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Diversité sociale dans les classes préparatoires aux grandes écoles : mettre fin à une forme de « délit d'initié »

 

d) Un bilan mitigé et critiqué

Dans un rapport37(*) publié en septembre 2006, la commission présidée par Margaret Spellings s'inquiète de l'accroissement inexorable des coûts de scolarité des premiers cycles universitaires, très supérieur à l'inflation depuis 20 ans, et qui constitue un sujet de préoccupation pour les étudiants, leurs familles et les pouvoirs publics. Au cours des années 1995 à 2005, les frais d'inscription et de scolarité ont augmenté de 30 % dans les « community colleges », de 51 % dans le premier cycle des universités publiques, et de 36 % dans le premier cycle des universités privées.

Cette augmentation des coûts s'est accompagnée d'une diminution des aides financières attribuées aux étudiants par le gouvernement fédéral, qui sont tombées à leur plus bas niveau depuis 20 ans.

Le rapport émet d'ailleurs un jugement particulièrement sévère à l'égard du système d'aide financière fédéral aux étudiants, qu'il juge « confus, complexe, inefficace, plein de doublons » et auquel il reproche, en outre, de ne pas aider ceux qui en auraient le plus besoin.

La commission déplore qu'un trop grand nombre d'étudiants soient découragés d'entreprendre des études supérieures, ou s'endettent dans des proportions préoccupantes pour les financer. Elle évalue à deux millions l'effectif des élèves qualifiés de l'enseignement secondaire qui sont dissuadés par les barrières financières de poursuivre des études supérieures. Elle estime l'encours de la dette moyenne contractée par un étudiant à la sortie du premier cycle de quatre ans à 15 500 dollars pour les étudiants du secteur public et à 19 400 dollars pour le privé. Les sondages montrent que ces montants sont considérés comme excessifs par 59 % de la population et par 63 % des parents d'étudiants.

D'après l'OCDE, la proportion des Américains dans l'ensemble de la population de l'OCDE diplômée de l'enseignement supérieur devrait d'ailleurs régresser de 41 % à 36 % dans les dix prochaines années si rien n'est fait pour contrecarrer cette évolution.

En outre, les insuffisances de l'enseignement secondaire rendent indispensables des cours de rattrapage pour environ 40 % des nouveaux étudiants. Ces insuffisances touchent plus particulièrement les étudiants issus des milieux économiquement défavorisés ou des minorités ethniques. Les statistiques donnent la mesure de ces disparités et montrent qu'à l'intérieur de la classe des 25/29 ans : 34 % des « blancs » obtiennent une licence, 17 % des « noirs » et 11 % des « latinos ».

Enfin, la politique d'« affirmative action » suscite aujourd'hui des débats.

Cette politique volontaire n'est pas parvenue, en effet, à compenser les handicaps sociaux pesant sur certaines minorités qui restent « sous-représentées » dans le système éducatif américain, en particulier dans l'enseignement supérieur.

Quatre Etats, la Californie en 1996, suivie du Texas en 1997, de l'Etat de Washington en 1998 et de la Floride en 1999 ont fortement réduit, voire supprimé, leurs programmes d'« affirmative action » à leur niveau, les législations fédérales continuant toutefois de s'appliquer. Des tentatives similaires ont eu lieu dans une douzaine d'autres Etats, mais n'ont pas abouti.

La contestation de la politique d'« affirmative action » fait appel à deux catégories d'arguments.

Les uns soulignent, d'une part, que les mécanismes distorsifs mis en oeuvre risquent par contrecoup de dévaloriser les réussites des individus issus des minorités concernées, en jetant un doute sur leur valeur et leurs mérites effectifs. Les autres insistent sur l'effet néfaste que jouerait la politique d'« affirmative action » en matière d'intégration. Elle contribuerait désormais à enfermer ces groupes ethniques dans leur identité, et, en consacrant les divisions de la société, freinerait - au rebours de son objectif - l'intégration des groupes minoritaires.

Dans ces conditions, votre commission s'interrogeait ainsi l'an dernier : « les Etats-Unis n'en viendront-ils pas à substituer aux critères raciaux des critères socio-économiques qui permettraient de faciliter l'accès des plus défavorisés à une éducation de qualité ? »

Spécifique, l'évolution de la situation américaine dans ce domaine est intéressante et les réflexions actuelles semblent conduire à une inflexion, plus qu'à une remise en cause drastique, des politiques conduites jusqu'ici.

* 37 « A test of leadership - Charting the future fort U.S. higher education ; a report of the commission appointed by Secretary of Education Margaret Spellings ».