée en sciences pour l'ingénieur et sciences de l'univers (plus de la moitié des CR2 recrutés retournent dans leur laboratoire de thèse). Cette caractéristique est presque absente de la physique nucléaire et corpusculaire.
Le fait que 71 % des recrutés CR1 ont fait leur thèse dans un laboratoire CNRS relativise la portée de l'apparente internationalisation très forte du recrutement CNRS. Hormis en sciences pour l'ingénieur et en sciences humaines et sociales, les lauréats CR1 retournent relativement peu dans leur laboratoire de thèse.Tableau 50. Laboratoire de doctorat et d'affectation des lauréats CR2 et CR1, par département scientifique - concours 2000
Pourcentage des lauréats ayant fait
SPM
PNC
SPI
SDU
SC
SDV
SHS
ensemble
CR2doctorat dans labo CNRS
100 %
70 %
92 %
9 4 %
90 %
87 %
62 %
86 %
dont : affecté dans labo thèse
39 %
14 %
59 %
56 %
40 %
37 %
44 %
42 %
CR1doctorat dans labo CNRS
50 %
-
83 %
100 %
100 %
62 %
72 %
71 %
dont : affecté dans labo thèse
0 %
-
60 %
14 %
0 %
15 %
46 %
29 %
C. LE CAS DE QUELQUES DISCIPLINES
1. Les taux de pression
Pour les sciences et techniques de l'information 73( * ) , il y a une pression très forte des candidatures dès lors qu'il n'y a pas d'affichage thématique, ce qui signifierait que le vivier est abondant. On constate cependant un faible taux pour les CR1 avec affichage (tableau 50). Ceci peut constituer un indice de la difficulté à recruter dans certains domaines à un certain niveau d'expérience, ou d'affichage sur des thèmes extrêmement spécialisés.
Pour la biologie moléculaire, la pression est très sensiblement moindre que pour les sciences et techniques de l'information en CR2 (elle est trois fois plus faible) ; en CR1, elle est variable.
La chimie moléculaire a une situation similaire à celle de la biologie moléculaire. On remarque le taux de pression quasi nul pour les postes CR1 avec affichage, ce qui peut être un indice d'une difficulté à recruter dans certains domaines à un certain niveau d'expérience ou de très fine spécialisation thématique des concours.
En histoire moderne, les taux de pression sont élevés pour les postes sans affichage, similaires à ce que l'on observe pour les sciences et techniques de l'information : il y a entre 16 et
25 candidats pour chaque poste. Les taux sont sensiblement moindres dès lors qu'il y a affichage.
Tableau 51. Taux de pression 2000 et 2001 pour les disciplines choisies
Concours 2000
S&T de l'information
(SPI-7)bio-molécules
(SDV - 20)molécules synthèse
(SC-16)monde moderne
(SHS-33)sans affichage
avec affichage
sans affichage
avec affichage
sans affichage
avec affichage
sans affichage
avec affichage
CR2
25,0
7,4
9,7
9,0
11,6
14,3
16,0
-
CR1
15,0
5,0
19,0
2,0
5,0
-
23,0
8,0
Concours 2001
S&T de l'information
(SPI-7)bio-molécules
(SDV - 20)molécules synthèse
(SC-16)monde moderne
(SHS-33)sans affichage
avec affichage
sans affichage
avec affichage
sans affichage
avec affichage
sans affichage
avec affichage
CR2
16,0
10,7
6,4
3,6
7,1
13,0
17,3
3,7
CR1
23,3
5,5
9,5
4,0
12,0
5,0
24,7
-
2. Les caractéristiques des candidats de la section STI
Cette section concerne la discipline (section) sciences et techniques de l'information du CNRS. Pour le concours 2000, nous avons recueilli des informations sur les caractéristiques et le parcours professionnel des candidats 74( * ) .
a) Les candidats 2000 au concours CR2 du CNRS
Ces candidats sont principalement des hommes (84 %), très majoritairement d'origine française (88 %), dont la moyenne d'âge est de 29,5 ans (tableau 51).
Ils peuvent être regroupés dans trois grandes catégories caractéristiques de leur parcours professionnel :
- les candidats qui ont été ou sont ATER et/ou moniteurs (31 %),
- ceux qui ont effectué ou effectuent un post-doctorat à l'étranger (36 %),
- ceux qui ont effectué ou effectuent un post-doctorat en France (23 %).
Environ 45 % des candidats ont un diplôme de grande école (école d'ingénieurs) en plus de leur doctorat ou ont eu leur doctorat après être entrés dans une école normale supérieure (ENS).
Une partie significative des candidats (environ 10 %) sont des Français, jeunes, qui possèdent un diplôme en plus de leur doctorat et qui ont effectué un post-doctorat à l'étranger. De même, une grande partie des candidats (plus de 13 %) des ATER-moniteurs est relativement jeune et possède un autre diplôme que le doctorat.-
Tableau 52. Les candidats au concours CR2 non thématique du CNRS en 2000 dans la section S&T de l'information
Sources : CNRS, traitements OST.
Note : ATER : attaché temporaire d'enseignement et de recherche, PDE : post-doctorat à l'étranger PDF : post-doctorat en France
b) Les candidats 2000 - concours CR1 - section sciences et techniques de l'information - CNRS
Les candidats au concours CR1 sont principalement des hommes (87 %), de 36,5 ans de moyenne d'âge. Près de 90 % d'entre eux sont de nationalité étrangère.
Les deux tiers affirment avoir fait un post-doctorat à l'étranger et près de 40 % de ces candidats sont maîtres de conférences.
