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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

ASSOCIATION POUR LA RECHERCHE THÉRAPEUTIQUE ANTICANCÉREUSE - ARTAC

Site Internet : http ://www.artac.info

Pr. Dominique BELPOMME, Président

(31 mai 2006)

En préambule, le Pr. Dominique BELPOMME a mentionné l'existence de l'Appel de Paris pour une santé durable dont il a été l'un des initiateurs en 2004. Signé par tous les Conseils de l'Ordre des médecins des vingt-cinq Etats membres de l'Union européenne et par environ 200 000 Européens à ce jour, ce texte a été présenté au Parlement européen comme à l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Cette initiative sera prolongée le 9 novembre 2006 par un colloque « Environnement et santé durable : une expertise internationale » à l'UNESCO au cours duquel sera présenté le Mémorandum de l'Appel de Paris. Ce document sera le fruit de l'expertise de groupes de travail dont un atelier sur la pollution intérieure. Le Pr. Dominique BELPOMME qui n'est membre d'aucun parti politique s'exprime uniquement en tant qu'expert.

Au sein de l'ARTAC, un rapport interne a traité de quatre thèmes, à savoir la santé-environnement dont la pollution intérieure, la bio-diversité, l'énergie et l'effet de serre, les développements socio-économiques. Soixante huit experts internationaux, la plupart européens, ont collaboré à ce travail.

Pour le Pr. Dominique BELPOMME, les problèmes essentiels de santé environnementale sont les suivants : une douzaine de millions de Français sont allergiques, les cancers de l'enfant progressent de 1 % chaque année d'après des sources européennes et le CIRC ; ces éléments ont été repris dans des études publiées dans la revue « The Lancet ». Il a ensuite déploré que les registres des cancers ne soient pas bien tenus en France et négligent l'importance des cancers causés par l'air intérieur ; il a considéré qu'affirmer l'absence de liens entre cancers et environnement constitue un déni sociétal.

Après avoir relevé que les dangers causés par les éthers de glycol ne devaient pas être considérés comme une priorité absolue, au plan toxicologique, bien que certains d'entre eux puissent donner lieu à plusieurs types de méfaits sanitaires comme le montrent les données de l'INSERM, il a insisté sur la nécessité d'approfondir les études sur les composés organiques volatils (COV), sur les poussières atmosphériques, et sur les rayonnements et champs électromagnétiques.

Pour les composés organiques volatils ou voisins des COV, le Pr. Dominique BELPOMME a estimé prioritaire l'étude du formaldéhyde, cancérogène classé catégorie 1 par l'OMS. A cet égard, il a cité une étude menée par l'ASPA (Association pour la surveillance et l'étude de la pollution atmosphérique en Alsace) dans des écoles et maternités de l'Est de la France et jugé urgent d'interdire l'utilisation du formaldéhyde présent dans les colles et vernis des mobiliers et bâtis intérieurs, alors que des produits de substitution existent. Il a appelé de ses voeux une réglementation de l'aération des écoles incluant la fixation d'un taux limite de formaldéhyde auquel les enfants sont très vulnérables. Le Pr. Dominique BELPOMME a ensuite communiqué un graphique établi par l'ASPA sur l'aération des écoles en Alsace, tout en mentionnant que l'occultation des bouches d'aération avait été souvent constatée.

Au sujet des fibres artificielles qui ont remplacé l'amiante, le Pr. Dominique BELPOMME a estimé que certaines d'entres elles étaient plus dangereuses que l'amiante et qu'il serait donc nécessaire d'en réglementer l'usage. Il a souhaité une prise de conscience face au vide juridique actuel.

Interrogé sur les dangers du benzène, le Pr. Dominique BELPOMME a jugé que la proximité des stations-service et des garages était dangereuse, induisant notamment des risques de leucémie chez l'enfant. Il a également insisté sur les risques de leucémie chez l'enfant engendrés par les lignes électriques à haute tension dont les dangers s'étendraient jusqu'à six cents mètres de celles-ci. Il a rappelé la nécessité de largement aérer les appartements et de les dépoussiérer.

Quant au téléphone portable, il a dénoncé les risques de tumeurs du cerveau en cas d'utilisation intensive et prolongée et a insisté sur la vulnérabilité des jeunes enfants et des femmes enceintes suscités par son usage.

Évoquant la contamination par le radon, le Pr. Dominique BELPOMME a relevé qu'il s'agissait là, pour l'essentiel, d'un problème d'architecture des habitations que la modification de la législation pourrait contribuer à résoudre, et que des spécialistes du radon compétents existaient en France.

