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Diversité sociale dans les classes préparatoires aux grandes écoles : mettre fin à une forme de « délit d'initié »

 

2. Faut-il revoir la place ou le positionnement des CPGE au sein du système d'enseignement supérieur ?

M. Jean-Richard Cytermann, en introduisant le récent dossier réalisé sur le thème « Universités et grandes écoles »64(*), souligne le caractère « antiredistributif » du système, puisqu'il permet aux étudiants des milieux favorisés de recevoir le plus de moyens, compte tenu du coût élevé d'un élève en CPGE, qu'ils fréquentent davantage que les autres étudiants.

Notons que votre mission n'évoquera pas les évolutions récentes de l'université - elles sortent du champ de son étude - avec la multiplication des formations universitaires professionnalisantes, mais elle relèvera seulement qu'en attirant à elles les jeunes désireux de s'intégrer au mieux professionnellement, ces filières - appréciées des employeurs - permettent de rétablir partiellement l'égalité des chances dans l'accès aux emplois qualifiés.

D'autres suggestions sont avancées pour améliorer la diversité sociale et l'égalité des chances ; elles portent notamment sur la diversification des modes d'accès aux grandes écoles ou sur le rattachement des CPGE aux universités.

a) Faut-il développer les « prépas intégrées » ou les « admissions parallèles » pour l'accès aux grandes écoles ?

Certains suggèrent d'atténuer la place prépondérante des classes prépas pour l'accès aux grandes écoles. Rappelons que ce dispositif n'est pas exclusif.


· En premier lieu, de nombreuses écoles ont créé des « prépas intégrées », qui permettent un recrutement plus ouvert, d'autant que ce système rassure les jeunes qui craignent de se confronter au système des CPGE et concours.

La sélection se déroule alors pendant l'année du baccalauréat. L'élève se voit épargné la tension psychologique propre aux deux années de classes préparatoires et l'incertitude qui pèse sur les résultats ; le passage d'une année sur l'autre se fait par un contrôle continu des connaissances.

Faut-il multiplier ces « prépas intégrées », tout en sachant cependant qu'un tel choix suppose que l'étudiant sache s'orienter en amont, donc très jeune, vers un cursus qui peut se révéler plus spécialisé et ne pas offrir la palette de disciplines d'une CPGE ? Cette solution a en tout cas démontré son efficacité.

Il convient également de rappeler que plus de 28 % des jeunes ingénieurs français ont étudié dans des prépas intégrées aux universités, ces dernières ayant fortement développé les formations professionnalisantes.


· En second lieu, de nombreuses écoles ont recours aux « admissions parallèles ». Il s'agit notamment d'admissions sur titre ou de concours spécifiques, notamment pour les titulaires d'un DUT, d'un BTS ou d'une licence.

D'après les travaux de la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère, ces entrées dans les écoles par d'autres voies que les CPGE permettent un recrutement social plus diversifié.

Ces formations connaissent d'ailleurs un succès croissant, mais il faut relever que les « très grandes écoles » n'y ont que peu recours. La question peut donc se poser de savoir s'il serait souhaitable de les généraliser.

A défaut, votre mission souligne tout l'intérêt des initiatives locales allant dans ce sens. C'est ainsi, par exemple, que M. Jean-Jacques Maillard, directeur de SupMéca et membre de la commission permanente de la Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs (CDEFI), a évoqué, à l'occasion de son audition, certaines de ces initiatives qui, par voie d'action concertée, permettent aujourd'hui à des écoles de se regrouper et de coopérer avec des universités. Il a cité l'exemple de Poitiers, où écoles d'ingénieurs et université ont mis en place des licences renforcées (en mathématiques et en physique) ; les titulaires de telles licences peuvent postuler pour entrer dans ces écoles sans concours. Précisons que l'université a la responsabilité de ces étudiants mais que les cours sont assurés à la fois par elle et par les écoles. La même démarche est conduite à Valenciennes (avec quatre écoles) et Besançon s'y engagera bientôt à son tour.

Il convient également d'évoquer l'expérience pilote conduite au lycée Michelet de Vanves - mentionnée précédemment -, avec l'idée de créer une quatrième voie d'accès au concours d'entrée à HEC pour les élèves issus de cette classe préparatoire technologique.

Votre mission insiste pour qu'un effort soit, en effet, engagé à l'égard des bacheliers technologiques : seuls 4 à 5 % d'entre eux intègrent une classe préparatoire, contre 30 % des bacheliers de la série S. Or les classes prépas technologiques accueillent environ 40 % de boursiers et 60 % d'élèves issus de catégories socioprofessionnelles plutôt défavorisées.

* 64 Publié à la Documentation française en mai 2007.