De fait, 25 % des candidats sont des maîtres de conférences ayant fait un post-doctorat à l'étranger, la plupart d'entre eux étant de nationalité étrangère.Tableau 53. Les candidats au concours CR1 non thématique du CNRS en 2000 dans la section S&T de l'information
3. Entretiens
Nous présentons ci-après une synthèse de quatre entretiens réalisés avec des CR2 d'une trentaine d'années ayant effectué un post-doctorat à l'étranger. Ces jeunes chercheurs ont été recrutés en 1998 et 1999 à l'INRIA (discipline sciences et techniques de l'information) pour deux d'entre eux et à l'INSERM (discipline biologie moléculaire) pour les deux autres.
Ces deux institutions publiques de recherche ont le même statut que le CNRS (ce sont des établissements publics à caractère scientifique et technologique) et ont donc à peu près les mêmes critères et modalités de recrutement que le CNRS.
S'agissant de la question des viviers et des carrières, les points essentiels qui ressortent de ces entretiens sont les suivants :
- le post-doctorat à l'étranger est perçu comme une condition indispensable pour le recrutement ;
- tout aussi important est le fait d'avoir conservé une forte relation avec un laboratoire de l'institution dans laquelle on souhaite postuler - ce laboratoire étant le plus souvent celui où l'on a fait sa thèse ; de fait le concours de recrutement suppose la présentation d'un projet de recherche conjointement avec un laboratoire, ce qui signifie aussi que la réputation du laboratoire de thèse et celui où l'on a fait son post-doctorat sont des éléments importants ;
- le statut de chercheur tel qu'il existe en France et le fait de ne pas avoir d'obligations d'enseignement, sont considérés comme des aspects très attractifs, malgré le niveau de salaire : le recrutement dans un poste CR2 est vu comme la possibilité de faire vraiment de la recherche sa profession, et si, tel est l'objectif qu'on se donne, alors il n'y a pas d'autre alternative, au moins à court terme ; c'est ce qui explique également l'attractivité des concours pour les jeunes chercheurs post-doctorants étrangers ;
- l'expérience de post-doctorant à l'étranger, d'une durée de un à trois ans, est considérée à la fois comme très intéressante, voire irremplaçable, mais aussi comme nécessairement transitoire du fait du manque de protection sociale et de la précarité de l'emploi ;
- le fait de postuler de l'étranger aux concours en France reste un exercice compliqué et coûteux, malgré des améliorations récentes ; la lisibilité des procédures et des critères n'est pas toujours considérée comme suffisante ;
- les questions des conditions de travail et de l'autonomie scientifique des jeunes chercheurs sont considérées comme très importantes et devant faire l'objet d'une grande attention ;
- l'approche de l'âge limite de 31 ans pour postuler aux concours CR2 est ressentie avec inquiétude par les post-doctorants à l'étranger, car l'alternative est alors de s'expatrier ou de changer d'orientation professionnelle en rentrant en France ; la question des conditions de retour peut alors être délicate.
II. LES VIVIERS DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
Avertissement :
Au niveau des candidatures, les données du ministère de l'éducation nationale sont relatives à des dossiers de qualification. Une personne pouvant présenter son dossier de qualification dans plusieurs sections simultanément, il en résulte que nous ne disposons pas de décomptes en personnes physiques. De même, il n'existe pas de statistique centralisée des candidatures.
Dans ce qui suit, pour éclairer la réflexion, et à titre exploratoire, nous proposons des estimations du nombre de personnes physiques - indispensables pour parler des viviers. Nous explicitons en détail les hypothèses faites et les calculs réalisés, pour que tout un chacun soit juge de la plausibilité de nos estimations et, au besoin, effectue ses propres estimations en prenant d'autres hypothèses.
A. LE VIVIER DES CANDIDATS : NOMBRE ET TAUX DE PRESSION
Le nombre de candidats à un poste de maître de conférences n'est pas connu directement : on ne connaît que deux choses :-
- le nombre de dossiers de qualification ayant été
acceptés (tableau 53, colonne B),
- la date de la qualification des lauréats (la qualification est valable quatre années), donc le pourcentage de recrutés de l'année ayant été qualifiés cette même année (colonne C).
Nous proposons (pour le total national seulement) une correction pour tenir compte des dossiers multiples de qualification, en affectant un coefficient de 0,8 au nombre de dossiers pour passer en personnes physiques.
Le nombre de dossiers soumis à la qualification (colonne A) est de plus de 15 000, ce qui donnerait un peu plus de 12 000 personnes physiques. Le nombre de candidats (en personnes physiques estimées : colonne D) est donc de près de 12 000. Ce nombre est à rapprocher d'un nombre de recrutements proche de 2 200 (colonne E).-
Tableau 54. Qualification, estimation des candidatures et recrutements des maîtres de conférences - concours 2000
Discipline
Dossiers qualification examinés en 2000
ACandidatures (dossiers) qualifiées
en 2000
B% de qualifiés 2000
dans recrutés 2000
CEstimation candidatures pour recrutement 2000**
D = 100 B/CCandidats recrutés
en 2000
ES&T de l'information - informatique
459
291
67,1 %
434
146
biochimie - biologie moléculaire
802
454
27,6 %
1645
29
chimie organique - minérale
540
399
27,6 %
1446
58
histoire monde contemporain
409
246
49,2 %
500
61
toutes sections (nombre de dossiers)*
15 449
8 652
57,8 %
14 969
2 186***
toutes sections (personnes physiques)
(estimation)*12 359
6 922
57,8 %
11 975
2 186***
* Un même candidat peut être qualifié dans plusieurs sections : le nombre de personnes physiques concernées est un peu inférieur aux nombre des dossiers ; pour passer d'un nombre de dossiers à un nombre de personnes physiques, on applique un coefficient de 0,8, qui est une simple estimation de correction de biais. Nous n'appliquons cette correction qu'au total toutes sections.
