Allez au contenu, Allez à la navigation



Diversité sociale dans les classes préparatoires aux grandes écoles : mettre fin à une forme de « délit d'initié »

 

b) Des critères de sélection non exclusivement académiques

A l'occasion de sa mission effectuée aux Etats-Unis du 12 au 20 septembre 2006, votre commission des affaires culturelles a constaté36(*) que, dans les universités d'élite les plus prestigieuses, telles que celles de Harvard et du Massachussetts Institute of Technology (MIT), les procédures de sélection ne s'attachent pas aux seuls résultats scolaires du candidat, mais cherchent à cerner sa personnalité dans son ensemble. Dans le but de constituer une collectivité d'étudiants riche de sa diversité, sont mises en place des politiques « d'affirmative action » qui constituent un atout pour les candidats provenant de minorités sous-représentées ou de milieux peu favorisés.

Cette sélection s'appuie sur une pluralité de critères. La dimension scolaire est certes prise en compte, mais elle ne constitue qu'une composante parmi d'autres. Ce sont davantage les capacités et le potentiel de développement du candidat que l'on s'efforce d'évaluer, plutôt que des connaissances effectives. D'autres paramètres sont également retenus : les talents sportifs, l'aptitude au « leadership » et la capacité d'engagement personnel dans des activités associatives ou sociales. L'appartenance à une minorité sous-représentée ou une provenance sociale plus modeste peuvent aussi constituer un atout pour un candidat, dans la mesure où sa capacité à parvenir à un bon niveau, malgré un handicap de départ, témoigne d'un mérite, d'une énergie et de prédispositions supérieures à celles d'un candidat issu des couches plus favorisées.

Les établissements recherchent des étudiants capables de surmonter l'adversité et de ne pas se laisser abattre par les échecs.

c) Des aides financières diverses

Ces étudiants peuvent bénéficier d'aides dont les sources sont diverses.

- Le gouvernement fédéral représente la plus importante source de financement pour les mécanismes de soutien aux étudiants. Ses contributions financières sont susceptibles de bénéficier indifféremment aux établissements publics ou privés.

- Par ailleurs, les universités elles-mêmes ont mis en place des dispositifs d'aides. Les deux grandes universités évoquées ci-dessus, dont les coûts de scolarité sont très élevés, assurent que les capacités financières des candidats sont délibérément mises de côté pendant toute la procédure de sélection et qu'une fois les candidats retenus, l'université s'attache, avec ceux-ci et leur famille, à construire un plan de financement.

Harvard a décidé récemment de relever de 45 000 à 66 000 dollars de revenus annuels, le seuil en-deçà duquel les familles sont dispensées du paiement des droits d'inscription.

Quant au MIT, il dispose d'une enveloppe financière propre - 80 millions de dollars en 2006 - distincte des fonds fédéraux, pour aider des étudiants qui en ont besoin. L'aide moyenne accordée s'est élevée à 28 000 dollars par étudiant.

Grâce à leur richesse et à l'importance des revenus qu'elles tirent de leurs fonds propres, ces deux universités prestigieuses estiment pouvoir compenser l'impact des barrières financières, dont la réalité n'est pas contestable à l'échelle du système tout entier.

- Soulignons qu'en dépit de ces dispositifs, les étudiants s'endettent lourdement pour financer leurs études. Le coût de quatre années d'études revient en moyenne à 160 000 dollars et l'endettement d'un étudiant s'établit en moyenne à 20 000 dollars à la sortie de l'université. Les prêts sont consentis pour 30 ans, à des taux d'intérêt bas, garantis par le Gouvernement, et le salaire moyen d'un ingénieur sorti du MIT - environ 68 000 dollars annuels - lui permet, en principe, de rembourser facilement ses emprunts.

Sur les 12 millions d'étudiants formés en premier cycle par des « Community colleges » - universités publiques moins onéreuses qui accueillent de nombreux jeunes des classes les moins favorisées  -, 6 millions environ poursuivent leurs études jusqu'à la licence sur des campus plus sélectifs, grâce au système des « credit transfers », véritable moteur de l'ascension sociale dans ce pays. Celui-ci permet, en outre, à ces étudiants d'obtenir des bourses pour leur formation en second cycle. Mais combien d'entre eux accèdent aux universités les plus prestigieuses ?

* 36 Voir le rapport d'information n° 239 (2006-2007), intitulé « Regards sur l'enseignement supérieur et l'action culturelle des États-Unis : l'autonomie au service de la diversité ».