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Familles monoparentales, familles recomposées : un défi pour la société française. Rapport d'information sur l'activité de la délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes pour l'année 2005-2006

 

D. LA MONOPARENTALITÉ, RÉSULTAT DE SÉPARATIONS PLUS FRÉQUENTES

Le statut matrimonial légal des parents de famille monoparentale a considérablement évolué dans le temps, comme le montre le graphique ci-après :

Évolution du statut matrimonial légal des parents de famille monoparentale depuis 1962

N.B. : les chiffres pour 1999 sont estimés à partir de l'enquête Étude de l'histoire familiale.

La seconde colonne, « EHF définition restrictive », est évaluée une fois soustraits les parents qui disent vivre en couple.

La proportion de « mariés mais séparés » s'en trouve en conséquence réduite d'un tiers.

Cependant, le résultat sans correction est le plus comparable avec les recensements antérieurs, car il est calculé selon les mêmes modalités.

Champ : familles monoparentales avec enfant de moins de 25 ans, France métropolitaine.

Source : enquête Étude de l'Histoire familiale, INSEE/INED, 1999

En 1962, les veufs représentaient plus d'un parent de famille monoparentale sur deux, mais ne sont plus que 11 % aujourd'hui.

En revanche, la proportion des divorcés a augmenté très rapidement, passant de 15 % en 1962 à environ 45 % en 1999.

La part des parents célibataires a également considérablement augmenté, passant de 9 % en 1962 à plus de 30 % en 1999, avec une accélération au cours de la dernière décennie. Toutefois, une personne déclarant vivre seule peut, en fait, vivre en concubinage.

La progression importante de la monoparentalité semble donc bien résulter de séparations plus fréquentes.

Il est possible de cerner à partir d'enquêtes rétrospectives les événements qui ont déterminé la constitution d'une famille monoparentale18(*), illustrée par le tableau suivant :

Comment se sont constituées les familles monoparentales

en %

 

Hommes

Femmes

Ensemble

Par une naissance

7

16

15

Le parent n'a jamais vécu en couple

6

14

13

Le parent a vécu en couple avant la naissance de son ou ses enfants

1

2

2

Par une séparation

76

74

74

Le parent vivait en union libre

19

26

25

Le parent était marié

57

48

49

Par un décès

17

10

11

Le parent vivait en union libre

3

2

2

Le parent était marié

14

8

9

Ensemble

100

100

100

Non déterminé

5

8

8

Lecture : sur 100 parents de famille monoparentale ayant au moins un enfant de moins de 25 ans à charge, 13 n'ont jamais vécu en couple, et 2 n'ont vécu en couple qu'avant la naissance de leurs enfants.

Champ : parents de famille monoparentale comprenant au moins un enfant de moins de 25 ans, définition restrictive, France métropolitaine.

Source : enquête Étude de l'histoire familiale, INSEE/INED, 1999.

74 % des parents de familles monoparentales se sont trouvés dans cette situation à la suite d'une séparation - celle-ci intervenant trop souvent dans un contexte de violences conjugales comme de nombreuses personnes auditionnées l'ont indiqué à la délégation, qui a également pu s'en rendre compte par elle-même lors de son déplacement à Dunkerque -, la moitié s'étant séparée alors qu'ils étaient mariés et un quart alors qu'ils vivaient en union libre.

Avant la séparation, les enfants ont généralement vécu en famille avec leurs deux parents. En revanche, 15 % des familles monoparentales se sont constituées après une naissance, alors que le parent ne vivait pas en couple. Cette situation, qui signifie que les enfants n'ont jamais vécu avec leur autre parent, concerne deux fois plus les femmes (16 %) que les hommes (7 %). Dans 11 % des cas, la famille monoparentale a pour origine le décès d'un conjoint, cette cause de monoparentalité affectant cette fois davantage les hommes (17 %) que les femmes (10 %).

Plus généralement, le mode de constitution de la famille explique largement les caractéristiques de l'ensemble des parents de famille monoparentale par opposition aux parents en couple et la diversité des configurations familiales qui existent en leur sein.

Ainsi, la réduction au fil des recensements de la proportion d'hommes dans les parents de famille monoparentale s'explique par la diminution constante du veuvage, et par l'importance croissante des séparations, cas où la mère conserve généralement la garde des enfants.

De même, l'âge des parents de famille monoparentale est lié à leur histoire matrimoniale antérieure. Les mères seules sont un peu plus fréquemment âgées de moins de 25 ans que celles qui vivent en couple, mais surtout plus nombreuses à avoir plus de 40 ans. Pour les hommes, la différence est encore plus considérable : 80 % des pères sans conjointe ont 40 ans ou plus, contre environ 60 % des hommes qui vivent en couple. L'âge relativement tardif de la monoparentalité est lié au fait qu'elle survient la plupart du temps après la séparation d'un couple avec des enfants, parfois après une longue période de vie commune.

Les parents qui n'ont jamais vécu en couple vivent aussi plus fréquemment au sein d'un « ménage complexe »19(*), c'est-à-dire le plus souvent en étant hébergés par leur propre famille. Pour leur part, les parents « entrés en monoparentalité » avec la naissance d'un enfant mais qui ont déjà vécu en couple ont pour plus de la moitié d'entre eux des enfants de moins de 6 ans à charge. Il s'agit en grande majorité de femmes, qui ont eu en moyenne leur premier enfant plus tardivement : à 30 ans en moyenne contre 25 ans pour celles qui ont toujours vécu seules. Au sein des familles devenues monoparentales du fait du décès du conjoint, les parents sont assez logiquement plus âgés et les hommes plus nombreux. Cependant, ces derniers ne représentent que 20 % des parents dont le conjoint est décédé. Cette différence peut en premier lieu être imputée à l'espérance de vie plus élevée des femmes et à la différence d'âge entre conjoints. Mais cet écart est aussi lié à des comportements différents : les veufs qui ont des enfants semblent reconstituer plus souvent un couple que les femmes dans la même situation. Une famille sur cinq devenue monoparentale suite à un décès comprend plus de trois enfants, bien qu'il soit fréquent que certains des enfants aient déjà quitté le domicile parental.

Les familles constituées à l'issue d'une séparation, largement majoritaires parmi les familles monoparentales, sont les moins anciennes. Les parents qui vivaient en union libre avant leur séparation sont les moins âgés et ont donc à charge des enfants plus jeunes. Au moment de la rupture, leurs enfants avaient en moyenne 4 ans et demi, contre 8 ans et demi si les parents étaient mariés. Ces parents sont seuls depuis moins longtemps, sans doute parce que, plus jeunes et avec moins d'enfants, ils reforment plus rapidement et plus fréquemment une union.

Or, les familles monoparentales, dont le nombre augmente de façon constante depuis une vingtaine d'années, essentiellement du fait de séparations bien plus fréquentes que par le passé, sont confrontées à une précarité de plus en plus fréquente, la séparation étant généralement synonyme d'appauvrissement du ménage.

* 18 Études et résultats n° 218, DREES, février 2003.

* 19 Au sens de l'INSEE