** On suppose que tous les qualifiés 2000 se sont présentés aux concours ; en outre, un certain nombre des qualifiés des 4 années précédentes non recrutés se sont présentés. On suppose que le taux de réussite est indépendant de l'année de qualification, ce qui permet d'estimer le nombre de candidats à 100 B/C
*** 2359 postes mis au recrutement, dont 2186 pourvus et dont 2125 par concours externe (hors concours réservés)
L'examen de la situation au niveau de quatre sections (disciplines) révèle la grande hétérogénéité des situations (tableau 53) : plus des deux tiers des dossiers de la discipline sciences et techniques de l'information - informatique correspondent à des qualifiés de la même année, contre à peine plus du quart en biochimie - biologie moléculaire et en chimie organique - minérale. Ceci suggère que dans ces deux dernières disciplines, il existe un vivier constitué de nombreuses personnes, avec un phénomène de "file d'attente".
S'agissant des taux de pression à la qualification (nombre de candidatures pour une acceptée) (tableau 54), on observe une assez grande stabilité entre les disciplines (taux compris entre 1,4 et 1,8). En revanche, les taux de pression au recrutement sont extrêmement variables : de plus de 56 pour la biochimie - biologie moléculaire à 3 pour les sciences et techniques de l'information - informatique. Même si les chiffres indiqués ne sont que des estimations qui reposent sur des hypothèses de calcul, il n'en reste pas moins que le taux de pression en biochimie - biologie moléculaire est très élevé, celui des sciences et techniques de l'information - informatique assez faible. Le fait majeur ici est l'hétérogénéité.
Le taux de pression national à la qualification est de 1,8 et au recrutement de 5,5, si on effectue la correction sur les dossiers de qualification multiples.
Tableau 55. Taux de pression à la qualification et au recrutement - concours maîtres de conférences 2000
Discipline
Taux de pression
à la qualification
F=A/Bau recrutement**
G=D/ES&T de l'information - informatique
1,6
3,0
biochimie - biologie moléculaire
1,8
56,7
chimie organique - minérale
1,4
24,9
histoire monde contemporain
1,7
8,2
toutes sections (nombre de dossiers)*
1,8
6,9*
toutes sections (personnes physiques) (estimation)*
1,8
5,5
* Un même candidat peut être qualifié dans plusieurs sections : le nombre de personnes physiques concernées est un peu inférieur au nombre des dossiers ; pour passer d'un nombre de dossiers à un nombre de personnes physiques, on applique un coefficient de 0,8, qui est une simple estimation de correction de biais. Nous n'appliquons cette correction qu'au total toutes sections.
** Les chiffres sont approximatifs du fait que d'une part, sauf pour la dernière ligne, il s'agit de dossiers de candidatures et pas de candidats, et que d'autre part un qualifié d'une section peut candidater à un poste d'une autre section.
B. LES TRAJECTOIRES DES LAURÉATS DEPUIS LA PÉRIODE POST-DOCTORALE
1 Caractéristiques générales
A la différence des recrutements de chargés de recherche des EPST, il n'y a pas d'âge limite pour le recrutement comme maître de conférences. Pour les sciences de la matière et de la vie, ceci ne change pas beaucoup l'âge moyen au recrutement, qui est inférieur de 3 ans de l'âge moyen toutes sections confondues (tableau 55).
La situation des sciences humaines et sociales est profondément différente, puisque l'âge moyen au recrutement est de plus de 37 ans. Ceci constitue un élément majeur dans la compréhension des phénomènes de vivier et d'attractivité.Tableau 56. Age moyen au recrutement des maîtres de conférences - concours 2000
Grande discipline
Age moyen recrutement maîtres de conférences
Effectif
Sciences de la matière et de la vie
30 ans et 8 mois
970
droit
31 ans et 8 mois
326
sciences humaines et sociales
37 ans et 4 mois
830
ensemble
33 ans et 5 mois
2 186
2. Les trajectoires professionnelles des lauréats
a) De la qualification au recrutement
A l'échelle nationale, 14,6 % des qualifiés de l'année 2000 ont été recrutés comme maîtres de conférences cette même année (tableau 56). Là encore, la situation est extrêmement variable d'une discipline à l'autre : plus du tiers des qualifiés 2000 en sciences et techniques de l'information - informatique ont été recrutés, contre moins de 2 % en biochimie - biologie moléculaire.Tableau 57. Les qualifiés 2000 recrutés en 2000 comme maîtres de conférences
Discipline
qualifiés 2000
Bqualifiés 2000
et recrutés 2000
EC% des qualifiés 2000 qui sont recrutés en 2000
EC/BS&T de l'information - informatique
291
98
33,7 %
biochimie - biologie moléculaire
454
8
1,8 %
chimie organique - minérale
399
16
4,0 %
histoire monde contemporain
246
30
12,2 %
toutes sections (nombre de dossiers)
8652
1263
14,6 %
La quasi-totalité des recrutés de 2000 avait obtenu la qualification en 1998, 1999 ou 2000 (tableau 57). Dans la discipline histoire du monde contemporain, près de 10 % des recrutés de 2000 disposaient de leur qualification depuis plus de 3 ans ; plus du tiers de ceux de la discipline biochimie - biologie moléculaire l'avait obtenue en 1998 et près du quart pour la discipline chimie organique - minérale.
