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Diversité sociale dans les classes préparatoires aux grandes écoles : mettre fin à une forme de « délit d'initié »

 

b) Rétablir l'équité sur le territoire
(1) Un enjeu d'aménagement du territoire

En effet, il existe un problème de répartition territoriale des classes prépas, qui renvoie à des enjeux en termes d'aménagement du territoire : on constate, d'un côté, une surconcentration à Paris et en Ile-de-France, mais, de l'autre, un déficit dans certaines académies, comme celle de Besançon, par exemple, ou en Haute-Marne. Or, le fait qu'il n'existe pas de CPGE dans ce dernier département ne conduit pas à une moindre appétence (les jeunes vont vers Dijon, Reims...), mais certains renoncent en raison de l'éloignement.

En réalité, l'équité territoriale et l'équité sociale peuvent se rejoindre.

(2) La nécessité de réviser la cartographie des CPGE au bénéfice de certaines banlieues et zones rurales

Il faudrait donc augmenter le nombre de CPGE ou mieux les répartir au sein de chaque bassin.

En effet, votre mission estime nécessaire de proposer l'offre de formation, en premier cycle d'études supérieures, la plus large possible, au niveau d'un bassin. Car il ne faudrait pas exclure la création de classes préparatoires dans une ville moyenne au motif que celle-ci dispose déjà d'IUT, de STS ou d'une antenne universitaire, alors même que l'existence de cette offre de formation restreinte n'incite pas les jeunes à poursuivre des études plus longues. Tel est le cas, par exemple, de la ville de Cambrai, dans le département du Nord.

Ainsi, M. Bernard Ramanantsoa, directeur d'HEC, relève que les élèves réussissent mieux dès lors qu'ils ne sont pas déracinés de leur lieu de vie. C'est pourquoi il prône la création de davantage de classes préparatoires en banlieue.

Mme Marie Duru-Bellat a souligné, elle aussi, que le renforcement de la démocratisation des CPGE passait par une offre plus disséminée sur le territoire national. Il faut aussi encourager les cercles vertueux et récompenser les efforts. Ainsi, a-t-elle cité l'exemple du lycée Jacques Feyder d'Epinay-sur-Seine, situé en zone d'éducation prioritaire57(*). Il montre qu'en quatre ans, il est possible d'accomplir un travail considérable pour mener les élèves vers la réussite. Dans ce lycée, une majorité d'élèves est issue de milieux défavorisés (52,2 %, contre 27 % au niveau national) et environ quatre élèves sur cinq appartiennent aux « minorités visibles ». Une politique d'établissement très active, qui s'est appuyée sur un fort engagement du proviseur et des personnels ainsi que sur des partenariats extérieurs - notamment une convention avec l'Institut d'études politiques de Paris et avec le Conservatoire national des Arts et Métiers - a permis d'obtenir des résultats extrêmement positifs. Le bilan est aujourd'hui le suivant : une dizaine d'élèves ont intégré Sciences Po et 45 élèves de terminale intègrent des classes préparatoires chaque année. Confortant ces avancées, depuis la rentrée 2006, une classe préparatoire scientifique a été créée dans le lycée ; elle accueille 24 étudiants, dont 30 % de boursiers.

L'excellence, c'est aussi l'ouverture en banlieue défavorisée d'une classe préparatoire PCSI (physique-chimie et sciences de l'ingénieur) en partenariat avec deux écoles géographiquement proches : l'Institut supérieur polytechnique Galilée et l'Ecole supérieure de mécanique SupMéca. Cette classe préparatoire comprend des professeurs qui ont fait la preuve qu'ils savaient mener les élèves à la réussite, en leur offrant un accompagnement et des débouchés tout à la fois sécurisants et de très grande qualité intellectuelle.

* 57 Exemple exposé par le proviseur du lycée Jacques Feyder d'Epinay-sur-Seine dans l'ouvrage de l'Institut Montaigne : « Comment fait la France quand elle gagne - Ce qui marche bien chez nous et comment s'en inspirer ».