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Diversité sociale dans les classes préparatoires aux grandes écoles : mettre fin à une forme de « délit d'initié »

 

B. UN « FLEURISSSEMENT » D'INITIATIVES DES ACTEURS DE L'ÉDUCATION ET DU MONDE ÉCONOMIQUE

En France, le développement du système d'aides sociales a tenté de répondre - certes bien imparfaitement - au souci de démocratisation de l'enseignement supérieur.

Mais, s'agissant du problème spécifique de l'accès aux CPGE et aux grandes écoles, ce sont ces écoles elles-mêmes, parfois des lycées, ainsi que des entreprises, qui ont été les premières à adopter une posture plus « proactive ».

Ces initiatives ont des objectifs divers et complémentaires, dans la mesure où elles « s'attaquent » aux différents types de handicaps des jeunes défavorisés, qu'ils soient de type « qualitatif » ou financier.

1. Des expérimentations plus ou moins médiatisées

On peut classer les expérimentations engagées par les écoles en deux grandes catégories : celle lancée par l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, qui prévoit une procédure dérogatoire de recrutement, et celle initiée par l'ESSEC (l'école supérieure des sciences économiques et commerciales), qui consiste à donner à tous les moyens de réussir les mêmes épreuves pour l'entrée à l'école. Mais il en existe d'autres encore, telle l'expérimentation récemment engagée par le lycée Henri IV. Enfin, les actions de mécénat d'entreprises se multiplient.

a) L'Institut d'études politiques : un pionnier

Les lycées relevant des zones urbaines sensibles (ZUS) et des zones d'éducation prioritaire (ZEP) se déclarant quasi impuissants à mobiliser leurs élèves pourtant talentueux mais appartenant à des milieux défavorisés et fréquemment issus de l'immigration, le directeur de Sciences Po, M. Richard Descoings, a lancé en quelque sorte un « pavé dans la mare ». Il a initié un dispositif destiné à faire sauter le « verrou social » : il s'agissait d'établir pour ces jeunes, des passerelles entre l'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur, et de faciliter leur accès à l'Institut.

A cette fin, des « conventions d'éducation prioritaire » ont été mises en oeuvre en 2001, avec sept lycées partenaires. Puis, l'expérience a été étendue à d'autres établissements. Aujourd'hui on compte une cinquantaine de lycées partenaires. 75 étudiants ont été recrutés grâce à ces conventions en 2006 et, au total, en six ans, ce sont 264 étudiants qui sont ainsi entrés à Sciences Po.

Une telle convention prévoit l'accompagnement des élèves et l'organisation de leur épreuve d'admissibilité pour l'accès à l'IEP. Indiquons succinctement - l'encadré ci-dessous étant plus précis - que chaque élève réalise un dossier de presse et s'initie à la rédaction de notes (de synthèse et de réflexion). Il présente ensuite son travail devant un jury composé de professeurs et de membres de la société civile. S'il est déclaré admissible, il subit une épreuve d'admission à Sciences Po. Une fois admis, les étudiants concernés bénéficient d'un suivi pédagogique renforcé.

LA DESCRIPTION DES CONVENTIONS D'ÉDUCATION PRIORITAIRE

La procédure d'accès à Sciences Po dans le cadre d'une convention d'éducation prioritaire se déroule en 4 phases.

Première phase : des passerelles entre l'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur

Des étudiants de Sciences Po vont dans les lycées dans le cadre de projets collectifs évalués pour l'obtention du diplôme et organisent des actions communes avec les lycéens des établissements sensibles. Réciproquement, 600 lycéens se rendent chaque année à Sciences Po pour assister à des cours, rencontrer des étudiants et des professionnels de différents secteurs d'activité.

Au delà des épreuves de sélection, l'intérêt pour tous les lycéens est de pouvoir se questionner concrètement sur leur orientation après le baccalauréat et sur leur avenir professionnel. Des équipes d'analystes de Sciences Po vont également dans les lycées, et, en lien avec les équipes enseignantes qui le souhaitent, aident les élèves à travailler leur prise de parole en public devant caméra vidéo. Les prestations orales sont ensuite analysées collectivement.

Là aussi, l'enjeu dépasse l'entrée à Sciences Po et vise à rendre les étudiants plus confiants en eux-mêmes et mieux aptes à se projeter dans la vie sociale et professionnelle.

Deuxième phase : une sélection rigoureuse

La sélection intervient le plus tard possible, au printemps de l'année de terminale. La première phase, l'admissibilité, est déléguée au chef d'établissement et aux enseignants des lycées. Les enseignants retrouvent ainsi la mission des instituteurs de la Troisième République qui étaient amenés à repérer des personnalités et des potentiels chez des élèves qu'ils accompagnaient et proposaient pour des bourses d'études au lycée.

Chaque candidat, dans le cadre des conventions, soutient une revue de presse réalisée de façon autonome. Les résultats scolaires de la classe de seconde à la terminale, examinés minutieusement, fondent également la décision du jury.

Si le candidat admissible obtient le baccalauréat dès le premier groupe d'épreuves, il est autorisé à se présenter à l'oral d'admission. Il s'agit alors d'un entretien de 30 à 40 minutes devant un jury composé de cinq personnalités (professeurs des universités, hauts fonctionnaires, cadres dirigeants d'entreprise, enseignants et membres de la direction de Sciences Po, personnalités invitées).

Troisième phase : l'intégration de l'école

Les élèves admis dans le cadre des conventions bénéficient, avec les autres étudiants admis en première année dès le mois de juillet, d'un stage d'intégration de trois semaines en septembre. Pendant les trois premiers mois de leur scolarité, ils peuvent également choisir d'avoir un tuteur qui leur servira de personne référente, le temps de passer le cap de l'enseignement secondaire vers l'enseignement supérieur.

Quatrième phase : le soutien matériel et financier

Les élèves admis peuvent, sur critères sociaux et financiers, bénéficier d'une bourse de mérite du ministère de l'éducation nationale, d'une place en chambre double à la cité internationale universitaire de Paris, d'une aide au logement et, la première année, d'une bourse de livres d'une valeur de 500 euros, également proposée à d'autres élèves boursiers de Sciences Po.

Enfin, on pourrait dire que la « réussite par l'exemple » constitue une ultime « étape ».

C'est un moment important, où les élèves admis à Sciences Po peuvent retourner dans leur lycée d'origine et témoigner de leur parcours de réussite par les études. Ainsi grâce à leur expérience l'effet de levier s'opère dans les lycées.