Tableau 58. Les recrutés de l'année 2000 en fonction de leur date de qualification
Discipline
année d'obtention de la qualification
total : recrutement 2000
avant 1997
et 19971998
1999
2000
S&T de l'information - informatique
2,1 %
8,9 %
21,9 %
67,1 %
100,0 %
biochimie - biologie moléculaire
0,0 %
34,5 %
37,9 %
27,6 %
100,0 %
chimie organique - minérale
0,0 %
24,1 %
48,3 %
27,6 %
100,0 %
histoire monde contemporain
9,8 %
18,0 %
23,0 %
49,2 %
100,0 %
toutes sections
2,8 %
13,8 %
25,7 %
57,8 %
100,0 %
b) La situation professionnelle des recrutés
Près du tiers des recrutés (31 %) appartient déjà à la fonction publique, qu'il soit personnel de l'éducation nationale ou qu'il appartienne à d'autres institutions publiques, qu'il s'agisse des personnels de l'enseignement supérieur ou d'autres institutions publiques (tableau 58).
Un autre tiers est constitué de contractuels qui sont attachés temporaires d'enseignement et de recherche (ATER) ou moniteurs.
Un troisième ensemble (32 %) est constitué de contractuels dans une variété de positions professionnelles, y compris les jeunes chercheurs en post-doctorat à l'étranger. Enfin, 4 % environ des recrutés avaient une profession dans le secteur privé.
Le fait majeur est ici qu'une grande majorité des recrutés avait déjà des relations institutionnelles avec l'éducation nationale. Autrement dit, les viviers de recrutement en maîtres de conférences se structurent sur la moyenne période très en amont de la phase des concours et des recrutements.Tableau 59. La position professionnelle des recrutés de 2000 au moment de leur recrutement
Position professionnelle au moment du recrutement
% des recrutés 2000
personnels éducation nationale, fonctionnaires autres institutions et organismes recherche*
31 %
ATER contractuels et moniteurs
33 %
contractuels éducation nationale et recherche, post-doctorants, en France et à l'étranger**
32 %
profession dans le secteur privé
4 %
Ensemble
100 %
* y compris bénéficiant d'un contrat d'ATER ; professeurs agrégés et certifiés du secondaire, ingénieurs d'étude ou de recherche d'un EPST
Dans les sciences de la matière et de la vie, 27 % des lauréats ont effectué un post-doctorat à l'étranger, la moitié dans un pays de l'Union européenne et près du tiers en Amérique du Nord (tableau 59).
Les post-doctorants ne sont que 3 % parmi les recrutés dans le domaine des sciences de l'homme et de la société.Tableau 60. Lauréats ayant effectué un séjour post-doctoral à l'étranger
Grande discipline
Lauréats ayant fait un séjour post-doctoral à l'étranger
(nombre)Lauréats ayant fait un séjour post-doctoral à l'étranger
(%)Répartition géographique
des séjours post-doctoraux des lauréatsUnion européenne
Amérique du Nord
autres pays
total
Sciences homme et société
37
3 %
49 %
30 %
22 %
100 %
sciences de la matière et vie
292
27 %
50 %
31 %
19 %
100 %
total
329
15 %
50 %
31 %
19 %
100 %
3 Le parcours par rapport à l'établissement de rattachement avant le recrutement comme maître de conférences
Parmi les recrutés comme maîtres de conférences en 2000, 81 % avaient, ou avaient eu, avec un établissement d'enseignement supérieur, des liens institutionnels en tant que salarié (ATER, moniteur, PRAG notamment) - ce qui signifie que 19 % n'en avaient pas ou n'en avaient pas eu (tableau 60).
Parmi les recrutés ayant des liens avec un établissement d'enseignement supérieur, près de la moitié (39 % sur 81 %) l'ont été par ce même établissement, et un peu plus de la moitié (42 % sur 81 %) par un autre établissement.
Les personnels titulaires de l'éducation nationale recrutés comme maîtres de conférences (PRAG par exemple), le sont pour moitié par l'établissement où ils étaient déjà affectés.
Les ATER contractuels qui sont recrutés comme maîtres de conférences le sont à 58 % par le même établissement que celui où ils étaient en fonction.
Les personnes qui étaient contractuels ou salariés du privé, qui ont également des liens avec des établissements d'enseignement supérieur, sont cependant recrutées majoritairement par un autre établissement.Tableau 61. Répartition des recrutés en fonction de leur affectation au regard de leur établissement de rattachement avant le recrutement
Position professionnelle au moment du recrutement
Recrutés ayant lien avec un établissement
Lauréats sans lien avec un établist
Total
recrutés par le même établist
recrutés par un autre établist
personnels éducation nationale*, autres fonct. et organismes recherche
37 %
37 %
25 %
100 %
ATER contractuels et moniteurs
58 %
42 %
0 %
100 %
contractuels éducation nationale et recherche, post-doctorants***
25 %
43 %
31 %
100 %
profession dans le secteur privé
17 %
46 %
37 %
100 %
ensemble
39 %
42 %
19 %
100 %
* y compris bénéficiant d'un contrat d'ATER ** ou établissement où le lauréat a été ATER, moniteur ou allocataire
*** en France ou à l'étranger
Si on pondère les lignes par leur part dans le total des recrutés, on obtient une représentation de la population des recrutés d'une année en fonction de leur parcours (tableau 61).
On en déduit que 19 % des recrutés de l'année 2000 étaient des ATER contractuels et 8 % des contractuels divers qui ont été recrutés par l'établissement où ils étaient en fonction ; 11 % étaient des personnels de l'éducation nationale recrutés par l'établissement où ils étaient déjà en fonction.
Autrement dit, 38 % des recrutés comme maîtres de conférences étaient déjà dans l'établissement qui les a recrutés.
A l'inverse, 19 % de ces recrutés n'avaient aucun lien avec l'éducation nationale.
