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Diversité sociale dans les classes préparatoires aux grandes écoles : mettre fin à une forme de « délit d'initié »

 

b) La convention « une prépa, une grande école, pourquoi pas moi ? »
(1) Une idée initiée par l'ESSEC

L'ESSEC a souhaité, elle aussi, contribuer à la mise en oeuvre d'actions visant à élargir le recrutement des grandes écoles à des publics plus larges, en excluant toute politique de quotas.

A cette fin, elle a mis en place la convention « une prépa, une grande école, pourquoi pas moi ? », signée avec un certain nombre de lycées partenaires.

Les élèves de ces établissements sont sélectionnés dès la classe de seconde et le programme repose sur un entraînement de fond, pendant les trois années du lycée, avec un double tutorat (étudiants et professeurs des lycées). Le contenu pédagogique du programme présenté en annexe du présent rapport, vise à développer notamment la curiosité intellectuelle, l'aisance verbale et le sens de l'argumentation, autour de sept modules : outils et méthodologie, acquisition de capital culturel, techniques d'expression, comportement en société (les fameux « codes sociaux »), projet d'équipe, suivi individuel et découverte de l'entreprise, des métiers et des filières.

Pour augmenter l'impact du dispositif, un programme « 2e cycle » s'est mis en place en 2006, proposant à un public plus large de lycéens motivés dans les lycées partenaires de participer à des événements divers : visites d'entreprises, visite de l'école, participation à des débats, informations et témoignages d'étudiants sur certaines filières et sorties culturelles...

LES FONDEMENTS DU PROGRAMME « UNE PRÉPA, UNE GRANDE ÉCOLE, POURQUOI PAS MOI ? »

1. Un accompagnement des jeunes pendant les trois années de lycée

Le programme vise à apporter aux participants les connaissances et le capital culturel qu'ils ne peuvent trouver par eux-mêmes ou au sein de leur environnement familial et qui leur ouvrent des perspectives nouvelles et plus élevées.

Il prépare et entraine à l'effort important d'acquisition de connaissances exigé dans l'enseignement supérieur de haut niveau exigé (CPGE par exemple), il légitime par là même la valeur travail et développe le goût et les capacités d'effort.

Il apporte aux participants les outils et les méthodes pour améliorer leurs chances de réussite à un éventuel concours.

Il repose sur un entraînement de fond, qui démarre en janvier de l'année de seconde, quand le jeune a pris le rythme du lycée, et se termine en terminale, à l'approche du baccalauréat. Le programme couvre donc un cycle de trois années scolaires.

Au-delà de ces trois ans, le programme peut poursuivre l'accompagnement des jeunes, notamment ceux qui choisiront de se lancer dans une classe préparatoire ou de passer un concours pouvant conduire à une grande école, celle dans laquelle il a suivi le programme ou une autre.

2. Un double tutorat

La clé de voûte du programme est le double tutorat sur lequel repose l'encadrement des lycéens : le tutorat-étudiant, d'une part, et le tutorat-professeur, d'autre part.

a) Le tutorat-étudiant

Chaque équipe de lycéens, constituée généralement des lycéens d'un même lycée et d'une même classe (seconde, première ou terminale), sont pris en charge par un binôme d'étudiants de l'école : les tuteurs-étudiants. La taille idéale pour l'équipe se situe entre 5 et 7 lycéens.

Le rôle de ces étudiants est essentiel :

- ils préparent et animent les séances de tutorat hebdomadaires de 3 heures dans l'école ;

- ils participent, en général, aux sorties culturelles ;

- ils stimulent par leur contact, leur exemple, leurs discussions, l'envie des lycéens d'approfondir leurs réflexions et leurs connaissances, de développer leur ambition personnelle et professionnelle, de se projeter dans l'avenir,...

- ils sont un maillon essentiel dans le suivi personnel de chaque lycéen ;

- ils assurent le fil rouge avec les lycéens sur l'ensemble du dispositif (sorties culturelles, tutorat, intervenants extérieurs,...).

Ils sont recrutés sur la base du volontariat pour assurer leur mission pendant une année scolaire et ils sont formés par l'école à la gestion et à la dynamique de groupe.

Ils sont suivis par un « coordinateur des tuteurs ». Un des étudiants de l'école, qui a lui-même été tuteur l'année précédente, assure l'encadrement des tuteurs : il fixe les objectifs généraux des séances en lien avec le responsable du programme, récupère leurs remarques et suggestions, fait circuler l'information, veille au bon déroulement des séances et leur fait profiter de son expérience antérieure de tutorat.

b) Le tutorat-professeur

Chaque lycée partenaire du programme désigne au moins 2 professeurs-tuteurs du lycée ; ils suivent les lycéens du programme et font le point avec l'école sur leur progression.