Citant des modèles de bonne pratique environnementale, le Pr. Dominique BELPOMME a mentionné la Belgique et le Luxembourg, dont les ambulances vertes vont sur place analyser la qualité de l'air des habitats en réalisant des prélèvements pour dosage. Il a déploré le très grand retard de la France en ce domaine, malgré la création de l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI).

D'une manière générale, le Pr. Dominique BELPOMME s'est étonné de l'absence ou de l'insuffisance de la présence de la France dans les réunions internationales d'experts. Il a également regretté que les lieux publics soient eux-mêmes souvent pollués.

Sur le plan politique, le Pr. Dominique BELPOMME a souhaité que les Verts se concentrent davantage sur les problèmes d'environnement et a noté qu'en dépit de l'utilité du discours éducationnel, la priorité consistait d'abord à réglementer.

Il a souhaité ensuite que la réglementation sur les biocides (pesticides), insuffisamment claire, soit revue pour permettre de sélectionner les urgences.

Au sujet du Fipronil et des critiques à l'encontre du Pr. Dominique BELPOMME émises par la revue Agriculture et environnement, celui-ci a précisé qu'il ne se sentait pas personnellement attaqué, car le produit est effectivement toxique lorsqu'on l'analyse avec des tests de toxigénomique.

Au sujet du tabac, le Pr. Dominique BELPOMME a jugé ses produits de combustion dangereux au même titre que ceux émanant des pots d'échappement des voitures ou des cheminées d'usine. Il a vivement déploré le récent recul du gouvernement sur le tabagisme passif, facteur important de pollution intérieure, qualifiant cette attitude de dérobade. Il a ensuite dénoncé le double discours tenu par les pouvoirs publics sur le tabagisme et a cité l'exemple des patchs à la nicotine ; en effet, en pharmacie, le paquet de vingt unités coûte 39 € et n'est pas remboursé alors que l'efficacité d'une politique de sevrage tabagique supposerait la gratuité ou, au moins, un prix dérisoire, ce qui vaudrait mieux que subventionner les buralistes.

Au sujet de la stabilité de la mortalité par cancer aux Etats-Unis, il a jugé qu'elle traduisait l'échec des plans de recherche américains alors que, par comparaison, les décès causés par les maladies cardiovasculaires avaient, eux, régressé ; le manque de prévention environnementale en étant probablement la cause.

Le Pr. Belpomme a donc regretté que la recherche sur le cancer se tourne davantage vers la thérapie que vers la recherche des causes de cette maladie et la prévention.

Évoquant enfin le pic de production du pétrole prévu vers 2015 (avec une incertitude de plus ou moins cinq ans), le Pr. Dominique BELPOMME a noté que, pour assurer 7 % de la consommation actuelle de carburant grâce au recours aux biocarburants, il faudrait mettre en culture l'ensemble de la superficie agricole de la France. Il redoute une crise de société majeure entraînant un taux élevé de chômage (métiers du tourisme, avionneurs...) dans les cinq à quinze années à venir. Or, pour prévenir une telle crise, il a estimé indispensable de réduire dès à présent notre consommation énergétique et les émissions toxiques y compris des gaz à effet de serre, ce qui constituerait une perspective salutaire pour atténuer les effets à moyen terme d'une telle crise.

Documents de référence :

Articles :

- «The growing incidence of cancer: Role of lifestyle and screening detection (Review)», International Journal of Oncology, 30 1037-1049, BELPOMME et al., 2007

- «The multitude and diversity of environmental carcinogens», Environmental Research, BELPOMME et al., 5 juillet 2007.

- «Long-term use of cellular phones and brain tumours : increased risk associated with use for =

10 years», Occup. Environ. Med. Online, HARDELL L., CARLBERG M., SÖDERQVIST F., HANSSON MILD K., MORGAN L. L., 4 avril 2007

Ouvrages :

- « Ces maladies créées par l'homme », D. BELPOMME, Albin Michel, 2004

- « Guérir du cancer ou s'en protéger », D. BELPOMME, Fayard, 2005

- « Avant qu'il ne soit trop tard », D. BELPOMME, Fayard, 2007

- « Mémorandum de l'Appel de Paris. Environnement et Santé durable, 164 mesures élaborées par 68 experts internationaux. A l'adresse des peuples et Gouvernements des Etats membres de l'Union européenne, du Parlement européen, du Conseil et de la Commission », UNESCO, Paris, 9 novembre 2006