Tableau 62. Les recrutés 2000 en fonction de leur position professionnelle précédente et de leur institution de recrutement
Position professionnelle au moment du recrutement
Recrutés ayant lien avec établissement
Lauréats sans lien avec un établist
Total
recrutés par le même établist
recrutés par un autre établist
personnels éducation nationale*, autres fonct. et organismes recherche
11
12
8
31
ATER contractuels et moniteurs
19
14
0
33
contractuels éducation nationale et recherche, post-doctorants***
8
14
10
32
profession dans le secteur privé
1
2
1
4
Ensemble
39
42
19
100
* y compris bénéficiant d'un contrat d'ATER ** ou établissement où le lauréat a été ATER, moniteur ou allocataire
*** en France ou à l'étranger.CONCLUSION : ÉLÉMENTS DE DIAGNOSTIC SUR LES VIVIERS
Pour appréhender la question des viviers, nous avons distingué trois types de populations :-
- d'abord, la population des doctorants, forte d'environ 40 à 50
000 personnes (vivier 3), générant un flux d'environ 10 000
personnes qui soutiennent leur thèse chaque année, dont à
peu près 25 % d'étrangers ;
- ensuite, une population de 12 000 à 15 000 personnes, dites "en situation post-doctorale" (vivier 2), c'est-à-dire des individus ayant leur doctorat, mais n'étant stabilisés ni à l'extérieur, ni à l'intérieur d'une carrière recherche / enseignement supérieur : ce sont les candidats potentiels à un poste de chercheur ou d'enseignant-chercheur, dont la position professionnelle peut être très variable, comme par exemple ATER, chercheur contractuel en France ou à l'étranger, enseignant du secondaire détaché ou non dans le supérieur. On peut estimer à environ 15 % la proportion d'étrangers dans cette population 75( * ) et également à 15 % la proportion de ceux qui effectuent un stage post-doctoral à l'étranger ;
- enfin, la population des candidats (vivier 1), estimée à 12 - 15 000 personnes, correspondant aux personnes postulant effectivement à un poste, ce qui implique d'avoir obtenu la qualification, s'agissant des postes de maîtres de conférences. Cette population se différencie de la précédente par l'ajout de personnes ayant fait leur thèse à l'étranger, et par le retrait de personnes prenant une position professionnelle hors recherche et enseignement supérieur avant de candidater à un poste.
Au bout du compte, 3 000 à 3 500 personnes seront recrutées par an comme maîtres de conférences ou chargés de recherche des EPST.
Les caractéristiques essentielles du vivier des candidats (vivier 1) sont les suivantes :
1. Il y a environ 5,5 candidats pour un poste de maître de conférences et 11 candidats par poste de chargé de recherches au CNRS ;
2. Le vivier des candidats (vivier 1) est en rotation rapide : il se renouvelle presque totalement en trois ans 76( * ) . Ceci tient à la limite d'âge de 31 ans pour le recrutement en CR2 dans les EPST et à la durée de validité de la qualification, limitée à 4 ans 77( * ) ;
3. Il n'y a aucun indice d'une diminution globale de la taille du vivier des candidats, ni d'une substitution significative de candidats français par des candidats étrangers. Il n'y a pas non plus d'indice d'une éventuelle baisse de la qualité des candidats ;
4. La situation en termes de taux de pression est variable selon les disciplines ; cependant, les indices concernant les disciplines telles que les biotechnologies ou les sciences et techniques de l'information ne font pas apparaître de problèmes de tarissement du vivier des candidats ; il serait cependant intéressant de mieux connaître la dynamique des flux de compétences dans ces secteurs en évolution rapide ;
5. Environ 40 % des recrutés chargés de recherche le sont dans et par le laboratoire où ils ont préparé leur thèse ; environ 40 % des recrutés maîtres de conférences le sont dans et par l'université dont ils sont (ou ont été) salariés (comme ATER, PRAG 78( * ) ...). Plus largement, 80 % des recrutés CNRS ont fait leur thèse dans un laboratoire reconnu par le CNRS et 80 % des recrutés par les universités sont des salariés de l'éducation nationale ou de la recherche publique. Ainsi, les trajectoires qui conduisent au recrutement se structurent sur la moyenne période très en amont de la candidature elle-même.S'agissant des autres viviers :
6. Le vivier des doctorants (vivier 3), après une très forte expansion pendant les années 1990, semble s'être stabilisé, à un niveau relativement élevé, sous le double effet de la diminution du nombre des doctorants étrangers et de l'accroissement des opportunités professionnelles avant la thèse ;
7. Le vivier des personnes "en période post-doctorale" (vivier 2), qui est le vivier des candidats potentiels à un poste de chargé de recherche dans un EPST ou de maître de conférences, est celui dont le contour est le moins net et sur lequel nous avons le moins d'informations. La bonne tenue du vivier des candidats donne à penser que ce vivier joue bien son rôle de passage entre l'état de doctorant à celui de candidat. C'est à ce niveau que les effets de la construction de l'espace européen de recherche peuvent jouer un rôle, en offrant des perspectives dans la recherche publique et universitaire à des Européens en France et à des Français en Europe.QUELQUES REMARQUES EN GUISE DE CONCLUSION
Ce dossier à caractère descriptif et analytique n'appelle pas de conclusions d'ensemble ou de recommandations. Nous nous limiterons ci-après à formuler quelques remarques générales.
Le vivier des candidats n'a semble-t-il pas subi d'érosion notable ces dernières années. Les taux de pression à la candidature (nombre moyen de candidats par poste) restent à des niveaux globaux significatifs (entre 5 et 6 pour les enseignants-chercheurs et le double pour les chercheurs). Tout ceci se passe sans qu'on observe de phénomène particulier d'afflux de candidats étrangers . Il apparaît ainsi que le niveau d'attractivité d'ensemble des carrières offertes par l'enseignement supérieur et la recherche se serait globalement maintenu face aux offres de l'étranger et du secteur privé.