Ils ont donc un rôle d'écoute, de conseil, de dynamisation, d'animation et de lien. Ils participent à l'évaluation annuelle des lycéens.

Ils sont recrutés sur la base du volontariat et de leur motivation par rapport aux objectifs du programme.

Une indemnité est versée aux lycées pour rémunérer les professeurs-tuteurs (enveloppe évaluée à 36 heures annuelles par lycée), sur la base des décharges accordées dans le cadre de la mise en oeuvre des réseaux d'éducation prioritaires (REP).

3. Le public concerné et les critères de recrutement des lycéens

Le programme est destiné à des lycéens, identifiés par leurs professeurs comme ayant un réel potentiel, qui sont prêts à faire des efforts pour préparer leur avenir, mais dont les origines modestes limitent la chance d'accéder à des hautes études supérieures.

a) Critères de sélection des lycéens

- ils appartiennent à la classe de seconde ;

- ils montrent de réelles capacités scolaires ;

- ils possèdent un goût certain pour le savoir ou l'apprentissage ;

- ils sont motivés pour participer au projet ;

- ils sont issus de familles ne pouvant pas leur apporter l'ensemble du capital financier, social ou culturel nécessaire, les parents n'ayant pas eux-mêmes fait d'études supérieures en France ;

- ils n'ont pas de problématique familiale et personnelle trop lourde pour s'investir ;

- ils acceptent et ont la possibilité de consacrer un temps conséquent au projet, pendant et hors période scolaire ;

- ils s'engagent sur une durée de trois ans.

b) Procédure de recrutement

Les lycéens sont recrutés en classe de seconde, pour démarrer concrètement le programme en janvier. Il n'est pas possible a priori d'intégrer des lycéens en cours de cursus. Toutefois, il peut arriver que des lycéens très motivés et répondant parfaitement aux critères présentent des « candidatures spontanées » en début de première pour rejoindre le programme. Ces demandes sont étudiées au cas par cas avec les professeurs-tuteurs.

Les lycéens sont proposés par le proviseur du lycée, en concertation avec les professeurs principaux et les professeurs-tuteurs, sur la base du conseil de classe du 1er trimestre de seconde, et en tenant compte des critères mentionnés ci-dessus.

Après examen conjoint des candidatures par l'école et le lycée, la décision finale appartient à l'école.

4. Un comité de pilotage

Les partenaires du programme extérieurs à l'école sont nombreux :

- l'Etat représenté par la délégation interministérielle à la ville (DIV) ou par les acteurs de la politique de la ville au niveau de la préfecture apporte une part des financements nécessaires à la mise en oeuvre chaque année du programme ;

- l'inspection d'académie participe au choix des lycées. Par la suite, elle veille à la bonne articulation entre le cursus et les principes de fonctionnement de l'éducation nationale. Elle peut également jouer un rôle dans l'évaluation du programme ;

- les lycées : l'implication du proviseur dans le programme est une condition indispensable pour la réussite de ses lycéens. Au-delà de la nécessaire adhésion aux principes du projet, il devra convaincre les équipes pédagogiques de l'intérêt du partenariat et mettre en place les relais d'information nécessaires, voire les adaptations d'emplois du temps pour concilier les horaires du lycée et ceux du programme ;

- les intervenants extérieurs : en complément des séances de tutorat assurées par les étudiants, et des sorties culturelles, les lycéens suivent des ateliers assurés par des professionnels extérieurs à l'établissement, notamment des sociologues, des professionnels du théâtre et des spécialistes de l'orientation ;

- les familles sont des partenaires indispensables à la réussite du programme. Elles sont étroitement associées dès le démarrage et le seront tout au long du programme. Elles sont invitées à venir visiter les locaux de l'école en début de cycle et s'engagent avec leur enfant dans le programme par la signature d'un contrat.

5. Des engagements contractuels entre les partenaires

Au lancement du programme, un contrat est signé entre la délégation interministérielle à la ville (DIV) et l'école. Ce contrat est complété chaque année par un avenant.

Par la suite, pour matérialiser l'implication de tous les acteurs de la communauté éducative et souligner le nécessaire engagement de chacun dans la mise en oeuvre du programme, trois contrats différents mais complémentaires sont mis en place : un contrat entre chacun des lycées et l'école, un contrat entre les familles et l'élève, le lycée et l'école et un contrat entre les étudiants-tuteurs et l'école.

6. Un contenu pédagogique en sept modules (voir le détail en annexe au présent rapport).

L'évaluation globale du programme est difficile à définir, car elle nécessite trois ans, voire cinq, pour être complète. Par ailleurs, elle est autant d'ordre qualitatif que quantitatif.