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Union européenne - Russie : quelles relations ?

 

c) Le principal vecteur de la politique étrangère russe

Si l'énergie est à l'intérieur l'instrument privilégié de contrôle du Kremlin sur l'économie, elle constitue à l'extérieur un vecteur important de la politique étrangère russe. En effet, aujourd'hui, les hydrocarbures jouent, dans une très large mesure, le rôle de l'armée et de la puissance nucléaire à l'époque soviétique.

Cette diplomatie énergétique s'articule autour de trois principaux objectifs.

Premier objectif : sécuriser les voies d'exportation. La disparition de l'URSS et l'apparition de nouveaux États indépendants eux-mêmes producteurs de pétrole ou de gaz (Kazakhstan et Azerbaïdjan pour le pétrole, Turkménistan pour le gaz) ou jouant un rôle essentiel en matière de transit (Ukraine et Biélorussie) ont alimenté en Russie un sentiment de vulnérabilité croissant face au risque politique lié au transit des hydrocarbures vers les marchés ouest-européens. Dès lors, la Russie cherche à prendre le contrôle des infrastructures de transport des hydrocarbures, de manière à préserver son rôle central dans ce domaine.

Ainsi, la Russie s'est assurée le contrôle d'une grande partie des ressources et de la totalité du réseau de transport des hydrocarbures dans les républiques d'Asie centrale.

C'est aussi dans ce contexte qu'il faut appréhender la crise du gaz entre la Russie et l'Ukraine ou entre la Russie et la Biélorussie.


La crise gazière entre la Russie et l'Ukraine de l'hiver 2005

La situation géographique de l'Ukraine entre l'Union européenne et la Russie, lui confère un rôle pivot en matière d'approvisionnement énergétique. Elle détient ainsi le deuxième plus grand réseau de gazoducs et oléoducs au monde après la Russie. 80 % des exportations de gaz russe et 40 % des exportations de pétrole vers l'Union européenne transitent par l'Ukraine.

Si le contentieux énergétique entre la Russie et l'Ukraine n'est pas nouveau, la Russie accusant l'Ukraine de « siphonner » le gaz russe transitant sur son territoire à destination de l'Europe, il a pris une nouvelle dimension après la révolution orange et l'élection à la présidence de Viktor Iouchtchenko, désireux de renforcer les liens de son pays avec l'Union européenne et l'OTAN.

C'est dans ce contexte politique tendu que Gazprom a décidé de cesser de subventionner à partir du 1er janvier 2006 le gaz livré à l'Ukraine et d'aligner son prix sur le cours mondial. Cette décision a suscité une crise ouverte entre la Russie et l'Ukraine, la Russie coupant le robinet de gaz le 1er janvier 2006, ce qui a provoqué des perturbations dans plusieurs pays européens. En définitive, cette crise s'est dénouée le 3 janvier 2006, le gouvernement ukrainien acceptant une augmentation du prix du gaz et une prise de contrôle indirecte par Gazprom, tant du réseau de transport des hydrocarbures, que de la distribution locale d'électricité.


La crise gazière entre la Russie et la Biélorussie de l'hiver 2006

A l'image de la crise avec l'Ukraine, la crise entre la Russie et la Biélorussie durant l'hiver 2006 fut provoquée par la décision de Gazprom de cesser de subventionner le gaz livré à la Biélorussie, à partir du 1er janvier 2007, pour aligner son prix sur le cours mondial.

Après de difficiles négociations, un accord fut trouvé entre Minsk et Moscou sur un prix de livraison du gaz inférieur au cours mondial, en contrepartie de la cession à Gazprom de la moitié du capital de l'entreprise publique assurant la gestion du réseau de gazoducs sur le territoire biélorusse.

Toutefois, la Biélorussie ayant établi une taxe sur le pétrole russe transitant par son territoire, la Russie a suspendu pendant plusieurs jours ses exportations de pétrole brut par l'oléoduc dit de l'« amitié » qui alimente en pétrole l'Union européenne, avant de trouver finalement un compromis avec la Biélorussie le 11 janvier 2007.

Deuxième objectif : acquérir des actifs à l'étranger, notamment dans l'Union européenne. Ainsi, soucieux de préserver ses positions dominantes en Europe orientale, Gazprom a pris des participations dans plusieurs sociétés de distribution des pays importateurs, notamment en Slovaquie, en Hongrie, en Pologne ou dans les pays baltes.

Troisième objectif : diversifier les débouchés en direction des États-Unis ou de l'Asie et nouer des alliances avec les autres pays producteurs. Depuis déjà plusieurs années, les dirigeants russes expriment leur volonté de réorienter les exportations de gaz de l'Europe vers les États-Unis ou vers l'Asie (Chine, Japon, Corée du Sud). En septembre dernier, le Président Vladimir Poutine avait annoncé que la Russie exporterait 30 % de ses hydrocarbures vers l'Asie d'ici dix ou quinze ans, contre seulement 3 % aujourd'hui. C'est ainsi que, à l'occasion de la visite de Vladimir Poutine en Chine, les 21 et 22 mars 2006, a été annoncé le lancement de projets de construction d'oléoducs et de gazoducs vers la Chine, notamment le gazoduc Altai, dont le coût est estimé à 14 milliards de dollars et qui devrait permettre d'acheminer, à partir de 2011, 30 milliards de mètres cubes de gaz par an vers la Chine.

Enfin, le Président Vladimir Poutine multiplie les déplacements dans les autres pays fournisseurs d'énergie, notamment dans le Golfe, et il a plusieurs fois exprimé son intérêt pour un renforcement du partenariat avec les autres pays producteurs, voire un cartel des pays producteurs, une sorte d'OPEP du gaz. Toutefois, si elle a suscité l'intérêt de certains pays, comme l'Iran ou le Venezuela, elle s'est heurtée aux réticences des pays du Golfe et de l'Égypte. Ainsi, le vice-ministre des affaires étrangères du Qatar, Mohammed Al-Roumaihi, a déclaré récemment : « L'idée d'une OPEP du gaz est avant tout politique. Elle a été suggérée par le Président Poutine, dont le pays a des objectifs stratégiques précis ».