Corrélativement, l'arrivée en nombre accru de chercheurs et d'enseignants-chercheurs à l'âge de la retraite devrait se traduire par une augmentation significative des recrutements dans les disciplines "vieilles", ceci à partir d'un niveau très bas qui était celui des 5 ou 10 années passées (taux de recrutement passant de 2 à 4-5 % des effectifs). Cela devrait se traduire en revanche par une stabilisation des recrutements - au niveau relativement élevé de ces dernières années - pour les disciplines "jeunes" (stabilisation autour d'un taux de recrutement d'environ 6-7 %). Dans les prochaines années, la demande de compétences par le système public de recherche et d'enseignement supérieur devrait donc probablement être à un niveau global similaire à ce qu'elle a été pendant les années 1990.
Par conséquent, les recrutements à réaliser à un niveau global, pendant les années à venir, devraient pouvoir s'effectuer à partir de viviers suffisants en quantité et en qualité : nous n'avons pas de raison de considérer que le remplacement des générations dans la recherche publique et l'enseignement supérieur conduise à des pénuries systématiques de candidatures de qualité.
Les questions liées aux recrutements futurs se posent ainsi moins en termes d'existence de viviers qu'en termes de stratégies concernant les évolutions thématiques - disciplinaires et relatives à l'anticipation des changements dans la profession de chercheur et d'enseignant - chercheur . Les points importants sont davantage qualitatifs que quantitatifs.
Ceci étant, notre analyse conduit à identifier plusieurs points susceptibles de poser question et qui mériteraient un examen complémentaire :
- la situation au niveau de certaines sous-disciplines est difficile à appréhender, avec des indications différentes en termes de taux de pression entre l'université et le CNRS (cas des STIC et de la biologie moléculaire, par exemple) ; des études fines, en comparaison inter-institutionnelle, par discipline et sous-discipline sont nécessaires dans certains cas ;
- le caractère assez général du recrutement par le laboratoire de thèse ou l'université qui emploie le candidat, conduit à l'image de "filières de recrutement", plus qu'à celle de vivier ; ceci pose alors la question de la lisibilité des critères de sélection et du profil des candidats recrutés ;
- on connaît mal les trajectoires professionnelles, les motivations et les difficultés éventuelles des jeunes en période post-doctorale qui ne deviennent pas candidats, ainsi que celles des candidats qui n'arrivent pas à être recrutés et doivent prendre une autre orientation ; leur nombre est pourtant du même ordre de grandeur que celui des recrutés ; c'est la question des conditions et modalités des carrières en entreprise après une période post-doctorale qui se pose ;
- l'attractivité de la carrière entre 30 et 35/40 ans (en termes de salaire, mais également et peut-être surtout en termes de conditions de travail) est une question qui mérite attention ;
- enfin, la mise en place de l'espace européen de recherche est susceptible d'introduire des dynamiques nouvelles avec la mise en communication accrue entre les viviers de doctorants des pays membres, mais aussi de leurs viviers de jeunes en période post-doctorale et de leurs viviers de candidats. La question de l'anticipation de ces évolutions pour en maximiser les effets positifs pour la France et pour l'Europe est alors importante à analyser.
GLOSSAIRE
Enseignants-chercheurs : professeurs et maîtres de conférences des universités
Chercheurs : directeurs de recherche et chargés de recherche des EPST
EPST : établissement public à caractère scientifique et technologique
CIFRE : convention industrielle de formation par la recherche
CNRS : centre national de la recherche scientifique
INSERM : institut national de la santé et de la recherche médicale
INRA : institut national de la recherche agronomique
IRD : institut de recherche pour le développement
INRIA : institut national de recherche en informatique et en automatique
INRETS : institut national de recherche sur les transports et leur sécurité
CEMAGREF : centre d'études du machinisme agricole, du génie rural, des eaux et forêts
INED : institut national d'études démographiques
LCPC : laboratoire central des Ponts et ChausséesRemarque : les EPIC (établissements publics à caractère industriel et commercial), tels le CEA, le CNES, l'IFREMER ou encore l'ANVAR, ne sont pas inclus dans cette étude. Les statuts et les missions des personnels de ces établissements étant sensiblement différents de ceux des universités et des EPST, la problématique du remplacement des générations y est également différente.
