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Monuments historiques : une urgence pour aujourd'hui, un atout pour demain

 

2. Des conséquences négatives pour l'ensemble des acteurs

Cette improvisation perpétuelle à laquelle la pénurie budgétaire contraint les services de l'Etat pour tenter de remédier aux urgences les plus criantes entraîne un chapelet de conséquences négatives.


· Elle se traduit par un alourdissement des coûts contraire à tout objectif d'économie. La location de l'échafaudage installé sur la cathédrale de Strasbourg continue de représenter une dépense de 8 000 euros par mois, pendant toute l'interruption du chantier. L'arrêt d'un chantier, puis son redémarrage donnent lieu souvent à des révisions du prix à la hausse. Enfin, le report de travaux urgents risque de se traduire par une aggravation de la situation sanitaire du monument, renchérissant le coût de sa restauration ;


· Elle entraîne des retards additionnels, les entreprises retenues n'étant plus nécessairement disponibles au moment où les crédits sont débloqués.


· Elle ne paralyse pas seulement les chantiers de l'Etat, mais tous ceux sur lesquels il intervient aux côtés des collectivités territoriales ou des propriétaires privés. L'effet multiplicateur positif de la dépense publique, qui permet de mobiliser jusqu'à 6 euros auprès de ses partenaires pour 1 euro versé par l'Etat se métamorphose alors en multiplicateur négatif. L'Alsace en fournit une illustration avec le programme de restauration des châteaux forts dont la mise en sécurité devait être conjointement financée par convention à hauteur de 95 % par l'Etat, le conseil régional et les conseils généraux, et qui n'a pu entrer en vigueur en raison de l'incapacité de l'Etat à honorer sa participation.


· La crise financière de la politique du patrimoine ne menace pas seulement la bonne conservation des monuments historiques dans le présent. Elle hypothèque la possibilité et la qualité de leur restauration future en compromettant l'équilibre des entreprises de restauration des monuments historiques.

Ce secteur économique est très largement constitué d'un tissu de petites et moyennes entreprises travaillant presque exclusivement sur le segment très particulier des monuments historiques, et de ce fait étroitement dépendantes de l'évolution des dépenses financées par le budget de l'Etat et plus particulièrement par celui du ministère de la culture.

Les arrêts de chantiers, décidés souvent sans préavis, ont fortement désorganisé le plan de charges de ces entreprises, provoquant, d'après le groupement des entreprises des monuments historiques, plusieurs dépôts de bilan et la perte de 700 emplois.

Au cours de son audition, le président du groupement a insisté sur le fait que les perturbations engendrées par les arrêts de chantiers avaient été d'autant plus néfastes pour les entreprises, que l'optimisme des déclarations gouvernementales et l'annonce d'une enveloppe supplémentaire de 100 millions d'euros ne les avaient pas incités à se préparer à une année aussi noire.

Les effets de la crise risquent en outre de se faire sentir dans la durée, dans la mesure où elle aura altéré la transmission des savoirs, essentielle dans ce type de métiers. Assurée au sein de chaque entreprise, étendue sur de nombreuses années, elle repose sur la patience des apprentis et celle des compagnons. Elle est actuellement compromise par la diminution de moitié du nombre des apprentis.

Cette disparition des savoirs faire, si elle devait se prolonger, constituerait une perte irréparable pour la préservation de nos monuments historiques, et votre mission refuse de s'y résigner.


· Enfin, elle porte tort à l'Etat lui-même dont les manquements semblent devoir faire mentir l'adage ancien suivant lequel « l'Etat est réputé honnête homme ».

Elle est, en outre, potentiellement démobilisatrice pour ses personnels, déjà fortement sollicités par le renouvellement des méthodes liées à l'entrée en vigueur de la LOLF, et qui ont dû consacrer souvent plus d'énergie à trouver des expédients qu'à réaliser de véritables projets. Le ministère devra veiller à ce que les réformes administratives envisagées dans un proche avenir à l'échelon déconcentré n'ajoutent pas au désarroi d'agents compétents mais que l'on sent actuellement désorientés.