ANNEXE
Les taux de recrutement dans les disciplines choisies
-
Tableau 63. Les départs des enseignants-chercheurs et chercheurs des EPST entre 1996 et 2000
Taux annuels 1996-2000
enseignants-chercheurs et chercheurs des EPSTDiscipline
Effectif 2001
Départs totaux
(retraite et autres départs)
taux annuelVariation
des effectifs (stock)
taux annuelRecrutement
annuelsTaux
Nombre
Chimie moléculaire
2 179
environ 4 %
- 0,3 %
3,7 %
80
Informatique
4 342
environ 2 %
+ 3,3 %
5,3 %
230
Biochimie - Biologie moléculaire
2 754
environ 2 %
+ 1,3 %
3,3 %
91
Histoire moderne
1 153
environ 4 %
+ 2,2 %
6,2 %
70
Tableau 64. Projections concernant les départs des enseignants-chercheurs et chercheurs des EPST en 2001-2004 en comparaison des années 1990
Taux annuels 2001 - 2004
Enseignants-chercheurs et chercheurs des EPSTDiscipline
Effectif 2001
Départs totaux
(retraite et autres départs)
taux annuelVariation des effectifs (stock)
Recrutement
Chimie moléculaire
2 179
4,8 %
-- 1 % / + 1 %
3,8 % / 5,8 %
Informatique
4 342
2,5 %
+ 2 % / + 5 %
4,5 % / 7,5 %
Biochimie - Biologie moléculaire
2 754
3,0 %
+ 1 % / + 4 %
4 % / 7%
Histoire moderne
1 153
4,1 %
+ 1 / + 3 %
5,1 % / 7,1 %
Tableau 65. Projections concernant le recrutement des enseignants-chercheurs et chercheurs des EPST en 2001-2004 en comparaison des années 1990
Taux annuels 2001 - 2004
enseignants-chercheurs et chercheurs des EPSTEffectif 2001
Nombre recrutements
annuels fin années 90Années 2001 - 2004
Nombre recrutements
annuelsVariation nombre recrutements annuels par rapport à la fin des années 1990
Chimie moléculaire
2 179
80
83 / 126
+ 4 % / + 58 %
Informatique
4 342
230
195 / 325
- 15 % / + 42 %
Biochimie - Biologie moléculaire
2 754
91
110 / 193
+ 21 % / + 214 %
Histoire moderne
1 153
70
59 / 82
- 16 % / + 17 %
SENAT
RECRUTEMENT ET DEROULEMENT DE CARRIERE DES ENSEIGNANTS - CHERCHEURSEtude n° 5004
Juillet - Septembre 2001
14, rue du Printemps - 75017 Paris
Téléphone : 33 (0)1 44 29 60 00
Fax : 33 (0)1 44 29 60 01
E.mail : reperes@reperes.net
Une société du groupe Sorgem-Repères,
membre de Syntec Études Marketing et Opinion
AVERTISSEMENT
4000 individus éligibles, répartis dans l'ensemble des établissements concernés, ont reçu le questionnaire.
Plus de 1000 l'ont rempli et retourné, ce qui constitue un taux très élevé et prouve l'intérêt des enseignants-chercheurs pour les sujets couverts.
Après élimination des questionnaires les plus incomplets, 865 questionnaires ont été exploités.
Nous avons réalisé les traitements de données suivants :
• tri à plat de l'ensemble des questions
• tris croisés de toutes les questions par les variables signalétiques essentielles : sexe, âge, section, et grade
• étude spécifique sur les « localoconfiants » et les « localodéfiants »
•Les réponses aux questions ouvertes ont été classées par thème et le nombre de répondants ayant donné chaque réponse est indiqué (entre parenthèses).
I - ELEMENTS D'IDENTIFICATION
SIGNALETIQUE DES REPONDANTSNombre
%
TOTAL
865
100
1. Sexe
Hommes
665
76.9
Femmes
200
23.1
2. Age
65 ans et plus
13
1.5
60 à 64 ans
70
8.1
55 à 59 ans
160
18.5
50 à 54 ans
139
16.1
45 à 49 ans
88
10.2
40 à 44 ans
99
10.4
35 à 39 ans
163
18.8
30 à 34 ans
113
13.1
Moins de 30 ans
3
0.3
S.R.
17
2.0
3. Grade et échelon
Nombre
%
Echelons :
1
2
3
4
5
6
Autres
SR
Maître-Assistant 2ème classe
5
0.6
-
1
3
-
-
-
-
1
Maître-Assistant 1ère classe
6
0.7
-
1
2
1
1
-
-
1
TOTAL MA
11
1.3
-
2
5
1
1
-
-
2
Maître de Conférence 2ème classe
149
17.2
1
52
80
1
1
2
1
11
Maître de Conférence 1ère classe
254
29.4
50
52
48
25
13
27
6
33
Maître de Conférence hors classe
49
5.7
3
1
-
3
9
12
1
20
TOTAL MC
452
52.3
54
105
128
29
23
41
8
64
Professeur 2ème classe
174
20.1
6
11
15
15
45
40
3
39
Professeur 1ère classe
164
19.0
8
31
56
1
2
1
-
65
Professeur classe exceptionnelle
60
6.9
16
21
3
-
-
-
-
20
TOTAL Professeurs
398
46.0
30
63
74
16
47
41
3
124
S.R.
4
0.5
-
-
-
-
-
-
-
4
4. Ancienneté dans l'échelon
• Maîtres de conférences
Base
1 an
2 ans
3 ans
4 ans
5 ans
6 ans et plus
2 ème classe
Echelon 1
1
-
-
1
-
-
-
Echelon 2
44
18
22
4
-
-
-
Echelon 3
58
26
19
6
1
2
4
Echelon 4
1
1
-
-
-
-
-
Echelon 5
1
-
1
-
-
-
-
Echelon 6
2
1
-
-
-
1
-
1 ère classe
Echelon 1
34
17
15
2
-
-
-
Echelon 2
28
13
14
1
-
-
-
Echelon 3
33
15
6
11
-
-
1
Echelon 4
19
7
11
1
-
-
-
Echelon 5
8
5
2
1
-
-
-
Echelon 6
22
3
2
2
2
2
11
Hors classe
Echelon 1
2
1
-
1
-
-
-
Echelon 2
1
-
-
1
-
-
-
Echelon 3
-
2
-
-
-
-
-
Echelon 4
2
2
-
-
-
-
-
Echelon 5
7
2
3
1
1
-
-
Echelon 6
6
2
1
-
1
1
1
4. Ancienneté dans l'échelon - suite
• Professeurs
Base
1 an
2 ans
3 ans
4 ans
5 ans
6 ans et plus
2 ème classe
Echelon 1
1
1
-
-
-
-
-
Echelon 2
7
5
2
-
-
-
-
Echelon 3
8
5
3
-
-
-
-
Echelon 4
7
5
1
1
-
-
-
Echelon 5
36
10
9
13
3
1
-
Echelon 6
28
5
8
3
1
5
6
1 ère classe
Echelon 1
7
6
-
-
1
-
-
Echelon 2
24
9
5
8
2
-
-
Echelon 3
44
11
7
7
5
2
12
Echelon 4
1
1
-
-
-
-
-
Echelon 5
2
-
2
-
-
-
-
Echelon 6
1
-
-
-
-
1
-
Classe exceptionnelle
Echelon 1
14
4
4
2
3
-
1
Echelon 2
16
5
1
2
1
1
6
Echelon 3
3
1
-
1
-
-
1
5. Activité de recherche effectuée dans une équipe associée à un établissement public de recherche
Oui
58.4
Non
39.0
S.R.
2.6
Nombre
%
6. Métier exercé dans ...
Université parisienne
124
14.3
Université de province
630
72.8
IUT
76
8.8
Nota : multi-réponses
Ecole d'ingénieurs
130
15.0
7. Etes-vous ...
- Président (ancien président) d'Université ou Directeur (ancien directeur) d'école d'ingénieurs ou IUT
28
3.2
- Directeur (ancien directeur) d'UFR ou de département d'IUT
116
13.4
- Membre (ancien membre) du CNU
168
19.4
- Membre (ancien membre) d'une commission de spécialistes de votre Université
718
83.0
- Membre (ancien membre) d'une commission de spécialistes d'une autre Université
435
50.3
Nota : multi-réponses
8. Résidez-vous dans l'agglomération où est située votre Université
Oui
673
77.8
Non
184
21.3
S.R.
8
0.9
II - RECRUTEMENT ET PARCOURS PROFESSIONNEL
10. La première fois que vous avez exercé des fonctions dans une Université, en quelle qualité et en quelle année était-ce ?En qualité de ...
Non titulaire
Professeur du 2° degré
Assistant
titulaireMaître-assistant,
Maître de conférenceProfesseur
Total (%)
610 (70.5)
42 (4.9)
89 (10.3)
78 (9.0)
40 (4.6)
% verticaux
1965 et avant
6.5
2.4
10.8
-
-
1966 à 1970
16.7
9.7
29.8
7.0
2.7
1971 à 1975
15.3
17.0
34.6
2.8
13.5
1976 à 1980
3.0
17.0
8.4
1.4
5.4
1981 à 1985
7.9
9.7
15.6
5.6
8.1
1986 à 1990
20.0
19.8
1.2
19.5
24.3
1991 à 1995
26.2
19.8
-
41.5
18.9
1996 à 2000
4.8
4.8
-
22.2
27.0
Grade et année de nomination
11. En quelle année êtes-vous devenu (le cas échéant) ...
(Effectifs)
Base
Répondants
Avant
19711971
19751976
19801981
19851986
19901991
19951996
2000Maîtres de conférence de 2 ème classe
149
142
1
-
-
-
1
16
124
Maîtres de conférence de 1 ère classe
254
181
-
1
1
6
27
55
91
Maîtres de conférence hors classe
49
29
-
-
-
1
2
6
20
Professeurs de 2 ème classe
174
129
1
1
-
4
14
48
61
Professeurs de 1 ère classe
164
117
-
-
1
4
19
49
44
Professeurs de classe exceptionnelle
60
44
-
-
-
-
7
14
23
12. Le cas échéant, lors de votre première nomination comme maître-assistant ou maître de conférence, avez-vous été recruté dans l'Université où vous aviez soutenu votre thèse ?
%, base 768 répondants (97 sans objet ou S.R.)
Oui
53.0
Non
47.0
Le cas échéant, lors de votre première nomination comme professeur avez-vous été recruté dans l'Université où vous aviez soutenu votre thèse ?
%, base 403 répondants (462 sans objet ou S.R.)
Oui
38.0
Non
62.0
13. Voici une liste de facteurs qui pourraient influencer le recrutement d'un enseignant-chercheur.
Selon vous, ces facteurs sont- ils, dans les faits , très, assez, moyennement, peu ou pas du tout importants ?
%, bases 92 à 99 % du total des répondantsTotal
importantTrès
importantAssez
importantMoyen-nement important
Peu important
Pas du tout important
Total pas important
La valeur scientifique du candidat
83.7
53.7
30.0
12.5
3.1
0.7
3.8
La personnalité du candidat
74.6
33.3
41.3
17.3
7.2
0.9
8.1
Le soutien d'un directeur de thèse influent
65.4
33.1
32.3
18.2
11.1
5.3
16.4
Le soutien d'un directeur de laboratoire influent
64.5
37.4
27.1
18.7
11.1
5.8
16.9
Les qualités pédagogiques du candidat
40.1
19.7
20.4
22.7
21.3
15.8
37.1
Les aléas de la politique budgétaire
37.6
15.6
22.0
23.4
18.6
20.4
39.0
L'appartenance syndicale
8.5
3.4
5.1
9.7
23.5
58.3
81.8
Tris croisés par le sexe, l'âge, la section et le grade
% Très ou assez important (base = répondants)
ENS.
SEXE
AGE
SECTION*
GRADE**
M
F
> 60
50-59
40-49
< 40
DEG
LLA
SH
ST
MC
P
Valeur scientifique du candidat
84
94
83
84
82
84
86
83
86
(79)
85
80
87
Personnalité du candidat
75
77
68
74
73
78
75
72
81
70
75
71
82
Soutien d'un directeur de thèse
65
63
74
(58)
63
61
74
76
65
64
64
72
(57)
Soutien d'un directeur de labo
65
62
74
60
61
63
71
(56)
(46)
(52)
70
74
(53)
Qualités pédagogiques du candidat
40
42
35
51
37
43
39
36
45
42
41
(35)
46
Aléas de la politique budgétaire
38
37
40
42
42
40
34
37
45
45
36
38
37
Appartenance syndicale
9
7
12
15
12
7
5